Jean-Louis Borloo : "Les quartiers populaires sont la jeunesse de notre pays, on en a absolument besoin"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Toyota investit 300M€ et 700 CDI à Valenciennes. Votre réaction ?
- 2:04OuverteRéponse directe
Ces succès sont-ils duplicables ailleurs en France ? Comment ?
- 4:04OuverteRéponse partielle
Quand l'économie française ira-t-elle mieux et créera-t-elle des emplois ?
- 5:16RelanceRéponse partielle
La politique de dérégulation du marché du travail est-elle la bonne ?
- 6:02OuverteRéponse directe
Sur quelle priorité avez-vous travaillé pour la mission Macron sur les quartiers ?
- 7:45OuverteRéponse directe
La discrimination positive tous azimuts est-elle nécessaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:35PrésentateurFait
« Toyota a annoncé hier 300 millions d'euros d'investissement pour son usine Donin dans le Nord. »
- 0:35PrésentateurChiffre
« Le recrutement à terme de 700 CDI. »
- 1:29Invité politiqueChiffre
« Il y a plein de recrutements qui se font, 3900 au total. »
- 1:45Invité politiqueFait
« Nos amis de Toyota avaient choisi, pour les voitures aux Etats-Unis, la Yaris hybride, de produire en zone euro. »
- 4:20Invité politiqueFait
« On a un outil de formation générale qui est moins adapté au monde moderne qu'avant. »
- 4:58Invité politiqueChiffre
« Que vous ayez 100 000 décrocheurs, c'est juste pas raisonnable. »
- 5:01Invité politiqueFait
« Qu'il y ait des centres d'apprentis pleins et des lycées professionnels vides ou à peu près vides, c'est juste pas raisonnable. »
- 7:07Invité politiqueFait
« Il y a moins d'efforts de la nation dans ces quartiers qu'ailleurs. »
- 7:55Invité politiqueChiffre
« 28% des femmes ont permis de conduire, ce qui n'est pas le taux national qui n'est pas loin de 110 »
- 8:03Invité politiqueFait
« Le temps d'accès à un transport public est 4 fois plus long qu'en centre-ville. »
- 9:08Invité politiquePromesse
« Je souhaite lancer un grand plan de lutte contre l'électronisme, la difficulté de la compétence Internet. »
- 9:14Invité politiqueChiffre
« On en a 98 000 qui sont en Bac plus 3, au bout de 3 ans, ils n'ont pas de boulot. »
Temps de parole
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Il est 8h21. Le 7-9 de France Inter. A suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr. Et l'invité de France Inter jusqu'à 9h est ancien ministre du logement, de l'écologie, de l'économie, du travail, de la vie. L'ancien député maire de Valenciennes. Aujourd'hui, il est en retrait, je n'ai pas dit en retraite, de la vie politique. Bonjour Jean-Louis Borloo. Oui, bonjour. Vous préférez retraite à retrait ? Ce que vous voulez, ça m'est égal. Alors dites-nous, Toyota a annoncé hier 300 millions d'euros d'investissement pour son usine Donin dans le Nord. Le recrutement à terme de 700 CDI. J'imagine que vous étiez heureux hier en voyant comment votre bébé avait grandi en 20 ans.
Oui, le bébé va bien. Surtout le sourire des ouvriers, des cadres, des ingénieurs dans l'usine, leur fierté. Parce qu'au fond, c'est leur succès. Il se trouve que la France, de temps en temps, n'aime pas trop ses usines. Plus actuellement, une forme de distance au profit de la nouvelle économie qui est certes indispensable. L'industrie, c'était avant. Oui, bah écoutez, c'est pas vrai. Voilà, l'industrie, c'est maintenant. D'ailleurs, c'est un mix entre les nouvelles technologies, puis le génie de nos ingénieurs et de nos ouvriers. Et de voir, 20 ans après, cette bataille qui était rude, puisqu'il y avait 30 sites en compétition en Europe pour accueillir cette usine.
De voir que 20 ans après, d'abord, les visages sont toujours là. Il y a plein de recrutements qui se font, 3900 au total. Et qui est une... Déjà, il y a quelques années, ce qui m'a marqué, c'est que nos amis de Toyota avaient choisi, pour les voitures aux Etats-Unis, la Yaris hybride, de produire en zone euro. Ce qui vous avouerait, montrait l'extraordinaire compétence du savoir-faire français. Puis maintenant, ça va être probablement un nouveau SUV qui va être lancé. Et donc, voilà, c'est vrai que c'est une satisfaction, une joie intense. Mais ça veut dire réellement que la France doit et peut aimer ses usines.
Mais les succès enregistrés à Valenciennes, donc, sont duplicables pour vous ailleurs, en France ? Si oui, comment ?
La France, c'est un pays qui a une formation absolument extraordinaire, qui est au croisement de tous les flux, à la fois les ports, le ferroviaire, des autoroutes. Donc, en flux tendu, c'est bien placé. Je pense qu'il faut vraiment une équipe de France d'implantation, mélangeant à la fois les grands chefs d'entreprise européens, la fonction publique, les élus. C'est une espèce de guerre qu'on gagne tous ensemble.
Une équipe de France d'implantation. Absolument. C'est-à-dire des gens dédiés à ça, à trouver les sites et à faire en sorte que des usines s'y créent.
Mais oui, parce que quand l'opportunité se passe ou arrive, si vous n'avez pas, des années avant, préparé des sites, des zones industrielles, que l'énergie ne soit pas chère, que les fouilles étaient faites, que les terrains soient prêts, vous ne pouvez pas saisir les implantations. Et moi, mon rêve, c'est que Tesla, qui doit installer une usine, je ne parle pas des centres de recherche, ils seront probablement chez nous, mais une fabrique, comme ils disent, européenne, et bien que ce soit en France et si possible dans ce formidable bassin qu'est le Valenciennois, qui, juste avant Toyota...
Vous avez un espoir là-dessus, pour Tesla ?
Oui, mais juste avant Toyota, ça avait moins marqué, parce que ce n'était pas un choix venant de loin, mais il y avait eu l'usine Peugeot-Fiat, aussi Cévenor, qui a été implantée quelques semaines avant, quelques mois avant. C'est amusant, parce que le directeur de l'usine était celui qui avait aussi ouvert Cévenor. Et puis, le savoir-faire français, c'est aussi un garçon comme Didier Leroy, qui était le premier ingénieur qui a installé l'usine, qui est maintenant le numéro 2, qui est un Français numéro 2 de groupe. Toyota, et pour tout dire, ce n'est pas tout à fait neutre dans les décisions.
Jean-Louis Borloo, si on quitte l'usine Toyota, si on quitte Valenciennes, quand est-ce que l'économie française, dans son ensemble, dans sa globalité, ira mieux et surtout créera des emplois pour tout le monde ?
Si, je le savais, mon pauvre.
Personne ne le sait ?
Non, mais le premier sujet, c'est la formation. Vraiment, on a un outil de formation générale qui est moins adapté au monde moderne qu'avant. J'espère que la grande réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage va produire ses fruits. Oui, j'attends avec beaucoup d'impatience ce que va proposer Muriel Pénicot parce que la force d'un pays, c'est la force de ses ressources humaines.
Mais ça, c'est à long terme.
Non, ça peut aller extrêmement vite. Ça peut aller extrêmement vite. La France, lorsqu'elle a des idées claires, qu'elle se met en mouvement, c'est incroyable ce qu'elle peut faire. Et c'est le nerf de la guerre. Que vous ayez 100 000 décrocheurs, c'est juste pas raisonnable. Qu'il y ait des centres d'apprentis pleins et des lycées professionnels vides ou à peu près vides, c'est juste pas raisonnable. Qu'il n'y ait pas d'adaptation au métier en tension, c'est pas non plus très raisonnable. Et donc tout ça est en train de se mettre en mouvement. J'espère que ça va aller très vite.
Mais la politique de dérégulation du marché du travail est-elle la bonne d'après vous ? Elle n'est pas nouvelle, Jean-Louis Borloo. Elle a déjà été testée. En tout cas, pour ce qui est de la France, le chômage reste ce qu'il est, c'est-à-dire très élevé.
Oui, alors, dérégulation du droit du travail, c'est évidemment qu'un tout petit bout de la question. La vraie, plus exactement, on appelle dérégulation le fait de pouvoir entrer et sortir relativement rapidement. Tous les jours, il y a plusieurs milliers de changements d'emploi. Donc c'est vrai que c'est quelque chose qui est très... Ça a été encore facilité. Ça a été encore facilité. Mais c'est pas le fond de la question. Le fond de la question, c'est vraiment la formation et la qualification. Il aurait fallu commencer par là. Oui, probablement. Mais je pense qu'on est probablement sur la bonne voie. On saura ça dans un mois.
Emmanuel Macron vous a confié une mission sur les quartiers populaires, Jean-Louis Borloo. Vous rendez bien votre copier en février ? Mars. Mars. Sur quelle priorité, sur quel levier avez-vous travaillé ?
Alors, d'abord, je voudrais tordre le cou à une idée reçue, si vous voulez bien. J'entends s'il est là, que c'est... Alors, les quartiers, de quoi s'agit-il ? 5 millions de compatriotes ou de résidents. Avec la partie la plus jeune de notre pays. Qui est en train de bouillonner en bien, en très très bien et parfois en beaucoup moins bien. Donc, c'est un bouillonnement. C'est une partie de la richesse de notre pays. Deuxième idée reçue, c'est qu'on aurait mis beaucoup d'argent dans les quartiers. C'est ça, une espèce de... En gros, si c'est pas toujours aussi extraordinairement bien, c'est que c'est un peu de leur faute, quoi.
Il y a cette idée, j'allais dire presque ce relan derrière tout ça. La vérité, c'est pas celle-là. La vérité, c'est par la création de ces quartiers. Il y a 40 ans, il y a 50 ans. Le résultat, c'est qu'il y a moins d'efforts de la nation dans ces quartiers qu'ailleurs. Moins au titre de l'éducation, de l'accès à la culture, de l'accès au sport, à la formation, à la sécurité, accès à la justice, accès à la santé.
Faire ce rattrapage.
Voilà. Or, ce sont des quartiers d'accès à la République. Tous les 5 ans, 45% de la population change. Les nouveaux arrivants, les centres d'urgence, les centres d'hébergement, ce qu'on appelle les lois d'allô, c'est-à-dire le fait de ne pas laisser des gens dans la rue, ils sont dans les quartiers. On les met dans les quartiers. Et donc, le correctif doit être permanent. Et quand la nation ne fait pas de correctif, à ce moment-là, il y a un petit risque que ça quitte à nouveau le sein de la République.
La discrimination positive, tous azimuts. Quand vous parlez de correctif...
La discrimination positive, simplement, les mêmes moyens qu'ailleurs. On donnait plus à ceux, voilà. Non, non, simplement, les mêmes moyens qu'ailleurs. Quand 28% des femmes ont permis de conduire, ce qui n'est pas le taux national qui n'est pas loin de 110, c'est un petit sujet. Lorsque c'est compliqué d'avoir des transports publics à proximité, le temps d'accès à un transport public est 4 fois plus long qu'en centre-ville, etc. Donc, il faut juste... Pourquoi il faut ces correctifs ? Parce que c'est la richesse de notre nation, cette jeunesse-là. C'est aussi simple que ça, c'est pas un problème de misérabilité, c'est pas... On en a absolument besoin.
Comment éviter que le rapport que vous remettrez n'atterrisse sur l'immense pile des plans banlieue, Jean-Louis Borloo ?
Il n'y a pas d'immense pile, mon pauvre, des plans banlieue, en vérité. Non, mais c'est annical. Non, ce que je veux dire, c'est que ça, ça fait partie des trucs à tourner le coup. D'abord, moi, je fais pas un plan, moi, je donne un coup de main, voilà, au président et au ministre en charge, Jacques Mézard, Julien de Normandie, à la demande des élus locaux et des associations. Donc, c'est une dizaine de fiches actions. Moi, je souhaite lancer un grand plan de lutte contre l'électronisme, la difficulté de la compétence Internet. Je souhaite lancer des digitales académies dans chacun de ces quartiers pour que si tu vas pas à l'université, l'université vienne à toi.
C'est pas un coaching parce que ces jeunes, vous prenez compte qu'on en a 98 000 qui sont en Bac plus 3, au bout de 3 ans, ils n'ont pas de boulot. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils n'ont pas le réseau, ils n'ont pas l'accès à l'information. On est dans un système de réseautage, donc il y a des systèmes de coaching qui vont être mis en place. Il va y avoir un plan extrêmement important qui va être lancé, mais qui va être complètement moderne en s'appuyant sur les nouvelles technologies, évidemment.
Un mot avant la revue de presse et puis on se retrouvera évidemment avec les auditeurs de France Inter. La politique migratoire et d'asile de la France, Jean-Louis Borloo, suscite le débat, voire la polémique, voire la critique extrêmement rude. C'est la plus dure jamais menée par un gouvernement en France, dit le défenseur des droits. Et bien d'autres, y compris des très proches d'Emmanuel Macron qui voient la France perdre une partie de son âme, perdre l'humanisme qui la caractérise et dont le président de la République se réclame. Est-ce que vous partagez leur constat qui est critique et alarmant ?
Moi, ce qui m'intéresse, c'est la perspective, ce qu'on fait et les résultats. Fondamentalement, on ne va plus parler de migration, mais de grand nomadisme. Vous avez par exemple à 14 km de l'Europe, 14 km, un continent où 75% des femmes et des hommes n'ont pas d'accès à l'énergie. Et en même temps, on a vendu un milliard de portables en trois ans sur ce continent. Donc l'information circule, l'accès à l'énergie... Oui, absolument. L'accès à l'énergie, l'Afrique aujourd'hui a un milliard de 100 millions d'habitants, dans 30 ans, 2 milliards et demi. Et en gros, au moment des guerres de libération, il y a 45 ans, c'était 180 millions.
Un choc démographique d'une puissance extrême qui va se réguler dans le temps. Et au fond, assez peu de moyens pour avoir un développement économique local. Donc le fond de la question, c'est un grand traité de paix, de prospérité, de développement Europe-Afrique. Je me souviens de celui qui est maintenant Premier ministre, à l'époque ministre des Affaires Chinois, me disait, tu sais Jean-Louis, la Méditerranée est trop petite pour que l'Europe et l'Afrique n'aient pas un destin commun. Moi, je milite pour qu'il y ait un grand accord Europe-Afrique.
Un traité, un suivi avec des agents spécialisés, énergie, hauts, assainissement, développement de l'agriculture, développement d'une industrie endogène. Voilà, c'est ça dont on a besoin. Après, il y a les problèmes pratiques de situation migratoire. Éthique, même. Éthique, concrète, c'est ce que je voulais dire. Dès lors qu'on parle de personnes en migration.
Et sur la politique de la France aujourd'hui, ce qu'on voit à Calais, pour citer un...
Je vous avais dit en venant ici que je ne commenterais pas à la politique gouvernementale parce que je suis dans une mission et que je suis là pour fédérer et pas pour donner des leçons à qui que ce soit. Voilà.
Jean-Louis Borloo