Casting gouvernemental, inflation, prix de l'électricité... Le "8h30 franceinfo" de Fabien Roussel
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Bonjour Marie Toussaint. Bonjour. Des pneus brûlés du lisier déversé sur les murs de la préfecture d'Agen hier. Certains agriculteurs craquent dans l'attente des réponses du gouvernement.
Je pense qu'ils ont compris qu'on était sacrément une colère. Là, s'ils n'ont pas compris, ils ne comprennent jamais de l'air. Maintenant, la nation qui vous emmerde. Des tracteurs arrivent au moment où l'on parle en région parisienne. Est-ce que vous craignez que la mobilisation dégénère ?
Je ne crains pas. Moi, ce que j'entends, c'est beaucoup de colère. Une colère légitime au regard de la situation économique de ces paysans. Une colère, mais aussi beaucoup de désespoir. Je crois que c'est ce qu'on entend dans ce que vient de dire le monsieur que vous venez de montrer à l'antenne. Donc, qu'il manifeste cette colère, qu'il l'exprime, qu'il porte ce désespoir. Je pense que c'est compréhensible. Mais ce qu'il faut surtout, ce sont des réponses politiques, des réponses à la fois immédiates et de long terme à ce moment et à cette crise.
Les forces de l'ordre étaient présentes hier devant la préfecture d'Agen, mais ne sont pas intervenues. Vous comprenez cette précaution ?
Bien sûr. Bien sûr. Et je pense qu'il faut soutenir et permettre les manifestations partout où elles sont. Et vous savez, j'ai entendu monsieur Darmanin parler de modération et appeler à la modération envers les agriculteurs et les agricultrices qui se mobilisent. Et donc, je dis oui, il faut de la modération. Après, je lui rappellerai bien sûr de l'utiliser à chaque étape. Parce que la défense de la démocratie, du droit de manifester, de l'état de droit, il ne dépend pas des sujets. Mais en tout cas...
Vous n'êtes pas ceux qui disent qu'il y a du deux poids, deux mesures ? Parce que quand c'est les écologistes qui manifestent, qui font des mobilisations, on les déloge tout de suite. Et quand il s'agit d'agriculteurs, on les laisse faire.
Oui, c'est ce que je dis. Quand on appelle à la modération envers les agriculteurs, c'est à raison. Il faut que ce soit le cas aussi dans les autres domaines.
Et quand Yannick Jadot dit que les militants et écologistes seraient en prison s'ils avaient fait la même chose, vous reprenez ces mots ?
J'appelle à la modération dans tous les cas. Je viens de le dire. Quelles que soient ses opinions, on doit avoir le droit de manifester. Maintenant, ce à quoi j'appelle également, c'est à ne pas utiliser la violence. Voilà. Il faut être non-violent. Les actions de manifestation, d'expression de son opinion doivent être autorisées sur le territoire français, comme d'ailleurs plus largement dans le monde.
Et si on en vient au fond, la FNSEA, le principal syndicat agricole, a publié hier soir une centaine de revendications. On attend les réponses de Gabriel Attal. Est-ce qu'il faut qu'il se contente tout de suite d'un maximum de réponses sur ces revendications, soit le plus urgent ?
Vous voyez bien que le mouvement, il vient du terrain. Et donc, moi, je veux vous dire deux choses. C'est un mouvement qui vient du terrain. Et donc, les organisations syndicales essayent de s'en saisir et de poser des revendications sur la table. Mais ça ne correspond pas nécessairement à ce que souhaitent les personnes qui ont porté cette mobilisation.
Elles sont déconnectées, les revendications de la FNSEA ?
Eh bien, quelque part. Parce que mon deuxième point, c'est que la FNSEA a été quelque part en co-gestion de ce modèle agricole, qui est un modèle agricole incroyable dans notre pays.
C'est le principal syndicat agricole, la FNSEA. Exactement.
Elle ne représente pas suffisamment le monde agricole, selon vous ? Écoutez, on a une FNSEA, d'abord avec une organisation nationale qui est assez différente de ce qui se passe sur le territoire. Les FDSEA, les fédérations départementales, ont parfois des opinions très différentes. La réalité, c'est que la FNSEA a été dans la co-gestion, dans la co-décision de ce modèle agricole qui est fou. Je veux dire, on a à la fois des prix alimentaires qui explosent, plus 10%, des revenus paysans qui s'effondrent, moins 10% pour les paysans ces dernières années, un gaspillage alimentaire massif et une très grande détresse, des petits paysans qui souffrent.
On a un paysan sur cinq qui est aujourd'hui en situation de pauvreté, des paysans qui n'arrivent pas à y voir clair. Mais pardon, mais c'est ce que dit la FNSEA.
Hier, Arnaud Rousseau était à votre place, le président de la FNSEA. Et donc, lui, il a expliqué ce que vous venez d'expliquer. Et il dit, nous, on a un problème aujourd'hui, c'est la multiplication des normes. Et notamment, la multiplication des normes écologiques. Quand il dit ça, vous ne pensez pas qu'il porte la voix de tous les paysans de France ? Alors, quand il dit ça, peut-être.
Mais qui est Arnaud Rousseau ? Arnaud Rousseau est un businessman. qui fait de l'industrie, qui fait en réalité des biocarburants. Donc, je ne sais pas ce qu'il connaît de la réalité de ce que vivent les éleveurs bovins, par exemple. Mais sur le fond, il est discuté les viticulteurs.
Mais sur le fond, il y a des objectifs européens pour 2030.
M. Rousseau vient nous dire, nous sommes contre les accords de libre-échange. Nous, les écologistes, nous sommes contre les accords de libre-échange. Mais il importe du poulet de mauvaise qualité d'Amérique latine. Donc, on voit bien qu'il y a des injonctions contradictoires.
Quand vous dites il, c'est lui. Arnaud Rousseau qui importe...
Bien sûr, et son groupe.
Quand même, pour reprendre les arguments qu'il donnait hier, il dit, voilà, les objectifs européens pour 2030, les objectifs du Green Deal, c'est moins 50% pour les pesticides, moins 30% pour les engrais, 25% d'agriculture biologique. Et il dit, ce n'est pas atteignable. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Je réponds, non pas à M. Rousseau, mais aux agriculteurs et aux écologistes. On voit bien qu'il y a un piège qui nous est tendu, qui souhaite nous opposer les uns aux autres. Il ne faut pas tomber dans ce piège. Et j'appelle les agriculteurs et j'appelle les écologistes à ne pas tomber dans ce piège. Alors, c'est atteignable ou pas ? Le problème, vous voyez bien, c'est la situation socio-économique dans laquelle ces agriculteurs et ces agricultrices sont. Je vous ai parlé du seuil de pauvreté. On pourrait parler des retraites. Une agricultrice, sa retraite moyenne, c'est 570 euros. Est-ce que c'est tolérable pour des gens qui ont passé leur vie à travailler jour et nuit pour nous nourrir ?
Mais on est d'accord pour dire ça, Marie-Coussin.
Les agriculteurs disent ça. Vous dites ça ce matin. Les agriculteurs disent aussi, en fait, on n'arrive pas à manger nous-mêmes parce qu'en fait, on a trop de normes. On subit trop de normes, et notamment des normes écologiques.
Le problème, ce n'est pas le pacte vert et les lois écologistes qui protègent. Le problème, ce sont la PAC, cette PAC qui est éminemment inégalitaire, qui donne 80% des subventions à seulement 20% des exploitations qui sont les exploitations industrielles. Le problème, c'est le modèle économique avec le libre-échange qui vient introduire de la concurrence, qui est une concurrence déloyale envers les agriculteurs. Et le problème, c'est aussi ce modèle économique qui fait que toutes les marges sont accaparées par la distribution et les transformateurs. Je vous ai dit des prix alimentaires qui explosent et des revenus qui diminuent. Donc, il y a bien un problème quelque part dans ce modèle-là.
C'est ça le problème.
Et il n'y a pas un problème dans le Green Deal ? Rentrons juste, pardon, j'essaie de rester sur les normes écologiques européennes. J'allais vous répondre. C'est le plan Farm to Fork, de la ferme à la fourchette, le Green Deal qui pose problème. C'est ce que disent les agriculteurs. La majorité politique, aujourd'hui... Plan qui pourra atteindre, juste pour que les gens puissent comprendre en quoi il consiste, plan qui pourra atteindre les objectifs dont a parlé Jérôme, oblige les agriculteurs à importer, du moins la France à importer, parce qu'on doit par définition diminuer nos productions agricoles. Ça, ce n'est pas un problème.
La majorité politique, aujourd'hui, en Europe, a adopté une PAC qui va en contradiction avec tous les objectifs de protection de l'environnement. C'est ça la réalité. Il y a eu des choix qui ont été faits, qui continuent à être faits. On s'apprête à signer cet accord de libre-échange avec le Mercosur, donc avec l'Amérique latine qui va introduire cette concurrence-là. La majorité politique, aujourd'hui, en Europe, n'est pas la bonne. Et vous savez, les vrais sont le seul groupe politique qui s'est opposé unanimement à cette PAC. Vous ne répondez pas à ma question. Mais si, parce que c'est le modèle économique qui étrangle les agriculteurs aujourd'hui.
Et vous comprenez bien que les agriculteurs sont les premiers amoureux de leurs terres. Ils aiment avoir des terres qui sont fertiles, où il y a de l'eau, où il y a des haies, où il y a de la biodiversité. On a un déclin des polonisateurs incroyables. Et on entend, sur les ronds-points et dans les témoignages dans les médias, des agriculteurs qui disent, mais attendez, moi, j'ai de plus en plus de gens autour de moi qui souffrent de cancer. Et donc, nous aussi, nous voulons cette diminution des pesticides. Nous aussi, nous voulons cette transition écologique. On est à Perpignan. Mais ils ne disent pas aussi rapidement parce qu'on n'a pas d'alternative.
Il fait plus de 20 degrés au mois de janvier. Et donc, qu'est-ce qu'ils disent ? Ils nous disent, nous ne pouvons pas mener cette transition si nous avons des difficultés financières qui sont si importantes. Et nous ne pouvons pas les mener au civique. Et donc, répondons à la question de la sécurité économique et sociale. Et nous serons en capacité de faire la transition.
Marie Toussaint, on va continuer d'examiner tous ces arguments, parfois très contradictoires. C'est ce qui est intéressant. Vous êtes avec nous jusqu'à 9h, la tête de liste des écologistes aux élections européennes. On marque une pause. On vous retrouve juste après le fil info, 8h41, Damien Mestre. Une opération escargot en cours sur la rocade bordelaise. L'autoroute A7 bloquée dans toute la traversée de la Drôme. Les actions d'agriculteurs se poursuivent. Ce matin, la FNSEA réclame plusieurs centaines de millions d'euros pour répondre à une centaine de demandes. Le grand rabbin de France évoque des chiffres terrifiants ce matin sur France Info.
Le nombre d'actes antisémites enregistrés en France a été multiplié par 4 en un an, selon un rapport du CRIF, des actes qui ont explosé depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre dernier. La Cour suprême des Etats-Unis refuse de suspendre l'exécution de ce prisonnier dans l'Alabama. Exécution qui doit se faire par inhalation d'azote. C'est une première dans le pays. Les Nations Unies dénoncent une forme de torture. Elle se dit heureuse d'avoir infiltré un Boys Club, Posi Simons, la lauréate du Grand Prix du Festival de la Bande dessinée d'Angoulême. C'est la cinquième femme à recevoir cette récompense en 50 ans.
France Info
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia.
Toujours avec Marie Toussaint, la tête de liste Europe Écologie Les Verts aux Européennes. Pour faire face à la colère paysanne, vous avez des propositions. On va les voir chacune ensemble. Vous en avez fait référence, les accords de libre-échange, vous voulez y mettre fin. Ce n'est pourtant pas ce que demande, là encore, la FNSEA, le principal syndicat agricole. Écoutez ce que disait Arnaud Rousseau hier. Il était à votre place.
Je dis en tous les cas qu'il faut qu'on puisse continuer à commercer, parce que là aussi, restons lucides. Quand on boit un café le matin à cette heure-ci, ce ne sera pas une production française demain. Donc on n'est pas en train de dire qu'il faut fermer les frontières. On exporte des céréales, on exporte des vins et spiritueux. En tous les cas, il faut de la réciprocité.
Mieux négocier les accords de libre-échange plutôt que se refermer sur soi-même, c'est ce qu'il dit. Vous êtes d'accord avec ça ? Il faut la fin des accords de libre-échange.
Et je veux être très clair là-dessus, il faut la fin des accords de libre-échange. Et on comprend bien que quand on signe un accord avec la Nouvelle-Zélande pour importer des moutons et des brebis de l'autre bout du monde, on ne peut pas faire plus loin de l'Europe que la Nouvelle-Zélande. Quand on signe des accords avec le Mercosur pour emporter des bœufs qui sont souvent élevés dans des fermes usines, etc., on voit bien qu'on est en train d'imposer aux paysannes et aux paysans européens une concurrence qui est une concurrence déloyale.
Mais les agriculteurs qui nous écoutent, ils exportent eux aussi et sortir du libre-échange, c'est limiter les exportations, limiter leurs revenus ?
Non. Bah sinon, ils vendent moins. Non. Et vous savez, on peut tout à fait rester dans un modèle qui est un modèle non pas de fermeture à l'égard du reste du monde, mais de relations équilibrées. Donc de relations dans lesquelles on s'oppose effectivement à l'importation de produits qui sont produits avec des normes qui sont inférieures aux nôtres.
Alors là, c'est autre chose. C'est ce qu'on appelle les clauses miroirs qu'il faudrait systématiser, c'est ça ?
Oui. Mais si on met en place des clauses miroirs, vous voyez bien qu'au fond, on sort des accords de libre-échange. Et puis on peut continuer à exporter. Non, on peut négocier. C'est une question de négociation, c'est ce que disait Arnaud Rousseau. Le libre-échange, le principe du libre-échange, ce n'est pas le commerce. Le libre-échange, c'est de dire on enlève tous les droits de douane. Donc vous voyez bien qu'il y a une contradiction entre les deux. Mais on peut continuer à échanger des produits de qualité. On peut continuer à échanger des AOP. On peut continuer à échanger du bio. Voilà. Donc tout ça, on peut le faire. Donc il faut sortir de ces accords de libre-échange.
Je crois que c'est une absolue nécessité et que contrairement à ce que raconte M. Rousseau, c'est exactement ce qu'on entend aujourd'hui sur le terrain.
Alors il y a une autre de vos propositions qu'il faut examiner. Et vous proposez, pour commencer, l'annulation de la dette des agriculteurs. Vous dites que c'est par ça qu'il faut commencer, sachant que l'endettement moyen par exploitation, c'est à peu près 200 000 euros. Ça représente combien au total ?
Alors la dette, c'est plusieurs milliards, mais je veux préciser. Parce que vous dites, vous avez trois propositions et ça fait système en réalité. Et donc je dis, oui, on a besoin à un moment de faire table rase, de recommencer à zéro et de se dire, on annule la dette. La deuxième chose, c'est qu'on assure une prévisibilité. Et la troisième, c'est qu'on sorte des accords de libre-échange et qu'on reprenne en main le modèle économique. J'y reviens, vous ne vous en faites pas, je ne vais pas éluder la question. Sur la dette, on a une dette qui est conséquente, qui vient étrangler les agriculteurs. Pourquoi ?
Eh bien parce qu'on a une PAC, encore une fois, c'est le problème, qui finance à l'hectare. Et donc ça pousse les agriculteurs à toujours acheter plus d'hectares. Dès qu'ils peuvent, hop, ils achètent un hectare. Sauf que pour pouvoir acheter cet hectare et pour pouvoir le cultiver, ils achètent des machines. Parce que le système, c'est le fonctionnement à l'hectare et non pas le fonctionnement à l'actif, au nombre de salariés. Donc la première chose à faire, c'est de dire, on annule les dettes à la MSA, à la mutualité sociale agricole. Ça représente combien ? Ça représente un certain montant, mais l'argent est là dans la PAC, il y a des centaines de milliards d'euros dans la PAC.
400 000 exploitations, endettées en moyenne à hauteur de 200 000 euros. Alors je ne sais pas, on peut faire la multiplication, je ne sais pas si ça a du sens, mais ce n'est pas des milliards, c'est des dizaines de milliards. On est plutôt autour de 80 000.
Il faut que vous me permettiez de développer.
Mais c'est important.
On dit, voilà, on annule les dettes à la MSA. C'est quelque chose qu'on a utilisé dans plusieurs des crises agricoles. La première des raisons de l'annuler, c'est pourquoi c'est pour dire, on entend la colère légitime des agriculteurs aujourd'hui dans notre pays. La deuxième chose, c'est de lancer un audit des dettes, en particulier des dettes des petites exploitations. Parce que ce n'est pas l'agro-business, ce ne sont pas les grosses exploitations qui ont besoin qu'on annule leurs dettes. Ils se débrouillent. Mais par contre, des petites exploitations. Et donc, on fait cette audite et on termine par un plan d'appuration de ces dettes.
Et on essaye de lier efficacement l'appuration des dettes à la transition écologique. Et qui va payer ? Encore une fois, la PAC a des centaines de milliards qui ne sont aujourd'hui d'ailleurs pas déversés, pas reversés aux agriculteurs. Ils en demandent le reversement immédiat et ils ont bien raison. Et nous les soutenons dans cette direction-là.
Donc, quand il y a des exploitations qui sont financées en fonds propres, c'est ce qu'on va dire aux banques, on annule les dettes ?
Eh bien, on peut aussi demander aux banques effectivement un effort. Je crois que c'est tout à fait possible. C'est pour ça qu'elles vont dire oui. Mais vous savez, on nous parle souvent, on nous dit souvent que les fonds manquent. Alors, je vais faire un petit écart et ne pas vous parler du modèle agricole. Mais la majorité politique aujourd'hui en Europe est en train de remettre sur la table un pacte de stabilité budgétaire qui va empêcher tout investissement dans la transition écologique dont nous avons impérativement besoin, y compris pour les paysannes et les paysans de ce continent.
Mais on vous répondra que nous sommes un pays qui est endetté aujourd'hui à hauteur de 3 000 milliards d'euros. Exactement.
Et donc, ce pacte de stabilité, il va empêcher tout investissement. Et donc, en fait, il faut les changer les règles. Il faut parler de soutenabilité de la dette, de comment est-ce qu'on est en capacité de la rembourser, plutôt que de son montant de façon...
Alors, il y a une négociation compliquée qui s'annonce avec l'annulation de la dette. Vous proposez aussi un revenu garanti pour les agriculteurs, pour tout le monde ?
Alors, ce que je demande, c'est une visibilité pour les agriculteurs sur 3 ans, sur les revenus dont ils vont pouvoir bénéficier. Aujourd'hui, tout est en bourse. Et donc, les agriculteurs ne savent pas, c'est un peu le loto, ils ne savent pas combien ils vont gagner, ni dans la semaine, ni dans le mois, ni dans l'année. Mais alors, un revenu garanti pour qui ? On a besoin de garantir la prévisibilité. J'ai mentionné le revenu garanti comme étant l'une des possibilités. Et donc, on peut dire que oui, les agriculteurs, pendant 3 ans, vont recevoir un certain niveau de revenu, on leur garantit la réception de ce revenu, de sorte à quoi ?
De sorte, justement, à pouvoir opérer les transformations qui sont nécessaires dans le monde agricole. Et donc, moi, je veux vraiment dire aux agriculteurs et aux agricultrices, nous comprenons que pour vous, c'est compliqué. Et quand, dans les manifestations, on voit un agriculteur avec une pancarte de pendu et en disant, aujourd'hui, c'était lui, parce qu'on compte 2 suicides par jour chez les agriculteurs, et demain, ce sera moi. Eh bien, quand on voit ça, on ne peut que se dire, garantissons l'heure d'y voir clair.
Mais pardon, là encore, Marie Toussaint, un revenu garanti de combien ? Pour qui ? Ça concerne combien de personnes ? On a 400 000 exploitations en France ? Dites-nous.
Non, mais là où vous avez raison, c'est que les réalités agricoles sont éminemment différentes. Et que donc, quand on a un élevage, quand on a une ferme-usine, quand on a un viticulteur, les solutions ne sont pas toujours les mêmes. Mais un revenu garanti, là encore, c'est possible. Et je pense qu'on peut se dire qu'on peut... Et là, pareil, on va le chercher où, le revenu garanti ? Mais dans la PAC !
Vous savez que la PAC, elle permet déjà à pas mal d'agriculteurs de subvenir aux besoins. Il y a plein d'agriculteurs qui peuvent résister grâce à la PAC.
La PAC, elle est indispensable. Elle est nécessaire et elle est indispensable. Aujourd'hui, encore une fois, on rémunère à l'hectare. Ce que ça veut dire, c'est qu'on donne beaucoup d'argent aux plus grands exploitants, à ceux qui ont des pratiques de destruction de l'emploi et de destruction des écosystèmes. Et donc, cette PAC, il faut la changer. Et vous savez, ce sera la première des tâches de la prochaine mandature. Le 9 juin, il y a les élections européennes.
Il faut absolument que la prochaine PAC, qui sera négociée juste après, permette cette transition, permette de faire revenir de l'emploi sur les territoires, s'occupe de la question de l'installation des paysans et garantisse le fait que nous protégions tant les écosystèmes que la santé des agriculteurs et évidemment de leurs revenus. C'est un choix politique que nous pouvons faire.
Marie Toussaint avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On laisse passer le fil info. On se retrouve dans 1 minute 8h50. Damien Mestre. Les agriculteurs veulent se rapprocher de la capitale. Une opération escargot est en cours en ce moment dans les Yvelines, à une vingtaine de kilomètres de Paris. Le temps de parcours sur la 12 est estimé à 1h15 contre 6 minutes habituellement. Par ailleurs, les agriculteurs ont vidé des camions de marchandises étrangers cette nuit sur l'autoroute A7. C'est la fin de plusieurs mois de débat à l'Assemblée. Et dans la rue, le Conseil constitutionnel doit rendre cet après-midi sa décision concernant les 86 articles de la loi immigration votée en décembre dernier.
Il y aura un procès en appel pour Olivier Dussopt. Le parquet national financé annonce faire appel après la relaxe de l'ancien ministre du Travail, Olivier Dussopt, qui était jugé pour des soupçons de favoritisme dans l'attribution du marché public de l'eau de la commune dont il était maire en 2009. Le Paris Saint-Germain pour la première fois sur le podium des clubs de football générant le plus de chiffres d'affaires dans le monde. Le club de la capitale a la troisième place derrière Manchester City et le Real Madrid.
France Info
Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis, Salia Braclia
Et Marie Toussaint, la tête de liste, les écologistes aux élections européennes. La politique, c'est résoudre des contradictions, on en a tous. Et d'après le Haut Conseil pour le Climat ce matin, la consommation alimentaire représente 22% de l'empreinte carbone des Français. Dans l'immense majorité, il s'agit de viande. Dire qu'il faut manger moins de viande avec ce qui se passe aujourd'hui, avec les éleveurs qui manifestent en ce moment, est-ce que c'est audible ?
D'abord, je vous remercie de parler du climat, parce que je pense que c'est le défi de notre siècle et que c'est absolument essentiel et que nous, les écologistes, nous continuerons à nous battre sur le climat. Je réponds à votre question. Diminuer la consommation de viande, oui, c'est nécessaire si nous voulons préserver le climat et la santé. Maintenant, vous opposez la réduction de la consommation de viande à la situation des agriculteurs sur notre territoire. Mais on vient de parler pendant longtemps des accords de libre-échange.
Et vous comprenez bien qu'aujourd'hui, la viande qui est produite sur le territoire n'est pas tout à fait la viande que nous consommons, que nous passons notre temps à importer de la viande. Je vous ai parlé des moutons de Nouvelle-Zélande, du bœuf d'Amérique latine. Donc il n'y a pas d'opposition entre les deux.
Les bœufs d'Amérique latine, ils polluent autant que les bœufs français, si on met à part le transport.
Si vous mettez à part les fermes-usines, le transport, la déforestation, ça pollue beaucoup plus de les faire venir d'Amérique latine que d'Europe, vous savez. Mais si on revient à une souveraineté alimentaire, c'est-à-dire qu'on essaye de produire sur le territoire, de transformer, de transporter sur le territoire, sur le continent, toute notre production agricole, que ce soit l'élevage ou autre, vous savez, les agriculteurs iront mieux. Donc vous ne dites pas manger moins de viande aux Français ? J'ai dit qu'il faut aller vers la réduction de la consommation de viande si nous voulons sauver le climat. C'est un impératif.
Mais je dis aux agriculteurs, cela ne veut pas signifier nécessairement la chute de vos revenus.
Vous êtes députée européenne, candidate aussi, tête de liste écologiste. Le Parlement débat depuis hier sur les nouveaux OGM, des plantes plus résistantes aux maladies. Les chercheurs espèrent que ça permettra de recourir le moins possible aux pesticides. Pour vous, les OGM, même s'ils sont nouveaux, même s'ils sont de nouvelles générations, c'est non ?
Alors des OGM restent des OGM. Et donc pour les écologistes, c'est non. Et nous n'avons eu de cesse à travers les décennies d'interpeller sur les dangers que représentent les OGM. C'est important que vous me posiez cette question parce que les Françaises et les Français ne savent pas que l'Union européenne s'apprête avec le soutien proactif du gouvernement actuel, d'Emmanuel Macron, à introduire sur le territoire sans traçabilité aucune des OGM. Ça veut dire que les consommateurs ne sauront pas, les consommatrices ne sauront pas qui les elles consomment des OGM. Donc j'appelle tout le monde à se mobiliser.
Nous avons besoin de nous battre pour préserver la transparence sur notre alimentation. Et puis vous savez, cette fable que les OGM permettraient de réduire les pesticides, elle a été clairement déniée, reniée par les faits. Et on voit bien qu'à chaque fois qu'on a développé des OGM, c'était des OGM qui étaient plus résistants aux herbicides et aux pesticides et donc qui ont conduit à l'utilisation des herbicides et des pesticides.
Mais ce n'est pas plus performant de produire aujourd'hui des OGM plutôt que des plantes classiques ?
En ayant recours aux pesticides ? Alors, les scientifiques, les organisations internationales, tout le monde nous dit qu'avec l'agroécologie, nous pouvons produire plus, nous pouvons produire mieux, plus respectueux de la santé et des écosystèmes. Donc on en revient à cette question, il faut opérer cette transformation agricole et cesser de se réfugier dans des technologies supposément salvatrices et qui vont nous permettre de régler tous les problèmes. Non, non, c'est la nature qui nous aide à régler les problèmes.
Marie Toussaint, le Conseil constitutionnel rend sa décision aujourd'hui sur la loi immigration. Le gouvernement semble décider à mettre en œuvre les mesures qui ne seront pas censurées par les sages, à les mettre en place au plus vite. À en croire plusieurs sondages, ce texte a le soutien d'une grande majorité de l'opinion publique. Est-ce pas le signe que sur ces questions-là, à gauche, vous êtes déconnectée des préoccupations des Français ?
Non, je ne crois pas. Je ne crois pas et je pense que si on savait poser les questions autrement, eh bien on aurait des réponses différentes. Je pense que si on demande aux Françaises et aux Français, est-ce que l'on supporte le fait que des personnes meurent de froid dans la rue, par exemple, eh bien la réponse serait non. Donc il faut vraiment réexpliquer les choses. Ce texte, il vise à quoi ? Il vise à réduire à la précarité un certain nombre de personnes qui arrivent sur notre territoire. Il faut rappeler que ce texte est le texte le plus dur, le plus répressif que nous ayons adopté depuis la libération, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Rien que ça.
Il faut expliquer qu'en durcissant les conditions de vie des étrangers sur notre territoire, on n'assèche en rien les origines de la migration. Ces personnes vont continuer à arriver, mais on précarise encore plus des hommes et des femmes dont la vie est déjà éminemment difficile. Éminemment difficile. Et donc ce texte ne résout rien. Vous parliez du Conseil constitutionnel et vous savez, moi je suis juriste. Je suis juriste et ça ne m'amuse pas qu'on joue avec le droit. Et donc quand je vois le gouvernement céder à la droite et à l'extrême droite et adopter sciemment des mesures qui sont contraires au droit, eh bien je crois que c'est indigne. Et vous savez, ce texte, il a un nom.
C'est le texte de la honte et j'appelle tous les humanistes et tous les républicains à s'opposer à cette loi.
Juste comme juriste, vous faites un pronostic sur les décisions du Conseil constitutionnel cet après-midi ?
De toute évidence, les dispositions de cette loi, certaines dispositions de cette loi sont contraires à la Constitution. Et l'économie générale du texte est contraire aux valeurs de notre République.
Alors à propos de la Constitution, sur un autre sujet, la Constitution n'est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux. C'est ainsi que Gérard Larcher, le président du Sénat, à votre place avant-hier, a justifié son refus d'inscrire la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Je réponds que la Constitution, c'est le reflet des valeurs de notre pays, de notre nation. Et que oui, notre nation peut décider de la liberté des femmes à disposer de leur propre corps. Et même que notre pays doit garantir la liberté et le droit des femmes à disposer de leur corps. Lui, il dit qu'il y a la loi, la loi est suffisante. La loi n'est pas suffisante, et on le voit bien. Et on le voit en Europe, d'ailleurs. S'il pouvait lever le nez un petit peu de son Sénat et de sa famille politique, on voit bien qu'en Pologne, qu'en Hongrie, qu'en Italie, parfois même qu'en Espagne, le droit des femmes, la capacité des femmes à accéder à un avortement sûr est menacé.
On n'est jamais à l'abri d'une crise qui fasse reculer les droits des femmes. Cette menace existe en France ? Bien sûr, on ne peut pas se sentir à l'abri de tous les dangers du monde. On a bien vu, par exemple, on pensait que la guerre ne serait plus présente sur le territoire européen. Et on voit bien la terrible guerre que Vladimir Poutine mène à l'Ukraine.
Mais comme juriste, il y a beaucoup de juristes qui disent que l'inscription, dans cette formulation en tout cas, de la liberté d'avorter dans la Constitution, ça ne changerait strictement rien, ce serait purement symbolique.
Moi, je vais vous dire, j'aurais préféré qu'on parle de droit. Maintenant, une liberté garantie, si on l'inscrit dans la Constitution, allons-y, on a besoin de se mobiliser. Et je suis très heureuse que l'Assemblée nationale ait voté cette nuit en faveur de cette inscription. Et puis, il faut l'inscrire dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. C'est ce que vous demandez, vous. C'est ce que je demande. Comment on fait avec la Hongrie et la Pologne ? Pas seulement pour les femmes françaises, mais pour toutes les femmes. Justement, il faut l'inscrire dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Il faut le délimiter pour ça, Marie Toussaint ?
Qu'est-ce qu'on fait avec la Hongrie et la Pologne ? Il faut le délimiter des batailles politiques. Vous savez, si je m'arrêtais à chaque fois qu'on me prédisait une bataille perdue, alors je m'arrêterais complètement et je ne mènerais plus aucune bataille. Et je pourrais avoir des exemples à vous donner. Par exemple, la reconnaissance de l'écocide que j'ai portée au niveau européen, quand au départ, tout le monde me disait que ce serait perdu. Donc moi, je ne cède pas devant les batailles difficiles à mener. Je les mène, je les conduis. Et cette question de l'inscription de l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union, elle est impérative, elle est indispensable.
Et j'appelle vos auditrices et vos auditeurs à se rendre sur mon site écologie2024.eu parce que nous avons lancé une pétition et nous avons besoin de chacune et de chacun pour porter ce droit au niveau européen.
Marie Toussaint, tête de liste, les écologistes aux élections européennes. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info.
Fabien Roussel