Invité politique - Attaques racistes contre l'équipe de France: «C’est ce qui nous attend si Marine Le Pen devient présidente», prévient Sacha Houlié, député Place publique
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Bonjour Sacha Aulier.
Bonjour.
Merci de nous rejoindre sur RFI. Avant d'évoquer l'actualité politique, un mot sur la France en plein pic de chaleur. Entre les incendies, on vient d'en parler, qui se multiplient, même aux portes de Paris, dans la forêt de Fontainebleau. Et les Français qui suffoquent chez eux, portrait d'un pays très en retard sur l'adaptation au réchauffement climatique. Comment en est-on arrivé là, Sacha Aulier ? A qui la faute ?
D'abord, avant de déterminer les fautes, il faut saluer tous ceux qui, dans l'urgence, pallient aux erreurs ou aux manquements. Les pompiers qui luttent contre les incendies, les services de santé qui accueillent les personnes qui souffrent le plus de la chaleur, les collectivités et même parfois les agents de l'État qui sont mis à rude contribution pour pouvoir organiser en urgence les secours aux personnes où la protection des biens, les agriculteurs encore, qui se déploient pour circoncer à des feux. Voilà pour les personnes qui, aujourd'hui, sont les héros du quotidien. Ensuite, il y a une volonté de ne pas avancer.
Parce que lorsque des dispositions sont votées, je parle des dispositions de la loi climat en 2021, on s'aperçoit que quand il faut les mettre en œuvre, plus personne ne veut le faire.
C'est le gouvernement.
Mais en fait, le gouvernement refuse de mettre en place les propres lois que nous avons votées. Parce que c'est lui qui revient sur l'étalement urbain avec Lausanne. C'est lui qui revient sur l'énorme antipollution de l'air en laissant remettre en cause les zones à faible émission. C'est lui qui dit que finalement, il ne faudra peut-être pas rendre reposable tout de suite le diagnostic de performance énergétique qui interdit à l'allocation et logements qui sont inadaptés parce qu'ils sont trop chauds ou parce qu'ils sont trop froids l'hiver. Et donc, au fond, il y a toutes ces choses-là. Et puis, le gouvernement, c'est deux dernières années.
C'est deux dernières années parce qu'il y avait des choses qui ont été faites. Ils ont effectivement créé le fonds vert et la prime rénov', c'est vrai. Mais le fonds vert, division par trois des crédits, 2,4 milliards en 2024 et à peine 600 millions d'euros en 2026. Donc, il y avait un ralentissement généralisé au prétexte que ça n'était plus l'urgence.
Des reculs écologiques, une inaction climatique. Et pourtant, Sacha Houllier, vous avez refusé de signer la motion de censure des écologistes la semaine passée contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, justement pour son impréparation, son inaction.
Précisément parce que c'est l'urgence. Donc, qu'est-ce que ça aurait changé aujourd'hui dans l'urgence pour les pompiers ou pour les personnes qui sont engagées dans les hôpitaux ? Est-ce qu'ils auraient eu plus de climatiseurs ? Est-ce qu'ils auraient eu plus de moyens parce qu'on aurait signé la motion ? Non, par contre, dans la négociation budgétaire, il y a une grosse pression sur le gouvernement pour qu'ils nous disent comment il va soutenir le modèle de l'engagement pour nos sapeurs-pompiers volontaires.
Comment il va réformer le modèle de financement des services départementaux d'incendie et de secours dont on sait qu'il est exsangue et dont il nous a promis pour ce budget-là des solutions pour le financement. Aujourd'hui, ça n'est que sur la taxe sur les compagnies d'assurance. Donc, ça peut être un levier, mais il en faut d'autres. Comment il va faire en sorte que les hôpitaux rattrapent tout leur retard sur la climatisation et comment il va faire en sorte que ce qui a manqué aux collectivités pour les fonds verts accélère ?
Parce que ce qu'on propose, par exemple, avec Raphaël Duxman, c'est qu'on ait un rythme de 4 000 écoles rénovées chaque année pour qu'on ait des enfants qui cuisent dans les écoles, comme ça a été le cas au mois de mai et juin.
Parlant des solutions, justement, les écologistes ont présenté ce matin leur programme présidentiel qui prévoit une sortie planifiée du nucléaire dans les 20 prochaines années. Là où le RN, l'extrême droite, lui propose un grand plan de climatisation à 40 milliards d'euros en s'appuyant sur l'énergie nucléaire, dans ce grand écart, vous vous situez où, vous, Sacha ?
Vous avez cité un grand écart, mais en fait, c'est un grand écart qui est doctrinaire pour les uns comme pour les autres. Le tout nucléaire pour le RN, le sans nucléaire pour les écologistes. La stratégie qui a été arrêtée par RTE, réseau de transport d'électricité, c'est celle d'une stratégie où on aura 100% d'électricité pour avoir zéro dépendance au carbone. Ce zéro dépendance au carbone, au pétrole ou au gaz, c'est essentiel parce que ça veut dire qu'on ne se met pas dans la main ni de la Russie, ni des pétromonarchies du Golfe, ni de toutes les conditions géostratégiques qui nous tombent dessus, notamment avec le blocage du détroit d'Hormuz. Donc, comment on fait ?
On produit de l'électricité nous-mêmes, c'est ce qu'on fait en France. Mais pour ça, on a besoin d'une part de centrales nucléaires. Moi, je suis pour le soutien au nucléaire, comme l'a rappelé Raphaël Luxman. Et puis, on est pour un investissement massif dans les énergies renouvelables, accélérées, là encore, comme nous le soutenons, pour que quand on fait 100% d'électricité française, ce soit aussi 100% d'électricité sur lesquelles on a la main en nucléaire et en renouvelable.
Et pour le coup, c'est aussi pour ça qu'on propose que sur cette électricité, il y ait aussi une garantie d'accès à l'électricité pour tous les ménages de France et qu'il y ait des tarifs sociaux et qu'il y ait des interdictions de coupure, notamment quand on en a vraiment besoin l'hiver ou l'été, au moment les plus critiques, parce que la climatisation utilise l'électricité, on en a besoin évidemment, et puis parce que l'hiver, on a besoin de chauffer les logements ou les bâtiments publics.
On parle un peu de politique avec l'extrême droite qu'on évoquait dans ses propositions, et aujourd'hui la candidature de Marine Le Pen, qui malgré sa condamnation a fait une entrée fracassante dans la course à l'Elysée, écrasant désormais toute concurrence dans tous les sondages, c'est véritablement un signal d'alarme pour vous, à gauche ?
L'alarme, c'est le problème pour la France. Marine Le Pen a été candidate le jour où elle a été confirmée comme condamnée pour détournement de fonds publics. Donc en fait, aujourd'hui, le fait d'être confirmée, condamnée par un tribunal, c'est un passeport vers l'élection présidentielle.
Mais on précise qu'elle est présumée innocente en attendant la décision de son pourvoi.
Bien sûr, mais ça reste tout de même la deuxième décision de justice qui confirme cette qualification de détournement de fonds publics. Du reste, sur ce sujet, depuis cette déclaration de candidature, il y a effectivement les sondages que vous citez, et puis il y a aussi tous les points d'interrogation, celles de tous ceux qui, à un moment donné, se laissaient tentés par l'ERN et qui se disent « qu'est-ce qu'on va aller faire dans cette galère ?
» Alors il y a les milieux économiques qui commencent à comprendre que ce sera la ruine de la France, il était quand même temps de se réveiller, il y a toute la société organisée qui pourra se réveiller aussi pour comprendre que ce sont des climato-sceptiques, donc que ça ne fera qu'aggraver ce que nous connaissons aujourd'hui, l'inadaptation au changement climatique, l'impréparation à tout ce que sont les grands événements de catastrophes naturelles que l'on vit, et puis le fait qu'en termes d'organisation de la société et de tolérance, quand on subit les attaques racistes, tantôt de sénateurs paraguayens, tantôt de l'ancien Premier ministre espagnol, vous dire que demain, c'est ce qui nous attend dans la classe politique française, si jamais les Français choisissent Marine Le Pen comme présidente de la République.
Donc ce que vous dénoncez aujourd'hui à l'extérieur, c'est ce qui nous attend demain à l'intérieur, si c'est ce que vous choisissez lors du vote.
Vous dites, voilà, il faut que les milieux économiques se réveillent, est-ce qu'il ne faut pas aussi que la gauche se réveille, en tout cas se mettre au plus vite en ordre de bataille, alors que le RN caracole en tête des sondages, et que la gauche LFI, Jean-Luc Mélenchon, sont eux en pleine dynamique. C'est quand que Raphaël Glucksmann se lance dans la course ? En quelques moments.
D'abord, il y a un choix stratégique qui a été fait par les militants de ce parti historique à gauche, qui est le parti socialiste, qui est celui de la social-démocratie. Ce n'est quand même pas une mince affaire que de dire, dans le vote qui a eu lieu le 9 juillet dernier, qu'il s'ancrait à gauche et avec une vraie stratégie d'indépendance totalement autonome de la France insoumise. Ça n'était plus le cas depuis trop longtemps. Ensuite, il y a le choix d'un candidat pour les socialistes et pour place publique. Raphaël Glucksmann a dit qu'il s'exprimerait d'ici la fin de l'été pour qu'on connaisse sa position.
Après, il y a toute évidence, moi je reste convaincu, et ce depuis longtemps, que c'est le meilleur candidat pour la gauche.
Il faut l'enterriner désormais. Et on aura sa réponse à la rentrée septembre. Merci Sacha Ollier, bonne journée.
Je vous en prie, au revoir.
Sacha Houlié