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interviewBLAST· 11 mars 2022 15 min

GUERRE EN UKRAINE : QUELLES CONSÉQUENCES SUR NOS VIES ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le conflit ukrainien, ouvert le 24 février par l’invasion russe, a très vite pris un tournant international. Les impacts sont considérables. Et entre la menace d’une catastrophe nucléaire ou civile, le boycott des entreprises, le bouleversement des compétitions sportives, la suspension de Netflix en Russie, les démissions au sein du célèbre Bolchoï, on ne sait plus où donner de la tête.

Et tout change si vite, qu’il est difficile de garder le fil des évènements. Et égoïstement, humainement, on s'inquiète des conséquences que tout ceci va avoir sur nos vies, a déjà sur nos vies. Je dis “égoïstement” car ces considérations ne sont évidemment pas comparables à ce que vivent les Ukrainiens.

Ils sont déjà 2 millions à avoir été déplacés par ce conflit. Selon L’ONU, une aggravation de la guerre pourrait pousser jusqu’à 7 millions de personnes à fuir au-delà des frontières ukrainiennes. Sans compter ceux qui restent et ont appris à vivre cachés, dans la peur et l’incertitude quand ce ne sont pas les bombes qui viennent détruire leurs vies… L’exode de centaines de familles.

Beaucoup sont ensuite embarquées dans des bus direction Kiev, le centre, voire plus loin dans le pays vers l’ouest, plus sécurisé pour l’instant. Avec une question en tête : Quand pourront-ils revoir leurs maisons, leurs proches, leurs quartiers ? En France, la guerre en Ukraine s’est déjà répercutée sur le prix des carburants, du gaz et des matières premières agricoles.

Et les effets risquent de se poursuivre. Dans une précédente vidéo, Salomé Saqué a décrypté pour vous l'efficacité que peuvent avoir les sanctions économiques pour tenter de dissuader Vladimir Poutine. Je veux donc vous parler ici des impacts plus généraux de cette guerre, et me concentrer sur les enjeux énergétiques et le risque d’une crise alimentaire mondiale… Des effets étroitement liés à l’autre menace à laquelle nous devons faire face : le dérèglement climatique.

Quels impacts cette guerre a déjà sur nos vies ? Qu’est-ce qui nous attend ? Comment y faire face ?

Réponses dans cette nouvelle vidéo. Depuis le début de la guerre en Ukraine, un engrenage infernal s’est lancé et il est bien difficile de prévoir jusqu’où il ira. Alors que Bruno Le Maire demande aux Français de faire des efforts sur leur consommation d’énergie, que les pénuries énergétiques, alimentaires guettent de nombreuses régions, le conflit révèle chaque jour de plus en plus les fils invisibles qui relient les pays et les rendent dépendants les uns des autres.

Le gazole a ainsi augmenté de 14 centimes le litre en moyenne la semaine dernière depuis l’invasion russe en Ukraine. Deux euros le litre de carburant déjà dépassé dans plusieurs grandes villes françaises. Et cette question : Que peut faire le gouvernement pour alléger la facture ?

En France, les prix du carburant étaient déjà en hausse depuis plusieurs mois, mais cette fois-ci, c’est inédit. Pour la dixième semaine de suite, la facture moyenne du plein d'essence bat de nouveaux records. Elle est désormais bien supérieure qu’au début du mouvement des Gilets Jaunes en novembre 2018.

Pour rappel, à l’époque, ce sont ces prix-là : 1,53 euro pour le gazole, et 1,57 euro pour le SP95 qui avaient mis le feu aux poudres. Ils semblent presque dérisoires aujourd’hui. Cette hausse des prix des carburants est un choc sans précédent pour toutes les personnes qui n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture pour se déplacer ou aller travailler.

En même temps, il faut rouler. On a les enfants à l’école qui ne sont pas à côté de la maison, faut travailler. Donc on subit, on subit l’augmentation, c’est comme ça.

J’ai peur ouais, que tout est trop cher et qu’on a peur que ça monte encore. Même si, dans les faits, le pétrole russe ne constitue qu’environ 13% des importations françaises et que ce sont surtout l'Arabie saoudite et le Kazakhstan qui nous fournissent, la courbe s’envole puisque les augmentations suivent le cours du pétrole sur les marchés, bouleversés par le conflit. Dans la nuit du 6 mars, le baril de brut a frôlé les 140 dollars, son record historique.

Certains spécialistes considèrent que si le conflit s'aggrave, rien n'empêcherait le baril de pétrole d’atteindre les 200 dollars. Pour amortir ce choc pour les ménages français, le gouvernement table sur le plan de résilience. Mais les experts le disent, il faut envisager le pire ou du moins s’y préparer sur l’augmentation des prix du pétrole mais aussi du gaz.

En réalité, ce conflit révèle l’ampleur de notre dépendance européenne aux énergies fossiles et de ses implications géopolitiques. Dans le Monde, Stéphane Foucart écrit : "On le sait, le charbon, le pétrole et le gaz sont les principaux fauteurs de réchauffement, mais ils sont aussi les principales sources de financement de la Russie de Vladimir Poutine." Il ajoute : “Depuis le début des hostilités, ce paradoxe a été maintes fois souligné : notre addiction aux énergies fossiles a armé le maître du Kremlin et permis à son régime de prospérer depuis près d’un quart de siècle”. “L’incapacité à se défaire de nos addictions aux fossiles ne nourrit pas seulement le réchauffement, elle finance la guerre qui nous menace désormais”.

Une semaine plus tôt, lors de la sortie du deuxième volet du sixième rapport du GIEC, Svitlana Krakovska, Ukrainienne et membre du GIEC abondait dans la même direction : "L’argent qui finance cette agression est directement lié au changement climatique, puisque cet argent vient des énergies fossiles, pétrole et gaz. Si nous ne dépendions pas de ces énergies, la Russie n’aurait pas les moyens pour entreprendre cette guerre". Si bien que l’on pourrait se poser une question, et je précise ici que c’est une simple question, je ne suis pas experte en géopolitique : mais que se serait-il passé, si nous avions amorcé bien plus tôt notre transition énergétique en Europe ?

Si nous nous étions affranchis en partie de cette dépendance ? Et oui, la Russie représente aujourd'hui 45 % des importations européennes de gaz et de charbon et 25 % de celles de pétrole. Pour vous donner une idée, l’énergie représentait en 2021 deux tiers des importations de l’Union Européenne en provenance de Russie, pour un montant de 99 milliards d’euros.

Rien que le 3 mars, par exemple, l’Union Européenne aurait versé près d’un milliard d’euros en une seule journée à la Russie pour ses achats de gaz naturel et de pétrole. Mais alors, comment réduire notre dépendance ? Le 5 mars, plus de 500 organisations humanitaires et environnementales de 51 pays ont appelé les dirigeants du monde entier à stopper leurs importations de gaz et de pétrole en provenance de Russie.

Depuis, les appels à l’embargo se multiplient, notamment en France. Dans ce contexte, il n’y a qu’une décision majeure qui doit être prise, c’est de suspendre, d’arrêter les livraisons de gaz et de pétrole venant de Russie. L’embargo, c’est la solution choisie par les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Le 9 mars, Joe Biden a clairement affirmé que les Etats-Unis n'achèteraient plus de pétrole et de gaz à la Russie. Mais l'Union Européenne, qui est bien plus exposée, n'est pas prête à les suivre. Il y a très peu de conséquences.

L’Europe n’a pas du tout adopté ni d’embargo sur le gaz, ni d’embargo sur le pétrole alors que ça avait été fait il y a dix ans pour amener l’Iran à négocier sur son programme nucléaire. Donc à ce stade, on voit que, si je puis dire comme ça, notre boulimie pour les énergies fossiles en Europe continue à fournir des revenus à la Russie. La Russie reçoit environ 100 milliards de dollars par an de l’Europe pour nos achats de pétrole et de gaz et une grande partie de cet argent est investie dans l’armée russe qui aujourd’hui est à l'œuvre en Ukraine.

Elle a annoncé cependant s'organiser pour réduire de deux tiers dès cette année ses achats de gaz à la Russie. Pour diminuer sa dépendance aux hydrocarbures russes mais sans mettre en danger l'économie des pays les plus exposés, la Commission européenne a proposé le 8 mars aux Vingt-Sept de diversifier leurs approvisionnements, gonfler leurs réserves et diminuer leur consommation d'énergie. La feuille de route exacte sera discutée les 10 et 11 mars par les chefs d'État et de gouvernement réunis en sommet à Versailles.

Ils devraient s'engager à "sortir de leur dépendance aux importations de gaz, pétrole et charbon russes.” En réalité, ce que nous montre cette crise, c’est que la lenteur de notre transition énergétique nous rend d’autant plus vulnérables aux chocs, et aux tensions géopolitiques. Alors quelles sont les alternatives ?

Le coeur de l’action, dans tous les cas, ça doit être vraiment la réduction de la demande et en gaz et en pétrole, par l’efficacité énergétique et par les énergies renouvelables. C’est ça, vraiment, que nous Européens, on doit faire de manière urgente. On aurait dû le faire dès 2014, on aurait dû le faire dès 2008, mais mieux vaut tard que jamais.

Beaucoup de voix s'élèvent aujourd’hui pour promouvoir la sobriété et l’efficacité énergétiques, le développement des sources d'énergies renouvelables qui peuvent s’installer rapidement, comme les pompes à chaleur, les chauffe-eaux solaires ou les panneaux photovoltaïques. Il est aussi demandé de développer des transports en commun pour réduire l’utilisation de la voiture etc. Bref c’est un peu tout ce qui est recommandé depuis des années par les experts et les rapports qui tracent une voie vers la neutralité carbone.

Des directions que semble vouloir prendre l’Union Européenne qui appelle aussi à accélérer les efforts de décarbonation dans les bâtiments et dans l'industrie, prévus dans son plan climat pour 2030, dont la mise en œuvre complète permettrait de réduire la consommation européenne annuelle de gaz de 30%. Là vraiment, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce qui est essentiel pour notre avenir climatique et ce qui est essentiel pour notre indépendance géopolitique, cette année, c’est la même chose. Mais revenons à la France, comment gérer d’ici là l’augmentation des factures énergétiques et notamment d'électricité ?

Est-ce que vous dites aux Français aujourd’hui : “Je ne vais pas pouvoir suivre encore plus loin. Il faut peut-être que vous baissiez un tout petit peu la température dans votre logement.” Je leur dis : “ Nous devrons tous, tous faire un effort.

Tous prendre conscience que nous entrons dans un monde nouveau. Tous prendre conscience qu’il va falloir accélérer notre indépendance vis à vis d’énergies fossiles.” Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, appelle TOUS les Français à faire un effort.

Mais rappelons ici que douze millions de Français sont en situation de précarité énergétique. C’est-à-dire qu’ils vivent dans des passoires thermiques et/ou n’ont pas les moyens de se chauffer correctement en hiver. En 2021, un Français sur cinq affirme avoir eu froid dans son logement et en avoir souffert.

Ici se pose, le même problème que pour la transition énergétique, la juste répartition des efforts. Surtout après plusieurs mois de hausse continue des factures énergétiques… Récemment, l'Agence internationale de l'énergie assurait que baisser la température de 1 degré des foyers permettrait à l’Europe d'économiser un peu moins de 10% des importations russes en Europe. Selon l’Ademe, baisser de 1 degré son chauffage permettrait aussi de baisser en moyenne de 7% sa facture.

Mais le problème est qu’à force de le baisser, certaines personnes risquent de ne même plus allumer leur chauffage. Il faudra donc les accompagner. Dans son rapport sur l’énergie en 2040, publié en octobre, le gestionnaire du réseau électrique RTE avait prévenu qu'un bilan carbone neutre ne pourrait être atteint sans une forme de sobriété à l'échelle nationale.

Mais la sobriété, ça se prépare, ça s’accompagne. Elle peut aussi concerner l’essence. D’ailleurs dans les transports si on roule à 110 km/h sur l’autoroute et qu’on diminue de 10% les kilomètres qu’on fait chaque année on va pouvoir se passer du pétrole russe.

La réduction de la vitesse à 110 km/h avait été proposée par la Convention Citoyenne pour le Climat mais rejetée par Emmanuel Macron du fait de son caractère polémique. Pendant ce temps-là, le groupe français TotalEnergies, qui a largement misé sur la Russie pour développer sa stratégie dans le gaz naturel liquéfié et vient de faire un bénéfice record de 14 milliards d'euros, refuse de stopper ses activités dans le pays de Poutine. Toutes ces questions sont autant de challenges pour les candidats et les candidates à l’élection présidentielle aujourd’hui et risquent de rebattre les cartes du débat sur la transition énergétique.

En effet, la protection du pouvoir d'achat et l'inflation, qui touche les prix de l'énergie depuis plusieurs mois, sont devenues les sujets centraux de l'élection. Mais moi ce que je crains, madame Ferrari, c’est que à cette situation de guerre en Ukraine s’ajoute dans les 12 à 18 mois une crise alimentaire mondiale. Et oui, les impacts de la guerre en Ukraine sur le quotidien de millions de personnes ne s’arrêtent pas aux questions énergétiques.

La question du blé, notamment, est aussi sensible, voire encore plus inquiétante. "Les balles et les bombes en Ukraine peuvent amener la crise alimentaire mondiale à des niveaux jamais vus auparavant" a récemment alerté le Programme Alimentaire Mondial. Pourquoi ?

La Russie comme l’Ukraine sont parmi les plus gros exportateurs de céréales dans le monde. Le conflit entraîne une envolée des prix et menace le commerce international. Surtout la guerre rend de plus en plus difficiles les exportations, ce qui met en danger de nombreux pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient.

L’Egypte, par exemple, est le premier importateur mondial de blé. En 2021, 50% de ce blé provenaient de Russie et 30% d’Ukraine. L'Ukraine fournit également 90% du blé consommé au Liban.

Mais le pays exporte aussi une grande partie de sa production de blé et de maïs vers la Chine, l'Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie, le Maroc et le Nigeria. Et l’Europe est aussi concernée : la moitié du maïs européen importé vient d'Ukraine et pour le moment, nous ne produisons pas plus de maïs, donc nous n’avons pas de relais. Sur ce sujet, Sébastien Abis, chercheur à l’IRIS, s’interrogeait récemment . “Si tout cela perdure et s'aggrave, si demain l'Ukraine ne produit pas et ne peut pas exporter, qui la remplace ?".

Ici, la nécessité pour l'Europe de retrouver une forme d’indépendance grâce notamment au potentiel agricole de la France ou encore de l’Allemagne, est de plus en plus soulignée. L’enjeu pour l’Europe est aussi désormais de produire plus pour pouvoir accompagner les pays qui sont aujourd’hui impactés dans leurs possibilités d’accès à l’alimentation, alors qu’ils n’ont rien à voir avec cette guerre. En France, c’est le secteur agricole qui sera aussi touché puisque l’Ukraine est le premier exportateur mondial de tournesol.

Et c'est avec ce tournesol en tourteaux que sont nourris beaucoup d'animaux d’élevages français et européens. Selon les spécialistes, il faudra aussi prévoir des répercussions sur nos courses avec potentiellement une hausse du prix des pâtes, de la baguette ou d’autres produits qui pourrait se faire sentir dans les prochains mois en fonction de la stratégie des distributeurs. Il apparaît donc à nouveau crucial de renforcer notre souveraineté alimentaire.

Un thème qui a déjà été largement évoqué pendant la pandémie. Et il n’y a pas que le secteur agricole qui subit les effets de la guerre. Selon les prévisions, le secteur de l’automobile mais aussi de l’immobilier et de la construction risquent également d’être impactés par les pénuries.

En réalité, toutes ces questions concernant notre souveraineté énergétique et alimentaire sont aussi posées par le dérèglement climatique. Puisque par exemple, selon le dernier rapport du GIEC, les événements climatiques extrêmes vont bouleverser le commerce international tout comme le fait la guerre et donc créer des pénuries. Nous serions donc en train de vivre une forme de répétition générale de ce que nous vivrons bientôt si nous continuons sur cette même trajectoire d’émissions.

Une nouvelle bonne raison d’agir au plus vite pour saisir la brève fenêtre d’opportunité qu’il nous reste pour réduire nos émissions et nous adapter comme le recommande le GIEC. Autrement, les conséquences humaines et matérielles seront de plus en plus vertigineuses. Pour finir sur une note un peu plus optimiste, j’aimerais vous laisser avec les mots de la climatologue ukrainienne Svitlana Krakovska : "Il y a tout de même un point positif.

Ce que prouve ce que nous vivons, ici en Ukraine, c’est que les gens peuvent s’unir, se mobiliser, et qu’il est donc possible de le faire aussi pour le climat et notre planète." C’est la fin de cette vidéo. J’espère qu’elle vous a aidés à y voir plus clair sur les impacts de la guerre en Ukraine.

Nous sommes beaucoup à nous sentir impuissants aujourd’hui face à ce conflit, alors je me permets pour les personnes que ça intéresse de vous partager en lien sous cette vidéo plusieurs moyens de venir en aide aux Ukrainiens, mais aussi, pour ceux qui le peuvent, des conseils pour réduire votre consommation énergétique. Et, comme d’habitude, vous trouverez des liens pour aller plus loin sur le sujet de la vidéo. Pour que cette vidéo soit vue un maximum, vous pouvez prendre quelques secondes pour liker, commenter et la partager sur vos réseaux sociaux.

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