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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 10 avril 2026 63 min

Détroit d'Ormuz : la bataille navale et la guerre du pétrole - C dans l’air - 11.03.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Swiffer Wetjet, fini la serpillère. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. La tension monte d'un cran dans le détroit d'Ormuz. 3 navires ont été pris pour cible et les Iraniens préviennent que désormais, toute embarcation américaine, israélienne ou de leurs alliés sera une cible légitime.

Washington avertit à l'instant les civils de s'éloigner des ports du détroit d'Ormuz. Que préparent les Etats-Unis dans cette zone stratégique, où les Gardiens de la révolution disposent de moyens agiles pour bloquer le trafic? Le prix des carburants provoque une onde de choc mondiale. 32 pays, dont la France, ont décidé un déblocage historique de 400 millions de barils de pétrole pour contenir la hausse des prix.

Depuis ce matin, une nouvelle cible a été désignée par l'Iran: les banques et les centres d'affaires. A Dubaï, les grands groupes commencent à plier bagage. Avec nous pour en parler, A.Bauer.

Vous êtes professeur émérite au Cnam. Avec nous, A.Bellanger.

Vous êtes éditorialiste à franceinfo. P.Allémonière, vous êtes grand reporter, spécialiste des questions internationales.

Vous avez été à de nombreuses reprises en Iran, en reportage. G.Malbrunot, vous êtes grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient au "Figaro".

La une de votre journal. Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct.

A l'instant, une déclaration de D.Trump qui annonce que les Etats-Unis vont frapper dans l'heure. Trump dit aux Iraniens: "Ils ne s'en relèveront pas." De quoi s'agit-il? - A.Bauer: Une guerre, c'est une structure très planifiée et une tactique très flexible.

Pour l'instant, il y a un rassemblement de B-52, de B-1 et de B-2. Ils n'ont jamais volé ensemble. C'est la première fois que ça va arriver.

L'objectif est de passer de la frappe ciblée au gros rouge qui tache. Ca utilise beaucoup moins d'équipements sophistiqués, dont le niveau de réserves est très bas. C'est pour démontrer pourquoi il n'y a pas eu d'attaque sur le port principal de Bandar Abbas, où il y avait une concentration historique de la marine iranienne.

Pourquoi il n'y a pas d'opérations sur l'île de Kharg, qui permet au pétrole iranien, le plus recherché, d'être atteint? Les militaires disent que ce n'est pas le moment. La précipitation des événements qui a provoqué cette attaque immédiate et qui a provoqué la guerre...

On est dans une phase où Trump a décidé d'accélérer le processus. Ce n'est pas inédit. Ce n'est pas nouveau.

C'est une précipitation et une accélération du processus de guerre telle qu'elle a été imaginée par les états-majors. - C.Roux: On a les déclarations de D.Trump.

Il avait dit ça ces derniers jours en disant: "Le plus dur reste à venir." L'Iran revendique ce matin des frappes de grande ampleur. On est dans un nouveau temps de cette guerre que nous commentons depuis 12 jours avec une montée en pression de part et d'autre? - G.Malbrunot: L'Iran ne cède pas.

D.Trump...

Il a dit, dans cette même déclaration, "il n'y a pratiquement plus rien à frapper". Je mets en garde contre les conclusions hâtives de D.Trump.

Le système iranien tient. A priori, d'après ce qu'on sait, l'Iran a commencé à poser quelques mines au nord du détroit d'Ormuz. L'Iran ne plie pas.

D.Trump a envie que ça se termine bientôt. Norouz, le Nouvel An, c'est dans une dizaine de jours.

On a le sentiment qu'on ne sait pas trop où va D.Trump et quels sont les objectifs de guerre. L'Iran a mis en place un système de défense décentralisé, une défense mosaïque, qui leur permet de tenir.

Ils sont capables de frapper des infrastructures civiles. On a appris qu'Israël avait frappé la banque des pasdarans. Ca vient aussi en riposte aux frappes israéliennes contre des installations civiles, comme des dépôts de carburant.

On est dans une montée en puissance de cette guerre, dont on ne voit pas l'issue. - C.Roux: Montée en puissance avec une déclaration des Iraniens qui menacent de cibler les ports si les leurs sont attaqués.

L'appel à l'évacuation des civils à proximité des ports, lancé par Washington, cette menace des Iraniens...

On va beaucoup parler ce soir de ce qui se passe. On va parler de la tension dans le détroit d'Ormuz. Est-ce que c'est là où ça va taper? - A.Bellanger: Oui.

C'est là où se trouvent les réserves iraniennes pour envoyer des mines...

On imagine qu'ils avaient des bateaux poseurs de mines. Ils ont des hors-bords avec 3 mines dedans. On les envoie sur le détroit d'Ormuz et ils le bloquent tout de suite.

Avant de pouvoir organiser une opération d'escorte ou d'escortage des tankers, il faut absolument faire passer les bombardiers lourds. Les bombardiers lourds ont besoin que l'ensemble des défenses antiaériennes soient inopérantes pour tapisser de bombes les endroits d'où partiraient ces petites embarcations. Ca aplatirait les possibilités pour les Gardiens de la révolution d'utiliser des missiles de courte portée, des drones, de les envoyer. - C.Roux: Spécifiquement sur le détroit d'Ormuz? - A.Bellanger: Sur tous les ports...

Ca a l'avantage... - G.Malbrunot: La côte est très escarpée, avec beaucoup de grottes.

C'est très difficile de localiser les points de départ. - A.Bellanger: Ce que les Européens et tout le monde dit avant même de penser à organiser une opération d'escorte, c'est qu'il faut absolument que les Américains aient fait table rase. - C.Roux: C'est ça qui est peut-être en train de se préparer à l'heure où nous parlons. - P.Allémonière: On est rentrés dans une seconde phase, une guerre de l'urgence.

Pourquoi une guerre de l'urgence? D.Trump est pressé.

Les Israéliens sont pressés parce qu'ils savent que D.Trump pourrait diverger d'un seul coup. Les 2 sont dans une urgence.

Du côté iranien, on est dans le fait de faire le gros dos et de tenir. Un point d'interrogation est assez intéressant. Le président du Parlement iranien, qui n'est vraiment pas un modéré...

Il est plutôt un dur. Il a dit hier: "Si la guerre continue, nous ne pourrons pas avoir les moyens de produire et de vendre du pétrole." C'est bien la 1re fois qu'on voit un dur du régime apporter un petit bémol sur cette résistance que l'on dit au sein de la structure iranienne.

Ca montre bien que finalement, le pétrole, la vente de pétrole, c'est quand même l'arme. Jusqu'à présent, les Américains n'avaient pas voulu frapper tout ce qui était pétrole. Ils ne veulent pas d'un Iran totalement à genoux demain, à l'inverse des Israéliens.

Il y avait une différence. Est-ce que les Américains sont venus au terme des Israéliens? C'est la question qu'on va voir dans les prochains jours. - C.Roux: Nous allons beaucoup évoquer ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz.

On a parlé des mines...

On va y revenir. Est-ce que la stratégie militaire des Américains pourrait être de passer cette zone avec des moyens militaires, qui n'avaient pas été sortis, pour libérer le détroit d'Ormuz? On pourrait penser que ça s'était passé avec des escortes.

Est-ce que ce préalable de la grosse artillerie pour bloquer les capacités de nuisance des Iraniens, ça peut passer par une opération militaire d'ampleur dans cette partie? - A.Bauer: Il y a plusieurs objectifs.

Ils ne sont pas totalement cohérents. Les Israéliens veulent l'effondrement du régime. Les Américains veulent le désarmement du régime.

Les Chinois ont fait des offres de services pour trouver une solution garantissant la liberté de circulation. Pourquoi les Américains ne veulent pas détruire les capacités de production des Iraniens? Ils n'en ont rien à battre.

Ca ne les concerne pas. La production iranienne ne va ni à l'Europe ni aux Etats-Unis. Elle ne va que vers la Chine et l'Inde.

C'est pour ça que le président Trump a permis à Poutine de rétablir et d'avoir une exemption lui permettant de revendre son pétrole aux Chinois. L'opération américaine est liée à une exaspération et à un problème temporel. Ce n'était pas prévu maintenant.

Ca n'était qu'une opération visant à la destruction du port de Bandar Abbas. Les pétroliers ne vont peut-être pas être détruits. Il y a des équipements militaires qui peuvent être détruits et dont on s'étonnait qu'ils ne l'aient pas été jusqu'à présent à cause de la proximité avec les équipements pétroliers.

Sur l'île de Kharg, il peut y avoir une opération militaire d'occupation. Il ne faut pas détruire l'île, mais un pilonnage important pour contrôler les exportations de pétrole. Il manque une pièce à l'équipement.

Il manque les sous-marins iraniens. Un seul a été coulé. Il en a 10 ou 11 qui n'ont pas fait surface et dont on ne sait pas où ils sont situés.

Même dans un détroit aussi petit, de 6 km de large, ils peuvent provoquer beaucoup de dégâts. Ce pilonnage pour casser la capacité... "Si vous nous tapez, il n'y aura plus de pétrole pour personne." Ca montre à quel point tout ça est enchevêtré.

Trump aime les choses simples. - C.Roux: Tout ça s'accélère, y compris en raison de la pression sur les cours du pétrole, les prix.

Il y a une fébrilité sur ce sujet. C'est l'arme de dissuasion massive des Iraniens, le blocage du détroit d'Ormuz. Il permet à l'Iran de faire pression sur l'économie mondiale.

Le temps joue pour les Gardiens de la révolution. 3 navires ont été endommagés aujourd'hui. - Un navire en flammes, la coque éventrée.

Ce bateau thaïlandais a été touché ce matin dans le détroit d'Ormuz. L'équipage est évacué. 2 autres bâtiments civils ont été endommagés.

Attaque de drones, de missiles...

Difficile de savoir ce qui a frappé, mais les soupçons se portent sur l'Iran. La République islamique règne sur le détroit, mais hier, le secrétaire d'Etat américain à l'Energie fait une annonce rassurante. ...

Mais le secrétaire retire son tweet et déjà, un porte-parole iranien se moque. ...

La Maison-Blanche est finalement bien obligée de démentir. Une mission d'escorte serait trop risquée pour sa marine. - Je sais que la publication a été rapidement supprimée.

Je peux confirmer que la marine américaine n'a escorté aucun pétrolier ni navire pour le moment, même si c'est une possibilité. Le président a déclaré qu'il y aura recours au moment opportun. - Ces revirements et ces cafouillages entraînent les prix du pétrole dans des mouvements de yo-yo.

Les marchés s'inquiètent du blocage du détroit d'Ormuz. Les Américains aussi. Chez les républicains, l'ancien candidat à la présidence, proche de D.Trump, le met en garde avec des mots qui fâchent. - Nous devons garder le détroit ouvert coûte que coûte.

Sinon, cette guerre se soldera par une défaite de l'Amérique. - Les Iraniens le savent. Menace d'un prix du baril à 200 dollars...

Hier soir, nouvelle escalade. - CNN vient d'apprendre que l'Iran a commencé à miner le détroit d'Ormuz. - Quelques dizaines de mines navales mises à l'eau.

Les Gardiens de la révolution en auraient mis en réserve, de quoi bloquer le détroit pour des mois, voire des années. L'Iran cacherait aussi des centaines de petites vedettes pour déployer ses mines. - Le détroit d'Ormuz est une voie maritime stratégique pour notre pays.

C'est une ressource géographique précieuse, un don de Dieu, dont notre pays bénéficie grâce au Divin. L'avantage, c'est que lorsque le pays est en guerre, tous nos atouts peuvent être utilisés au maximum. - L'armée américaine diffuse ces images de frappes sur la flotte iranienne.

Elle annonce avoir coulé 16 mouilleurs de mines. P.Hegseth trace sa ligne rouge. - P.Hegseth: Si l'Iran devait arrêter les flux de pétrole du détroit d'Ormuz, il serait attaqué encore 20 fois plus fort. - Un blocage du détroit d'Ormuz, c'est le scénario catastrophe pour les Etats-Unis.

Sa marine a peu de moyens pour déminer. L'US Navy a même retiré ses 4 chasseurs de mines de la région. Ils viennent de rentrer aux Etats-Unis il y a quelques jours pour être détruits.

Au Moyen-Orient, les frappes continuent. Israël vise les raffineries iraniennes. L'Iran frappe des terminaux pétroliers des pays du Golfe.

Le Qatar lance l'alerte générale. - Les attaques contre les installations énergétiques perpétrées des 2 côtés constituent un précédent dangereux qui entraînera des pertes économiques pour nos partenaires commerciaux, notamment dans la région, mais aussi dans le reste du monde. - Le Qatar et la France ont un accord de défense.

E.Macron a annoncé le déploiement de 2 frégates pour garantir la liberté de circulation maritime en mer Rouge et dans le détroit d'Ormuz, quand la situation le permettra. - C.Roux: Il est intéressant, ce reportage.

On voit les navettes très agiles qui sont stockées dans des tunnels. D'un autre côté, on voit les navires très puissants de l'armée américaine. Le temps joue pour l'Iran? - G.Malbrunot: L'Iran se lance dans une guerre d'usure.

Ils font tout ce qu'ils ont dit. Ils ont dit "on tapera des bases américaines sur les pays du Golfe","on fermera le détroit d'Ormuz", et ils l'ont fait. Ils jouent une carte de guerre d'attrition.

Ils savent que D.Trump ne pourra pas se permettre de se lancer dans une guerre longue. Sur un plan diplomatique, l'Iran n'est pas intéressé par un cessez-le-feu temporaire.

Après demain, D.Trump dit: "On a gagné. Demain, je me retire." L'Iran veut un accord en bonne et due forme qui évite d'avoir, dans 3 mois, un retour pour terminer le travail. "On va se retrouver grugés, comme on l'a été en juin." L'Iran a probablement la capacité de tenir. - C.Roux: Il a la capacité de tenir parce qu'il a la capacité de gêner le trafic dans le détroit d'Ormuz?

C'est ça, son arme de dissuasion massive? - G.Malbrunot: Oui.

Elle fait très mal. On a vu le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Les grands perdants, ce sont nos amis des Emirats arabes unis, le Qatar et le Bahreïn, dont les dirigeants demandent à Trump: "Arrête ta guerre." Les Iraniens ont-ils miné le détroit d'Ormuz? - A.Bauer: Non. - G.Malbrunot: Au nord. - A.Bauer: Au-delà de la mine, qui est un espace flottant connu qui nous rappelle les grandes époques de la Seconde Guerre mondiale, la vraie question est qu'il y a eu un drone marin, sous-marin, pour être plus précis, envoyé par les Iraniens dans le golfe d'Oman.

C'était la surprise du chef. On ne l'a pas vu arriver. On l'a vu arriver en Ukraine.

C'est pour ça que la flotte russe ne sort plus en mer Noire. On ne sait pas si c'est un prototype. Cette surprise pose un problème pour la flotte militaire et pour la flotte civile.

C'est une torpille extraordinairement améliorée. On a plein de sujets qui viennent se télescoper dans l'affaire des mines. Il y a des mines iraniennes.

Les Iraniens l'affirment et l'annoncent. Ils ont envoyé une lettre au président Trump par l'intermédiaire du sultan d'Oman pour dire: "Si vous nous attaquez, voilà ce qui va vous arriver." - C.Roux: Le président de la République assure qu'il n'a pas la confirmation par nos services de renseignement de l'utilisation de mines navales par l'Iran dans le détroit d'Ormuz.

Vous dites qu'on sait qu'il a des mines? - G.Malbrunot: Pas dans le détroit.

Pas dans cet étranglement. L'Iran, si elle se sent menacée, elle posera des mines. Ils ont des sous-marins et des navires.

Ils l'ont fait pour ces mines avec des pseudo-bateaux de pêche. - C.Roux: Il y a des images qu'on va voir d'un navire poseur de mines qui aurait été tapé par l'armée américaine.

Ils sont peut-être en train de le faire. - A.Bellanger: Poser des mines à cet endroit, c'est montrer qu'on est capables de le faire, mais pas le faire réellement.

Poser des mines dans le détroit d'Ormuz, c'est la bombe atomique de ce qui...

Les Américains n'ont pas les démineurs pour y arriver. Les Américains, visiblement, avaient tout prévu, sauf ce que les Iraniens ont fait. Ils ont envoyé 12 vaisseaux sur place, dont le fameux porte-avions.

Rien qui permet d'escorter sérieusement des navires ou de déminer le détroit d'Ormuz. Il va falloir attendre l'aide des Européens qui ont peut-être l'expertise et les bateaux qu'il faut pour aider les Américains à constituer...

En 1987, un escortage de tankers avait été organisé par les Américains. Ca avait duré 4 mois, pendant la guerre Iran-Irak. Il avait fallu 30 bateaux américains pour parvenir à escorter une fois par semaine 3 tankers.

A l'époque, il n'y avait pas de drones. L'Iran était en pleine guerre. Il n'y avait pas de sous-marins.

Imaginez que les Américains n'ont que 12 bateaux. Il en avait fallu 30 il y a 30 ans. Il y a tellement de bateaux coincés qu'il faudrait 2 ans et demi pour qu'à ce rythme, on puisse évacuer tous les bateaux avec une escorte.

C'est dingue que les Américains... - C.Roux: On a cette image des passages des bateaux par le détroit d'Ormuz.

On se rend bien compte qu'au fond, tout est assez figé et qu'aucun ne parvient à passer. Il y a les Chinois et les Iraniens. - A.Bauer: Ceux qui débranchent leur GPS et qui passent discrètement avec beaucoup de courage. - P.Allémonière: Il y a des Grecs, aussi.

L'Iran a décidé d'avoir du temps et de mener une guerre asymétrique. Les Américains, dans les 3-4 scénarios qu'ils avaient prévus...

J'espère qu'un des scénarios avait prévu qu'ils pouvaient poser des mines. Un militaire est un militaire. Que le président ne veuille pas lire ce scénario, je suis d'accord.

Ils peuvent avoir 2000, voire 6000 mines. Ils ont des caches souterraines dans les grottes avec ces petits bateaux. Ils ont les bateaux de pêche.

S'ils veulent, ils peuvent peser. Ils ne vont pas utiliser les hélicoptères ou les sous-marins...

On n'en est pas à cette dimension. Ils peuvent avoir une capacité énorme de nuisance. C'est toute leur guerre.

C'est juste la nuisance. A cette nuisance acquise, il y a aussi des supports étrangers. Je suis très frappée par la précision de certaines frappes sur les pays du Golfe.

Il y a quand même eu des zones de communication satellitaire américaine presque touchées. Il y a eu l'étage de la CIA, dans un immeuble de Riyad. - G.Malbrunot: Ils ont été aidés par les Russes. - P.Allémonière: Le "Washington Post" disait que les renseignements pour les frappes étaient donnés par les Russes.

Nous, nous aidons les Américains et les Ukrainiens aussi. - C.Roux: Les Américains disaient que ce n'était pas si grave. "De toute façon, on domine." - P.Allémonière: Les Iraniens disposent de pas mal d'atouts.

Un régime résistant jusqu'à la minute où il s'effondre. Je l'ai vu. Aussi bien en Serbie quand Milosevic est tombé ou à Bagdad... - G.Malbrunot: Le système iranien ne ressemble absolument pas au système irakien.

En Irak, vous aviez un despote qui contrôlait tout. En dessous, personne ne disait rien. En Iran, c'est un système.

Le Guide suprême dont on parle depuis des semaines, c'est le 1er parmi les égaux. Khamenei tombe, c'est le fils. Le fils existe pratiquement pas.

Il est souffrant et blessé. Il y a un système extrêmement large. C'est un véritable système.

Pour qu'il s'effondre, on n'y est pas encore. - C.Roux: Je voudrais qu'on revienne au détroit d'Ormuz.

Les responsables américains décrivent la traversée comme la vallée de la mort tant les risques sont élevés. On a appris que 3 cargos tankers-pétroliers ont été visés. Est-ce qu'on est au-devant de ce qu'on peut appeler une bataille navale?

Pourquoi sont-ils visés? - A.Bellanger: Ce qui est intéressant avec le tanker visé, c'est qu'il l'a été au-dessus de la ligne de flottaison.

C'est pour envoyer un avertissement. Imaginez le prix d'un cargo. Aucune assurance n'est prête à prendre en charge ce type de dégâts liés à la guerre.

D.Trump a dit que ce n'était pas grave, en mettant 20 milliards sur la table. Il faut en réalité 200 milliards, voire 300 milliards sur la table pour pouvoir assurer ces bateaux et qu'ils puissent risquer ce genre d'aventure qui est arrivée au tanker thaïlandais.

Il suffit de pas grand-chose pour effrayer l'ensemble des tankers. - C.Roux: Tout est figé. - A.Bellanger: Oui.

Ca se résume en une formule très simple: vous avez la montre, nous avons le temps. C'est exactement ce que jouent les Iraniens en ce moment. - G.Malbrunot: Sauf qu'ils ne sont pas arabes. - A.Bellanger: Ils sont perses. - C.Roux: Toutes les hypothèses d'escortes de bateaux, les assureurs, ce serait très minime...

Passer la région, les ports, avec une vague de bombardements massifs, c'est la seule solution qu'il reste aux Américains pour débloquer le détroit d'Ormuz? Est-ce qu'on est dans le moment ou vous pensez que les Américains sont tenus de débloquer maintenant le détroit ou ça peut durer? - A.Bauer: Les Américains n'ont pas besoin du détroit.

Ca les arrange. L'augmentation des prix du pétrole et du gaz...

Ils sont le premier producteur et exportateur mondial. Ils sont très contents. Nous sommes les plus dépendants.

Ca ennuie essentiellement les Chinois et les Indiens. Nous, ça nous ennuie pour autre chose. C'est les engrais et les produits dérivés où là, nous sommes extrêmement dépendants.

On découvre l'extraordinaire interdépendance du système. - C.Roux: S'il était si tranquille, D.Trump, avec les prix du pétrole, il n'aura pas fait une déclaration à l'inverse de ce qu'il a dit pour faire baisser les marchés? - A.Bauer: Le prix du pétrole concerne l'ensemble du marché.

Le problème du marché, c'est qu'il fixe un prix. Que vous le produisiez aux Etats-Unis, en France dans un sous-sol, dans le Golfe ou ailleurs, le prix augmente. Son problème, c'est son électorat, c'est pas le prix de production.

Son prix d'exportation en gaz de schiste...

Il est plus cher à produire pour lui. Il ne faut pas que les Américains en payent le prix. Quand il dit "il faut débloquer", il dit aux distributeurs américains "il ne faut pas rigoler".

C'est ce que disent les gens de l'Agence internationale d'énergie. En débloquant 2 fois plus de pétrole que lors de la dernière crise...

Le vrai problème qui existe aujourd'hui, c'est la capacité pour les Etats-Unis à protéger les 2 oléoducs visés. Tout ne passe pas par le détroit d'Ormuz. Il y a aussi 2 oléoducs, un à Fujairah et un en Azerbaïdjan.

Ils sont dans des endroits très particuliers. Les Iraniens ciblent précisément ce qu'ils veulent. Là, ils interviennent massivement vers Israël.

Le 3e oléoduc, c'est le saoudien. Il a échappé en passant d'une mer à l'autre. - C.Roux: J'essaie de comprendre.

L'urgence de D.Trump est de libérer le passage du détroit d'Ormuz? - A.Bellanger: Son urgence est de faire baisser les prix.

Ca commence à devenir embêtant. Aux Etats-Unis, le diesel a pris 50 % en quelques jours. Les voitures américaines sont 2 fois moins efficientes.

Les Américains font 2 fois plus de kilomètres que nous. Ils sont 4 fois plus exposés au prix du pétrole que n'importe quel Européen. Quand vous avez l'impression que le prix du gallon n'est pas cher, il faut le multiplier par 4 pour avoir une idée de ce que les Américains subissent comme choc psychologique.

Il a la montre devant lui. Il l'a dit dans un Tweet, c'est un petit prix à payer pour la paix dans le monde. Ca peut durer un peu de temps.

Les voitures américaines ne sont pas très efficaces. Les Américains sont très touchés par ça. - C.Roux: On va parler des pétromonarchies, qui sont impactées. 32 pays dont la France ont décidé d'un déblocage historique de 400 millions de barils de pétrole pour calmer les marchés.

En Europe, on dégaine les mesures d'urgence comme le blocage des prix. L'Italie envisage une baisse des taxes. En France, la pression sur le gouvernement est chaque jour plus forte sur un sujet hautement sensible. - Depuis une semaine, il donne des sueurs froides aux automobilistes.

Le prix du carburant frôle les 2 euros. Alors, à la pompe, les chiffres défilent. - Total: 50 euros.

Alors que d'habitude, je mets à peine 40 euros. Là, je n'ai pas le plein. - Là, je vais rouler 2 jours.

C'est tout. Entre-temps, il faut payer l'Urssaf, tout le monde...

Il faut tout enrichir. Ils vont gonfler leur ventre et nous, on subit. Soit disant y a les réserves de l'Etat.

Elles sont où? C'est normal, ça? - Cet après-midi, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie, dont la France, ont annoncé libérer leurs réserves stratégiques, signe de la gravité de la crise.

Plusieurs millions de barils vont être débloqués. - 400 millions de barils de pétrole seront mis à disposition du marché afin de compenser la perte d'approvisionnement due à la fermeture du détroit d'Ormuz. Il s'agit d'une mesure majeure visant à atténuer les effets immédiats de la perturbation sur les marchés. - Les prix à la pompe vont-ils enfin baisser après 12 jours de conflit?

L'Allemagne annonce elle aussi débloquer une partie de ses réserves. Dans les stations essence, les prix avaient atteint des sommets: près de 2,20 euros le litre de diesel. En Europe, à chacun sa stratégie.

Après la Croatie, la Hongrie décide elle aussi de plafonner les prix. V.Orban, à la conquête de son électorat, à 2 mois des élections législatives... - V.Orban: Nous intégrons un prix qui ne peut pas être dépassé.

Le prix plafon est de 595 forints pour l'essence et de 695 forints pour le diesel. - A Rome, G.Meloni, sous pression.

A moins de 2 semaines d'un référendum crucial sur une réforme de la justice, la présidente du Conseil tente de rassurer. Son gouvernement envisage de réduire les taxes sur l'essence. - G.Meloni: Ce mécanisme, dont l'activation a été demandée par l'opposition, permet d'utiliser l'excédent de TVA issu de l'augmentation des prix pour réduire les taxes. - Et de l'autre côté de l'Atlantique, la grogne monte. - La guerre avec l'Iran pèse lourdement sur l'économie américaine.

Le prix du pétrole a atteint cette semaine son plus haut niveau depuis 2023, bondissant de plus de 28 % pour dépasser les 90 dollars du baril. - Alors que D.Trump avait promis une baisse de l'inflation, les Américains ont de plus en plus de mal à faire leur plein d'essence. - Les prix sont horribles.

Ils sont trop chers. Ils sont élevés, trop élevés. Parfois, vous devez choisir entre l'essence et des choses dont vous avez vraiment besoin. - On pensait qu'avec ce président, il n'y aurait plus de guerre et que les prix de l'essence ne bougeraient plus. - 60 % des Américains craignent aujourd'hui un enlisement du conflit.

D.Trump tente de sauver les apparences. - D.Trump: Je savais que le prix de l'essence allait augmenter.

Je pensais qu'il augmenterait bien plus et personnes ne s'attendait à ce que cette opération soit aussi vite couronnée de succès. - Succès ou défaite, ce sera aux Américains d'en juger lors des élections de mi-mandat en novembre. Un vote crucial pour D.Trump. - C.Roux: Ils étaient déjà en discussion pendant le reportage...

Ce que vous disiez, et c'est peut-être important de le dire aux téléspectateurs, c'est que le détroit d'Ormuz n'est pas totalement bloqué. C'est habile de la part des Iraniens. - P.Allémonière: Il est même officiellement ouvert.

Les Iraniens ont dit qu'ils visaient que les Israéliens, les Américains et les amis des Américains, tous ceux qui sont dans la défense, pratiquement. C'est un message envoyé à la Chine, à la Russie, à l'Inde en disant: "Nous, on vous veut pas de mal." Ils prennent une position...

Depuis le début, ils ont une maîtrise de leur communication assez remarquable, malgré les coups qu'ils subissent. On sent qu'ils étaient totalement préparés à cette guerre. Ce qui nous interroge aujourd'hui avec le détroit d'Ormuz qui peut rester bloqué parce que les tankers ne veulent pas y aller...

Eux ont les moyens de durer. La question que se posent des Américains, c'est: faut-il envoyer des hommes en plus du tapis de bombes, pour débloquer le détroit d'Ormuz? - C.Roux: Il pourrait y avoir des conséquences en chaîne.

Le directeur du 2e armateur mondial interrogé par "Le Monde" dit: "En Asie et au Moyen-Orient, le point d'approvisionnement de ces navires en fioul pourrait être à sec." Ca pourrait avoir un impact sur l'ensemble du trafic maritime. - A.Bellanger: Ce n'est pas seulement le trafic qui ne peut plus passer par le détroit d'Ormuz.

C'est aussi tous les pays qui sont obligés d'arrêter de produire parce qu'ils ne peuvent pas exporter. Ca retire d'autant le pétrole du marché mondial. - C.Roux: Et du gaz. - A.Bellanger: Vous retirez 1 baril sur 6 du marché mondial, et c'est ce qui se passe en ce moment, vous créez une pénurie générale, une perturbation générale.

D'autant plus que ce pétrole qui vient des confins du Golfe, d'Irak, du Koweït, les Emirats, est particulièrement facile à raffiner. C'est une merveille. Vous mettez quasiment ça dans une voiture, elle démarre toute seule.

Les raffineries du sud de la Chine sont réglées pour le raffiner, ce pétrole. Quand il faut substituer ce pétrole si facile, si merveilleux à raffiner par les pétroles beaucoup plus lourds et qui viennent de beaucoup plus loin, vous perturbez totalement la chaîne d'approvisionnement. - C.Roux: On voit que l'onde de choc est mondiale.

Quelques informations. En Birmanie, la circulation a été restreinte. Au Vietnam, le prix de l'essence a grimpé de 20 % en quelques jours.

En Grèce, plafonnement des prix des carburants. Le Japon débloque ses stocks stratégiques. La Corée du Sud a plafonné ses prix lundi.

L'ensemble de l'économie mondiale est impacté. - G.Malbrunot: C'est un des buts affichés clairement par les Iraniens, d'ailleurs. "Si vous continuez, l'économie mondiale sera perturbée." ils disent aussi "nous, on a la capacité de la terminer, on a la capacité d'ouvrir ou pas le détroit d'Ormuz". - C.Roux: On entendait les pétromonarchies dire que les attaques sur les installations pétrolières sont un précédent dangereux et peuvent avoir des conséquences économiques majeures.

Pour eux, c'est la double peine. - G.Malbrunot: Eux sont les dindons de la farce.

Ces pays sont dépendants, pour leur sécurité, des Etats-Unis, de la France aussi. Leur sécurité n'est pas assurée, aujourd'hui. Ces dernières années, ces pays ont noué avec l'Iran des relations de bon voisinage en disant qu'ils allaient faire ami-ami et que la diplomatie éviterait d'avoir une guerre.

Aujourd'hui, ces pays se retrouvent grugés. Ils se retrouvent avec des paris perdants. Ce sont surtout des pays qui sont furieux contre les Etats-Unis.

C'est quand même eux qui ont déclaré la guerre à l'Iran. Aujourd'hui, c'est eux qui en payent le prix. L'Iran, qui observe tout ça de manière assez intelligente, voit que les Emirats sont le maillon faible.

Dubaï, c'est le bling-bling donc en visant...

L'aéroport de Dubaï...

C'est une manière aussi de punir les Emirats. Quelle que soit la durée de la guerre, ces pays vont réviser leur doctrine en matière de sécurité après. Un certain nombre de pays, comme l'Arabie saoudite...

J'ai eu tout à l'heure un Saoudien qui me disait: "Pour nous, avec Israël, c'est fini, clairement, parce que c'est Israël qui a déclaré la guerre et c'est nous qui payons les frais de cette guerre." On peut oublier la normalisation. Ils vont aussi se retourner contre les Etats-Unis. - C.Roux: Et les Etats-Unis critiquent aussi ces pays...

L.Graham murmure à l'oreille du président Trump. Il dit: "Au fond, l'Arabie saoudite refuse de rejoindre l'opération." Il avertit de futures conséquences. - G.Malbrunot: Parce que ces pays achètent des montagnes d'armement.

C'est très bien, mais ces pays ne savent pas les utiliser. Quand ils les ont utilisées au Yémen, ça a fait des dizaines de morts. Aujourd'hui, on se dit que les Saoudiens pourraient les utiliser.

Evidemment que les Saoudiens ne vont pas frapper l'Iran. En 2019, les Iraniens leur avaient envoyé un message sur leurs installations pétrolières et M.Ben Salman s'était retrouvé un peu dénudé.

Ca prouve que les relations entre ces 2 alliés futurs vont être difficiles dans l'avenir. - C.Roux: Un mot sur la prochaine menace formulée par les Iraniens sur les banques.

Un communiqué du quartier général de la centrale affiliée aux Gardiens de la révolution dit: "L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les banques." On a appris que certains grands groupes à Dubaï avaient choisi d'évacuer leur personnel et de peut-être fermer leurs bureaux. Ils se sentent désormais menacés.

Après les installations pétrolières, ça peut être des banques qui seront ciblées? - P.Allémonière: Il faut savoir que Dubaï est le centre du blanchiment d'argent, le centre de tous les échanges économiques.

C'est aussi le lieu où les Iraniens ont déposé des milliards de dollars. Dans le contournement des sanctions, ils ont utilisé cette place forte. Ca veut bien dire que la guerre, aujourd'hui, n'est pas militaire.

La guerre mondiale est économique. On est dans cette totale dimension, aujourd'hui. Je crois qu'on va avoir une région totalement modifiée lorsqu'on va sortir de ce conflit.

Sur un plan économique, il va falloir reconstruire, redonner de la sécurité à tous ceux qui faisaient des affaires dans cette partie du monde. Il va falloir aussi...

Les accords d'Abraham, c'est fini. Le grand projet de D.Trump, c'est fini.

Le parapluie américain sous lequel ces Etats s'étaient mis, sur un plan financier et économique, c'est fini. Quand on voit que les Iraniens vont attaquer les usines de désalinisation, c'est dramatique. Ils poursuivent cette attaque...

Ces pays dépendent à 90 % pour l'eau de ces usines. Ils ne font que répondre aux attaques. - C.Roux: Si on fait 2 pas en arrière...

Depuis quelques jours, on se demande combien de temps l'Iran peut tenir. On compte les missiles, on regarde les réserves. On parle du régime.

Ce qu'on est en train de voir, en parlant des banques et des conséquences économiques que ça peut avoir, quand on parle de ce levier du détroit d'Ormuz, c'est que l'Iran garde des atouts dans sa manche. - A.Bauer: Il y en a un qui a une légère avance sur la capacité.

Depuis la guerre des Douze Jours, l'ayatollah Khamenei et l'ensemble de ses équipes décentralisées, sur le modèle ukrainien...

C'est une curiosité de cette affaire, quand on connaît l'histoire perse. Ils ont fait un dispositif de résilience, d'autodéfense, de résistance. Ils ont anticipé un certain nombre de mouvements, y compris en écrivant au président Trump, en allant voir tous les dirigeants du Golfe, en allant voir V.Poutine, en prenant contact avec les Chinois...

Tout le monde savait très exactement tout ce qui allait se passer. On a découvert récemment des fermes à missiles. On ne savait même pas que ça existait.

Il n'y a même plus besoin de véhicule lanceur. Ca sert à lancer les lanceurs. Comme il y a moins de véhicules et de lanceurs que de missiles, il y a une impression mécanique.

Ils ont réussi à trouver des moyens de cacher des batteries de missiles sous le sable. Ca rajoute aux problématiques indiquées sur les petits bateaux, les petits des vedettes, les drones...

Il y a des dizaines de milliers de Shahed qu'on a toujours pas vus. Hier soir...

Enfin, ce matin, il y a eu plus de missiles de drones lancés sur Abou Dhabi que sur Israël. C'est calibré. - G.Malbrunot: Vous faisiez allusion à ce qu'ils appellent la défense mosaïque.

Dans chaque province, vous avez des Gardiens de la révolution. Il y a 4 niveaux en dessous du dirigeant. Ils sont remplacés facilement.

Du mois de juillet au mois de janvier, les Iraniens et les Américains...

Les Iraniens étaient convaincus qu'il y aurait un prochain round. Ils se sont préparés en accélérant sur le nucléaire. Je pense qu'il faut regarder, au cours des prochains jours et des prochaines semaines, s'ils ne sortent pas du traité de non-prolifération.

A un moment donné, c'est leur assurance-vie. Ca fait 6 mois que les proches de Khamenei disaient qu'ils allaient changer de doctrine. On songe maintenant au nucléaire.

Les Iraniens avaient vu que, en face, avec les Américains, les négociations n'étaient pas sérieuses. Les Américains avaient vu aussi que les Iraniens avançaient vers le nucléaire. Tout semblait écrit.

On voit qu'un économiste avait été convoqué. Ils avaient dit qu'il y aurait une attaque. De part et d'autre, il n'y a pas de confiance et chacun joue sa carte. - A.Bellanger: On est fascinés par ce qui se passe en ce moment.

On voit un pays qui réagit à une attaque. En Europe et partout ailleurs, on a tendance à être tellement antiaméricains Qu'on ne pense que du mal des opérations américaines. Les Américains ont aussi appris du désastre de l'Afghanistan et de l'Irak.

Les généraux américains ont proposé plusieurs scénarios à D.Trump et ils ont touché quelque chose comme 5000 cibles en très peu de jours en Iran. Ca a fait beaucoup de mal.

Ils ont plus touché de cibles en quelques jours que pendant toute la guerre d'Irak. Je voudrais qu'on soit un tout petit peu plus prudents. Les Américains comme les Israéliens se sont préparés. - G.Malbrunot: Le but est d'affaiblir durablement un régime pour qu'il soit plus une menace. - A.Bellanger: L'idée de départ n'est pas que le régime tombe.

L'idée est de faire en sorte que l'Iran ne sorte plus de ses frontières et soit édenté, dégriffé. - C.Roux: Sur ce sujet, E.Macron s'est exprimé lors d'une réunion du G7 et a dit que les capacités militaires de l'Iran ne sont pas réduites à zéro.

La guerre en Iran vient éclipser la campagne des municipales, à 4 jours du vote. Le Premier ministre a reçu les chefs des partis, non pas pour leur parler du scrutin, mais pour faire un point sur la situation dans la zone et la stratégie militaire française, notamment en Méditerranée orientale. Pourtant, les enjeux électoraux pour les partis sont majeurs, à un an de la présidentielle. - C'est une campagne escamotée, presque passée sous les radars, mais aux enjeux pourtant nombreux.

A gauche, d'abord, l'espoir de revivre les succès de 2020 est compromis par les divisions. La question, dit le PS, de s'allier avec LFI, accusé de ne pas suffisamment condamner la violence et l'antisémitisme. - F.Hollande: Si on faisait cette compromission, une partie de nos électeurs ne nous suivraient pas.

Ce qu'on imaginerait gagner d'un côté, on le perdrait de l'autre, durablement. - O.Faure: Je souhaite que l'ensemble de ceux qui ont suivi avec sincérité ce que LFI a pu porter sur le terrain social, contre le racisme puissent aujourd'hui dire clairement qu'ils se désolidarisent de J.-L.Mélenchon quand il tient des propos comme ceux qu'il a tenus. - Les alliances PS-LFI existent pourtant bien au premier tour dans une quarantaine de villes.

Ailleurs, les insoumis dénoncent une mise à l'écart irresponsable. - M.Bompard: Si elle devait être suivie d'effet, elle se traduirait par le fait que vous auriez une dizaine de villes en France qui basculeraient à la droite et à l'extrême droite. - Une réalité qui place les autres partis de gauche dans l'embarras.

Colère chez Les Ecologistes et méthode Coué des communistes. - M.Tondelier: Je constate qu'aujourd'hui, leurs principaux adversaires sont à gauche.

Mon ennemi, c'est l'extrême droite. C'est un candidat qui a 30 ans, mais qui est aussi des années 30, J.Bardella.

Je ne me trompe pas d'ennemis. Je ne fais pas de petite politique dans la grande crise. Ca ne m'empêche pas de penser ce que je veux de LFI, mais de ne pas me tromper de combat. - F.Roussel: Nous sommes fiers d'avoir été partout à l'origine des plus larges listes de rassemblement. - A droite, chez LR, peu d'espoir de remporter des villes majeures. - B.Retailleau: Pas une voix ne doit aller à LFI ou à ce qui se rapproche de LFI. - LR s'allie dans de nombreuses communes avec la Macronie, parti présidentiel, au faible ancrage local, qui fait l'impasse sur de très nombreuses villes, au risque de s'effacer derrière des candidats de droite. - G.Attal: Ca fait un an qu'on travaille sur les municipales.

Dans certaines villes, on considère qu'il faut se présenter sous nos couleurs. Dans d'autres, on assume de soutenir un maire sortant mieux préparé que nous, qui a des valeurs et des idées qui nous correspondent. - Les troupes de Renaissance rejoignent aussi des listes UDI.

Le bloc central tente de renvoyer dos à dos extrême droite et extrême gauche. - Je suis à Horizons pour qu'on n'ait pas à choisir entre 2 extrêmes. On est très clairs depuis la création d'Horizons: ni RN ni LFI.

Ce sont 2 partis qui jouent avec le chaos et avec la violence. - Il faut qu'il y ait d'autres voix qui s'expriment pour expliquer que, dans ce pays, on n'est pas forcés de se retrouver entre Mélenchon et Bardella. Il y a une majorité de gens qui peuvent avoir envie d'autre chose.

A nous de construire ça. - Il faut que chacun défende ses couleurs et qu'on crée les conditions pour se retrouver et se rassembler. - Du côté du RN, on compte sur ce scrutin pour se donner de l'élan en vue de 2027.

Le parti ne dirige pour l'heure qu'une seule ville de plus de 100 000 habitants. - M.Le Pen: J'ai envie de dire aux Français: "Mobilisez-vous." Toutes les élections sont importantes.

Si on peut obtenir un changement immédiat dans sa commune, il ne faut pas se priver de cela. - En 2020, le parti avait perdu la moitié de ses conseillers municipaux et mise cette fois sur ses alliances avec d'autres courants d'extrême droite. - E.Ciotti: Une partie de la droite a rejoint monsieur Macron.

Pour quel résultat? La dette, les impôts, l'immigration record, les déficits... - M.Maréchal: La candidate de la droite a un certain nombre de colistiers issus de notre mouvement avec elle. - Le spectre de la désunion n'a pas disparu. - E.Zemmour: Tout le monde a compris que le RN, sous la houlette de M.Le Pen et de J.Bardella, était devenu un parti socialiste. - Premier tour et premiers enseignements de cette municipale dans 4 jours. - C.Roux: Il est bien difficile, à ce stade, d'apprécier les conséquences de ce que nous commentons depuis quelques jours, sur cette guerre en Iran, sur le scrutin des municipales.

Ca bénéficie plutôt à E.Macron, qui est très exposé depuis le début de ce conflit. 31 % des Français approuvent son action.

C'est plus 7 points dans une enquête récente. - A.Bellanger: D.Trump, en ce moment, est à 40 % d'opinions favorables. - C.Roux: Ca profite à D.Trump? - A.Bellanger: Oui, dans son électorat républicain au sens large.

Quand vous demandez aux républicains ce qu'ils pensent de cette guerre, du moment qu'elle ne dure pas longtemps et s'adresse à un ennemi héréditaire des Etats-Unis...

Ca fait 4 présidents qui en héritent. C'est ce que je veux dire. Les républicains qui ont été très humiliés en 79 par l'affaire de la prise d'otages trouvent qu'on est en train de régler les comptes.

Ils sont aussi d'accord pour aller taper Cuba. - C.Roux: Vous vouliez ajouter quelque chose? - G.Malbrunot: S'il faut rendre grâce à E.Macron...

Il y a un mois, ses conseillers disaient que des frappes contre l'Iran ne permettraient pas un changement de régime. Deuxièmement, des frappes ne permettraient pas aux Iraniens de retourner dans la rue. C'est ce qui se passe aujourd'hui.

Il y a une lucidité de la part du président de la République. C'est assez évident, quand on connaît un peu le pays. Son sherpa a été diplomate à Téhéran il y a une vingtaine d'années.

De ce point de vue, il avait vu juste. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.

Question. A.Bauer? - A.Bauer: Alors...

Non. Ca ne suffirait pas, comme ça a été indiqué. Une opération militaire, c'est pas un truc tout seul qui règle un problème.

C'est une opération ciblée, compliquée. La destruction du maximum de moyens disponibles par les Iraniens est un objectif, mais ce n'est qu'un objectif partiel, puisqu'il restera malgré tout, dans des caches, des cachettes, des drones, notamment sous-marins. Il restera toujours des choses qui créeraient les mêmes problèmes que les pirates en Somalie ou les houthis avec leurs missiles que personne n'avait vu arriver.

Si c'est dans le cadre d'une opération combinée et structurée, et il ne faut pas sous-estimer les Américains de ce point de vue en pensant qu'ils font des opérations juste par mouvements d'humeur du président...

Le général Ken est quelqu'un qui sait très bien ce qu'est une guerre. Dans le cadre d'un plan plus complexe et structuré, ça peut permettre...

Le vrai opérateur qui solutionnerait cette question, c'est la Chine. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères chinois...

Il y a eu une réunion où ils ont dit que les Américains étaient leurs amis. - C.Roux: Question. - P.Allémonière: Les réserves de munitions en bombe...

Ils ont des réserves, les moyens de poursuivre cette guerre. Par contre, les intercepteurs, c'est contre les missiles, ceux qui ont intercepté les missiles qui menaçaient la Turquie, là, ils ont des petits soucis. On estime que certains intercepteurs, les stocks ont été consommés entre 25 à 50 %.

C'est assez énorme. Sur d'autres intercepteurs qui tapent plus haut, c'est un cinquième. Là, ils ont un problème.

Par contre, pour le tapis de bombes, ils ont des réserves. - C.Roux: Question. - G.Malbrunot: Oui.

C'est une arme à double tranchant. Au cours du dernier mois, l'Iran a exporté une quantité importante, beaucoup plus qu'au cours des précédents mois. C'est une arme que l'Iran peut utiliser, mais qu'elle n'utilisera pas sur une longue période.

Elle se pénaliserait aussi. - A.Bauer: Les Chinois ont bien anticipé.

Ils ont acheté 2 fois plus que d'habitude. - A.Bellanger: 100 millions de barils pendant 2 mois. - C.Roux: Question. - A.Bellanger: Si vous voulez, ces monarchies d'opérette orientales vivent depuis des années sur l'idée... "Nous sommes sûrs, tout va bien, venez mettre votre argent ici..." En plus, ils ont construit des tours.

C'est des cibles parfaites, pour des missiles de courte portée. Si vous voulez faire beaucoup de dégâts avec peu de moyens, vous visez Dubaï et ses grandes tours. Visez les banques, c'est...

Il faut faire attention, parce que les Emirats ont encore une arme, celle de dire: "Maintenant, on gèle les fonds iraniens dans nos banques." Ca, ça pourrait faire très mal aux Iraniens, qui ont mis beaucoup d'argent là-bas. - C.Roux: Les Iraniens et les Gardiens de la révolution. - G.Malbrunot: Oui.

Les Emirats ont mis tout le monde....

Pas forcément les Gardiens, mais peut-être leurs enfants. A Dubaï, c'est l'argent sale, Al Qaïda, des narcotrafiquants... - C.Roux: Question.

Vous l'avez dit tout à l'heure, non. Question. - P.Allémonière: Très mal.

On voit bien qu'aujourd'hui, parmi les supporters de D.Trump, même si l'essentiel des républicains continuait d'accorder la majorité, ça se fracture. - A.Bellanger: C'est exactement ce qui s'est passé avec J.Biden.

Il a perdu l'élection sur une augmentation qui a duré plusieurs mois, le fameux prix des oeufs, mais aussi l'augmentation suite à l'invasion de l'Ukraine, une augmentation des prix de l'essence. Il avait réagi de la même manière que Trump aujourd'hui, en minimisant: "C'est pas si grave. Ca va passer." Il a perdu l'élection. - C.Roux: Question. - A.Bauer: Il y a plusieurs opérations possibles.

Une opération ciblée des forces spéciales sur l'île de Kharg, Sur Bandar Abbas...

C'est un enjeu one shot. C'est un espace qu'on peut fortifier. Ca peut être une opération genre: "Je repars, j'enlève Maduro." C'était le rêve de D.Trump.

Il voulait trouver une vice-présidente sympathique...

Version homme en Iran. Pas de chaos et on règle nos petites affaires. Tout ça n'est pas arrivé.

L'idée qu'il puisse y avoir des opérations spéciales et commandos, oui. Il n'y a pas le début du commencement d'un débarquement dans les forces américaines dans le Golfe... - C.Roux: Ca veut dire qu'une opération comme celle-ci, si on voulait débarquer des troupes, ça se prépare.

Question. - A.Bellanger: C'est une bonne question.

Tout le monde m'a posé la question. Puisque nous ne nous approvisionnons pas au Moyen-Orient, on ne comprend pas qu'on paye plus cher. C'est le prix mondial.

Quand la Chine a des difficultés à s'approvisionner...

Elle va s'approvisionner là où nous nous approvisionnons aussi. Le prix monte automatiquement pour tout le monde. - C.Roux: Question. - G.Malbrunot: Je pense que le régime ne va pas tomber dans la semaine qui vient, ni dans les 15 jours qui viennent, ni dans le mois.

C'est un régime qui sortira de la guerre extrêmement affaibli. La République islamique telle qu'on l'a connue depuis 79 aura vécu. Je pense qu'une transition se fera.

C'est ce qu'il faut souhaiter. On veut que la stabilité de la région revienne et que le peuple iranien puisse vivre mieux. - C.Roux: Question.

C'est un peu ce qu'on a compris ce soir. - A.Bellanger: J'appelle ça la "coalition des involontaires". - C.Roux: Merci.

On retrouve A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Le programme, ce soir.

J.Dujardin et X.Giannoli pour un film événement sur la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le soulagement d'une partie de l'équipe de foot féminine d'Iran, les étranges biens immobiliers à Londres du nouveau Guide suprême et la guerre de l'eau déclarée au Moyen-Orient en plus du blocage du détroit d'Ormuz...

Détroit d'Ormuz : la bataille navale et la guerre du pétrole - C dans l’air - 11.03.2026 — Gérard Israel · Pourquijevote