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interviewLe Média — Podcasts· 30 avril 2026 19 min

Immigration : Ruffin divise la gauche

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Locuteur non identifié

Non mais si Marion, l'enjeu il est là, pour moi il est là, l'enjeu à gauche aujourd'hui c'est de rassembler. Il faut rassembler la France des Tours et des Bourgs, la France des Fafs et du Taf, la France de Benzema et de Bardella, la France des gendarmes et des imams. Il faut rassembler la France d'Hitler et du Franco-Claire.

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Présentateur

Non, non, non, non, mais c'est bon, on sort, on s'en va. Bonjour et bienvenue dans le récap, nous sommes le mercredi 29 avril et à gauche, traditionnellement, jadis, la frontière était une ligne à dépasser. Depuis quelques temps, elle redevient une ligne à défendre. Le souverainisme revient en force à gauche comme réponse pseudo-miracle à la mondialisation. Reprendre le contrôle, relocaliser, protéger des idées longtemps confinées à l'extrême droite et qui se retrouve désormais recyclée par certains de l'autre côté du spectre politique.

Alors le premier exemple, c'est François Ruffin, le député de la Somme, s'est récemment dit hostile à l'immigration de travail et a critiqué le recours à des médecins étrangers. On l'écoute.

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François Ruffin

D'abord, c'est une réalité que l'hôpital, aujourd'hui, repose sur deux catégories qui sont exploitées. Il y a les médecins étrangers et il y a les jeunes internes. Je le dis, la condition qui est faite aux jeunes internes dans les hôpitaux, à la fois leur niveau de revenu, les gardes qu'on leur fait faire, c'est quelque chose qui est... Et donc voilà sur quoi repose l'hôpital aujourd'hui. Ça ne doit pas être une fatalité, on ne doit pas s'en satisfaire. On doit chercher à en sortir. La France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens, roumains. Elle doit avoir ces médecins qu'elle forme et qui nourrit son système.

Maintenant, en attendant, les médecins algériens, tunisiens, roumains qui travaillent dans notre pays, ils doivent avoir des pleins droits. Ils doivent se sentir pleinement reconnus. Moi, je suis hostile à l'immigration pour le travail. Je ne souhaite pas qu'on fasse, sur les services, sur, je l'entends, de la part d'entreprises, des maisons de retraite, d'auxiliaires de ville, de dire, voilà, on va faire appel à la main d'œuvre subsaharienne. L'armée de réserve du capitalisme, si je puis dire. Je ne veux pas que ce qu'on a fait hier sur l'industrie, sur les météorurgies, sur Renault, on le refasse aujourd'hui sur les services.

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Présentateur

Fâchez pas fâchaux qu'il disait. Bon, vous vous doutez bien qu'une telle déclaration a fait bondir au sein d'une autre partie de la gauche. Nathalie Arthaud, par exemple, de lutte ouvrière, elle estime que François Ruffin est donc hostile à l'immigration tout court. Dans un tweet, elle interroge si les immigrés qui ont besoin de gagner leur vie, comme tout le monde, ne travaillent pas, ils vivent comment ? Avant de conclure, le souverainisme et le chauvinisme mènent fatalement à une politique xénophobe, digne du RN. Et cette inquiétude, la députée Léa Balaz-Elmariki, des écologistes, la partage.

Sur X, la députée s'inquiète de l'opposition faite par son collègue d'hémicycle entre les travailleurs français et étrangers. Elle estime que c'est dangereux. Pour elle, le vrai problème, c'est l'exploitation des travailleurs et la xénophobie. L'immigration est une chance, dit-elle. Celles et ceux qui étudient, travaillent ou viendront ici sont les bienvenus. Et elle conclut avec cet avertissement, ne perdons pas nos repères. Alors François Ruffin, en course pour la présidentielle de 2027, aurait-il perdu ses repères ? Alors avant de répondre à cette épineuse question, il faut la prendre au sérieux et puis revoir un petit peu ce que dit François Ruffin.

Celui qui a longtemps partagé les bancs de la France insoumise avant, on le rappelle, de s'en écarter au moment des législatives de 2024. Il se dit donc hostile à l'immigration de travail et critique le recours à des travailleurs étrangers dans un système de santé déjà en tension. Il s'inscrit donc là dans une logique qu'il revendique depuis longtemps, celle d'un souverainisme appliqué au travail, à la production, aux services publics. Une critique du capitalisme mondialisé qui, en soi, n'a rien de très nouveau à gauche. Sauf que le raisonnement, il ne s'arrête pas là.

En passant de la critique légitime des conditions de travail à celles des travailleurs eux-mêmes, en passant par leur origine, le débat se transforme sensiblement. On ne parle plus seulement de salaire, de pénurie organisée ou d'hôpitaux à bout de souffle. On commence à parler de qui peut venir travailler en France et sous quelles conditions. Et donc, mécaniquement, on fait le tri. Ce n'est plus seulement une critique du système économique, c'est une manière de répondre à ces dysfonctionnements en restreignant certaines circulations. Et cette bascule, elle n'est pas anodine. Elle est immédiatement perçue comme une ligne rouge, on l'a dit.

Pour Nathalie Arthaud, difficile de s'arrêter à l'immigration de travail sans finir par taper plus large. L'immigration, tout court. Pour les abalages, elle m'a riqui. Le vrai point de rupture est ailleurs dans l'opposition implicite entre les travailleurs français et étrangers qui déplace donc le conflit social du terrain des rapports de force vers celui des origines. Ruffin, il vise quand même juste quand il critique une vision des migrations réduites à son utilité économique. Il faut le dire, cette main-d'œuvre à pas cher, qu'on est bien content de trouver pour l'exploiter, la sous-payer et contourner les acquis sociaux.

Là où il déraille complet, c'est quand il tombe dans sa logique de tri dont on a parlé entre les travailleurs. À partir de ce moment-là, on ne parle plus seulement d'exploitation ou de rapports de force économiques, mais de qui a vocation à travailler ici ou là et qui, surtout, ne l'a pas. Et puis, on chasse mécaniquement sur les terres de l'extrême droite. Le repli identitaire, la préférence nationale, c'est tout ce que ça charrie. Et c'est extrêmement dangereux. Surtout que Ruffin en a remis une couche dans Marianne en disant, je cite, « Je ne suis pas un sans-frontiériste. Il faut une régulation aux frontières. Dans les différentes formes d'immigration, il faut choisir.

» Vraiment, on va finir par croire qu'il n'est pas fâché avec les fachos, François. Mais tout ça, ce n'est pas une première à gauche. Je vous propose un petit flashback dans les années 70-80. Après une période d'âge d'or, le Parti communiste français commence à perdre du terrain, y compris dans son bastion historique, le monde ouvrier. Alors, autant dire que c'est la panique à bord. La désindustrialisation s'accélère. Le chômage monte en flèche. Le Parti socialiste monte également en flèche et en puissance. Et le PCF, lui, essaye de résister et de reconquérir sa base électorale pour survivre.

C'est alors que Georges Marché défend l'idée qu'il faut réduire l'immigration pour protéger les travailleurs français. Sa formule la plus connue, « Un million de chômeurs, c'est un million d'immigrés de trop ». Alors, évidemment, sans surprise, cette prise de position déclenche de vives critiques dans le reste de la gauche, qui voit une rupture avec l'internationalisme et une manière dangereuse de déplacer le problème du chômage vers les travailleurs eux-mêmes. Vraisemblablement, les dérives d'hier ne disparaissent pas. Elles se recomposent. Rien ne se perd. Tout se transforme, même quand c'est énaze.

Alors, quand le contexte économique se durcit, quand le chômage monte, quand les services publics reculent, la gauche se retrouve face à un choix. Soit elle tient une ligne exigeante, celle qui recherche les causes profondes des crises, les déséquilibres économiques, les choix politiques, le rôle du capitalisme dans la production de ces crises. Soit elle glisse vers autre chose, des explications un peu plus immédiates, plus simplistes, qui donnent le sentiment de réponse rapide aux effets immédiats. Et c'est ça, c'est ce que veut l'électorat populaire quand il est asphyxié par une crise. On ne peut pas lui reprocher. Mais ces réponses, elles sont juste démago.

Dans les faits, elles ne touchent pas aux causes. Elles déplacent simplement le problème. Et ce déplacement, il n'est pas neutre, parce que ce sont les mêmes terrains qui sont déjà occupés depuis longtemps. L'extrême droite s'est installée sur ces sujets. Travail, protection, relocalisation, contrôle des flux. Elle en a fait un vocabulaire politique stable, structuré et très identifiable, dont toute la gauche devrait se tenir éloignée. Et ça ne vaut pas que pour François Ruffin. Coucou Fabien. Et puis coucou Montebourg aussi. Arnaud Montebourg, l'ex-ministre de l'économie sous François Hollande. Souvenez-vous. Celui qui s'est fait remplacer par Macron.

Alors, on peut comprendre une certaine forme d'amertume liée à ça. Mais ça ne justifie pas tout Arnaud. Alors, lui aussi, comme Ruffin, c'est un souverainiste de gauche. Enfin, de gauche, sosdem à la base. Mais désormais, il a changé du tout au tout. Alors, au départ, son discours s'inscrit dans une critique assez classique et consensuelle de la mondialisation néolibérale, les délocalisations et l'affaiblissement de l'État industriel, tout ça, tout ça, la gauche molle habituelle. Et à ses problèmes, il trouve comme solution quasiment automatique la protection nationale. De là, ça devient Monsieur Made in France. D'ailleurs, c'est le titre d'un de ses bouquins, si ça vous intéresse.

Il portait à l'époque tout le temps une marinière. C'était devenu quasiment obsessionnel chez lui. Bon, alors, après, petit à petit, ce qui était une critique des effets de la mondialisation devient effectivement une grille de lecture globale. Pour tout, une manière de penser l'économie presque uniquement à travers le prisme de la relocalisation et de la protection. Et puis, pendant un temps, après le règne Hollande, il disparaît du premier plan politique, du moins. Mais le voilà de retour au centre des attentions. Et il démontre nettement que la ligne souverainiste, même à gauche, c'est une pente glissante. Finalement, là, on le retrouve un peu comme la version évoluée de François Ruffin.

Et on pouvait s'en douter, le résultat n'est pas reluisant. Alors, Montebourg coupe franchement le cordon avec la social-démocratie, qu'il accuse d'avoir raté la souveraineté, je le cite, et les enjeux de frontière. Il va jusqu'à la juger condamnée politiquement. Il va encore plus loin dans le souverainisme, au point désormais de multiplier les proximités intellectuelles et les convergences de thèmes avec des figures de la droite et surtout de l'extrême droite, même s'il nie toujours toute bascule idéologique ou politique.

Alors, le monde a donné le coup de grâce en révélant Carnot-Mondebourg fricoté de longue date avec des investisseurs, notamment d'extrême droite, dont Pierre-Édouard Sterrin, le milliardaire qui trouve que l'extrême droite en France, c'est trop soft et qui se donne pour objectif d'inonder la France de bébés de souches européennes. Souvenez-vous, on en parle souvent ici. Alors, tout ce petit monde s'adore, se congratule et a tissé des liens économiques particulièrement forts, notamment via plusieurs projets dans la réindustrialisation et l'investissement. Et tant pis pour l'évasion fiscale de Sterrin. Le Made in France attendra.

Alors, dans le même temps, on ne sait pas bien où va Montebourg politiquement, on l'a dit. Il assume ses nouvelles alliances, mais persiste à tenir un pseudo cordon sanitaire délabré quand il est en public. Il entretient une posture ambiguë vis-à-vis du champ politique, distant donc du Parti Socialiste, courtisé ponctuellement par la droite, régulièrement cité dans les cercles du RN, tout en affirmant qu'il refuserait toute participation à un gouvernement d'extrême-droite si l'occasion se présentait. On demande à voir. Une position de retrait revendiquée, mais qui n'empêche pas une forte circulation dans des espaces politiques très hétérogènes.

Et bien donc, d'une figure de la gauche molle, sauce d'aime réformiste, centrée sur la réindustrialisation, on est passé à un acteur politique et économique surtout, dont le souverainisme devient la grille de lecture dominante et essentielle, au point d'en perdre sa boussole idéologique originelle et de tomber évidemment dans les bras de l'extrême-droite raciste et xénophobe. Personne n'est surpris, mais on le dit quand même, c'est évidemment ce qui lui pendait au nez. Alors le souverainisme vendu comme une réponse de gauche aux crises économiques n'est pas un simple outil technique comme on pourrait le croire.

C'est au contraire une logique qui finit toujours par prendre plus de place que prévu. Et très vite, la frontière devient ténue entre reprendre la main et tomber dans la xénophobie. Et on fait une petite pause avant de continuer avec le reste de l'actualité. Si vous aimez le récap et que vous avez envie qu'on discute ensemble, de connaître les coulisses de l'émission ou même de choisir et de proposer des sujets, je vous attends sur le canal de discussion Instagram. Le lien pour le rejoindre est dans la barre d'infos. Et vous le savez, sans vous, pas de récap, mais pas de média non plus.

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C'est ce qu'indiquent les conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères mis à jour ce mercredi 29 avril. Il reste fortement déconseillé de se rendre au Mali, quel que soit le motif. Et il est recommandé aux ressortissants français de prévoir un départ temporaire du Mali dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles, précise le Quai d'Orsay. Le week-end dernier, des combats ont opposé les forces armées maliennes aux djihadistes du groupe de soutien à l'islam et aux musulmans affiliés à Al-Qaïda.

Actifs depuis plusieurs années dans le centre et le nord du pays, ce groupe djihadiste mène une insurrection contre l'État malien et multiplie les attaques contre les positions militaires. Le ministre de la Défense, Sadio Kamara, comptait parmi les victimes des offensives ce week-end. Hier, les djihadistes ont annoncé qu'ils poursuivraient leur action en menant un siège total sur la capitale en représailles face à l'hostilité de certains habitants de Bamako. Dans sa première apparition publique depuis les attaques, le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, a quant à lui assuré que la situation était maîtrisée.

Ces attaques contre le régime illustrent les grandes difficultés de la junte a gardé la main sur un pays à feu et à sang depuis les coups d'État de 2020 et 2021. L'affaiblissement de la junte a récemment été accentué par le retrait en cours du groupe paramilitaire russe d'Africa Corps. Il avait succédé au groupe Wagner en 2025, qui s'était lui-même rendu coupable de nombreuses exactions au Mali, sans parvenir à lutter efficacement contre le djihadisme. Ce midi, le Parlement européen a donné son feu vert à une loi qui prolonge le temps de vente de cosmétiques contenant des substances dangereuses. La décision a été votée à une large majorité de 540 voix contre 60.

Il concerne les substances classées CMR, qui signifient cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Elles sont normalement interdites dans les produits cosmétiques commercialisés dans l'Union européenne. Mais le texte voté aujourd'hui allonge les délais pour les entreprises qui doivent les retirer du marché. Elles auront environ deux ans et demi, sans nécessité de faire une demande de dérogation pour obtenir ce délai. Cette durée est considérée comme un compromis par les lobbies, alors que dans un premier temps, le délai évoqué avait été porté à 7 ans. Pour les associations environnementales, il s'agit au contraire d'un recul qui met en danger la santé des Européens.

Mairie, école, commerce, hôpitaux, commissariats, églises, la France compte environ 2 millions d'établissements recevant du public en situation de handicap. Mais combien sont réellement accessibles à ces personnes en situation de handicap ? Les données manquent pour le savoir. L'association APF France Handicap vient donc d'assigner l'État en justice pour l'obliger à communiquer son bilan sur l'accessibilité des commerces et des bâtiments. Un recours au tribunal administratif a été déposé aujourd'hui contre 6 préfectures du centre Val-de-Loire pour qu'elles publient ces données.

D'après les dernières estimations, seul un établissement sur deux est accessible aux personnes handicapées malgré l'obligation qui concerne ces bâtiments depuis 2005. APF France Handicap compte saisir le tribunal administratif dans d'autres régions pour obtenir des données chiffrées. De son côté, le ministère chargé de l'autonomie et des personnes handicapées assure qu'une dynamique est enclenchée. Sur les 2 millions d'établissements recevant du public en France, 18 ont été sanctionnés depuis l'été 2025. Et merci d'avoir regardé cette nouvelle édition du Récap.

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