Najat Vallaud-Belkacem : "Il faut éviter de faire de la laïcité un champ de bataille"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:36OuverteRéponse directe
La ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa lance aujourd'hui les états généraux de la laïcité. C'était un débat urgent à organiser ?
- 1:29OuverteRéponse directe
Ces états généraux de la laïcité, c'est à terme une grande consultation en ligne qui doit réunir 50 000 jeunes.
- 5:17OuverteRéponse directe
Que pensez-vous de cette question sur le hachiche et la jeunesse ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Est-ce que l'insécurité pourrait s'imposer comme le sujet de la présidentielle de 2022 ?
- 8:55OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui fait que c'est si compliqué de réunir les forces de gauche à une élection où c'est possible ailleurs ?
- 11:24OuverteRéponse directe
Par rapport à l'union de la gauche dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, est-ce que vous pensez que c'est possible ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:40Invité politiqueFait
« À un an de l'élection présidentielle vous voulez dire et alors que la loi séparatisme qui vient d'être adoptée est encore dans les tuyaux ? »
- 0:50Invité politiqueFait
« la laïcité sur laquelle j'ai quand même beaucoup travaillé lorsque j'étais ministre de l'éducation, si on veut la résumer, c'est un pilier vraiment, un pilier de notre nation, de notre république, le ciment de notre concorde, de notre paix civile. »
- 1:08Invité politiqueFait
« ce que je constate dans ce gouvernement, c'est des velléités permanentes d'en faire des champs de bataille. »
- 2:15Invité politiqueFait
« beaucoup de jeunes finissaient par la considérer en effet comme une ennemie de ce qu'ils étaient, de ce que leur famille était, de ce que leur racine était. »
- 2:30Invité politiqueFait
« les forces politiques qui l'instrumentalisent sont devenues de plus en plus nombreuses avec le temps. »
- 4:22Invité politiqueFait
« Le fait d'avoir créé un enseignement moral et civique pour évoquer notamment cette question de la laïcité avec les élèves à tous les âges dans leur scolarité. »
- 4:30Invité politiqueFait
« Le fait d'avoir créé une journée dédiée à la laïcité, le 9 décembre en l'occurrence, durant laquelle on explique, on fait des travaux pratiques avec tous les élèves pour comprendre ce que c'est. »
- 7:22Invité politiqueChiffre
« le président de la République confirmait l'engagement qu'il avait pris en 2017 de créer 10 000 postes de policiers. »
- 7:29Invité politiqueChiffre
« le mandat précédent auquel j'ai appartenu, en avait créé 9 500. »
- 7:40InvitéChiffre
« qui en avait supprimé lui 13 000. »
- 15:51Invité politiqueChiffre
« Moi, j'en ouvrirai 500 000. Je multiplierai par 5 l'accès à la formation professionnelle qualifiante. »
- 16:02Invité politiqueChiffre
« les jeunes ont 80% de chances d'accéder à un CDI. »
- 21:39Invité politiquePromesse
« je créerai une société d'économie mixte régionale qui me permettra d'intervenir dans les fonds propres en capital des entreprises. »
- 22:29Invité politiquePromesse
« d'embaucher davantage de personnes en insertion, de personnes en situation de handicap, d'assurer l'égalité professionnelle entre femmes et hommes. »
Temps de parole
- Najat Vallaud-belkacem69 %
- Présentateur20 %
- Invité8 %
≈ 0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Invité du grand entretien ce mardi 20 avril avec Karine Becker, nous recevons l'ancienne ministre de l'éducation nationale et candidate socialiste aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes avec sa liste L'Alternative. Posez vos questions, intervenez en appelant le 0145 24 7000 ou sur l'application mobile de France Inter. Bonjour Najat Vallaud-Belkacem. Bonjour. Et merci d'être au micro de France Inter ce matin. La ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa lance aujourd'hui les états généraux de la laïcité, une journée de discussion entre des intellectuels et diverses associations. C'était un débat urgent à organiser ?
À un an de l'élection présidentielle vous voulez dire et alors que la loi séparatisme qui vient d'être adoptée est encore dans les tuyaux ? Non, j'avoue que j'ai beaucoup d'interrogations sur cette démarche. En fait, je vais vous dire, la laïcité sur laquelle j'ai quand même beaucoup travaillé lorsque j'étais ministre de l'éducation, si on veut la résumer, c'est un pilier vraiment, un pilier de notre nation, de notre république, le ciment de notre concorde, de notre paix civile. Et je pense qu'il faut éviter d'en faire un champ de bataille. Or, ce que je constate dans ce gouvernement, c'est des velléités permanentes d'en faire des champs de bataille.
Et ça, si vous voulez, à la fin, qu'est-ce que ça laisse ? Au fond, on a tous les textes dont on a besoin. On a la loi de 1905 qui nous dit ce qu'est la laïcité. C'est justement ce qui permet de vivre ensemble. Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est de faire la pédagogie de cette laïcité, notamment auprès des plus jeunes.
On va en parler parce que c'est à terme, ces états généraux de la laïcité, c'est à terme une grande consultation en ligne qui doit réunir 50 000 jeunes. Et on sait qu'il y a chez les plus jeunes aujourd'hui, comment dire, une autre conception de la laïcité que celle des plus anciens. Qu'il y a peut-être moins d'attention, moins de volonté de tenir les principes de la laïcité de manière rigoureuse.
Alors, lorsque j'étais ministre de l'éducation, je le disais, il m'est souvent arrivé d'aller dans des établissements scolaires et d'avoir cette discussion avec des jeunes et des très jeunes même. Et de me rendre compte qu'à force de voir la laïcité dévoyée par des instrumentalisations permanentes à chaque fois qu'ils allumaient leur poste de télévision, beaucoup de jeunes finissaient par la considérer en effet comme une ennemie de ce qu'ils étaient, de ce que leur famille était, de ce que leur racine était. Instrumentalisé par qui ? Par l'extrême droite pendant longtemps, puis par la droite, puis aujourd'hui on le voit y compris par ce gouvernement.
Malheureusement, les forces politiques qui l'instrumentalisent sont devenues de plus en plus nombreuses avec le temps. Et donc, donne cette impression en effet que la laïcité n'est convoquée régulièrement que pour en exclure, exclure de notre capacité à faire nation commune, une religion, en l'occurrence l'islam. Bon, donc assez jeune, je passais énormément de temps à expliquer ce qu'était la laïcité, entendu au sens de la loi de 1905, c'est-à-dire l'égal respect pour les individus, quelle que soit leur conviction religieuse ou leur absence de conviction religieuse.
Et le fait que les services publics, la puissance publique devait traiter ces individus de la même manière, sans discrimination et sans distinction en fonction de ces convictions ou cette absence de conviction. Lorsque j'expliquais cela aux jeunes en question, je vous assure que leur regard sur la laïcité changeait considérablement. Là, ils se mettaient à comprendre que c'est une valeur, que c'est précieux et que ça méritait au fond d'être non seulement respecté, mais aimé, chéri. Et moi, je veux qu'on chérisse la laïcité dans ce pays. Mais pour qu'on la chérisse, il faut cesser de l'instrumentaliser.
Mais ces jeunes, il y a un sondage qui a été publié très récemment au début du mois de mars, qui est très intéressant par IFOP, qui montre effectivement que les jeunes sont beaucoup plus tolérants que la moyenne, qui montre que ces jeunes sont beaucoup plus respectueux à l'égard des différentes communautés. J'ai envie de dire que ce qui traverse aujourd'hui les jeunes, c'est un peu aussi ce qui traverse une partie de votre parti, le Parti Socialiste, non ? C'est nuance. Ce qui traverse le Parti Socialiste ?
Oui. Écoutez, le Parti Socialiste, honnêtement, je pense, n'a pas de preuves à donner de son attachement aux valeurs de la République et à la laïcité en particulier, qu'il a défendu dans toute son histoire. Et encore une fois, ici, je veux témoigner, parce que j'ai été tout de même la dernière ministre de l'éducation socialiste, on va dire, dans ce pays. Je veux témoigner de ce que nous avons fait. Parce que l'école, on est bien d'accord, c'est le lieu où on forge quand même le rapport à ces valeurs de la République et notamment à cette laïcité.
Le fait d'avoir créé un enseignement moral et civique pour évoquer notamment cette question de la laïcité avec les élèves à tous les âges dans leur scolarité. Le fait d'avoir créé une journée dédiée à la laïcité, le 9 décembre en l'occurrence, durant laquelle on explique, on fait des travaux pratiques avec tous les élèves pour comprendre ce que c'est. Le fait d'avoir organisé des formations pour les enseignants pour qu'ils sachent évoquer ce sujet de la laïcité avec leurs élèves. Tout ça, ça vient de nous. Donc si vous voulez, on peut passer son temps à distribuer des bons et des mauvais points ou on peut regarder tout simplement ce que les uns et les autres font.
Ça n'empêche pas des situations extrêmement difficiles dans certaines classes. Ça n'empêche pas et ça n'a pas empêché l'assassinat de Samuel Paty. On sait que c'est une question qui est extrêmement brûlante et vive. Vous avez sans doute lu l'interview du président de la République hier dans le Figaro. Et c'est une autre question justement à la ministre de l'Éducation nationale que vous étiez. Il parlait de la drogue et il disait, je le cite, « Dire que le hachiche est innocent est plus qu'un mensonge. Sur le plan cognitif, les effets sont désastreux. Combien de jeunes, parce qu'ils commencent à fumer au collège, sortent totalement du système scolaire et gâchent leur chance ?
» Je ferme les guillemets. Que pensez-vous de cette question ? On sait d'ailleurs combien de jeunes ça concerne dans les établissements ?
Non, je n'ai pas ce chiffre. Mais je confirme en effet que, comme tout parent, je n'aimerais pas voir mon enfant se mettre à fumer du hachiche à l'âge de 15 ans. C'est une évidence. C'est pour ça que je suis extrêmement prudente et précautionneuse avec ce sujet. Je sais qu'il y a des débats en cours sur la dépénalisation du cannabis. Je n'ai pas pris partie sur ce sujet. Parce que moi, j'attends de voir des évaluations scientifiques abouties. Je suis évidemment pour qu'on veille d'abord et avant tout à la santé, en effet, physique, mentale de nos jeunes et de notre jeunesse.
Plus largement sur la question de la sécurité. Effectivement, il y a eu une grande interview hier d'Emmanuel Macron. Il y a eu une grosse offensive sur les questions régaliennes. Je voudrais parler des rixes entre bandes rivales, des forces de l'ordre qui sont de plus en plus souvent prises à partie. Est-ce que l'insécurité pourrait s'imposer comme le sujet de la présidentielle de 2022 ? Comme il l'avait été, il y a 20 ans, en 2002.
Est-ce que c'est un risque ? On le sent tous. Il y a une montée des tensions dans notre société, qu'on pourrait expliquer par plein de choses, y compris par la période très compliquée qu'on vient de vivre, avec la crise sanitaire. Et moi, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, la région qui est la mienne, je le vois bien. Il y a des incidents, des émeutes urbaines, même nombreuses, à Rieux-Lapa, à Brons ou ailleurs. Et cette insécurité réelle... Vous alliez dire ce sentiment d'insécurité. Oui, cette insécurité réelle et cette perception d'insécurité d'un nombre croissant de nos concitoyens, les pouvoirs publics doivent y répondre.
Donc, je voyais que le président de la République confirmait l'engagement qu'il avait pris en 2017 de créer 10 000 postes de policiers. C'est très bien. C'était son engagement de 2017 qu'il le tienne. Je rappelle que juste avant lui, le mandat précédent auquel j'ai appartenu, en avait créé 9 500. Au fond, le mandat qui a été le moins au rendez-vous sur la question de la création de postes de policiers, c'est celui de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012,
qui en avait supprimé lui 13 000. La question, c'est de l'insécurité. Ce n'est pas un thème porteur pour la gauche en général, en tout cas, qui vous avait largement fait perdre en 2002.
Alors, je vous arrête tout de suite. Comme je le dis, moi, à l'échelle de l'élection régionale, quand je parle de protéger les habitants de ma région, et ça vaut pour les Français, évidemment, il s'agit aussi de les protéger contre l'insécurité. Donc, la question de la lutte contre l'insécurité est un sujet de gauche aussi, et peut-être même d'abord et avant tout, puisque je viens de vous faire la démonstration que finalement, c'est la droite qui a le plus supprimé des postes de policiers, 13 000 à l'époque, entre 2007 et 2012. Nous-mêmes, à gauche, qui en avons créé une dizaine de milliers, et puis là, ça se poursuit, si je comprends bien. Et la question reste posée.
Donc, pour la présidentielle, comme pour les élections intermédiaires, nous devons apporter des réponses. Mais si vous me le permettez, il ne s'agit pas simplement de créer des postes. Il s'agit aussi, par exemple, de fournir des équipements. Et le nombre de policiers qui vous expliquent aujourd'hui qu'ils n'ont même pas les équipements, les voitures nécessaires pour pouvoir faire leur travail correctement, c'est un problème. Il s'agit de déployer des moyens humains, par exemple, dans les transports. Et ça, c'est à l'échelle d'une région qu'on peut le faire. Et ça, je le ferai.
C'est effectivement la compétence des régions. Vous êtes donc engagée dans cette campagne régionale. Qu'est-ce qui fait que c'est si compliqué de réunir les forces de gauche à une élection où c'est possible ailleurs, ailleurs que dans la région où vous présentez ?
Mais parce que, tout simplement, on est dans une période où la gauche ne se reconnaît plus de leader incontesté, ce qu'on peut comprendre. D'ailleurs, ça n'a jamais vraiment été dans l'ADN de la gauche de se reconnaître un leader incontesté, mais plus encore en ce moment. Et c'est dommage parce que je pense que les idées de gauche, les valeurs, les convictions de gauche sont celles qui sont attendues à la sortie de cette crise. Non, ce n'est pas du tout une histoire morte. Vous allez voir, il va s'en passer des choses pendant ces élections intermédiaires, d'une part.
Et puis, je ne doute pas que d'ici la présidentielle, on trouvera, je l'espère, les moyens d'avoir un candidat commun à la plus grande partie de la gauche. Et notamment, c'est mon souhait, en organisant une primaire dans laquelle ces différents candidats déclarés pourraient être mis en compétition avec des militants des différentes forces de gauche qui en choisissent un.
Mais revenons quand même, on parlait des régionales, sur ce qui s'est passé pour vous. Vous disiez, il n'y a pas si longtemps, il y a quelques semaines, que ces élections régionales, ça va être un laboratoire pour tester effectivement l'union de la gauche. On est d'accord toutes les deux, ça n'a pas du tout marché.
C'est raté. Alors, d'abord, ce n'est pas fini, si vous me le permettez. Vous continuez à négocier. Non, mais d'abord, il faut le savoir, ma liste, l'alternative, c'est une liste de rassemblement, parce que vous m'avez présenté comme la candidate socialiste. Je suis en effet socialiste à titre personnel, mais je suis accompagnée dans cette liste par les ratiques côte-gauche, par les militants de Cap Écologie, donc un certain nombre d'écologistes, par les militants de la gauche républicaine et socialistes, par un certain nombre de communistes, par un certain nombre de communistes.
Les militants de la gauche républicaine et socialistes, pardonnez-moi, sont habituellement affiliés à la France insoumise, pour information. Donc, en réalité, quand vous prenez le paysage de ma liste de l'alternative, vous y retrouvez les différentes composantes de la gauche. C'est un travail de rassemblement qui se poursuit. Tout le monde n'y est pas encore.
Donc, ce qui coince, c'est PS, Europe Écologie, les Verts ?
Eh bien, oui. Enfin, si vous voulez, ce qui coince, c'est qu'on n'a pas encore trouvé les termes d'un équilibre qui permettrait un rassemblement équilibré, par définition, c'est-à-dire d'une capacité à gouverner ensemble.
Si on veut faire simple, les Verts, ils veulent être devant et vous, vous refusez d'être derrière.
Mais, encore une fois, l'histoire n'est pas finie. D'ici le premier tour, il peut se passer beaucoup de choses et puis, en tout état de cause, si ça devait attendre le soir du premier tour pour faire ce rassemblement, eh bien, je le regretterais. J'aurais préféré qu'on le fasse avant, mais ça viendra.
De nombreuses questions, d'ailleurs, de nos auditeurs, sur ce sujet. Et celle de Romain, 16 ans. Bonjour, Romain. Et bienvenue dans 7-9.
Bonjour, merci.
Votre question, Anajat Vallaud-Belkacem.
Oui, alors, justement, je voulais revenir sur ce que vous disiez. Par rapport à l'union de la gauche dans la région Auvergne-Rune-Alpes, est-ce que vous pensez que c'est possible ? Ou alors que ça se passe comme d'autres régions où, malheureusement, la gauche est en train de s'écharper, tout simplement ?
Vous êtes tout jeune, Romain, mais vous aimeriez militer au Parti Socialiste ? Oui, c'est exact.
Oh, ben rejoignez-nous, alors. Vous êtes de quelle ville, Romain ?
Je suis dans l'Essonne, au coup de Ramonceau, pas loin d'Evry.
Il ne pourra pas voter pour vous, quoi qu'il arrive.
Mais on se retrouvera.
Mais cette question de l'union, elle reste posée et c'est vrai qu'elle est extrêmement compliquée à clarifier, Najat Vallaud-Belkacem. C'est quand même incroyable qu'il ait fallu attendre si longtemps pour voir les dirigeants des différents partis de gauche se réunir autour d'une table. Qu'est-ce qui explique que la gauche soit aujourd'hui dans une situation aussi critique ? Depuis quand y a-t-il eu, dans le débat public, un thème fort porté par la gauche ?
Alors, encore une fois, je le répète, les circonstances actuelles et notamment cette crise sanitaire et économique considérable qu'on vient de traverser, la plus grande crise économique sans doute depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, font que les réponses de gauche apparaissent au grand jour comme étant les mieux adaptées. on a besoin de services publics forts et on a constaté dans la crise qu'on ne les avait pas, notamment l'hôpital. Ça veut dire
qu'Emmanuel Macron mène une politique de gauche depuis le début de la pandémie ?
Ben non, précisément, parce que ce qui est apparu c'est qu'on n'était pas préparé du tout à faire face à cette pandémie. C'est ça le sujet, c'est que nos services publics avaient été affaiblis, c'est que notre appareil industriel a été affaibli avec le temps et on s'est rendu compte qu'on n'était même pas capable de produire des masques sur notre territoire national. Notre esprit de solidarité s'était affaibli avec le temps et on voit bien la difficulté d'Emmanuel Macron justement toujours aujourd'hui à répondre par exemple à la jeunesse qui est en train de survivre au lieu de vivre et qui est en train de faire la queue devant les fils alimentaires.
Bon, donc toutes les réponses de gauche paraissent adaptées à la situation. Pourquoi est-ce qu'on est si bas ? Parce qu'on est fragmenté, je pense. Parce qu'on est fragmenté, la réalité c'est que si on était capable de s'unir derrière une seule candidature, on serait cette alternative que les Français attendent.
Alors parlons du fond, justement, pour préparer l'alternative ou l'alternance en tout cas, il faut avoir un projet. Question de Léna sur l'application France Inter. Elle fait le constat que la jeunesse est sacrifiée et elle vous demande ce que vous comptez faire pour les jeunes de la région Rhône-Alpes.
Auvergne-Rhône-Alpes si vous me permettez.
Auvergne-Rhône-Alpes. Oui, c'est compliqué. D'autant que vous-même vous avez eu des difficultés avec la préfecture de l'Allier.
Ça peut arriver à tout le monde. Mais ce que je veux dire, c'est que la jeunesse, si vous voulez, dans la mesure où le gouvernement a été incapable de lui apporter une réponse, je le redis ici, le revenu, vous savez, le RSA ou alors le revenu d'autonomie jeunesse qui est réclamé par l'opposition de gauche depuis des mois et des mois, il existe dans 23 pays européens sur 27. Le nôtre fait figure d'exception. Pourquoi est-ce qu'on n'apporte pas cette réponse ? Je l'ignore. par idéologie de la part du président actuel. Eh bien, dans ma région, nous ferons en sorte de pallier à cette insuffisance.
Donc, nous allons traiter la jeunesse avec toute l'attention qu'elle mérite, c'est-à-dire à la fois lui donner les conditions de sa liberté, concrètement, ça veut dire un revenu solidarité jeunesse à l'échelle de la région. Un revenu universel à l'échelle de la région ? Sur critères, évidemment, de revenus. Une aide à l'alimentation pour les plus précaires d'entre eux et notamment avec des produits de qualité de nos terroirs. Un accès à la santé, un accès au logement en reconstruisant des logements universitaires ou pour les apprentis dont la région s'était complètement désinvestie ces dernières années.
Donc, ça, c'est les moyens de sa liberté, c'est lui permettre tout simplement d'accéder au bien-être. Et puis ensuite, les moyens de son émancipation à cette jeunesse. Là, il s'agit de la former et concrètement, je le disais tout à l'heure, la formation professionnelle a été laminée malheureusement dans notre région depuis 2015. Nous allons en reconstruire.
Ça fait partie des prérogatives des régions
et dans cette région, on a eu moins de 100 000 entrées en formation professionnelle depuis 2015. Moi, j'en ouvrirai 500 000. Je multiplierai par 5 l'accès à la formation professionnelle qualifiante. Pourquoi ? Parce que ma priorité, c'est que les jeunes sont un emploi. Or, on sait qu'avec une formation professionnelle qualifiante, les jeunes ont 80% de chances d'accéder à un CDI. Et donc, c'est un crime que d'avoir désinvesti ces formations professionnelles ces dernières années. Mais l'émancipation, enfin, ce n'est pas simplement la formation, c'est aussi la capacité à être mobile, à se déplacer, par exemple. Même chose, il faut des tarifications sociales dans les transports collectifs.
Je ne sais pas pourquoi depuis 2015, on a mis fin aux tarifications sociales qui existaient. Donc, le prix des billets TER, par exemple, a été augmenté de deux fois et demi, y compris pour les plus précaires. Donc, moi, je remettrais, pour les moins de 25 ans, les plus précaires, la gratuité des transports collectifs assurés par la région.
Comme candidate de gauche, qui est votre principal adversaire ? Est-ce que c'est Laurent Wauquiez ? Est-ce que ce sont les Républicains ? Ou est-ce que c'est le Rassemblement National ?
Mon principal adversaire, c'est le président de la région sortant, puisque c'est lui qui mène des politiques publiques avec lesquelles je suis en désaccord profond. Et puis, c'est lui aussi qui a ce type de gouvernance qui ne convient pas du tout, qui est une gouvernance que j'ai qualifiée de clientéliste, puisque finalement, le seul objectif des décisions qu'il prend, c'est de s'assurer les moyens de capter le pouvoir et de le garder. Et jamais, il ne veille au bien commun dans cette région.
Je vous pose la question parce que ces élections intermédiaires sont peut-être le prélude ou préfigure la prochaine élection présidentielle. Et dans cette élection présidentielle, se profile un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Est-ce que ce face-à-face est inévitable pour vous, Najat Vallaud-Belkacama ?
De ce face-à-face, nous ne voulons pas, nous ne voulons plus. Il faut tout faire pour éviter aux Français d'avoir à l'affronter ce face-à-face. D'autant que vous avez vu comme moi les enquêtes d'opinion et vous voyez qu'un certain nombre de gens vous disent que s'ils sont dans l'obligation, s'ils sont pris en otage à nouveau entre ces deux candidats-là, ils s'abstiendront plutôt que de prendre position, ce qui est quand même absolument catastrophique. Donc, il nous faut une alternative, là aussi, au niveau national comme au niveau régional. Et cette alternative, je pense que c'est la capacité de la gauche à s'entendre et à présenter un candidat commun.
Voilà, j'allais dire, on revient sur le problème de l'émiettement et on n'a pas parlé des insoumis encore. Comment réussir à inclure dans cette alternative les insoumis et Jean-Luc Mélenchon ? Parce qu'en 2017, c'était déjà cette question-là et donc, cette fois-ci, comment on y répond cinq ans après ? Vous avez eu le temps de réfléchir ?
Oui, vous savez, il y a des sujets sur lesquels, avec les insoumis, je lisais par exemple récemment ce que Adrien Catanas, pour le citer, disait à propos des métiers du lien, des métiers du care, du soin, de l'attention et du fait qu'il fallait les réhabiliter, les revaloriser. On ne peut qu'être d'accord. Je veux dire, il y a beaucoup de sujets de combat que nous avons en commun. Mais il y a des sujets
majeurs de désaccord et l'Europe notamment.
Oui, et donc, c'est pour ça qu'avec les insoumis, peut-être plus encore qu'avec Europe Écologie Les Verts, il y a un besoin de clarification d'une ligne. Mais si on arrive à faire ce travail, je crois que Olivier Faure, à la tête du Parti Socialiste, essaye de le faire, alors l'idéal, encore une fois, serait de construire une primaire commune.
Une question avant de retourner au standard.
Mais les deux gauches irréconciliables qui avaient été théorisées en 2016 par Manuel Valls, l'ancien Premier ministre...
Auxquelles je n'ai jamais adhéré, je tiens à le dire, cette réflexion-là, je ne la partage pas.
Malgré tout, là, on a l'impression qu'elle s'acte et surtout, qu'est-ce qu'on invente après, du coup ? Parce qu'on est coincé. Alors, ce qu'il faut inventer après,
c'est aussi de convier les citoyens, j'allais dire, autour de la table. Parce qu'en fait, j'ai remarqué que le huis clos entre formation de gauche conduit souvent à avoir des réflexes d'une négociation de place qui sont finalement complètement mortifères parce que ce n'est pas ça qui crée, qui permet d'innover, qui permet de respirer. Donc, je pense que, au fond, inviter des collectifs citoyens ou à l'échelle d'un pays, parce que c'est moins possible des collectifs citoyens, mais inviter, par exemple, des forces syndicales, des forces associatives à contribuer à la réflexion de la gauche, c'est ça qui lui permettra finalement d'être plus imaginative qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Bonjour Isabelle et bienvenue dans le 7-9 d'Inter.
Bonjour, merci d'avoir retenu mes deux questions sur la pollution en Haute-Savoie. Quand vous serez président de la région, premièrement, que comptez-vous faire concrètement contre la pollution liée au camion dans la vallée de l'Arve, qui empêche parfois les écoles de mettre les enfants en récréation dehors, quand même, c'est très important. Et deuxièmement, que comptez-vous faire pour améliorer la mobilité verte dans le triangle Annecy-Genève-Anne-Masse pour lutter contre, un, la pollution et deux, la sclérose ? Merci beaucoup.
Merci pour votre question, Isabelle Najat-Valobel-Cassem.
En fait, notre région, Auvergne-Rhône-Alpes, est vraiment un territoire symptomatique de toutes les questions de changement climatique et de transition écologique indispensable. C'est pour ça que cette question est bienvenue. C'est une région immense
dont on se demande exactement quels sont les contours entre le Bourbonnet et justement les Hautes-Alpes. Il y a des mondes différents.
Il y a des mondes différents et il y a des enjeux extraordinaires et auxquels, honnêtement, une collectivité comme la région peut quand même répondre et c'est l'un des reproches qu'on peut faire à l'exécutif sortant, c'est de n'avoir pas préparé cette transition écologique indispensable, de ne l'avoir pas préparé avec le tissu industriel puisqu'on parlait de pollution de l'air et alors qu'on est la région, de France, il faut le savoir. Donc avec ce tissu industriel, avec ces entreprises, il aurait fallu, y compris en les accompagnant, les aider à s'engager vers la décarbonation de leur activité.
C'est ça qui créera à la fin moins de pollution de l'air et qui préservera du coup la santé de nos enfants. Avec ces entreprises, lorsque je serai présidente de région, moi j'aurai un dialogue qui, encore une fois, acceptera d'avoir un pilotage économique, de les soutenir, de les aider financièrement, y compris, je l'ai dit, je créerai une société d'économie mixte régionale qui me permettra d'intervenir dans les fonds propres en capital des entreprises et non pas en prêt parce que je pense qu'elles ont besoin d'argent frais pour les aider à conduire les investissements indispensables, notamment pour devenir plus écologiquement responsable, on va dire.
Mais je mettrai des conditions, je mettrai des conditions, des conditions écologiques sur l'utilisation des ressources naturelles, des conditions écologiques sur le fait de moins produire de gaz à effet de serre, etc. Et je mettrai également des conditions sociales parce que ça aussi, on l'oublie un peu ces derniers temps, mais il y a une question sociale dans ce pays et donc il y a besoin, par exemple, d'embaucher davantage de personnes en insertion, de personnes en situation de handicap, d'assurer l'égalité professionnelle entre femmes et hommes. Donc ce type de conditions, ce sera mon dialogue avec les entreprises que je soutiendrai.
La campagne est lancée, d'un mot.
Dernière question, vous revenez dans l'arène politique, ça faisait 4 ans qu'on ne vous avait pas entendu. Qu'est-ce qui a changé dans votre manière de faire de la politique ? Qu'est-ce que vous ne referez plus de la même façon ?
Vous savez, je reviens en politique, je n'ai pas vraiment le sentiment de l'avoir quitté, mais disons que j'étais moins dans le commentaire politique immédiat et je n'avais pas de mandat ces dernières années. Je pense que ça m'a fait un bien fou parce que ça m'a permis de me ressourcer intellectuellement, de prendre une forme de recul par rapport à notre fonctionnement quotidien en politique et de voir les grands enjeux, pas simplement de ce pays, mais du monde et finalement d'anticiper mieux. Or, moi, je pense que la politique, c'est l'anticipation. Et ce qu'on peut reprocher, par exemple, au gouvernement actuel, c'est d'être souvent imprévoyant, de ne pas anticiper.
Alors, j'espère, moi, être plus en capacité de le faire.
Merci, Najat Vallaud-Belkacet, d'avoir été l'invité de France Inter. Merci, Najat Vallaud.
Najat Vallaud-belkacem