La beauté du vulnérable : projet de recherche action picturale en réanimation
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Alors effectivement euh Anne Renard est absente parce qu'elle est grippée donc elle est vraiment désolée de ne pas pouvoir être là. Euh vous allez entendre euh un petit témoignage de cet artiste peintre euh qui euh travaille et vit à Chartre et qui a été formée à l'Institut des Buzzards à Paris ainsi qu'à l'Institut Répine à Saint-Pétersbourg. Elle travaille principalement à l'huile et ses peintures tournent beaucoup autour du soin et principalement du contraste entre nos forces vitale et nos fragilités individuelles et collectives. Voilà, elle a fait avec elle a fait avec le CU de Grenoble deux projets d'action recherche.
Un au bloc opératoire de chirurgie viscérale dans des ambiances froides et comme on peut les connaître au bloc opératoire. Et puis un deuxième projet euh en réanimation chirurgicale. Voilà, ces deux projets, c'était quasiment euh une approche ethnographique, voir anthropologique parce qu'elle est venue alors au bloc opératoire, elle est restée euh en journée mais en réanimation, elle a même passé sur 15 jours des nuits. Elle a fait des toilettes mortuaires, donc elle s'est vraiment imprégné de l'ensemble des activités de la réanimation et elle est venue comme une profane pour qui l'hôpital vu de l'autre côté de la barrière, c'est quasiment l'Amazonnie.
Elle a été assez impressionnée par ce qu'elle a vu et puis comme on le veut à la chair, c'est des véritables projets qui naissent du terrain. Donc elle a discuté avec les patients et avec les soignants et elle a fait des propositions de peinture qui euh sont liées aux problématiques du terrain par et pour le terrain. Les peintures ensuite elles sont rêtées et ça aussi c'est une volonté de laisser les œuvres en place euh inite. Et donc les peintures de bloc, elles sont dans les couloirs des blocs opératoires, en chirurgie ambulatoire, dans les services de chirurgie et puis les peintures de réanimation. C'est un projet de toute façon qui était voué à rester in sititu.
Donc elles sont en place dans les différentes zones de soin. Anne va mieux vous en parler. On s'est tout de suite rendu compte que ça avait une portée extrêmement importante. On parlait euh pour moi le la peinture faite pratiqué comme la pratique an Renard, c'est quasiment de la médecine narrative parce que en fait elle peint ce qu'elle voit et elle peint ce qu'elle entend. Donc elle se fait quasiment écrivaine mais avec le pinceau et on s'est rendu compte que ça avait une portée extrêmement forte.
ça à alors déjà il y a la fonction forique de l'expérimentation hein euh réellement elle elle porte quelque chose ne serait-ce qu'en faisant cette expérimentation et puis euh cette expérimentation elle s'est étendue et elle a je le crois en tout cas c'est l'impression que j'en ai eu mais peut-être qu'il y a des gens de mon service ici qui pourront réagir là-dessus créer un véritable climat de soin donc ça va au-delà de ces expériences et puis on s'est rendu compte que ça avait plusieurs fonctions alors déjà une fonction quasi thérapeutique de la beauté catarctique he d'ailleurs on le sait Et c'est prouvé par les neurosciences que le fait de voir de la beauté, ça nous soigne euh et l'impression esthétique de douceur que tout la procure fait du bien à tout le monde.
Ça a également une fonction d'individuation, une fonction comme je l'ai dit de narrativité parce qu'en fait en se voyant parce qu'il y a beaucoup de peintures, là on voit les brancardiers qui sont qui qui nous disent souvent qu'ils sont un peu mis de côté dans le service et on voit là l'attitude des brancardiers par rapport aux patients. Donc ça les gens se voient travailler, se disent "Ah c'est ça que je fais, je porte une main, je transporte un malade." Et donc en fait le fait de se voir et d'avoir un regard sur soi-même, ça a une vraie fonction de subjectisation jusqu'à la sublimation.
Euh, on s'est rendu compte aussi que ça avait une fonction de mémoire pour l'hôpital de laisser ses œuvres ici parce que euh en fait la fonction de mémoire, elle est présente pour les équipes soignantes et donc de ce fait pour la société civile. Ça a une véritable fonction de mémoire et puis euh une fonction politique, on en a déjà parlé un petit peu mais alors sur les images d'avant, on voyait que c'était les fraises qui s'appellent riost poétique à la stacanof. C'est-à-dire que il y avait un petit côté railleur à mettre ce titre là.
C'est euh une façon de reposter un petit peu contre la la médecine contemporaine et les nouvelles les nouvelles stratégies de management hospitalier où vraiment on va aller dire euh que la narrativité va se mettre en contre-poids de cette espèce de de rationalité instrumentale liée à l'évidence B médecine et donc proposer quelque chose de différent. Donc au final, on a beaucoup remercié Anne qui nous a fait beaucoup de bien avec ses peintures. Elle a permis d'ouvrir une fenêtre sur comment réarmer nos désirs, comment construire une vision un petit peu plus collective du soin et surtout prendre soin de notre humanité qui est très fragile.
Donc elle est pas là aujourd'hui mais je sais qu'elle verra la vidéo d'enregistrement et je la remercie pour tout le travail qu'elle a fait pour le CHU de Grenoble et pour les patients et pour les soignants. Merci. Bonjour à toutes et à tous. Je remercie Julia et Pauline pour leur invitation à témoigner de mon expérience en tant qu'artiste au CHU Grenoble Alpe. Je m'appelle Anne Renard. Je peins depuis que je suis toute petite. Je suis peintre figurative. Je pince que je vois, ce que j'observe autour de moi. C'est ma façon d'exister, de laisser une trace, une empreinte, un témoignage du monde tel que je le vois. C'est dans cet esprit que l'on m'a proposé de participer à deux projets.
Le premier projet appelé bloc d'igidune soin en lumière a vu le jour en 2021 et a été présenté au public en 2022. Il s'agissait de rendre compte du travail du personnel soignant du bloc opératoire de chirurgie viscérale. Un lieu méconnu et invisible du grand public. Pendant une matinée, j'ai observé la vie au bloc, les postures des soignants, leurs gestes, souvent plein de douceur, les silences aussi, les communications par le regard, par le corps et ainsi sont nés 25 tableaux baignés dans cet univers océanique de bleu et de vert. Ils ont donc été présentés au public dans le Hall Vercorp. Puis la plupart des tableaux ont trouvé naturellement leur place dans différents services de l'hôpital.
Fort de cette expérience, un second projet exploratoire a vu le jour en 2024 baptisé réanimation picturale. Le projet était un peu différent. puisqu'on me proposait d'habiller les murs du nouveau plateau technique de réanimation chirurgicale. Alors la demande ne m'a pas vraiment surprise. Je me suis dit en fait quand on prend un nouveau logement une fois qu'on y a déposé les meubles, la première chose que l'on fait, n'est-ce pas ? essayer de l'humaniser ce lieu et de se l'approprier en y accrochant des images. J'étais par ailleurs très honoré de mettre ma peinture au service d'autres que moi. J'ai vécu en immersion en février 2024 dans le service de réa pendant 15 jours.
Je suivais les équipes dans leur quotidien. Je discutais avec quelques patients, leur famille, beaucoup avec le personnel soignant. Je profitais de ma présence dans le service pour déterminer les emplacements des tableaux et des freees et leurs fonctions en prenant compte des contraintes de sécurité notamment incendie. Puis vient le travail de création nourri par l'observation de ce qui se vit dans le service. En avril, je présentais aux équipes les maquettes et un travail préparatoire. Et en septembre, les tableaux et les frises étaient accrochés. Dans le couloir, cinq frises de 2 m de 2,50 chacune déroulent les activités entre mêlées des soignants.
J'avais l'idée de leur rendre hommage et que ces frises les regardent fièrement. Ces frises accompagnent aussi les familles jusqu'à la chambre de leurs proches hospitalisés. comme un sas d'interprétation. Dans la salle d'attente et d'entretiens médicaux, je voulais offrir des peintures qui n'imposent pas une vision. Les peintures ont un langage universel sans mots qui ouvre des portes sur l'extérieur mais aussi sur son intériorité. En regard de ce que j'ai vécu pendant mon immersion, je voulais que les peintures, même si elles ne disent rien, parlent aux familles.
L'arrivée en réa est violente pour ces familles et même inconsciemment des questions sur notre condition humaine, notre finitude, la part du hasard, la séparation, le sens de la vie peuvent surgir et embarrasser et angoissé. Et je voulais par le chemin de la couleur que les tableaux renvoerent. En conclusion, je me définirai volontiers comme artiste soignant et je terminerai sur une citation de Henry Matis. Il faut que la peinture serve à autre chose qu'à la peinture. Et ces deux projets en sont la parfaite illustration. L'art vient en renfort voire même en réconfort dans la vie hospitalière pour réhumaniser la relation entre soignant et patients et entre soignants eux-mêmes.
Je vous remercie de votre attention.
[applaudissements]