Interview du Président Emmanuel Macron dans le 19/20 de France 3.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci d'avoir accepté l'invitation des rédactions de France 3 et celle d'ici 19-20. Vous avez passé une très grande partie de la journée dans ce département du Lot-et-Garonne. Vous avez annoncé la création de 200 brigades de gendarmerie supplémentaires sur l'ensemble du territoire français. Concrètement, sur le terrain, ce sera plus de 2000 militaires en plus d'ici 2027. C'était une des promesses de campagne de 2022. Pourquoi, selon vous, était-ce si urgent d'appliquer cette mesure forte sur le terrain ?
C'est un besoin du pays tout entier, de nos territoires plus particulièrement. C'est un besoin de sécurité et d'ordre. Durant le premier mandat que les Françaises et les Français m'ont confié, nous avons recréé 10 000 postes de policiers et de gendarmes. Et lors de la loi d'orientation pour le ministère de l'Intérieur, sur laquelle je me suis engagé en septembre 2021, j'avais pris la décision de réinvestir 15 milliards d'euros de la nation, de doubler le nombre de personnels qui sont présents sur le terrain et donc de réembaucher plusieurs milliers de policiers et de gendarmes.
La déclinaison très concrète pour la gendarmerie, qui touche plus particulièrement nos territoires les plus ruraux, c'est qu'il y aura 3 500 gendarmes en plus sur le terrain dans les années qui viennent. 2 100 d'entre eux serviront à ouvrir de nouvelles brigades. Durant les 20 dernières années, on a fermé plusieurs centaines de brigades. Qu'est-ce qui s'est passé ? Beaucoup de nos compatriotes qui vivent dans les petits villages et ailleurs disent qu'on ne voit plus nos gendarmes.
Et on a ce sentiment d'insécurité.
Oui, parfois, pas qu'un sentiment. Il y a de l'insécurité parce qu'il n'y a pas assez de présence. Ça veut dire qu'aujourd'hui, on a un problème de sécurité en France, en milieu rural ? Mais nous avons un problème de sécurité partout. Dès qu'il n'y a pas de présence, c'est pour ça qu'il fallait en remettre. Et donc, ici, dans le Lot-et-Garonne, nous ouvrons 3 nouvelles brigades, dont ici même à Clérac, une brigade mobile. On aura 7 gendarmes qui seront installés ici. Et comme vous l'avez dit, on aura 238 brigades de gendarmerie nouvelles qui vont se déployer dans les années qui viennent. 96 fixes, le reste mobile, et qui vont permettre d'avoir de la présence.
Et surtout, qui vont simplifier la vie des gens. Parce que c'est de la présence de patrouilles, donc ça dissuade. Mais c'est aussi permettre d'aller au contact des administrés, d'avoir des plaintes plus simples. Parce que ce sont souvent aussi des camionnettes maintenant aménagées qui permettent de faire le dépôt de plaintes, toutes les procédures.
Le citoyen n'aura plus à se déplacer très très loin.
C'est une mesure qui va coûter combien ? Ça fait partie des 15 milliards qu'on a réinvestis sur le ministère de l'Intérieur, sur la loi d'orientation et de programmation. Et donc, dans ces 15 milliards, on va embaucher 8000 policiers, gendarmes et fonctionnaires, et on redéploie. Mais vous savez, la sécurité, la fonction régalienne, c'est un investissement juste de l'État. C'est ce qui vous permet de lutter contre les violences intrafamiliales, contre les stupéfiants, et avec des résultats. Je regarde les 7 premiers mois de l'année 2023. La délinquance baisse dans nos territoires, y compris les territoires euros.
Sur un plan plus politique, c'est aussi une façon de soigner votre droite, ici, dans le Lot-et-Garonne. L'an passé, deux des trois députés élus sont des députés RN.
Écoutez, moi, j'ai jamais raisonné comme ça, et encore moins en tant que président. C'est une façon d'être aux côtés, justement, de nos concitoyens, qui veulent le droit de vivre tranquille. Et ça, ça n'a pas de couleur politique. Et donc, oui, on a un défi immense à cet égard, parce qu'on a vu d'abord la parole s'ouvrir, et c'est une bonne chose en matière de violences intrafamiliales. Et il faut lutter contre ce fléau. On voit des territoires qui sont touchés par les petits faits de délinquance, par les cambriolages, on en a encore vu ce matin en tournant avec nos gendarmes, par les violences contre les élus.
Ici, le maire de Clérac s'est fait agresser il y a quelques années par des jeunes, et parfois des très jeunes. Et nous avons aussi les stupéfiants qui touchent les grandes villes. Alors, j'allais dire sur les grandes villes. Et donc, vous avez ici, sur le territoire, des phénomènes de stupéfiants. Donc, il faut réinvestir. Les grandes villes, Marseille, M. le Président... Juste avant de poser la question des grandes villes, je vais être très simple avec vous, vous savez. Je vous le disais, pendant 20 ans, on a désinvesti. C'est-à-dire, on a réduit le nombre de policiers et de gendarmes sur le terrain, on a fermé des brigades. Et on a désinvesti sur la justice.
Moi, je peux vous dire, depuis 6 ans, on a déjà créé 10 000 postes de policiers et gendarmes, mais on va donc en créer 8 000 nouveaux. Mais on a augmenté de 50% le budget de la justice. Il n'y a pas de sécurité s'il n'y a pas de justice. Et donc, aujourd'hui, ici, à Villeneuve-sur-Lôte, on recrée aussi un tribunal de proximité. Ici, à Agen, à la Cour d'appel, on va recréer une dizaine de postes de magistrats et une dizaine de postes de greffiers. C'est un tout. Et donc, il faut que la nation réinvestisse, c'est ce qu'on fait.
Sur les grandes villes, Marseille, Valence, des règlements de comptes régulièrement qui font des morts, comment l'État, aujourd'hui, peut garantir la sécurité des quartiers qui sont touchés par ce phénomène de violence ? La Suède, aujourd'hui, déploie l'armée dans certains de ces quartiers dans lesquels elle a des problèmes. Est-ce que vous, vous pourriez envisager le même dispositif ?
Non, l'armée n'est pas formée et n'a pas pour vocation de faire de l'ordre public ou de la lutte contre la délinquance. Et je suis très attaché aux finalités. Nos militaires sont là pour combattre des ennemis, pas pour faire l'ordre chez nous. On a pour ça une police, une gendarmerie. Et c'est pour ça qu'on l'a réinvesti. À Marseille, que vous évoquiez, j'ai remis 300 policiers. Vous imaginez ? 300 policiers. Plusieurs dizaines de magistrats. On a réinvesti profondément. Et pourquoi ça bouge ? Parce qu'on vient déranger les trafics. Et donc, dans toutes ces villes, Valence, il y a une très grosse opération de police judiciaire qui s'est faite ces derniers jours. Absolument. On agit.
Et donc, qu'est-ce qu'on fait ? Et je remercie l'ensemble de nos forces de sécurité intérieure. On pilonne tous les points de deal. On ne les laisse pas au repos. Ensuite, on met en place, grâce à un office national qu'on a structuré en 2018 pour lutter contre les stupéfiants, on met en place des enquêtes très dures pour démanteler les réseaux de drogue, qu'ils soient français ou parfois d'ailleurs, quand vous parlez de Marseille, ils sont internationaux. Et donc, les enquêtes parfois prennent du temps.
Et on met en place aussi, en plus des forces de sécurité permanentes qu'on met sur le terrain, des forces d'appui, coup de poing, une CRS qui a été mise en place pour cela dans les quartiers les plus difficiles. Et maintenant, le ministre de l'Intérieur, dont je salue vraiment le travail et l'engagement, a décidé de la même chose pour les forces d'investigation. Donc oui, on pilonne, on pilonne, on va démanteler les réseaux et on ira au bout.
Il nous resterait peu de temps, M. le Président. L'autre urgence, l'autre priorité des Français qui vivent en milieu rural, c'est la santé. Ici, à Clarac, par exemple, il ne reste plus qu'un seul médecin généraliste, il a 77 ans, il n'y a aucun remplaçant demain quand il partira à la retraite. Que dites-vous aux Français qui se sentent en milieu rural délaissés, qui ne peuvent pas se soigner convenablement ?
D'abord, on a un problème de nombre de médecins en France. Et il n'y a plus de zone surdotée ou quasiment plus dans notre pays. Parce qu'on n'en a pas formé assez. Et j'ai pris la décision en 2018 d'en reformer et de finir le numerus clausus, mais ça mettra 10 ans.
On est dans un temps difficile.
Donc là, on doit continuer. Nous, on est aux côtés des communes pour aider à attirer des médecins. Mais c'est un ensemble. Il faut le cadre de vie, l'école. On est à côté d'une école, on voit ses enfants. Des emplois pour les conjoints. Donc c'est un ensemble. C'est ce sur quoi on se bat aujourd'hui, aux côtés des maires ruraux, dont je salue l'engagement qui est exemplaire. Parce que c'est un sacerdoce laïc. Et ce sont des maires qui, parfois d'ailleurs à titre bénévole avec leurs conseils municipaux, donnent beaucoup de leur temps pour s'engager autour de tous ces sujets. Donc on se bat pour attirer des médecins.
On se bat surtout pour organiser entre les médecins, mais aussi avec infirmiers, infirmières, pharmaciens, pour déléguer des tâches. Et donc c'est simple. Moi, j'ai donné un objectif au ministre de la Santé. C'est qu'en fin d'année, aujourd'hui, nos 600 000 compatriotes qui n'ont pas de médecins et qui sont ou âgés ou en infection de longue durée en aient. Comment on fait ? Il faut libérer du temps de soignant.
Donc nous, on va aux côtés des médecins pour les aider à rester, pour leur permettre de cumuler la retraite et la rémunération sans charge, pour attirer des médecins plus jeunes dans les zones rurales, en leur donnant des conditions beaucoup plus avantageuses, en leur donnant pour ça des assistants médicaux, des aides administratives que paye l'assurance maladie, et puis en les incitant à se regrouper pour pouvoir déléguer les actes qu'ils peuvent déléguer à l'infirmier ou à l'infirmière, à l'assistant médical, aux pharmaciens, et prendre du coup plus de patients et le faire dans une meilleure organisation. C'est une toute dernière question. C'est une petite révolution.
Les fameux conseils nationaux de la refondation territoriaux que vous avez entendus pour la santé vont nous permettre de le faire.
Une toute dernière question sur l'urgence climatique. Je pense que vous êtes comme moi, vous avez un petit peu chaud sur ce plateau. Il fait plus de 30 degrés. On est le 2 octobre. La France a été épinglée il y a quelque temps sur le volume de ces rejets de gaz à effet de serre. On n'est pas dans les clous vis-à-vis des objectifs européens.
Alors nous, on est parmi les meilleurs. D'abord, la France est un des pays d'Europe qui émet le moins de tonnes de CO2 par habitant. Grâce à quoi notre nucléaire et notre hydraulique ? Non, non. Ce qu'ont dit les rapports, c'est que les 5 dernières années, on a fait le boulot. On a multiplié par 2 nos réductions d'émissions. Donc on est dans notre trajectoire sur 2017-2022. Maintenant, ce qu'ils nous disent, c'est que si vous continuez comme ça, vous ne serez pas sur 2022-2030. C'est vrai. C'est pour ça que j'ai demandé au gouvernement, conformément à mes engagements à travail, je l'ai présenté il y a une semaine. C'est notre planification écologique. Qu'est-ce qu'on doit faire ?
On doit aller 2,5 fois plus vite. Et donc cette planification, on l'a présenté, elle touche tous les secteurs. On va investir, on va accompagner, on va la territorialiser. Et donc maintenant, on rentre dans le vif du sujet. Mais c'est quoi ? Rénover nos bâtiments publics, nos logements. C'est réussir à accompagner la transition des véhicules. C'est développer plus vite nos RER métropolitains. Continuer ce qu'on a fait qui touche la ruralité. Les trains de nuit, comme les petites lignes, qui évitent de prendre trop souvent la voiture, s'aider à changer de véhicule pour avoir un véhicule qui aimait moins, s'échanger notre consommation, aller vers un tri qui est plus intelligent.
C'est tout ça qui nous permet de faire la planification écologique et de baisser les choses. Tout ce que je veux vous dire, c'est qu'on est aux côtés de la ruralité. Et c'est qu'il n'y a pas de fatalité. Qu'il s'agisse de la sécurité, qu'il s'agisse de la santé, qu'il s'agisse de l'écologie ou de l'école, il y a juste à nous mobiliser tous ensemble. Le gouvernement investit sur chacun de ces sujets. Je remercie tous les fonctionnaires. Nos élus s'investissent de manière incroyable.
Et on va tous y arriver. Merci beaucoup. Merci d'avoir accepté notre invitation. L'actualité continue dans ICI 19-20 avec votre actualité régionale, nationale et internationale. Et on en vient au procès de l'attentat de Magnanville. Sixième journée d'audience marquée par la diffusion de la vidéo de revendication.
Emmanuel Macron