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interviewfranceinfo· 30 mars 2022 8 min

Thomas Snégaroff : le panthéon de Nicolas Dupont-Aignan

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

Bonjour Nicolas Dupont-Aignan. Bonjour monsieur. Vous m'avez donné rendez-vous ici en plein Paris sur une place pour me dire quel est votre panthéon, votre panthéon personnel.

0:12
Nicolas Dupont-Aignan

Et cette place, ce n'est pas par hasard évidemment que vous l'avez choisie. Non parce que c'est la place Marie-Madeleine Fourcade. Personne ne connaît Marie-Madeleine Fourcade. Je suis sûr que vous ne la connaissiez pas. Et c'était la seule chef d'un réseau de résistance pendant la guerre. Femme, seule chef femme. Seule chef femme d'un réseau de résistance pendant la guerre. Il n'y en avait que deux en Europe, une en Belgique et une en France. Et c'est une femme qui est tombée dans l'oubli alors qu'elle a eu un parcours incroyable. Résistante. C'est d'ailleurs curieux que je la choisisse parce qu'elle n'était pas gaulliste au départ.

Elle est devenue ensuite gaulliste en 1958 et puis bien sûr pendant la guerre. Mais au début elle ne l'était pas. Elle était d'un milieu plutôt de droite extrême presque. Et puis elle a fini comme administratrice de la LICRA. Elle a joué un rôle extraordinaire. Elle a eu une vie incroyable d'engagement. Et elle avait trois mots. Elle disait discipline, abnégation, loyauté. Et je pense que ce sont des femmes et des hommes comme ça qui ont sauvé l'honneur de la France pendant la guerre. qui ont sauvé le pays, qui ont défendu la liberté, qu'on les oublie un peu. Et elle a eu une phrase que je vous ai amenée, qui est fabuleuse. Et je voulais vous la lire.

« Bientôt on ne saura plus ce qu'ils ont fait, ni pourquoi ils l'ont fait, ni même s'il était nécessaire de le faire, voire on les plaindra d'être morts pour rien. Je voudrais qu'on ne les oublia pas et qu'on comprit surtout qu'elle était la divine flamme qui les animait. » Voilà, c'est une femme de l'ombre.

1:46
Présentateur

Et c'est pour ça que vous vouliez parler d'elle aujourd'hui, pour la ramener à la lumière aussi.

1:49
Nicolas Dupont-Aignan

Oui, et puis parce que je crois que la cité, la politique, c'est d'abord l'engagement individuel, la responsabilité individuelle. Et chacun a une petite part de cette responsabilité individuelle. Dans une période que je trouve où je ne reconnais plus mon pays. Et que je trouve une période oligarchique, une période de l'argent roi. Et je trouve que c'est bien de parler de héros.

2:18
Présentateur

Et d'engagement. Alors il y a qui dans votre panthéon ? Marie-Madeleine Fourcade, qui a été eurodéputée d'ailleurs un tout petit temps en années 80. Et puis alors il y a qui d'autre dans votre panthéon ? Soit des personnalités connues, des héros connus ou méconnus, soit un panthéon plus personnel peut-être de Nicolas Dupont-Henri.

2:35
Nicolas Dupont-Aignan

Oui, plus personnel, Bernanos, qui est un écrivain que j'adore. Bernanos qui parlait de l'espérance, du désespoir surmonté, qui n'aimait pas cette société technicienne. Où les êtres deviennent des robots, vous voyez ? Et où les robots deviennent des hommes maintenant. Donc Bernanos, il y en a d'autres. Il y a un écrivain que j'aime beaucoup, c'est Claude Simon, qui a été prix Nobel, un des rares écrivains français prix Nobel. Écrivain de la réalité aussi. Oui, après il y a la quantité de personnalité, on peut retomber dans le champ politique, bien sûr De Gaulle parce que c'est mon héros, mais ce n'est pas simplement parce que c'est De Gaulle. Clémenceau, j'ai failli.

J'ai hésité entre Marie-Madeleine Fourcade et Clémenceau. Parce que ce que j'aime dans Clémenceau, c'est son côté qui trompe l'ennemi, si je puis dire. C'est-à-dire qu'un homme à la fois très rude, qui a sauvé la France comme De Gaulle et des autres, et au dernier moment, et à quel âge, 77 ans, je ne sais plus. Et puis en même temps, très sensible, sa maison, il faut aller voir sa maison de Vendée, son amour des fleurs, son goût des voyages. Ce côté très différent, alors que De Gaulle est plus monolithique, même si c'était quelqu'un de très sensible, et un grand républicain, laïque, etc. Et plus personnel peut-être, vraiment. Complètement personnel, personnel.

3:52
Présentateur

Oui, parce qu'on a parfois un grand-père, un grand-oncle, un frère, un grand-père. Les gens qui ont vraiment joué un rôle important.

3:57
Nicolas Dupont-Aignan

Moi, j'ai un grand-père aviateur de la guerre de 1914, un des premiers aviateurs, qui a été abattu en vol et qui s'en est tiré. Et ce qui est drôle, c'est, pour vous raconter une anecdote, c'est qu'un jour, j'ai reçu l'appel d'un maire, d'une petite commune de la Meuse, et qui m'a dit, est-ce que vous avez un rapport avec un André Aignan dont l'avion s'est écrasé sur notre commune et dont on a retrouvé l'avion, des débris, etc. Je dis, oui, c'est mon grand-père. Et ils m'ont reçu là-bas. Et mon grand-père, je l'ai connu, puisqu'il est mort en 1974, quand j'étais enfant, et il m'a raconté ses exploits. C'est des gens incroyables.

Qui ne se posaient jamais la question de leur intérêt personnel. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire qu'ils se disaient, qu'est-ce que je dois faire ? À sa place. Et qu'ils ne se disaient pas toute la journée, c'est foutu, c'est la faute des autres. Vous voyez, c'est ça que j'aime. C'est ce côté, alors certains diront entier, d'autres diront exalté, d'autres diront, mais qu'importe ? C'est des êtres humains. Alors, on peut avoir aussi, on peut être des héros du quotidien. L'infirmière qui soigne dans un hôpital en ce moment, c'est un héros du quotidien. Il n'y a pas que les héros militaires, grandioses. Attention. Mon panthéon, c'est plutôt les petits qui sont écrasés aussi.

Comme votre grand-père un peu ? Non, parce que lui, il n'a pas été écrasé. Il a été abattu, il n'a pas été écrasé, il s'en est sorti. Et il ne s'est jamais plaint. Et il ne s'est jamais mis en héros. Voilà. En fait, ce qui m'intéresse, si je devais... Le panthéon, c'est ceux qui font plus que ceux qui parlent. C'est rare, mais je fais un métier de parole.

5:42
Présentateur

Pour un homme politique, c'est rare de dire ça.

5:45
Nicolas Dupont-Aignan

Oui, mais je crois que c'est le problème du dégoût de la politique des Français. C'est qu'ils ont l'impression qu'il n'y a que ceux qui parlent, qui ne font pas grand-chose. Et que ceux qui font ne sont jamais honorés. Donc ceux qui font, et Marie-Madeleine Fourcade, elle a risqué sa peau. Sur les 1500, c'est quand même intéressant. Sur les 1500, j'ai relu, puisque je vous ai invité ici. Et sur les 1500 membres de son réseau Alliance, il y en a quand même plus de 400 qui ont été exécutés ou qui sont morts en déportation. Donc il y a une phrase de Sartre, qui est très belle au monument de la déportation au bout de l'île Saint-Louis, qui est un autre endroit que je voulais vous emmener.

Et qui m'a beaucoup marqué quand j'étais étudiant. Et qui dit, mais je ne vais pas la dire bien, qui dit, le choix que chacun faisait de sa vie était authentique, car il se faisait en présence de la mort. Et on peut se poser la question, tous, est-ce qu'on aurait eu ce courage ? Parce que c'est facile de se dire un héros après coup. Mais est-ce qu'on aurait eu ce courage à l'époque ? Voilà, c'est pour ça que je pense que c'est une belle école de vie.

6:48
Présentateur

Dernière petite question, Nicolas Dupont-Aignan, président de la République, qui fait-il entrer au Panthéon ?

6:52
Nicolas Dupont-Aignan

Marie-Madeleine Fourcade, qui aurait dû y être depuis longtemps. Et puis, qu'on cesse de faire entrer au Panthéon pour faire du spectacle. C'est-à-dire qu'on n'en fasse pas un instrument politique.

7:04
Présentateur

Vous avez fait des coeurs, c'est un instrument politique ?

7:06
Nicolas Dupont-Aignan

Un peu quand même. Même si je l'ai toujours beaucoup aimé, je la respecte énormément. Mais je pense qu'il faut arrêter d'instrumentaliser. Et puis, d'ailleurs, elle ne voulait pas y être, puisqu'on n'a pas emmené sa dépouille. Et puis d'ailleurs, ceux qui sont entre nous, les vrais héros, ils ne sont peut-être pas au Panthéon, même s'il y a des gens exceptionnels au Panthéon. Jean Moulin, Victor Hugo, je crois qu'il y a, de mémoire. Bien sûr. J'aime beaucoup Victor Hugo, tiens, je vais vous surprendre. Il y a une phrase de Victor Hugo que j'adore, c'est « Je veux mettre dans les mains de la République deux armes. » Vous allez être surpris. « L'énergie et la douceur.

» Alors un jour, j'ai conclu un discours à l'UMP avant de partir, avec cette phrase de Victor Hugo, parce que ça m'a amusé de les provoquer un peu gentiment. Parce que le mot « douceur », personne n'emploie le mot « douceur ». « L'énergie et la douceur ». Ce n'est pas beau, ça, pour la République ?

7:59
Présentateur

Le Panthéon de Nicolas Dupont-Aignan, entre énergie et douceur, héros du quotidien, héros écrasés par l'histoire. Merci beaucoup. Merci à vous. On a été notre invité à ce micro. Merci à vous. Merci à vous.