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interviewLe Figaro· 5 décembre 2024 46 min

Nouveau gouvernement : suivez l'allocution d'Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:24
Présentateur

Bonsoir à tous. La France avance à tâtons. Personne ne semble en mesure de lui donner une direction, puisque personne n'a la capacité de prendre réellement les rênes. Le gouvernement est tombé hier soir. La motion de censure, qui a mis fin en fonction de Michel Barnier à Matignon, a été votée par une large majorité de députés dans une alliance improbable avec le Rassemblement National, la France Insoumise et le Parti Socialiste. Emmanuel Macron a donc de nouveau la main. Il doit choisir un nouveau Premier ministre. Il va prendre la parole à 20h, dans quelques instants, dans une allocution présidentielle très attendue. Bonsoir, Guillaume Roquette. Bonsoir, Thibault.

Merci d'être ici, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, évidemment. C'est un exercice qu'il connaît bien, le Président de la République. Il a très souvent pris la parole de cette manière, à 20h, de manière très solennelle, avec parfois pas grand-chose à dire. Est-ce que ce soir, il aura des choses à dire, le Président ? Alors, la question c'est, est-ce qu'il va nous donner le nom du prochain Premier ministre ? Et c'est ça ! Est-ce que c'est quand même ça qu'on attend avant toute chose ? Et en fait, c'est pas certain du tout. Oui, j'ai même lu que c'était même plus du tout possible.

Voilà, effectivement, il y a des fuites qui sont organisées depuis l'Elysée pour expliquer qu'a priori, il ne devrait pas y avoir d'annonce en ce sens. Donc, qu'est-ce que va faire le Président de la République ? J'imagine qu'il va en appeler à la sagesse des Français, à la responsabilité des politiques, bref, ce qu'on appelle des généralités, dont il est assez friand, il faut reconnaître. Je ne suis pas certain que ce sera une intervention qui va vraiment marquer les gens, mais enfin, il faut quand même l'écouter et ne pas juger avant d'avoir écouté.

Si vous étiez son conseiller, vous lui auriez dit de prendre la parole au Président de la République s'il n'a de fait pas grand-chose à dire, s'il ne donne pas le nom du nouveau Premier ministre ? Non, parce que je pense que c'est un tropisme macronien que de penser que par sa seule présence, par sa seule parole, le Président de la République va être efficace. C'est ce que les communicants appellent la parole performative. Oui, je n'ai pas toujours très bien compris ce que ça veut dire. Écoutez, en fait, en gros, ça veut dire que même si vous n'avez rien à dire, le simple fait que vous parliez suffit à marquer l'opinion. C'est évidemment faux.

Jacques Pilan, qui fut le plus grand des communicants politiques de la Ve République, qui a conseillé successivement François Mitterrand et Jacques Chirac, disait que la parole présidentielle doit être rare, et quand il n'a rien à dire de fort, il faut mieux s'abstenir. Emmanuel Macron fait exactement le contraire. Je pense que ce sera une façon de masquer son impuissance et aussi sa responsabilité dans la période catastrophique que nous vivons. Bon, on regarde les options, Guillaume, quand même. La première, vous l'avez déjà évoquée, pour savoir ce qu'il va dire, dans dix minutes maintenant, le Président de la République, annoncer un Premier ministre ce soir.

Déjà, est-ce que ça s'est déjà fait comme ça, en personne, à la télévision ? Normalement, c'est plutôt un communiqué ou le secrétaire général sur le perron de l'Elysée ? De cette manière, ce serait étonnant. En général, c'est un communiqué. Le secrétaire général de l'Elysée va plutôt sur le perron de l'Elysée pour annoncer la liste des ministres. D'accord. Et donc, dans un deuxième temps, puisque vous savez que la Constitution prévoit bien sûr que c'est le Président de la République qui nomme le Premier ministre et qu'ensuite, le Président nomme aussi les ministres sur proposition du Premier ministre.

Ça veut dire que c'est un choix commun, mais la tradition, effectivement, fait que c'est le secrétaire général de l'Elysée, c'est-à-dire le plus proche collaborateur du chef de l'Etat qui annonce la liste, ce qui est une façon de dire, nous avons notre mot à dire. Donc, non, c'est relativement rare. En général, ça a plutôt lieu par communiqué. Ce qui est rare aussi, c'est que cette situation, les choses aillent aussi vite. C'est-à-dire que la dernière fois, vous vous souvenez qu'Emmanuel Macron a mis 51 jours avant de nommer Michel Barnier. Mais cela dit, comme tout est nouveau, comme tout est inédit dans ce qu'on est en train de vivre... De 51 jours, le record à un jour ?

Peut-être, oui, peut-être à jour, effectivement, de 24 heures depuis la dissolution. Bon, ça semble peu probable, on le rappelle. Oui, ça semble effectivement... Mais si ça se trouve, on se retrouve, Guillaume, dans une demi-heure et on a le nom d'un nouveau Premier ministre. Oui, vous savez, il était aussi très peu probable le soir de l'élection européenne que le président de la République annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Personne n'y croyait. C'était totalement irrationnel. Effectivement, ça s'est révélé exact. Et pourtant, il l'a fait. Bon, pas de Premier ministre a priori ce soir. J'ouvre d'autres options, Guillaume.

Peut-il annoncer, ne me faites pas les gros yeux, sa démission ? Bien sûr, il le peut parce que c'est évidemment son choix, comme tout responsable public et privé d'ailleurs. Ce n'est pas l'hypothèse la plus plausible. D'accord. C'est... Je vais entendre réfléchir parce que je vais vous dire, j'y croyais tellement pas que je n'y avais pas pensé. Oui. Donc, après tout, c'est peut-être vous qui avez raison. Parce que certains la demandent. Certains, même s'ils ne la demandent pas forcément, évoquent l'idée, essayent de faire passer dans l'opinion publique que cela pourrait arriver.

Et des gens qui ne sont pas si éloignés de lui, on pense à Jean-François Copé, on pense à David Lysnard, pas non plus les extrêmes. Non, c'est vrai, c'est vrai. Alors, essayons de nous mettre à la place du président de la République ou dans sa tête. Moi, je ne croyais pas non plus à la dissolution. Mais elle pouvait avoir sa logique, c'est-à-dire qu'elle pouvait être, dans l'esprit d'Emmanuel Macron, un moyen de retomber sur ses pieds, de reprendre la main. Le président de la République a beaucoup changé de cap sur un certain nombre de sujets depuis 2017.

Mais il y a un truc qui n'a pas changé, c'est sa confiance en lui qui est sans limite et sa conviction que le pays a besoin de sa personne. Donc, annoncer sa démission, ça veut dire reconnaître son échec. Et ça, je n'y crois pas trop parce que ça ne ressemble pas au personnage. Donc, a priori, j'écarte votre deuxième option. Je vous donne une troisième option. Ne me faites pas non plus les gros yeux. Peut-il annoncer l'utilisation, le recours à l'article 16 ? Vous allez nous expliquer ce que c'est, Guillaume. Les pleins pouvoirs.

Alors, l'article 16, c'est un article de la Constitution qui avait été extrêmement critiqué au moment où celle-ci avait été promulguée, en 1958, et qui permet au président de la République de prendre tous les pouvoirs, c'est-à-dire de suspendre l'activité normale de la démocratie, de la justice, et donc de s'attribuer les pleins pouvoirs, c'est-à-dire de se transformer en dictateur, pour dire les choses clairement. Comme c'est évidemment une option assez radicale, elle est extraordinairement encadrée. Et en fait, il faudrait vraiment que la France soit en danger, c'est-à-dire ou bien envahie.

Et évidemment, c'est à ça que pensait le général de Gaulle lorsqu'il impose cet article 16 dans la Constitution. Il pensait à la façon dont les pouvoirs publics ne s'étaient pas ressaisis en 1940, au moment de l'invasion allemande. Ou alors, si ce n'est pas une invasion étrangère qui a priori n'a pas eu lieu, sinon c'est qu'on n'est pas bien renseignés, vous et moi. Non, je vous confirme. C'est l'arrêt du fonctionnement des pouvoirs publics, c'est-à-dire que le pays soit paralysé. On n'en est pas là non plus. Il n'est absolument pas paralysé. Il y a eu effectivement un projet de loi de finances de la Sécurité sociale qui a fait l'objet d'une censure à l'Assemblée nationale.

Ce n'est pas la fin du monde. Donc ça me paraît inimaginable. D'accord. Inimaginable aujourd'hui. Mais je me projette un peu. C'est la première censure. Il pourrait y en avoir d'autres. On va évoquer dans les cinq minutes qui nous restent avant l'allocution du président les possibilités pour ceux qui aimeraient ou pas d'ailleurs arriver à Matignon. Mais après une, deux, trois motions de censure, les marchés financiers qui s'inquiètent et la France, j'établis un scénario catastrophe, qui s'enfonce comme l'a fait la Grèce. Les pleins pouvoirs ne seraient peut-être pas totalement déconnectés à ce moment-là.

Sauf que les pleins pouvoirs, ils peuvent se justifier si le président de la République a un besoin absolu de les exercer pour sauver le pays. D'accord. Le général de Gaulle a considéré en 1961 que c'était le cas au moment de ce qu'on a appelé le putsch généraux d'Alger, c'est-à-dire de dirigeants de l'armée française qui, en Algérie, à l'époque, un département français, avait pris le pouvoir. C'était une sorte de coup d'État, même s'il était limité géographiquement. Aujourd'hui, imaginons qu'il y a une crise financière. Les taux d'intérêt augmentent fortement. Ça, c'est pas impossible. Non, c'est pas impossible.

Est-ce que c'est en ayant les pleins pouvoirs, c'est-à-dire en pouvant faire appel à l'armée, que le président de la République règle le problème ? Non. Donc ça paraît une hypothèse assez peuplotée. Mais je rends hommage à votre créativité. Oui, mais j'essaie de savoir ce que va nous dire le président ce soir. Vous me faites penser à des trucs auxquels j'avais jamais songé. Parce qu'Emmanuel Macron a reçu aujourd'hui la présidente de l'Assemblée nationale ce matin, le président du Sénat. On sait que, par exemple, pour activer cet article 16, il faut avoir consulté les présidents des deux chambres. Alors forcément, les imaginations peuvent être florissantes.

Bon, ça ne semble pas être envisageable à l'heure où on se parle. Un Premier ministre ? Très bien. Mais alors, d'abord, avant de connaître un nom, on penche de quel côté ? On essaye de retourner le RN pour qu'il ne vote plus de motion de censure ? On essaye de retourner les socialistes ? Effectivement, c'est ça le premier choix. C'est ça le plus important. A priori, on pourrait se dire, Michel Barnier a tenu un peu de temps, effectivement, mais il avait quand même un petit socle avec ses 211 élus de ce qu'on appelait le socle commun. C'était quand même, si ce n'est le groupe politique, en tout cas le rassemblement le plus important à l'Assemblée nationale.

211, c'était plus que le RN, bien sûr. C'était plus aussi que le nouveau Front populaire. C'était le bloc le moins fragile, pour ne pas dire le plus solide. Exactement. Donc on pouvait imaginer que ce bloc, à nouveau, se reconstitue pour soutenir un nouveau Premier ministre. Sauf qu'on a entendu, depuis hier, des appels du pied des responsables du Parti Socialiste, de Marine Tondelier chez les écologistes, en disant « Ah, mais si vous faites un programme sur quelques mesures qui sont de gauche, nous, on pourrait nous engager à ne pas censurer ».

Et donc, on pourrait imaginer, effectivement, une sorte de déplacement du centre de gravité du socle commun vers la gauche, surtout que le LR, par la bouche de Laurent Wauquiez, dit « Nous, on ne veut pas forcément participer, mais on ne censurera pas a priori ». Donc, il est possible qu'on soit à la veille d'une forme de recomposition. Vous imaginez plutôt que ce soit cette option-là de recentrer, de rediriger vers la gauche, de mettre un coup de vol à gauche, plutôt que vers la droite, et d'essayer de rassurer le Rassemblement National ? Écoutez, ça me paraît très aberrant d'un point de vue démocratique, parce que la réalité du pays, c'est qu'il est à droite.

Je rappelle que le Rassemblement National, aux élections européennes, est arrivé en tête de façon écrasante, qu'il a eu plus de 30% des voix, ça ne s'était jamais vu une telle domination. Et donc, il y aurait, me semble-t-il, dans cette combinaison, un côté tout sauf le RN, qui serait un peu une mesure de « sauf qui peut » de la part du système. – Bon, mais ce n'est pas l'option que vous imaginez. – Non, alors, je pense qu'elle ne serait pas souhaitable. Je pense que pour les Républicains, les peu de députés qui leur restent adhérés à une telle combinaison seraient absolument suicidaires. – Avec les socialistes. – Exactement. – Qui viennent de les faire tomber.

– Exactement, qui viennent de les faire tomber. Et en plus, c'était tout à fait mon dernier argument, où est la cohérence dans tout ça ? Je veux dire, les 65 socialistes sur 66 ont fait tomber Michel Barnier, Premier ministre, LR, et les LR iraient soutenir un gouvernement avec des socialistes. Enfin, je sais que la situation est compliquée, mais là, je trouve qu'on rajouterait encore de la complexité. – Il est 19h59, le Président de la République doit s'exprimer d'un instant à l'autre. On va écouter le chef de l'État. Nous avons essayé de trouver ce que pouvait nous dire Emmanuel Macron ce soir. Il ne devrait pas annoncer le nom d'un nouveau Premier ministre, mais pourquoi pas ?

Il a l'habitude de nous surprendre, Emmanuel Macron. Très rapidement, Guillaume, et je vous couperai si le Président de la République prend la parole, le nom de François Bayrou est arrivé aujourd'hui dans les débats. C'est lui qui pourrait tenir la corde ? – Oui, François Bayrou coche beaucoup de cases. D'abord, c'est un centriste. La gauche le considère au centre-droite, la droite au centre-gauche, c'est plutôt bon signe. Et donc, oui, effectivement, il pourrait avoir ses chances, d'autant qu'il a toujours bien traité, en tout cas de façon personnelle, l'ERN. – Je vous coupe, Guillaume, le Président de la République. On se retrouve juste après pour débriefer la parole du chef de l'État.

13:25
Emmanuel Macron

– Française, Français, mes chers compatriotes, hier, l'Assemblée nationale a voté à la majorité absolue le rejet du budget de la sécurité sociale et ce faisant la censure du gouvernement de Michel Barnier. Aujourd'hui, le Premier ministre m'a remis sa démission et celle de son gouvernement, et j'en ai pris acte. Je veux ici remercier Michel Barnier pour le travail qu'il a accompli pour notre pays, pour son dévouement et pour sa pugnacité. Lui, comme ses ministres, se sont montrés à la hauteur du moment quand tant d'autres ne l'ont pas été. Le 9 juin dernier, je me suis adressé à vous pour annoncer la dissolution de l'Assemblée nationale. Cette décision était à mes yeux en effet inéluctable.

D'abord, car le vote aux élections européennes avait donné une large avance au Rassemblement national et placé les extrêmes en tête. Ensuite, car de nombreux responsables politiques annonçaient déjà la censure pour cet automne. Cependant, je dois bien le reconnaître, cette décision n'a pas été comprise. Beaucoup me l'ont reproché et je sais, beaucoup continuent de me le reprocher. C'est un fait et c'est ma responsabilité. Cependant, nul ne peut dire qu'en faisant cela, je ne vous ai pas redonné la parole. Mais je crois que c'était nécessaire. Vous avez pris vous-même votre responsabilité en allant massivement voter aux élections législatives en juin et juillet dernier.

Et ce vote, ainsi que les désistements réciproques décidés par plusieurs partis, ont composé une Assemblée nationale sans majorité. Aucun parti, aucune coalition présentée aux électeurs, en effet, ne peut prétendre avoir seule la majorité. Et cette situation exige une nouvelle organisation politique. C'est inédit, mais c'est ainsi. Alors, durant cet été, j'ai largement consulté. D'abord pour tenter de convaincre les forces politiques de travailler ensemble, comme cela se fait chez beaucoup de nos voisins. Puis, pour choisir un Premier ministre qui ne soit pas censuré dès sa nomination.

C'est pourquoi, en septembre, mon choix s'est porté sur Michel Barnier, un responsable d'expérience, jusqu'alors dans l'opposition, parce qu'il était en effet susceptible de rassembler la majorité la plus large à l'Assemblée et au Sénat, de la droite républicaine au centre, en passant par les radicaux et les forces indépendantes et des territoires. J'ai laissé le Premier ministre gouverner, le Parlement légiféré. Et hier, donc, le gouvernement a été censuré. Et cela, malgré les concessions faites par Michel Barnier à l'ensemble des groupes parlementaires. Il a été censuré, ce qui est inédit depuis 60 ans, parce que l'extrême droite et l'extrême gauche se sont unis.

Dans un front anti-républicain, et parce que des forces qui, hier encore, gouvernaient la France ont choisi de les aider. Je sais bien que certains sont tentés de me rendre responsable de cette situation. C'est beaucoup plus confortable. Mais si j'ai toujours assumé toutes mes responsabilités, les bonnes choses comme parfois les erreurs que j'ai pu faire, je n'assumerai jamais les responsabilités des autres, et notamment des parlementaires qui ont choisi en conscience de faire tomber le budget et le gouvernement de la France à quelques jours des fêtes de Noël.

Les députés du Rassemblement national ont choisi de voter une motion de censure qui disait le contraire de leur programme, qui insultait leurs propres électeurs. Ce faisant, ils ont simplement choisi le désordre, qui est le seul projet qui les unit à l'extrême gauche. Et cela avec la complicité du reste du nouveau front populaire. Non pas pour faire, mais pour défaire, pour créer le désordre. Pourquoi ces députés ont-ils agi ainsi ? Ils ne pensent pas à vous, à vos vies, à vos difficultés, à vos fins de mois, à vos projets, soyons honnêtes. Ils ne pensent qu'à une seule chose, à l'élection présidentielle. Pour la préparer, pour la provoquer, pour la précipiter.

Et cela avec le cynisme, si c'est nécessaire, et un certain sens du chaos. Mais, ce faisant, d'abord, il se garde bien de vous rappeler la réalité de notre Constitution. Quoi qu'il advienne, il ne peut pas y avoir de nouvelles élections législatives avant dix mois. Et dans ces conditions, l'Assemblée a le devoir de faire ce pour quoi vous l'avez élu, travailler ensemble au service de la France et des Français. Ensuite, personne ne peut en fait se permettre d'attendre pour agir, pour être utile. Le monde, l'Europe avance et nous avons besoin d'un gouvernement qui puisse décider, trancher. Et enfin, le mandat que vous m'avez démocratiquement confié est un mandat de cinq ans.

Et je l'exercerai pleinement jusqu'à son terme. Ma responsabilité exige de veiller à la continuité de l'État, au bon fonctionnement de nos institutions, à l'indépendance de notre pays et à votre protection à tous. Je le fais depuis le début, à vos côtés, à travers les crises sociales, l'épidémie de Covid-19, le retour de la guerre, l'inflation et tant d'épreuves que nous avons partagées. A partir d'aujourd'hui, c'est une époque nouvelle qui doit commencer, où tous devront agir pour la France et où il faudra bâtir des compromis nouveaux. Parce que la planète avance, parce que les défis sont nombreux et parce que nous devons être ambitieux pour la France.

Nous ne pouvons nous permettre ni les divisions, ni l'immobilisme. C'est pourquoi je nommerai dans les prochains jours un Premier ministre. Je le chargerai de former un gouvernement d'intérêt général, représentant toutes les forces politiques d'un arc de gouvernement qui puisse y participer ou à tout le moins qui s'engage à ne pas le censurer. Le Premier ministre aura à mener ses consultations et former un gouvernement resserré à votre service. Sa priorité sera le budget. Une loi spéciale sera déposée avant la mi-décembre au Parlement et cette loi temporaire permettra, comme c'est prévu d'ailleurs par notre Constitution, la continuité des services publics et de la vie du pays.

Elle appliquera pour 2025 les choix de 2024. Et je compte bien qu'une majorité puisse se dégager pour l'adopter au Parlement. Les services publics fonctionneront, les entreprises pourront travailler, nos obligations seront tenues, nos maires pourront évidemment là aussi continuer de fonctionner. Je les remercie encore de leur dévouement pour la nation. Puis, en début d'année, ce gouvernement préparera un nouveau budget. C'est nécessaire pour en effet protéger les Français des hausses d'impôts mécaniques liées à l'inflation, parce que je refuse que les Français paient la facture de cette censure.

Et c'est aussi nécessaire d'avoir ce budget en tout début d'année prochaine pour permettre aux pays d'investir, comme cela a été prévu, pour nos armées, notre justice, nos forces de l'ordre, mais aussi aider nos agriculteurs en difficulté, qui attendaient le budget, ou venir en soutien à la Nouvelle-Calédonie. Vous le savez, je ne pourrais pas me représenter en 2027. C'est pourquoi le seul calendrier qui m'importe n'est pas celui des ambitions, c'est celui de notre nation. Au fond, celui qui compte pour vous, pour nous. Nous avons devant nous 30 mois. 30 mois jusqu'au terme du mandat que vous m'avez confié. 30 mois pour que le gouvernement puisse agir.

Agir pour faire de la France un pays plus fort et plus juste. Innover, produire, investir dans les transitions technologiques et environnementales, instruire nos enfants et nos jeunes, prévenir et soigner, protéger. Au moment où les guerres en Europe et au Moyen-Orient nous déstabilisent, continuer de préparer nos armées, mais aussi toute la société, et agir pour la paix. Avoir une France plus forte dans une Europe plus forte, plus indépendante, et prête peut-être à de nouveaux conflits, et à résister à toutes les pressions. Oui, les 30 mois que nous avons devant nous doivent être 30 mois d'action utile pour le pays.

Et pour cela, le gouvernement devra partir du réel, et non pas des fantasmes ou des contre-vérités. Je ne crois pas pour ma part que l'avenir de la France puisse se faire avec plus d'impôts, plus de normes, ou avec quelques laxismes face au narcotrafic, ou dans la multiplication des divisions, ou dans l'abandon de notre ambition climatique. Il faudra que le gouvernement rassemble pour agir concrètement, au cours de ces 30 mois, pour nous et nos enfants. Regardez, samedi, devant le monde entier, nous allons célébrer la réouverture au public de Notre-Dame de Paris. La cathédrale sera rendue aux parisiennes et aux parisiens, à nous tous, aux catholiques du monde entier, et aux cultes.

Et ce chantier qu'on croyait impossible, rappelez-vous, nous tous, ce soir d'avril 2019, eh bien, nous l'avons fait. Comme nous avons aussi réussi nos Jeux Olympiques et Paralympiques. Nous l'avons fait parce qu'il y a eu un cap clair, une volonté, et parce que chaque femme et chaque homme a travaillé dur. Responsable public, fonctionnaire, salarié, compagnon, bénévole, chacun a eu un rôle essentiel, pour une cause plus grande que nous tous. C'est la preuve que nous savons faire de grandes choses, que nous savons faire l'impossible. Et d'ailleurs, le monde entier, à deux reprises cette année, nous admire pour cela. Eh bien, c'est la même chose qu'il nous faut faire pour la nation.

Avoir un cap clair pour ces 30 mois. L'école, la santé, la sécurité, le travail, le progrès, le climat, l'Europe. Des actes clairs qu'un gouvernement devra prendre au service du pays. Un Parlement qui saura trouver les compromis. Un sens des responsabilités et du respect. Partout où elle est fragilisée, rebâtir la nation. Partout où il y a des emportements, de l'insulte, remettre de la sagesse. Et partout où il y a de la division, vouloir l'unité. Partout où les uns cèdent à l'angoisse, vouloir l'espérance. Nous l'avons fait. Nous allons le montrer au monde entier. Nous sommes donc capables. Nous allons donc le faire pour notre pays et notre République. Vive la République. Vive la France.

23:58
Présentateur

Voilà pour cette allocution du chef de l'État. 10 minutes, Guillaume. C'est assez court. Plus court que ce qu'il a pu nous montrer par le passé. Trois points qui se dégagent. Je crois que la principale information à retenir, c'est que le chef de l'État le dit, le répète. Il ira jusqu'au bout. Il écarte toute possibilité d'une démission, que ce soit aujourd'hui ou plus tard. Ça, c'était, à mon avis, Guillaume, le premier point. Et ce sur quoi il a voulu insister, on va en parler. Évidemment, il a parlé d'un gouvernement qui serait nommé assez rapidement. Pas de nom de Premier ministre. Ça aussi, c'est l'une des informations. Avec une priorité sur le budget et une subtilité.

Il y aura une loi d'exception pour que le budget et la France puissent continuer, mais qu'on puisse laisser du temps au Parlement et au nouveau gouvernement pour constituer un nouveau budget. Et puis, des accusations très claires, sans les nommer. Il a nommé l'extrême droite, l'extrême gauche, le Rassemblement national et la France insoumise. Et il a clairement attaqué ceux qui les ont aidés, le Parti socialiste, sans les nommer. Mais c'était assez clair. Ceux qui ont gouverné, certains qui gouvernaient il y a peu, les ont aidés. Guillaume Roquette, peut-être sur ce point, j'irai jusqu'au bout. Ou est-ce que c'est ça que vous avez retenu en premier ce soir ?

Oui, j'ai retenu dans l'intervention du chef de l'État une sorte de sursaut d'orgueil. Le message, c'était « Je suis toujours là et j'ai bien l'intention d'y rester ». Donc, effectivement, le message le plus important, c'était de dire que le chef de l'État rappelait qu'il avait, ce qui est indéniable, un mandat de 5 ans. Et qu'il était là pour assurer la continuité de l'État et la protection des Français, je le cite. Le simple fait qu'il soit obligé de le rappeler montre à quel point il est fragilisé par ce qui se passe.

Et il a essayé de rendre l'Assemblée nationale et les partis qui ont censuré le gouvernement responsables de tout cela, comme si ça n'était pas lui qui avait provoqué cette absence de majorité. Vous avez raison, Guillaume, mais avant d'attaquer les oppositions, il a fait un petit « mais à coup le pas ». « Ma décision n'a pas été comprise, c'est ma responsabilité, mais c'était mon devoir de vous redonner la parole ». Il y a eu quand même une petite phrase au début.

C'est vrai, il a dit « cette décision de dissolution était inéluctable », ce qui est absolument faux, puisque l'objectif de cette dissolution était d'éviter la censure d'un gouvernement, en l'occurrence celui de Gabriel Attal, sur le budget. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Donc c'est bien la preuve que ce n'était pas une bonne idée. Et ensuite, il a ajouté « beaucoup continuent de me le reprocher ». C'est vrai qu'on a tellement peu l'habitude de voir Emmanuel Macron dans un exercice de justification, voire même d'autocritique, que ça paraît surprenant, ça n'a pas dû rétrer. On n'était pas non plus dans l'autoflagellation, mais il y avait quand même ce petit pas.

Ça a été mal compris, et puis il a essayé d'expliquer son choix, et de le détailler même dans le temps. J'ai fait ci, j'ai fait ça, pour ci, pour ça. Oui, absolument. Il a essayé de réécrire l'histoire. C'est vrai que sur le fond, cette nouvelle Assemblée nationale, elle est un désordre, une absence de majorité, qui n'est que le reflet de l'absence de majorité dans le pays, et d'un corps électoral qui est fracturé, comme il ne l'a peut-être jamais été dans son histoire récente. Il n'empêche que cette situation, c'est quand même lui qui l'a provoqué. Donc je ne pense pas qu'il sera très convaincant sur ce thème. Bon, voilà, sur ce retour, sur ce choix, son choix, deuxième point, le budget.

Alors ça, c'est intéressant, c'est l'information la plus technique de fond, finalement, qui est la plus importante. Il y aura bien un budget, ça c'est important. Expliquez-nous, Guillaume, parce que ce n'est pas forcément simple à saisir. Non, alors si on a bien compris, en fait, le président de la République souhaite, je dis bien souhaite, puisque ce n'est pas lui qui vote la loi, souhaite qu'une loi spéciale temporaire soit votée mi-décembre, afin de permettre de remettre en œuvre en 2025 les dispositions fiscales et les dispositions budgétaires de 2024. Le fameux douzième provisoire, allez-y, Guillaume, je vous laisse récupérer ce choix dans la gorge. Oui, que d'émotions !

C'est l'émotion devant l'intervention présidentielle. Alors, et ensuite, à ajouter Emmanuel Macron... Donc c'est ça, ce douzième provisoire dont on parle beaucoup ? Alors, je vais vous dire, je ne suis pas sûr, parce que je crois que le douzième provisoire, il ne justifie pas forcément une loi spéciale. D'accord. Mais pour être tout à fait honnête, on est là dans un mélange de droits constitutionnels et de droits budgétaires. Et j'avoue que je ne sais pas... Vous n'achetez pas, vous restez sur le Figaro.fr ce soir, ou vous achetez le journal demain matin, vous aurez toutes les informations concernant cette loi spéciale. Sûrement.

Et puis, à ajouter Emmanuel Macron, en début d'année, nous voterons. Il y aura plutôt un budget 2025 qui sera voté. Donc on veut se redonner du temps ? Oui, exactement. Sauf que le président de la République, là, il fait des plans sur la comète. Il ne sait pas si la loi spéciale sera votée. Pour qu'une loi soit votée, il faut qu'il y ait une majorité qui se dégage à l'Assemblée nationale, ou en tout cas, une absence d'opposition majoritaire et de censure. Mais alors, attendez, ça veut dire que si cette loi spéciale n'est pas votée, là, il n'y aurait pas, dans ce cas, de budget pour le début d'année 2025. Il parie sur au moins la responsabilité des oppositions pour un ou deux mois.

Exactement. Il parie sur le fait que, en prenant les Français à témoin, en expliquant que cette loi est nécessaire pour expliquer-il que les Français, que les fonctionnaires continuent à être payés, que les services publics continuent à fonctionner, il se dit que les oppositions, celles qui ont censuré Michel Barnier hier, n'oseront pas rejeter une loi de ce type, notamment parce qu'elle n'est que provisoire. Puisque l'idée, c'est que ça dure le temps, les premières semaines, peut-être les premiers mois de l'année 2025, le temps qu'un budget soit voté. Guillaume, on a parlé du budget, on a parlé de ces explications du président de la République.

J'en reviens à ma première question, parce que moi, c'est ça qui m'a marqué. Mais peut-être pas vous, Guillaume, d'ailleurs. Il l'a répété plusieurs fois. Mon mandat est un mandat de cinq ans. Je l'exercerai jusqu'au bout. Nous avons 30 mois devant nous. Les oppositions, pour créer le désordre, pour défaire, ont voté cette motion de censure hier soir. Ils ne pensent qu'à la présidentielle pour la précipiter. Il a voulu montrer que ça n'arriverait pas, en tout cas dire que ça n'arriverait pas et qu'il faudra attendre 2027 pour que les Français élisent un nouveau président. Il a parsemé toute son allocution de cette idée-là. Oui, vous avez raison. Le message est clair.

Je pense qu'il est évidemment envoyé à l'intention de l'opposition, probablement aussi à l'intention de son camp, de façon à ce que les candidatures à la succession ne soient pas trop rapides. Et puis parce qu'Emmanuel Macron sait bien que c'est toujours difficile les fins de second mandat. Jacques Chirac, par exemple, avait été bousculé dans les dernières années de son deuxième mandat, qui était un quinquennat, puisqu'il avait commencé par un septennat et ensuite fait voter le quinquennat, par Nicolas Sarkozy. Je pense qu'Emmanuel Macron la voit bien, le danger.

Le danger, c'est un président de la République marginalisé, un président de la République qui perd à la fois de sa crédibilité et de sa légitimité. Et donc, il a voulu le rappeler, je suis là. Je pense, comme je vous l'ai déjà dit, que, comme disait l'autre, qui s'excuse s'accuse. Et que donc, dans cet exercice d'auto-justification, à mon avis, Emmanuel Macron se fragilise plus qu'autre chose. D'autant que, à part cette annonce concrète d'une loi spéciale temporaire votée mi-décembre pour prolonger au début de 2025 les éléments budgétaires de 2024, il n'y a pas vraiment des choses nouvelles. Ici, il explique qu'il va inaugurer Notre-Dame de Paris.

Oui, on vous remercie, ce n'était pas vraiment un scoop. Et pour le reste, il dit qu'il y a 30 mois pour agir pour une France plus forte, l'école, la santé, la sécurité, l'Europe, le climat, tout y a passé. Enfin, une espèce d'enfilage de perles qui n'a trompé personne. Dernier point. Alors, on y vient sur ce qui a été dit. Et puis, on se penchera sur ce qui n'a pas été dit par le président de la République. Alors, il a voulu rassurer en prenant une voix, comme il a l'habitude de le faire, plus douce, plus basse, en parlant d'espoir, en parlant de Notre-Dame, qui va réouvrir évidemment ce week-end, en revenant sur les Jeux olympiques qui ont été une réussite.

En gros, regardez, la France peut, la France sait faire quand elle en a envie, quand elle le souhaite, quand elle se rassemble. Bon, ça, c'est de la politique pure pour parler aux Français qui sont devant leur télé à 20h et qui croient encore à un chef de l'État puissant, fort, rassurant, presque royal. Je pense qu'Emmanuel Macron est sincère quand il tient ce discours. Je pense que, comme beaucoup de chefs de l'État, des chefs de l'État qui lui ont précédé, ils considèrent qu'il fait le maximum pour son pays et que donc celui-ci devrait lui en être reconnaissant. Je pense qu'il sous-estime gravement ce qu'est la fracturation de la France.

Il accuse le Rassemblement National et le Nouveau Front Populaire d'avoir censuré. Mais il dit qu'ils sont irresponsables. Il dit qu'ils ne pensent qu'aux échéances électorales. Mais quand vous avez 11,5 millions d'électeurs qui votent pour le Rassemblement National et le parti d'Éric Ciotti, il y a un message clair qui est envoyé, qui est que la politique suivie par Emmanuel Macron depuis 2017, elle est aujourd'hui assez largement rejetée. Et quand il dit qu'il nous reste 30 mois pour agir, oui mais agir dans quel sens ? Il n'est pas certain que ce soit dans celui que veut le Président de la République. Et c'est ça la difficulté. Bon, passons à ce qui n'a pas été dit par le chef de l'État.

Il n'a pas de date sur la nomination d'un Premier ministre ? Non. Je ne suis même pas sûr qu'il ait dit que cette nomination aurait lieu rapidement. Il faudrait l'écouter. Je ne suis pas certain qu'il ait utilisé le mot. Si, je crois qu'il a eu un... En tout cas, il n'a pas donné de date butoir. Et il a eu raison parce que je pense qu'en 24 heures, il n'avait pas le temps de consulter l'ensemble des dirigeants des groupes politiques à l'Assemblée pour s'assurer, si ce n'est de leur soutien, en tout cas d'une forme de neutralité bienveillante, même pour quelques mois, vis-à-vis du nouveau gouvernement.

Et donc, il faut à tout prix éviter, pour lui, et pour le pays aussi d'ailleurs, un nouveau scénario à la barnier, c'est-à-dire un gouvernement qui tient trois mois. C'est vraiment la priorité. Et pour ça, la précipitation aurait nuit. On parlait juste avant la prise de parole d'Emmanuel Macron, Guillaume, ensemble du choix à faire pour Emmanuel Macron pour essayer de trouver un gouvernement un peu plus stable.

Coup de volant à gauche pour essayer de retourner le Parti Socialiste et de l'extraire du nouveau Front populaire, ou à l'inverse, coup de volant à droite pour rassurer le Rassemblement national et qu'il ne censure plus les gouvernements qui seront proposés dans les jours, les mois qui viennent. Vous me parliez potentiellement d'un virage à gauche vers le Parti Socialiste. Il ne les a pas épargnés quand même, là. J'ai vu une main tendue, j'ai vu des mains tendues plus franches, plus sympathiques. Vous avez raison.

Et il a reproché de façon sibylline, mais quand même très claire, au Parti Socialiste d'avoir été dans le passé un parti de gouvernement, et pour cause, puisque son prédécesseur, François Hollande, était socialiste. Et le même François Hollande qui a voté, apparemment sans l'ombre d'une hésitation, à la censure du gouvernement. Et donc, il leur reproche d'être effectivement dans cette opposition. On ne peut pas dire qu'il leur ait tendu la main, vous avez raison. Est-ce qu'il faut y voir un petit signe selon lequel le chef de l'État ne serait pas trop partisan d'un déplacement vers la gauche du centre de gravité du prochain gouvernement ? C'est possible, c'est possible.

D'ailleurs, François Bayrou, dont on parle beaucoup, comme d'un Premier ministre potentiel, a rencontré ce matin Bernard Cazeneuve, qui certes est socialiste, mais en rupture de banc. Si ma mémoire est bonne, il n'a pas repris sa carte du parti, choqué de voir que le parti de François Hollande marchait main dans la main avec celui de Jean-Luc Mélenchon. Bon, on y vient rapidement, Guillaume. Ce nom de François Bayrou, qu'on a évoqué très rapidement, juste avant qu'Emmanuel Macron ne s'exprime devant les Français à 20h, c'est le nom qui revient. Il revient quand même souvent, le nom de François Bayrou. À chaque fois qu'il faut choisir un nouveau Premier ministre, on entend ce nom-là.

Est-ce que c'est la bonne pour François Bayrou ? Et quelles sont ses qualités pour essayer, pour qu'il ne soit pas censuré ? Alors, vous avez raison, son nom revient presque aussi souvent pour Matignon qu'il s'est présenté à l'élection présidentielle. On lui souhaite davantage de succès pour ce second poste. Je souhaite, en tout cas, si c'est le choix du Président de la République, c'est à lui que ça appartient. Mais oui, François Bayrou est un homme qui peut être une bonne candidature pour plusieurs raisons. D'abord, il est très proche du Président de la République. On se souvient que son soutien en 2017 à Emmanuel Macron avait été décisif pour la victoire de celui-ci.

Mais en même temps, c'est un homme... Même s'il y a eu, parfois, depuis sept ans, des hauts et des bas. Oui, mais il y a eu des hauts et des bas, mais vous remarquerez qu'il ne s'est jamais exprimé publiquement dessus. C'est un homme qui a son franc-parler, mais qui est loyal. C'est aussi un homme qui... Au moment de la nomination de Gabriel Attal, ça avait été un peu tendu, me semble-t-il. Oui, vous avez raison, mais n'empêche qu'il n'a jamais... Je me souviens d'une interview sur France Inter. Oui, il n'est pas rentré tête baissée dans Emmanuel Macron. Voilà, vous n'avez...

Par exemple, si vous comparez son positionnement à celui d'un Édouard Philippe, qui a fait ouvertement acte de candidature à la succession d'Emmanuel Macron, on n'est pas dans la même relation. Et puis, François Bayrou a un autre avantage, c'est qu'il existe par lui-même. Contrairement, par exemple, à un Sébastien Lecornu, qui est vraiment... qui doit son destin national au Président de la République. François Bayrou, c'est une marque. Si vous me permettez, c'est une comparaison avec le monde du business. L'autre avantage, c'est qu'il a toujours bien traité le Rassemblement National d'un point de vue humain, d'un point de vue respect des personnes.

On se souvient qu'en 2022, quand Marine Le Pen avait du mal à avoir ses signatures pour pouvoir se présenter à la présidentielle, il lui a apporté la sienne et ça a été un élément assez déterminant. Vous pensez que ça peut jouer ? Je pense que ça joue dans la mesure où... Mais alors, ça veut dire que ce n'est plus une question de politique ? Ça devient une question de personne ? Justement, je vais en venir à la politique. Pour la personne, ça, c'est bien. Et pour la politique, je ne voudrais pas désagréer, mais François Bayrou n'a pas la réputation, quand il a été ministre, d'avoir été un sabreur. Il a été, je crois, 4 ans ministre de l'Éducation Nationale.

On ne peut pas dire qu'on en garde un souvenir impérissable de réformes déterminantes pour la marche de cette grande institution. Donc, c'est un homme prudent, consensuel, et donc, peut-être qu'il serait susceptible de ne pas trop heurter à la fois sur la gauche et sur la droite. Bon, ce serait étonnant quand même. C'est pour ça que j'ai du mal à comprendre ce nom, Guillaume. Est-ce que les socialistes suivraient François Bayrou et se quitteraient le nouveau Front populaire pour lui ? J'en suis pas sûr. Et on voudrait, pour éviter d'être censuré cette fois par le RN, prendre un homme qui est moins à droite que Michel Barnier. Vous voyez que ça, ça paraît quand même très étonnant.

C'est vrai, mais je pense que cette nomination, elle devrait s'accompagner d'une forme de pacte de gouvernement. C'est-à-dire qu'avant d'accepter la mission et de se présenter devant l'Assemblée, le prochain Premier ministre devrait avoir 4 ou 5 sujets un peu clés sur lesquels il précise ses positions. Et ça lui permettrait effectivement d'avoir peut-être un soutien un peu plus large. De toute façon, il n'y a pas de solution miracle. Donc ce qu'il faut, c'est espérer peut-être décrocher quelques socialistes. Il y a un atout pour ça, qui est aussi un acquis pour François Bayrou, en tout cas à mettre à son crédit, c'est qu'il a toujours été favorable à une dose importante de proportionnelle.

Oui, c'est vrai ça. Là, on arrive un peu dans la politique politicienne, mais l'une des raisons pour lesquelles les socialistes, même en se pinçant le nez, n'ont jamais voulu rompre avec les extrémistes de la France insoumise, c'est qu'ils ont besoin d'eux pour avoir des circonscriptions. Une candidature unique, dans la perspective, sans doute assez rapprochée d'une nouvelle dissolution. Si vous changez le mode de scrutin et que l'élection se fait largement à la proportionnelle, ça permettrait à un certain nombre de députés socialistes d'espérer sauver leur tête.

Je vous accorde que l'avenir de la France et l'intérêt national n'est pas très présent dans cette réflexion, mais je crains que ça n'entre quand même en ligne de compte. Un gouvernement d'intérêt général, c'est ce qu'a dit le Président, resserré, on finira avec 40 livres. Oui, on dit toujours ça. À votre service, voilà. À votre service, ma brave dame. À votre service, messieurs dames. Voilà ce qu'a dit le chef de l'État. Bon, le nom de François Bayrou, tout peut encore changer. Est-ce qu'il y a d'autres possibilités, d'autres noms, d'autres options ? Vous voyez, vous, Guillaume ? Non, moi, je vois celles qui tournent en boucle depuis ce matin.

Sébastien Lecornu, effectivement, Bernard Cazeneuve aussi, pourquoi pas. Et Bruno Retailleau, tiens. Alors, Bruno Retailleau, vous avez vu que Bruno Retailleau a donné une interview au Figaro. Pour vous dire qu'il souhaitait continuer son action Place Beauvau. Je pense que Bruno Retailleau est conscient que sa nomination serait une sorte de chiffon rouge pour l'aile gauche du macronisme. Et en toute logique, ça pourrait satisfaire le Rassemblement National. Sauf que... Oui, on n'est sûr de rien. Voilà, un, on n'est sûr de rien.

Deux, oui, mais objectivement, la loi immigration, par exemple, que Bruno Retailleau veut présenter, voulait présenter, on est obligé de parler au passé, à l'Assemblée Nationale en début de l'année prochaine, elle reprend mot à mot les propositions du Rassemblement National. Mais peut-être que, justement, c'est ça qui inquiète Marine Le Pen, c'est que Bruno Retailleau ne vienne concurrencer l'offre politique de son parti. Donc, tout ça est compliqué. Oui, tout ça est très compliqué. Alors, on commence à le comprendre.

Une question plus personnelle, Guillaume, on était il y a quelques mois ici avec Karl Meus, en plateau, après une motion de censure, me semble-t-il, ou un 49-3 qui venait d'être activé. Et, ironiquement, on disait, il ne se passe jamais rien. Alors oui, on dit qu'il va y avoir une motion de censure, mais elle n'est jamais votée. On dit qu'Emmanuel Macron va s'occuper de l'Assemblée Nationale et choisir la dissolution. Il ne le fait jamais. On est des passionnés de politique, on aime ça, on suit ça. Et aujourd'hui, que tout cela arrive, ça nous fait moins rigoler, non ? Oui, ça nous fait moins rigoler parce que je pense qu'on est conscient de l'impasse profonde dans laquelle nous sommes.

Ce n'est pas une crise de régime, ce qui arrive, mais c'est quand même une crise politique qui est grave. Et surtout, même si d'un point de vue tactique, d'un point de vue analytique, tout ça va être intéressant pour des amateurs de la chose publique comme nous sommes. Moi, ce qui m'inquiète, c'est que cette censure, c'est le reflet d'un pays qui n'a jamais été aussi divisé. Et donc, ça, pour le coup, ce n'est pas de la faute d'Emmanuel Macron. Jamais il n'y a eu autant de gens pour refuser ce qu'on appelait classiquement une voie centriste, médiane, le cercle de la raison, comme tout ce que vous voudrez.

Et ce refus, ce rejet, cette colère dans l'opinion qui se traduit dans les urnes, c'est surtout ça, moi qui m'inquiète. – Merci beaucoup, Guillaume Roquet. On reste évidemment très connectés à ce qui va se passer. Vous imaginez un Premier ministre demain, après-demain ? C'est possible ? Avant la fin de la semaine, Emmanuel Macron ne va pas reproduire les erreurs. En tout cas, il va essayer de ne pas les reproduire. – À mon avis, samedi, c'est l'inauguration de Notre-Dame. Je pense qu'il ne voudra pas que l'actualité politique parasite ce moment dont on a bien vu lors de son allocution que c'était son ordre de gloire, je n'ose pas dire la dernière, mais en tout cas un moment qui soit…

– Ce n'est pas le parasité, c'est-à-dire qu'il faut avoir nommé un Premier ministre avant ? – Non, moi je dirais plutôt après. – Plutôt après. – Oui, mais c'est pure hypothèse. – Merci Guillaume Roquet, merci à vous de nous avoir suivis, d'avoir suivi avec nous l'allocution présidentielle. Vous restez évidemment connectés sur lefigaro.fr parce qu'il y a toutes les dernières informations, toutes les réactions. Merci, excellente soirée.