ANAS K, ÉTUDIANT IMMOLÉ À LYON : "C'EST VIVANTS QU'ON ÉCRIT L'HISTOIRE"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00locuteur_anonymeChiffre
« J’ai eu moins d’1% de survie, et globalement j’ai survécu. »
- 6:00locuteur_anonymeFait
« Les grands et grandes brûlés ont une partie de leurs soins qui n’est pas remboursée par la sécurité sociale. »
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« La seule crème remboursée chez les grands brûlés c’est le Dexeryl, le Dexeryl c’est un dérivé du pétrole. »
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« J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’Union Européenne de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous et toutes. »
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« 400 000 grand brûlés en France. On n’entend pas parler. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il y a plusieurs posters dans la chambre. Il y a une liste entre le NPA, la FJC 42 et le PCF. Il y a un poster de mai 68, le début d’une lutte prolongée.
Les étudiants ont tagué le slogan sur plusieurs murs de l'université Lyon 2 en écho au drame qui s'est joué il y a cinq jours. Devant ce restaurant universitaire du 7e arrondissement de Lyon, un étudiant de 22 ans s'est immolé par le feu. D'abord pris en charge sur place il est ensuite transporté à l'hôpital brûlé à 90%.
J’ai eu entre 35 et 50 opérations, dans ces eaux là. Ça fait pas mal d’opérations, pas mal d’anesthésies, mais j’en aurai d’autres, et j’en aurai encore et encore, pendant un bon moment de ma vie. Ils m’ont dit que ma brûlure durera assez longtemps par rapport à la moyenne des brûlures qui est de 18 mois, elle durera plutôt entre 24 et 36 mois.
Parce que elle est assez profonde. Ca va prendre quelques années pour reconstruire le visage, 3, 4, 5 ans, par contre la plupart de choses sont reconstructibles. Et ça, ça me met en confiance.
Tout ça c’est du temporaire : sur la main droite j’aurais une prothèse électrique, sur la main gauche des orthèses mécaniques, au niveau de mon visage j’aurais une reconstruction chirurgicale… En soit tout ça ça ne peut qu’aller mieux, c’est pour ça que “ça va bien.” J’ai eu moins d’1% de survie, et globalement j’ai survécu. Et ça, mine de rien, c’est quelque chose dont il faut profiter.
Je peux manger, marcher, boire, communiquer, je peux écrire des textes, faire deux trois autres trucs quoi. En fait quand les pompiers m’ont éteint, pas les pompiers, quand Kevin, qui était un ouvrier du chantier à côté, m’a éteint, en fait j’ai su que j’allais survivre. Dès ce moment là j’ai su que j’allais survivre.
C’est ici vous le savez, vendredi après-midi, qu’un de nos camarades a tenté de se suicider en s’immolant par le feu, voulant ainsi dénoncer la précarité dont il était victime au même titre qu’un trop grand nombre d’étudiants et d’étudiantes. Voulant dénoncer le fascisme et le libéralisme pour reprendre ses mots. Un geste désespéré qui en dit beaucoup sur la situation étudiante à l’heure actuelle.
Moi je suis syndicaliste de lutte, je suis passé par la CNT entre mes 15 et 18 ans, puis après à Solidaires par la suite, je suis un syndicaliste autogestionnaire et du coup, oui, je terminais ma lettre comme ça, par “vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu.” Parce-que en fait c’est mon objectif. On a un problème de libéralisme en France, de néolibéralisme, depuis de dizaines et de dizaines d’années et les quelques restes qu’on a de ce qu’on peut avoir comme société, faite pour nous, c’est la sécurité sociale, c’est des bourses au CROUS, des trucs comme ça.
Aujourd’hui je vais commettre l’irréparable. Si je vise le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n’est pas par hasard. Je vise un lieu politique, le ministère de l’enseignement supérieur et la recherche et par extension le gouvernement.
Cette année, faisant une troisième L2 je n’avais pas de bourse et même quand j’en avais, 450 euros par mois, est-ce que c’est suffisant pour vivre ? J’ai eu la chance d’avoir des personnes formidables autour de moi, ma famille et mon syndicat. Mais doit-on continuer à survivre comme nous le faisons aujourd’hui ?
Globalement ma situation de l’époque c’était, bon, les raisons entre guillemets psychologiques, parce que il n’y avait évidemment pas que des raisons politiques, parce que je ne pense pas que qui que ce soit irait se suicider sans raisons psychologiques. J’avais eu une mononucléose quelques mois plutôt, ce qui avait engendré une dépression, et j’avais un certain stress, etc etc. Tout ça c’est le côté psychologique, maintenant venons au côté politique, ce qui nous intéresse.
J’avais plus de bourse, et je n’avais plus de logement fixe. C’était l’une de raisons pour lesquelles je suis allé me brûler devant le CROUS, parce que j’étais allé demander une aide d’urgence. J’étais allé demander de pouvoir avoir des fonds débloqués pour que je puisse soigner ma santé et avoir un endroit où dormir.
C’est là que je me suis dit, “il ne me reste plus que ça à faire, vu qu’on m'a refusé tout cela”. C’était très impulsif. Le jour même je me suis dit que j’allais faire cela.
Donc c’était de l’impulsivité dans tout ce qu’il y a de plus pure. En fait je me disais que si je n’arrivais pas à m’aider moi-même, comment je pouvais aider syndicalement les autres ? La seule solution, c’est qu’il n’y a pas de solution.
Et donc voilà. Tout ça m’a poussé à ce geste. J’avais l’impression d’être dans une impasse, personnelle et politique.
Ma vie c’est le syndicalisme et c’est aider les autres. Ca c’est toute ma vie. A ce moment la, je ne pouvais pas aider les autres.
Je ne pouvais plus aider les autres, parce que j’étais dans une impasse absolument terrible. J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’Union Européenne de m’avoir tué en créant des incertitudes sur l’avenir de tous et toutes. J’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires.
Globalement on a quand même réussi, parce que il y a moi mais puis il y a mon syndicat qui a pris le relais, à impulser quelque chose. Plein d’étudiants se sont mis à s’organiser, dans des syndicats, dans des organisations politiques très certainement je pense, et ça, c’est une petite victoire, dans la défaite globale qui est la brûlure. Il y a 400 000 grand brûlés en France.
On n’entend pas parler. Les grands et grandes brûlés ont une partie de leurs soins qui n’est pas remboursée par la sécurité sociale. La seule crème remboursée chez les grands brûlés c’est le Dexeryl, le Dexeryl c’est un dérivé du pétrole.
C’est la seule option qu’on a quand on est précaires pour pouvoir se soigner, ce n’est pas normal. On devrait avoir le droit à des crèmes contre les démangeaisons, des crèmes très hydratantes, on devrait avoir droit à tout cela. Les luttes des accidentés doivent se mélanger avec les luttes des travailleurs et travailleuses, et des étudiants et étudiantes, des chômeurs et chômeuses, et de l’ensemble de précaires, pour réussir à avoir une victoire on ne peut pas se passer les uns des autres.
C’est comme ça qu’on aura des conditions de vie décentes. C’est vivants qu’on construit l’histoire, c’est vivants qu’on peut s’organiser collectivement pour la construire. Globalement pour qu’on réussisse tous et toutes collectivement il faut qu’on s’organise.
Il faut qu’on s’organise syndicalement, politiquement, associativement s’il le faut, mais il faut qu’on réussisse à se regrouper pour avoir des victoires. Tout ce qui nous reste c’est de se regrouper. Et donc voilà.
Vive le socialisme, vive l’autogestion, vive la sécu.