Bertrand Cantat : le documentaire qui relance l’enquête
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Questions et réponses
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M.Fines, bonsoir. Vous êtes journaliste d'investigation. Vous avez participé à cette série documentaire sur Netflix, sur Bertrand Cantat, qui est à l'origine de la réouverture de l'enquête sur le suicide de son ancienne épouse, K.Rady.
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Son avocat se plaindra également d'une dent cassée.
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On est quelques semaines avant le suicide. Elle va s'épancher auprès de ses parents. Que dit-elle ?
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Si elle va à la police, il retourne direct en prison. Il a déjà pris 8 ans.
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Qu'est-ce qu'il y a de pire que la mort d'une femme ?
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Ce qui est terrible avec ce documentaire, c'est qu'il y a des archives qui nous replongent en 2003. Que s'est-il vraiment passé dans cet hôtel de Vilnius ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00M.FinesFait
« On est après la mort de M.Trintignant. Par curiosité, il ouvre le dossier et voit un dossier sur une affaire de violences conjugales. »
- 2:00A.de TarléFait
« Hier, j'ai failli laisser une dent. Mon coude est complètement tuméfié. Un cartilage s'est même cassé. »
- 3:00A.de TarléFait
« Elle dit que les événements qui s'étaient passés en 2003 ne s'étaient pas encore passés alors, mais ça lui arrive aujourd'hui. »
- 4:00A.de TarléFait
« Qu'est-ce qu'il y a de pire que la mort d'une femme ? Il a failli la tuer. »
- 5:00M.FinesFait
« Qu'a pu faire B.Cantat pour que M.Trintignant se retrouve dans le coma à l'hôpital ? »
- 6:00M.FinesFait
« Je me demandais: "Est-ce que c'est un coup de sang, un accident, ou est-ce vraiment de la violence endémique?" »
- 7:00M.FinesFait
« Il isole, il contrôle son téléphone, il est d'une jalousie excessive et il est dans le déni. »
- 8:00M.FinesFait
« La première chose qu'il fait, c'est de rouvrir ce dossier. Je trouve ça extrêmement courageux. »
- 9:00A.de TarléFait
« Ce qui est arrivé il y a 20 ans arriverait de la même façon aujourd'hui ? »
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... ... - A.de Tarlé: M.Fines, bonsoir.
Vous êtes journaliste d'investigation. Vous avez participé à cette fameuse série documentaire sur Netflix, sur Bertrand Cantat, une série qui est à l'origine de la réouverture aujourd'hui de l'enquête sur le suicide de son ancienne épouse, K.Rady, qu'on a retrouvée pendue chez elle le 10 janvier 2010.
Dans cette série, il y a un témoignage accablant sur Bertrand Cantat. - M.Fines: C'est un infirmier de Bordeaux qui est intérimaire, qui va chercher un dossier dans les dossiers médicaux et qui tombe sur un dossier "K.Rady".
On est après la mort de M.Trintignant. Par curiosité, il ouvre le dossier et voit un dossier sur une affaire de violences conjugales.
K.Rady a dit qu'elle a été l'objet de violences de la part de B.Cantat.
Elle va à l'hôpital. Elle va faire constater des coups, des bleus, des ecchymoses et elle a un décollement de cuir chevelu, comme si elle avait été tirée par les cheveux. Elle dit dans ce dossier qu'elle ne veut pas porter plainte contre lui parce que c'est le père de ses 2 enfants. - A.de Tarlé: Son avocat se plaindra également d'une dent cassée. - M.Fines: Effectivement. - A.de Tarlé: On est quelques semaines avant le suicide.
Elle va s'épancher auprès de ses parents. Voici ce qu'elle dit au téléphone à ses parents: "Hier, j'ai failli laisser une dent. Mon coude est complètement tuméfié.
Un cartilage s'est même cassé. Selon moi, Bertrand est fou." Ce qui est incroyable, c'est que c'était une femme qui était une grande gueule et qui va se taire alors que B.Cantat est en liberté conditionnelle.
Si elle va à la police, il retourne direct en prison. - M.Fines: Si on avait su qu'elle avait été l'objet de violences conjugales, puisqu'on est après Vilnius... - A.de Tarlé: Il a déjà pris 8 ans. - M.Fines: La libération conditionnelle aurait été levée.
Il serait retourné en prison. Dans le message dont vous parlez, que dit-elle? Elle dit quelque chose d'encore plus grave.
Elle dit que les événements qui s'étaient passés en 2003 ne s'étaient pas encore passés alors, mais ça lui arrive aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il y a de pire que la mort d'une femme? Il a failli la tuer.
C'est ça qu'elle dit. Elle le dit quand? Elle le dit en 2009, 6 mois avant de se pendre.
Elle laisse un message sur le répondeur de ses parents, qui prennent connaissance du message quand ils rentrent de leur villégiature, qui sont horrifiés. Ils l'appellent. Là, elle dit: "Non, ça va mieux." Pourquoi?
Une femme victime de violences conjugales, c'est quelqu'un qui a parfois des moments de lucidité. Dans ces moments de lucidité, elle dit qu'elle risque sa vie, qu'il a failli la tuer, qu'il lui est arrivé le pire. Ensuite, elle retourne sous emprise.
Elle est incapable de partir. C'est ça qui s'est passé avec K.Rady.
Finalement, comme toutes les femmes victimes forcées... - A.de Tarlé: A l'époque, on disait que c'était un couple qui se disputait.
Il faut être 2 pour se disputer. Ce n'est qu'en 2020 qu'on va mettre dans la loi ce concept de suicide forcé. Il a poussé cette femme au suicide.
C'est ça qu'on lui reproche aujourd'hui. - M.Fines: Quand K.Rady meurt, quand elle se pend, personne ne comprend rien, sauf une femme, une avocate, qui va devenir l'avocate du nouveau copain de K.Rady, puisqu'elle avait rencontré quelqu'un.
B.Cantat lui a remis la main dessus quand il s'est rendu compte qu'elle avait quelqu'un et il l'a harcelée. Cette avocate porte plainte pour violences volontaires contre lui, pour le compte de cet ancien copain.
Aujourd'hui, 13 ans plus tard, on vient de rouvrir. On a perdu 13 ans. Elle porte plainte 1 fois, 2 fois, et à chaque fois, les enquêtes sont refermées. - A.de Tarlé: A l'époque, on se dit... - M.Fines: Pourtant, elle donne le message laissé par K.Rady sur le répondeur de ses parents.
Elle entend des éléments, mais la procureure de l'époque ne veut pas ouvrir. Parce que Cantat est encore un personnage, parce qu'on ne comprend pas. On ne prend pas la mesure de la violence faite aux femmes.
On ne prend pas la mesure...
Aujourd'hui encore, on ne prend pas la mesure du fait que les violences conjugales, psychologiques et physiques peuvent mener quelqu'un au suicide. - A.de Tarlé: Ce qui est terrible avec ce documentaire, c'est qu'il y a des archives qui nous replongent en 2003.
Cette affaire commence avec le meurtre de M.Trintignant en 2003 à Vilnius. On va regarder la bande-annonce de cette série dans laquelle vous êtes longuement interrogée.
On va voir comment, à l'époque, on estimait que les deux étaient responsables. On va même s'apitoyer du sort de ce pauvre B.Cantat en larmes qui explique aux enquêteurs qu'à Vilnius, M.Trintignant l'a frappé. - Bertrand Cantat... - Bertrand Cantat... - M.Trintignant... - M.Trintignant entre la vie et la mort.
Que s'est-il vraiment passé dans cet hôtel de Vilnius? - M.Fines: Qu'a pu faire B.Cantat pour que M.Trintignant se retrouve dans le coma à l'hôpital.? - Bertrand est jaloux, possessif et exclusif. - M.Fines: Est-ce que c'est un accident avec une dispute qui a mal tourné? - C'est un accident. - On est loin de la vérité. - Elle m'a mis un coup de poing au visage et m'a frappé. - Il est invraisemblable de penser que cette frêle jeune femme ait pu renverser à terre un tel gaillard. - M.Fines: En fait, on n'a qu'une vérité, la vérité de Cantat. - A.de Tarlé: Quand on revoit...
J'ai vu la série. On se dit que c'est comme MeToo, une façon de voir les choses avant Strauss-Kahn, les féminicides... - M.Fines: C'est incroyable aujourd'hui de se rendre compte qu'à l'époque... - A.de Tarlé: C'était un crime passionnel... - M.Fines: Je n'ai jamais dit ça, mais les journaux titraient "crime passionnel".
Je me demandais: "Est-ce que c'est un coup de sang, un accident, ou est-ce vraiment de la violence endémique?" Quand j'ai repris l'histoire avec un travail que j'avais fait sur les violences conjugales, avec ce que j'avais appris entre-temps, et que j'ai regardé l'histoire, je me suis dit que c'était un auteur de violences conjugales, avec tous les stigmates d'auteur de violences conjugales: il isole, il contrôle son téléphone, il est d'une jalousie excessive et il est dans le déni. "Ce n'est pas lui qui a commencé, c'est elle qui a tapé la première". - A.de Tarlé: Il y a une omerta.
Il est membre du groupe Noir Désir. Même K.Rady.
C'était son épouse au moment du meurtre de M.Trintignant. Elle est interrogée par le juge à Vilnius.
Elle va dire: "Je n'ai jamais subi de violences de la part de Bertrand." Tout le monde l'adule. On a vu le patron d'Universal dire que c'était un accident. - M.Fines: Je ne sais pas si, à l'époque, K.Rady est une femme libre quand elle dit ça.
Elle est une femme sous emprise, avec, autour d'elle, les membres du groupe Noir Désir qui la tiennent et un avocat, dont elle est l'atout maître. Cantat a besoin au tribunal qu'elle dise qu'il n'a pas été violent avec elle. C'est ce qu'elle va faire et elle sera la victime d'après.
Tous les gens qui se taisent dans ces histoires de violences conjugales sont complices. Les membres de Noir Désir ne parlent pas aujourd'hui. Personne n'a parlé.
Il y en a un qui a parlé, sous couvert d'anonymat, à l'une des co-réalisatrices de la série. Il a dit: "Oui, Bertrand Cantat a été violent avec K.Rady auparavant." Il y a une omerta parce qu'il y a une peur.
Cantat fait peur. - A.de Tarlé: Icône de la musique, engagé à gauche et qui cogne sa femme. - M.Fines: Absolument. - A.de Tarlé: L'hypocrisie... - M.Fines: On peut être de droite ou de gauche dans les violences faites aux femmes.
Ce n'est pas la question. - A.de Tarlé: Il était porteur de valeurs. - M.Fines: Oui.
Cette image est un peu en décalage avec ces valeurs-là. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est le regard que la justice pose. Un procureur, qui n'est pas n'importe quel procureur...
C'est l'ancien procureur de Nantes. C'est quelqu'un qui a toujours porté les violences faites aux femmes. Il arrive.
La première chose qu'il fait, c'est de rouvrir ce dossier. Je trouve ça extrêmement courageux. - A.de Tarlé: Pour violences conjugales.
Qu'est-ce qu'il risque, aujourd'hui, Bertrand Cantat, s'il est rattrapé? - M.Fines: Ce n'est pas ouvert pour suicide forcé, curieusement, mais pour violences volontaires.
C'est 10 ou 15 ans. Le suicide forcé, c'est 10 ans. Ce sera peut-être reconsidéré en suicide forcé, mais on n'en sait rien.
Ca dépendra des témoignages. - A.de Tarlé: Certains témoignages n'ont pas été diffusés dans le documentaire parce que les gens veulent rester anonymes.
C'est ce que dit l'auteur. On ne sait pas ce que B.Cantat risque.
Aujourd'hui, il est libre. Il vient de sortir un 2e album avec son nouveau groupe. - M.Fines: Les gens ont donné beaucoup plus d'argent que ce qu'il demandait. - A.de Tarlé: Ce qui est arrivé il y a 20 ans arriverait de la même façon aujourd'hui?
Est-ce que l'époque a changé? On écouterait plus volontiers la version de K.Rady ou de M.Trintignant? - M.Fines: L'époque commence à changer.
Sur les féminicides, on a fait le travail. Maintenant, on comprend. En revanche, sur tout ce qui est harcèlement moral qui mène quelqu'un au suicide, ce qu'on appelle le suicide forcé, personne ne comprend les mécanismes et personne n'imagine qu'on puisse pousser quelqu'un au suicide.
Je trouve très intéressant, parce que la justice ne prend pas la mesure de ce qui se passe dans le huis clos d'un couple, qu'un procureur porte ce débat et ouvre une enquête là-dessus. - A.de Tarlé: Merci beaucoup, M.Fines, d'être venue nous parler de ce qu'on appelle le cas Cantat, qui est rattrapé par la justice, suite à cette série documentaire à laquelle vous avez participé.
Tout de suite, "C dans l'air".
Xavier Bertrand