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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 18 mars 2025 8 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesBudget & impôts

Croissance en berne : "La consommation des ménages est un soutien, et il y aurait possibilité d'aller plus loin si le taux d'épargne ne restait pas si élevé", dit un chef économiste à l'Insee

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:16PrésentateurFait
    « Vous êtes chef économiste du département de la conjoncture à l'INSEE. »
  • 0:57InvitéFait
    « La croissance donne des signes de faiblesse aux Etats-Unis. »
  • 1:26InvitéFait
    « C'est à peu près ce qui est aujourd'hui sur la table. »
  • 2:13PrésentateurPromesse
    « C'est suffisamment crédible et suffisamment réaliste pour que vous l'intégriez dans vos scénarios. »
  • 4:11InvitéPromesse
    « Il y aurait possibilité d'aller plus loin si le taux d'épargne ne restait pas si élevé. »
  • 6:04PrésentateurFait
    « On a eu des destructions d'emplois massives en fin d'année dernière. »
  • 6:20InvitéPromesse
    « C'est la mauvaise nouvelle de cette note. »

Temps de parole

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  • Présentateur35 %

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0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Désordre mondial, croissance en berne, c'est le titre de la note de conjoncture de l'INSEE publiée ce soir. Pourquoi ? On va voir tout cela avec l'invité éco de France Info ce soir, Dorian Roucher. Bonsoir.

0:15
Invité

Bonsoir.

0:16
Présentateur

Vous êtes chef économiste du département de la conjoncture à l'INSEE. Vous avez revu l'INSEE à la baisse vos prévisions de croissance pour cette année. On va essayer de comprendre pourquoi avec vous, le plus simplement possible, premier élément de compréhension qu'on a tous en tête, c'est le contexte international. Vous avez intégré la guerre commerciale avec les Etats-Unis, les hausses de droits de douane promises par Donald Trump aux produits en provenance d'Europe, avec un scénario, une hausse des tarifs de 20%. C'est ce qui est sur la table, en tout cas aujourd'hui, et un recul du commerce mondial de l'ordre de 2%. Quels effets très concrètement sur l'économie française ?

0:51
Invité

Alors l'environnement international de la France s'est dégradé. Aux Etats-Unis, la croissance était jusqu'à maintenant très solide. Et depuis l'arrivée de Donald Trump, la confiance des consommateurs américains vacille parce que les consommateurs américains ont peur du regain d'inflation. Et donc la croissance donne des signes de faiblesse aux Etats-Unis. Premier facteur qui se dégrade à l'international. Deuxième facteur, la menace des droits de douane, la mise en œuvre de droits de douane par l'administration américaine. On a comptabilisé un scénario médian, évidemment entouré d'aléas, d'une hausse de 20% des droits de douane pour la plupart des grands partenaires commerciaux.

1:23
Présentateur

C'est effectivement ce qui est sur la table aujourd'hui.

1:24
Invité

C'est à peu près ce qui est aujourd'hui sur la table. Effectivement, à long terme, ça aurait un impact de l'ordre de 2 points, voire 4 points si les autres réagissent, si les partenaires commerciaux prennent des mesures de rétorsion envers les Etats-Unis. A long terme, à court terme, l'impact, ce n'est évidemment pas immédiat, ça met un peu de temps à se diffuser, mais on aurait déjà un impact de l'ordre de 0,1 dès le premier trimestre, dès le mois de mars. Puis 0,4 points sur le commerce mondial dès le deuxième trimestre. Donc un impact assez rapide sur le commerce mondial et ça pèse sur les économies qui exportent vers les Etats-Unis.

En Europe, ça concerne d'abord l'Allemagne et l'Italie qui sont les plus exposées. Et la France par effet de second tour parce que nous-mêmes, on vend des produits à l'Allemagne qui après assemblent pour exporter aux Etats-Unis.

2:01
Présentateur

En tout cas, c'est suffisamment crédible et suffisamment réaliste pour que vous l'intégriez dans vos scénarios et que ça ait un effet concret sur l'économie européenne et sur l'économie française. Alors du côté des bonnes nouvelles, si j'ose dire, on a commencé à assainir nos finances publiques, mais avec du retard, ça vous le soulignez, par rapport à nos voisins européens. Et ça a des effets négatifs sur la croissance parce que ça signifie que la commande publique est réduite et on ne se rend pas compte de l'effet de la commande publique sur notre croissance.

2:31
Invité

L'économie française a été soutenue par les dépenses publiques en 2024. C'est à peu près la moitié de la croissance française qui était portée par la consommation publique.

2:39
Présentateur

Et ça, c'est tout le temps le cas ou pas ?

2:41
Invité

Alors en 2024, on a eu une accélération qui nous a surpris, qui était forte de la commande publique et donc ça a apporté la croissance. Mais ce facteur, il s'inverse en 2025 parce que la France entame sa consolidation budgétaire. Alors les ménages ont été globalement épargnés, les entreprises un peu plus sollicitées, puisqu'il y a des relèvements de prélèvements un peu plus importants sur ces entreprises. Mais surtout, c'est la dépense publique, la consommation des administrations qui, elle, connaîtra un coup de frein, en particulier en début d'année, parce qu'on a vécu sous loi spéciale. Et pendant ces six premières semaines, les dépenses de l'État ont été réduites au minimum.

Donc on s'attend même à une baisse de certaines dépenses de fonctionnement de l'État sur le premier trimestre.

3:15
Présentateur

Et donc avec un effet réel, concret sur la croissance ?

3:17
Invité

La consommation des administrations publiques, c'est à peu près le quart de l'activité en France. Donc lorsque l'on a le quart du moteur qui commence à s'arrêter, eh bien évidemment la croissance ralentit.

3:26
Présentateur

Alors autre moteur de la croissance française, c'est évidemment la consommation des ménages. Est-ce que celle-ci repart pour le coup ?

3:35
Invité

Le pouvoir d'achat des ménages avait augmenté en 2024, parce que les retraites, les salaires ont été indexés sur l'inflation passée. Enfin le SMIC. Notamment le SMIC. Et les retraites complètement en revanche. Donc on a eu 2,5% de pouvoir d'achat en 2024. Alors ces gains de pouvoir d'achat, ils n'ont pas été intégralement consommés par les ménages. Donc ils ont de la réserve pour consommer. Ils continueraient à consommer d'ici mi-2025, modérément toutefois. Parce que dans les enquêtes de conjoncture, l'INSEE interroge 2000 ménages chaque mois dans ces enquêtes. Ils sont très nombreux à nous signaler que le moment est encore propice à l'épargne.

Et qu'ils augmenteraient leurs dépenses, mais de façon assez modérée. Donc oui, la consommation est un soutien. Mais il y aurait possibilité d'aller plus loin si le taux d'épargne ne restait pas si élevé.

4:15
Présentateur

Et donc ce que vous nous dites, c'est que le taux d'épargne des Français qui est particulièrement élevé en Europe, ce bas de laine qu'on alimente quand on a peur de l'avenir en fait, concrètement, ça va continuer, ce taux d'épargne va continuer à rester très élevé. Et que les Français ne vont pas puiser dans leur bas de laine.

4:32
Invité

Alors le taux d'épargne des ménages, il est à 18% du revenu. Donc chaque mois, les ménages ne consomment pas 18% de leur revenu. C'est à peu près 3 points de plus que la moyenne qu'on avait eue dans les années 2000-2010. Donc ça représente un manque à consommer, j'ai envie de dire, de 60 milliards d'euros. Il manque 60 milliards d'euros de consommation par rapport à d'habitude. Il y avait 3 facteurs qu'on avait identifiés. D'abord l'inflation. Les ménages, face à l'inflation, ont fortement réduit leur consommation, notamment de produits alimentaires. Et donc ils n'ont plus épargné que d'habitude. Mais ça c'est fini. C'est fini. Donc ça devrait aller mieux.

Ils ont mis du temps à se rendre compte qu'il n'y avait plus d'inflation. Mais dans les enquêtes, ils sont nombreux maintenant à nous dire que les prix, ça y est, n'augmentent plus. Deuxième facteur, c'était les revenus du patrimoine. Pendant la hausse des taux d'intérêt, le pouvoir d'achat a été plus porté par les revenus du patrimoine, les dividendes, les intérêts qui ont été versés sur les livrets, les revenus de l'assurance-vie, et moins par les salaires qui, en dehors du SMIC, ont plutôt perdu du pouvoir d'achat. Et cet effet de composition, il était favorable à l'épargne. Parce que les intérêts, c'est plus souvent épargné que les salaires.

Et puis, ce facteur, il s'inverserait également un peu en prévision. Un peu seulement, parce qu'on aurait un petit peu moins de revenus du patrimoine. Et puis, le troisième facteur, c'est plutôt de l'attentisme. Et là, on en arrive à la forme de précaution des ménages. Attentisme sur certains marchés, comme le marché automobile, où les ménages préfèrent attendre de savoir ce qu'il faut acheter. Donc, on a des immatriculations 20 à 25 % plus basses que ce que l'on avait en 2019. Et puis, de l'attentisme aussi vis-à-vis du marché du travail. Et c'est la nouveauté qui vient d'apparaître. C'est les craintes sur le marché du travail, avec le retournement en cours sur le marché du travail.

6:00
Présentateur

Alors, effectivement, vous avez commencé à l'aborder. Ça fait partie des craintes pour l'avenir. On a eu des destructions d'emplois massives en fin d'année dernière. 90 000 de mémoire au dernier trimestre. Et ce que vous dites, c'est que ça va continuer. Les emplois vont continuer à être détruits, avec un taux de chômage qui va augmenter au premier semestre.

6:18
Invité

Alors, c'est la mauvaise nouvelle de cette note. On voit assez nettement la baisse de nos prévisions sur l'emploi. Sur les trois derniers mois de l'année 2024, l'économie française a effectivement supprimé 90 000 postes salariés. Dans les enquêtes de conjoncture, les 15 000 entreprises qu'on interroge tous les mois sont beaucoup moins optimistes sur leurs embauches. Et donc, on prévoit que l'économie française détruirait encore 50 000 postes salariés au cours des six premiers mois de l'année 2025.

6:41
Présentateur

Et effectivement, vous enquêtez régulièrement auprès des entreprises. Le moral des entreprises ne va pas bien. On a constaté un effondrement des investissements l'année dernière. Et ça, ça va se poursuivre.

6:55
Invité

Alors, dans les enquêtes de conjoncture, les entreprises sont quand même nombreuses à nous dire qu'elles n'envisagent pas des fortes hausses de leurs investissements. Il y a plusieurs raisons à cela. Leur situation financière n'est pas très favorable. Elles ont certes un peu de marge, mais les coûts de crédit ont augmenté. C'est plus cher de s'endetter aujourd'hui qu'il y a 4 ou 5 ans. Et puis, il y a un contexte d'incertitude qui pèse quand même sur la capacité à se projeter. Donc, pour le moment, dans les enquêtes de conjoncture, les entreprises sont très peu nombreuses à nous signaler des investissements. Donc, ce moteur-là est à l'arrêt, contrairement à la consommation.

7:25
Présentateur

Donc, incertitude des ménages, incertitude des entreprises. Et avec ce contexte-là, on a des prévisions de croissance de l'ordre de 0,9% qui ont été faites par le gouvernement pour 2025. C'est important de connaître ces prévisions de croissance, puisque c'est là-dessus qu'a été construit le budget 2025. Enfin, qu'est-ce que vous, Dorian Roucher, est-ce que vous pensez que l'État peut tenir ses prévisions de croissance à 0,9% pour 2025 ?

7:51
Invité

Alors, l'INSEE arrête ses prévisions de croissance au milieu de l'année 2025, parce que nous partons des réponses des entreprises à nos enquêtes. Et donc, ce qu'elles nous disent nous permet de prévoir à l'horizon 3 à 6 mois. À cet horizon-là, nous, on a un acquis de croissance à mi-année qui serait de seulement 0,4%. Donc, une croissance qui reste au ralenti, une économie française qui continue à tourner au ralenti. Alors, ça pourrait faire plus. Et notamment, si les ménages se mettaient à puiser dans leur taux d'épargne, on pourrait avoir un peu plus de croissance que ce qu'on prévoit, mais on n'en voit pas le signe à ce stade dans les enquêtes.

8:21
Présentateur

Merci beaucoup, Dorian Roucher, chef économiste du département de la Conjoncture, à l'INSEE, invité éco de France Info ce soir.

Croissance en berne : "La consommation des ménages est un soutien, et il y aurait possibilité d'aller plus loin si le taux d'épargne ne restait pas si élevé", dit un chef économiste à l'Insee · Pourquijevote