Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 18 mai 2020 26 min

Relance économique, salaires des hospitaliers, scissions au sein de LREM... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

C'est le gardien du Temple des Finances qui est avec nous jusqu'à 9h. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Marc Fauvel. Voilà 8 jours que la France est sortie du confinement. Est-ce que l'économie française commence à se réveiller ?

0:16
Bruno Le Maire

Oui, elle se réveille. Elle se réveille doucement, comme une belle endormie, avec toutes les capacités qui sont les siennes. Mais on voit qu'il y a des secteurs où les choses accélèrent bien. Je pense aux bâtiments, je pense aux travaux publics. Pour vous donner un chiffre, le bâtiment, début mai, 45% des chantiers étaient à l'arrêt. Au moment où je vous parle, il n'y a plus que 28% des chantiers à l'arrêt. Sur les travaux publics, c'est 80% des chantiers qui étaient à l'arrêt. Aujourd'hui, il n'y en a plus que 17%. Donc ça redémarre. Le redémarrage se poursuit également dans l'industrie. Et sur le commerce de détail, nous aurons les chiffres d'ici le début de la semaine prochaine.

Donc il y a effectivement un redémarrage de l'économie française. Je souhaite qu'il s'accélère pour que nous puissions recréer de la richesse, recréer de la prospérité pour les Français et surtout recréer du travail.

1:04
Présentateur

Savez-vous combien de Français ont repris le travail depuis 8 jours ? Et combien sont encore au chômage partiel ? Au plus haut de la crise, on était à plus de 12 millions.

1:12
Bruno Le Maire

Alors c'est très difficile de le dire parce qu'il y a un décalage entre les demandes de chômage partiel, leur enregistrement et ensuite la comptabilité. Je pense que si la reprise de l'économie se poursuit comme je viens de vous l'indiquer, nous devrions observer une décrue du chômage partiel dans les semaines qui viennent. Et comme vous le savez, nous sommes déterminés avec la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, à encourager les entreprises à reprendre l'activité. La situation normale n'est pas une situation dans laquelle l'État paye tous les salaires. Ça n'est pas une situation normale. Or nous devons revenir à la normale.

Et donc d'ici le début du mois de juin, nous prendrons des dispositions pour encourager les entreprises à reprendre l'activité, éviter de se reposer uniquement sur le chômage partiel. Et il y aura un reste à charge pour les entreprises plus important sur le chômage partiel. Voilà, ça veut dire que l'État va commencer à fermer le robinet du chômage partiel ? Fermer le robinet, ce serait trop fort. Mais il va encourager les entreprises à reprendre l'activité, et ne pas se reposer uniquement sur le chômage partiel. Le chômage partiel, c'est le contribuable qui le paye. C'est les pouvoirs publics qui le payent. Ça n'est pas une situation normale, et elle ne doit pas s'inscrire dans la durée.

C'est une situation d'urgence. Nous avons pris la bonne décision avec le président de la République et le Premier ministre en sauvant les compétences et en sauvant les qualifications des salariés, mais maintenir 100% de prise en charge du chômage partiel pour les entreprises par l'État, ça n'est pas une situation souhaitable sur le long terme.

2:43
Locuteur non identifié

Renaud Dely ? Mais très concrètement, Bruno Le Maire, dans le cas par exemple de parents qui ne veulent pas remettre leur enfant à l'école jusqu'à la fin du mois de juin, est-ce que ces parents-là pourront continuer à percevoir le chômage partiel ?

2:57
Bruno Le Maire

Mais nous allons regarder chaque cas particulier, c'est pour ça que la décision n'a pas été définitivement arrêtée. Ce que nous souhaitons, c'est encourager les entreprises à reprendre l'activité le plus rapidement possible, en mettant en place bien entendu les gestes barrières et les protections absolument indispensables. C'est nous garder aussi les ressources financières pour maintenir le chômage partiel à 100% pour les secteurs qui aujourd'hui restent fermés. Moi, je veux pouvoir continuer à verser le chômage partiel à 100% pour des restaurants qui n'ont absolument aucune recette et aucun chiffre d'affaires. Donc ça suppose d'avoir un partage qui soit le plus juste possible.

Les entreprises qui peuvent redémarrer, redémarrent, et il est normal que le chômage partiel ne soit plus pris en charge à 100% par l'État. Celles qui ne peuvent pas redémarrer verront le chômage partiel maintenu à 100%. Et par ailleurs, nous continuons à encourager le maintien du télétravail, le développement du télétravail, qui est une façon de conjuguer retour à l'activité et lutte contre la propagation du virus.

3:59
Locuteur non identifié

Vous avez évoqué, Bruno Le Maire, le fait que le plan de reprise global de l'économie, le plan de relance que vous préparez, sera plutôt prêt et mis en œuvre à partir de la rentrée, de la fin août ou du début septembre. Vous avez évoqué certains secteurs, notamment le BTP, qui repartent dès maintenant, mais d'autres semblent plus à l'arrêt, plus en difficulté. On peut penser par exemple à l'automobile. Est-ce que ces secteurs-là peuvent attendre la rentrée pour avoir un plan de relance ?

4:24
Bruno Le Maire

Non, ils ne peuvent pas attendre. Je pense qu'il est essentiel que tous les Français comprennent bien le calendrier qui est le nôtre. Nous avons connu un choc économique, une violence, une brutalité qui n'a pas de précédent dans l'économie contemporaine et qui nous a amenés à prendre des mesures exceptionnelles, le chômage partiel, les prêts garantis par l'État pour 300 milliards d'euros, le fonds de solidarité. Ça, ça a été la première étape, résister, résister au choc. Et l'économie française a tenu bon grâce au soutien de l'État, qui a été au rendez-vous et qui a répondu présent. Nous entrons maintenant dans un deuxième temps de cette crise.

C'est un temps de transition où il faut soutenir les secteurs qui sont les plus en difficulté. Et il faut les soutenir tout de suite, tout de suite, sans délai et avec des mesures massives. C'est ce que nous avons fait sur le tourisme, hôtellerie, restauration, secteur du sport, de l'événementiel, de la culture, avec toutes les mesures qui ont été annoncées par le Premier ministre la semaine dernière, qui représentent près de 18 milliards d'euros de soutien à ce secteur.

5:24
Locuteur non identifié

Et le plan de relance, c'est en septembre, seulement ?

5:26
Bruno Le Maire

Deux autres secteurs vont être soutenus avant le 1er juillet. Le secteur de l'automobile. J'annoncerai un plan de soutien au secteur automobile sous 15 jours. Et le plus vite sera le mieux, de façon à relancer la consommation, de façon à soutenir aussi la transformation vers un modèle plus durable, avec le soutien en particulier aux véhicules qui émettent le moins de CO2, aux véhicules électriques. Je souhaite que le plus grand nombre de Français puissent avoir accès.

5:51
Présentateur

Pardon Bruno Le Maire, soutien à la consommation, ça veut dire retour d'une prime à la casse ou quelque chose qui y ressemble ?

5:54
Bruno Le Maire

Bien sûr, ça veut dire soutien à l'achat de véhicules propres. Il faut qu'on fasse de cette crise un levier pour accélérer la transition écologique et pour encourager les Français à acheter des véhicules qui sont encore aujourd'hui trop chers pour eux, je pense aux véhicules électriques, et en soutenant ce type d'achat. Donc c'est ces propositions-là qui seront faites sous 15 jours pour soutenir le secteur automobile. Et puis il y a un troisième secteur dont chacun sait qu'il est très durement touché, c'est le secteur de l'aéronautique.

Nous avons engagé des travaux avec la filière aéronautique, et là aussi, avant le 1er juillet, nous annoncerons un plan sectoriel de soutien au secteur aéronautique et les centaines de milliers d'emplois qui vont derrière dans la région de Toulouse et ailleurs. Et puis viendra le temps de la relance. Et le temps de la relance, il faut d'abord que ce soit un temps de concertation, de dialogue. Le Président de la République a reçu la semaine dernière les économistes, nous avons échangé avec eux, je travaille avec les parlementaires, avec les filières industrielles, avec les filières économiques, avec des économistes, avec évidemment mes partenaires étrangers.

J'aurai l'occasion de rencontrer mon homologalement, Peter Altmaier, pour rediscuter avec lui de la manière dont on coordonne nos relances économiques. Et là, les délais, c'est plutôt sous quelques semaines, c'est-à-dire pour la rentrée 2020, que le plan de relance doit être prêt, qui doit comporter non seulement des mesures de soutien à l'investissement, à l'offre, des mesures qui doivent permettre aussi de soutenir la demande, et de continuer à améliorer la compétitivité française. Parce que n'oublions pas une chose, nous avions vu juste en matière économique.

Les mesures que nous avions prises sur la fiscalité, sur la compétitivité, sur l'offre, sur l'investissement, donnaient des résultats, et nous permettaient, avant la crise, d'avoir un niveau de croissance supérieur à la moyenne de la zone euro, le double, je le rappelle, le double de celui de l'Allemagne. Il n'y a aucune raison que nous ne puissions pas renouer avec ces succès à la sortie de la crise.

7:44
Présentateur

Bruno Le Maire, vous restez avec nous, on se retrouve dans quelques instants. Il est 8h41, le Fil Info, Maureen Suignard.

7:50
Locuteur non identifié

Plus de places dans les prisons que de détenus incarcérés. Le taux d'occupation dans les prisons françaises passe à 97%, résultat de la libération de 13 500 détenus depuis le début du confinement. Parmi eux, une trentaine radicalisés, annonce du directeur de l'administration pénitentiaire sur France Info. Il précise qu'ils seraient sortis dans les prochaines semaines et qu'ils auront un suivi particulier. 150 000 élèves de retour en classe ce matin sur la base du volontariat, avec le masque obligatoirement sur le visage. Une partie des 6e et des 5e présents dans l'un des 4000 établissements qui ouvrent leurs portes après plus de deux mois de fermeture. Tous se situent en zone verte.

Rentrés après celles des maternelles et des élémentaires, le ministre de l'éducation nationale indique ce matin que 70 cas de coronavirus ont été signalés dans les 40 000 écoles rouvertes. Des écoles qui restent d'ailleurs fermées à Fleury-les-Aubrais dans le Loiret ce matin et dans les prochains jours. Un nouveau foyer épidémique identifié dans un abattoir. Déjà 34 cas positifs et les tests se poursuivent. Autre foyer dans un autre abattoir, cette fois dans les Côtes d'Armor, à mener 69 malades recensés pour le moment. France Info, et tout est plus clair.

8:59
Présentateur

Bruno Le Maire, vous venez de nous énoncer quelques-uns des secteurs qui vont bénéficier de plans de relance dans les semaines ou dans les mois qui viennent. Celui de l'hôpital réclame depuis des années des moyens supplémentaires. Olivier Véran, hier dans les colonnes du journal du dimanche, a annoncé qu'il donnait rendez-vous à l'ensemble des syndicats dès lundi prochain pour parler des salaires, pour parler des primes. Est-ce qu'il y aura cette fois-ci de l'argent sur la table ?

9:21
Bruno Le Maire

Je crois avoir toujours indiqué que s'il y avait un secteur économique et un service public qui avait besoin de davantage de soutien, c'était l'hôpital public. Et je crois l'avoir dit bien avant la crise. Vous pouvez reprendre toutes mes déclarations sur ce sujet. Oui, les aides-soignantes ont besoin d'être revalorisées. Oui, Olivier Véran a raison de dire qu'il faut soutenir des personnels hospitaliers. et qu'il y a un immense travail à engager sur la revalorisation des personnels hospitaliers. Il s'est engagé à le faire sous l'autorité du président de la République qui a tracé la voie sur ce sujet.

Je pense que c'est à la fois une question de justice et c'est une question politique fondamentale parce que ça rejoint l'idée que nous nous faisons de la société française. Société qui doit être solidaire, une société où on soutient ceux qui sont frappés par la maladie et on soutient les personnes qui s'occupent de ceux qui sont frappés par la maladie. Donc Bercy ne sera pas le pied sur le frein ? Mais Bercy, je veux le dire avec beaucoup de force, ne l'a jamais été. Il n'a jamais été le pied sur le frein contre l'hôpital ou contre la revalorisation des personnels hospitaliers. Jamais. Reprenez toutes mes déclarations sur ce sujet.

Ce n'est pas parce que je souhaite que les comptes publics français soient bien tenus que je ne pense pas aux personnels hospitaliers ou que je n'ai pas de cœur pour tous ceux qui s'occupent des plus faibles et des plus en difficulté de notre pays. Au contraire. Au contraire. Si je souhaite que les comptes publics soient bien tenus, c'est pour nous dégager des moyens financiers supplémentaires pour ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui nous ont permis de faire face à la crise, c'est-à-dire le personnel hospitalier.

10:58
Locuteur non identifié

Et est-ce que cette revalorisation des rémunérations du personnel hospitalier, Bruno Le Maire, doit s'accompagner aussi d'un travail, de davantage de travail ? Est-ce qu'il va falloir travailler plus à l'hôpital ?

11:09
Bruno Le Maire

Il faudra certainement organiser différemment le travail. C'est ce qu'a indiqué Olivier Véran en soulevant le sujet des 35 heures. Moi, je ne suis pas un spécialiste de l'organisation du travail à l'hôpital, je ne suis pas ministre de la Santé, mais je pense que les orientations qu'a ouvert Olivier Véran et qu'a ouvert le Président de la République sont les bonnes orientations pour l'hôpital. Il faudra remettre en cause les 35 heures à l'hôpital. Ce n'est pas une question, vous savez, quand on dit remise en cause, on a l'impression qu'on revient sur des acquis. C'est une meilleure organisation du travail à l'hôpital.

Travailler à l'hôpital, il est dur, il est compliqué, il est stressant pour beaucoup de personnels hospitaliers. Il n'est pas suffisamment valorisé du point de vue financier et nous sommes prêts à cette revalorisation financière. Mais ouvrons ce sujet-là de la manière la plus large et la plus sereine possible parce que l'hôpital mérite que nous ayons un débat qui soit apaisé avec pour objectif de revaloriser ceux qui nous soignent et ceux qui nous accompagnent.

12:02
Présentateur

La différence aujourd'hui entre une infirmière française et la moyenne de l'OCDE, c'est plus de 500 euros chaque mois. C'est l'ordre de grandeur qu'il va falloir combler, Bruno Le Maire ?

12:12
Bruno Le Maire

Je ne peux pas vous donner de chiffres précis. Ce que je sais simplement, c'est qu'il faut redonner au métier de soignant à l'hôpital toute sa dignité. Et la dignité, ça passe par une meilleure organisation, ça passe par un meilleur accompagnement des personnels qui sont confrontés à des situations extraordinairement difficiles tous les jours et ça passe aussi par une revalorisation financière.

12:35
Présentateur

Vendredi, Bruno Le Maire, l'agence de notation Fitch a abaissé la perspective de la France sur le plan financier. Est-ce que c'est une mauvaise nouvelle pour vous ? Et est-ce que c'est un nouveau front qui s'ouvre aujourd'hui pour les dépenses publiques ? C'est-à-dire une éventuelle envolée des taux d'intérêt lorsque nous empruntons ?

12:51
Bruno Le Maire

Ce n'est pas une surprise. Nous nous attendions à ce qu'il y ait une évolution des perspectives. Je rappelle que ce n'est pas une dégradation puisque l'agence Fitch maintient l'évaluation double A pour la France. En revanche, elle baisse les perspectives, ce qui est normal et ce qui n'est pas une surprise étant donné l'ensemble des dépenses publiques que nous avons engagées. Mais l'agence insiste aussi, comme d'autres agences, sur un point essentiel. C'est que l'économie française a des atouts considérables. Et c'est bien avec ces atouts-là qu'il faut renouer. C'est ce que je vous disais tout à l'heure. Avant la crise, nous étions une des économies qui réussissaient le mieux de la zone euro.

Je pense qu'à la sortie de la crise, il faut que nous redevenions une des économies qui réussissent le mieux de la zone euro, peut-être encore plus, et en clarifiant la direction économique que nous voulons. La direction économique que je propose, c'est celle d'une économie compétitive et décarbonée. C'est ça les deux objectifs. Et à mon avis, ils sont totalement complémentaires. Si vous voulez avoir une économie décarbonée, il faut innover, il faut être compétitif, il faut être à la frontière de la technologie, il faut maîtriser de nouvelles innovations comme l'hydrogène ou le stockage de l'énergie renouvelable. C'est ça la direction pour l'économie française.

Et croyez-moi, nous avons tous les atouts, je dirais même plus d'atouts, que beaucoup de pays européens pour réussir dans ce domaine.

14:06
Locuteur non identifié

Et que faut-il faire, Bruno Le Maire, de cette dette liée au coronavirus, cette dette que la France a creusée, comme d'ailleurs tous les pays, et notamment tous les pays européens ? Est-ce qu'il faut la flécher, la cantonner pour la rembourser dans 10, 15 ou 20 ans et ainsi repousser ces échéances-là ?

14:24
Bruno Le Maire

D'abord, est-ce qu'on peut effacer la dette, comme certains semblent le croire ? La réponse est non. Et je pense que nous devons ce discours de vérité aux Français. La dette est là et on ne l'effacera pas. Il faudra la payer. Il faudra payer la dette. Ensuite, est-ce qu'il faut le faire tout de suite ? La réponse est aussi non. Et je pense que la sagesse économique aujourd'hui, c'est la maîtrise du temps.

Comprendre qu'on répond d'abord à la crise, qu'on relance notre économie et que la priorité absolue, totale, doit être donnée à la relance de notre économie pour qu'on retrouve la croissance, de la prospérité, des emplois pour tous les Français, de l'innovation, des nouvelles technologies et une économie décarbonée. Et plus tard viendra le temps du remboursement de la dette. Mais ce remboursement de la dette, si on ne veut pas qu'il se fasse par les impôts, et je ne veux pas qu'il se fasse par les impôts, doit se faire par la croissance.

Et donc le moment qui va venir, c'est celui de la relance de la croissance française, de la relance de notre économie, qui nous permettra plus tard, je dis bien plus tard, de rembourser cette dette.

15:25
Présentateur

Aucun impôt direct ou indirect n'a vocation à augmenter dans les mois qui viennent ?

15:29
Bruno Le Maire

Je ne souhaite pas d'augmentation d'impôt.

15:31
Présentateur

C'est la position officielle du gouvernement ou c'est celle du locataire du ministère ?

15:35
Bruno Le Maire

Si c'est la position du ministre des Finances, c'est la position officielle du gouvernement, sinon je ne peux me permettre pas de le dire avec autant de clarté, avec autant de force. Nous relancerons l'économie française par la croissance. Et nous arriverons à rembourser notre dette qui devrait être remboursée par la croissance et par le retour de l'activité. L'augmentation des impôts, des taxes, c'est la solution de facilité. C'est ce à quoi chacun pense spontanément en se disant, tiens, on va taxer les riches, on va taper ceux qui sont dans la meilleure situation possible. Donc ça vaut aussi pour l'ISF, si je vous suis bien. Oui, ça vaut aussi pour l'ISF.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire. C'est trop simple de penser qu'on pourra éponger nos dettes et retrouver de la croissance par le retour de l'ISF. Nous avons maintenu un impôt sur la rente avec l'impôt sur la fortune immobilière. Donc nous taxons bien ceux qui ont un bien immobilier important. En revanche, le retour de l'ISF n'est pas une bonne solution. Et j'irai encore plus loin. Revenir sur nos choix fiscaux qui ont été faits en 2017, sur la fiscalité du capital par exemple, sur le soutien à la compétitivité des entreprises, ce serait renier ce que nous avons fait pendant trois ans, qui pourtant avait donné des résultats.

Nous avions eu les bonnes intuitions, les intuitions du président de la République, qui étaient la baisse des impôts, l'allègement de la fiscalité sur le capital, pour relancer l'industrie, la compétitivité, l'attractivité de la France, qui était, je le redis avant la crise, le pays le plus attractif de la zone euro, c'était les bonnes intuitions. Donc ne revenons pas sur nos bonnes intuitions, mais soyons capables d'imaginer une économie française, compétitive et décarbonée.

17:12
Présentateur

On s'interrompt une minute Bruno Le Maire pour le fil info à 8h50 avec Maureen Suignard.

17:17
Locuteur non identifié

Un plan de soutien au secteur automobile, présenté dans les 15 jours par le gouvernement, annonce ce matin sur France Info de Bruno Le Maire, le ministre de l'économie et des finances, qui dit vouloir relancer la consommation et soutenir une transformation vers un modèle plus durable, tout comme l'achat de véhicules propres. Ils ont été élus il y a plus de deux mois dans 30 000 communes, les conseillers municipaux prennent leur fonction aujourd'hui, cela avait été repoussé à cause du coronavirus. A partir de samedi, ils devront élire les maires. Quelle est l'origine du virus et comment combattre le Covid-19 ?

Deux questions qui seront à l'ordre du jour aujourd'hui, réunion entre les 194 pays de l'Organisation mondiale de la santé, à distance, par visioconférence. La célèbre acropole d'Athènes, de nouveau accessible au public, tout comme les sites archéologiques et les musées de Grèce, le déconfinement aussi en Italie, avec la réouverture de certains commerces, cafés et autres terrasses, la basilique Saint-Pierre au Vatican, de nouveau accessible aux visiteurs. C'est là que l'on avait vu le pape seul au milieu de la place, vide au début de l'épidémie. France Info, et tout est plus clair.

18:19
Présentateur

Bruno Le Maire, sur l'emploi, on va souffrir, dit Emmanuel Macron à nos confrères de BFM, le patron de la Fed, la réserve fédérale américaine, disait cette nuit qu'il fallait peut-être s'attendre à ce qu'un Américain sur quatre soit au chômage avant la fin de l'année. Est-ce que vos pronostics, vos prévisions vont dans le même sens ?

18:37
Bruno Le Maire

Je me garde sur ce sujet comme sur d'autres, de trop de pronostics, et en tout cas certainement pas de pronostics chiffrés. Mais c'est ma préoccupation première. C'est, je dirais, mon angoisse première. Parce que je vois bien que certains secteurs souffrent terriblement aujourd'hui, et que dans ces secteurs, c'est les salariés qui ont les qualifications les plus modestes, et c'est les jeunes qui peuvent être les plus touchés. Donc dans le plan de relance, il faut qu'il y ait également un plan de soutien à l'emploi, à l'emploi des moins qualifiés, à la manière dont on va retrouver un emploi pour tous ceux qui vont perdre le leur.

Un plan pour accompagner tous ces jeunes, et nous y travaillons avec la ministre du Travail, Marielle Pénicaud, qui vont arriver sur le marché du travail en septembre, qui sortent de leur centre de formation des apprentis, ou qui ont un diplôme d'université sous le bras, et qui s'était dit avant la crise, on est dans un pays qui se porte bien, où il y a de la croissance, on va trouver facilement un emploi, et qui vont trouver porte-close. Et il n'y a rien de plus désespérant pour une nation que d'avoir tous ces jeunes qui trouvent porte-close sur le marché du travail. Ça veut dire des primes à l'embauche de ces jeunes qui arrivent sur le marché du travail ?

Ça veut dire travailler sur un plan global qui permette de garder notre acquis sur l'apprentissage. C'est aussi un des grands succès du quinquennat, l'apprentissage. Là, on va se heurter à des hôtels, des restaurants, des bars, des cafés, des commerces, qui ne vont pas pouvoir prendre d'apprentis. Donc il faut que nous trouvions des solutions. Nous y travaillons actuellement avec la ministre du Travail, mais c'est pour moi une priorité absolue. Une nation a le devoir, le devoir moral, d'offrir des perspectives, d'offrir un destin à chacun de ces jeunes. Et c'est eux aujourd'hui qui vont être les plus touchés à partir de la rentrée. Et donc c'est sur eux qu'il faut vraiment mettre le paquet.

20:24
Présentateur

Bruno Le Maire, pendant cette période de confinement, les Français ont massivement rempli leur livret A et eu recours à l'épargne. Est-ce que vous leur demandez aujourd'hui à ceux qui peuvent évidemment de casser leur tire-lien et de consommer le plus possible ?

20:38
Bruno Le Maire

Je souhaite, oui, qu'ils participent à la relance de l'activité économique. Nous verrons d'ici quelques jours quels sont les chiffres de la consommation. Mais je pense que c'est notre rôle aussi de les inciter à consommer, de les inciter à relancer la machine économique. C'est ce qu'on va faire sur le secteur automobile. C'est ce que nous avons fait également sur le secteur du tourisme. Et je souhaite que les Français retrouvent le goût de consommer, le goût de vivre aussi tout simplement. et puissent retourner à une vie plus normale dans les jours et dans les semaines qui viennent.

21:13
Présentateur

L'Italie, par exemple, a annoncé qu'elle allait rouvrir ses frontières dans une quinzaine de jours à partir du 3 juin. Est-ce que la réciproque sera vraie ? Est-ce que tout ça se fait chacun dans son coin ? Ou est-ce que les pays décideront ensemble si les frontières s'ouvrent dans les deux sens ?

21:26
Bruno Le Maire

Il y a une coordination économique étroite entre les pays européens. Il y a évidemment une coordination étroite aussi sur la question des frontières. Mais il faut poser la question à Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur.

21:39
Présentateur

La limite des 100 km pourra augmenter de façon concentrique, a dit ce week-end le secrétaire d'État au tourisme. Vous pouvez nous décrypter ?

21:48
Bruno Le Maire

Je ne peux pas vous décrypter parce qu'une fois encore, je ne suis pas ministre de l'Intérieur. Ce n'est pas moi qui prends ces décisions. Et croyez-moi, j'ai suffisamment de décisions à prendre dans le domaine économique et financier. Alors, Renaud Delis.

21:58
Locuteur non identifié

Bruno Le Maire, dans ce contexte économique et social extrêmement lourd, il y a une vingtaine de députés de La République En Marche qui envisagent de quitter le groupe pour en rejoindre un autre qui est en voie de constitution, qui serait un neuvième groupe à l'Assemblée nationale, et s'émanciper un petit peu de la tutelle de La République En Marche et de la majorité. Est-ce que vous vous inquiétez de ces divisions qui naissent au sein de La Majorité ?

22:19
Bruno Le Maire

Non, mais je les regrette ces divisions. Et je ne vais vous parler pas comme ministre de l'Économie et des Finances, mais je vais vous parler comme député de La République En Marche. Car j'ai été élu député de La République En Marche en 2017. Je regrette que certains veuillent rétablir un clivage gauche-droite que nous avions voulu dépasser en 2017, et que les Français ont voulu dépasser. Et pour lequel je m'étais engagé à l'époque, parce que je crois profondément, et encore plus aujourd'hui face à cette crise économique, que les clivages gauche-droite ne sont pas la réponse au problème des Français.

Qu'au contraire, c'est le dépassement de ces clivages qui nous permettra d'apporter des réponses aux inquiétudes des Français. Après, je vais vous dire le fond de ma pensée, je ne crois pas du tout que les Français nous attendent sur des grenouillages d'Assemblée. Ils nous attendent sur notre réponse à la crise économique. Ils nous attendent sur les solutions que nous allons apporter à l'emploi des jeunes, à la situation économique qui est la plus grave depuis des décennies.

Ils attendent de nous, du gouvernement, du président de la République, de la majorité, uniquement de la force, du courage, de la constance pour redresser notre pays, fixer une direction, celle que je propose en matière économique, c'est-à-dire une économie compétitive et décarbonée. Des moyens pour atteindre cet objectif-là. Un chemin. Comment est-ce qu'on décarbone notre économie ? Comment est-ce qu'on réussit la transition environnementale ? Comment est-ce qu'on améliore les qualifications pour trouver un emploi à tous ? Une fois encore, c'est à ce rendez-vous-là, qui est un rendez-vous historique, que nous attendent les Français, et pas sur les grenouillages d'Assemblée.

23:52
Locuteur non identifié

Est-ce que ce n'est pas la crise, justement, et les solutions ayant apportées, qui est en train de réveiller le clivage gauche-droite, Bruno Le Maire, notamment en nécessitant des interventions massives de l'État, une intervention publique très forte ?

24:02
Bruno Le Maire

Mais les solutions d'avenir, Renaud Déni, se trouvent dans les choix que nous faisons maintenant, en pensant à l'avenir du pays, et pas en réactivant des vieux réflexes du passé. Moi, je vois revenir, effectivement, beaucoup de vieux réflexes du passé. Certains qui nous disent, il n'y a qu'à taxer les riches, et comme ça, le pays ira mieux. Certains qui nous expliquent que l'État doit s'occuper de tout, et diriger l'économie de A à Z, et tout ira beaucoup mieux. Qu'il faut revenir au bon vieux clivage gauche-droite, et à des oppositions totalement obsolètes, et que ça apportera des réponses au pays. Mais ce n'est plus ça du tout le sujet.

Le sujet, c'est comment est-ce que notre économie affronte le changement climatique, tout en préservant des emplois pour tous. Ça, c'est un vrai sujet. Le sujet, c'est de savoir comment les dizaines de milliers de personnes qui peuvent perdre demain leur emploi, et qui auront peu ou pas de qualifications, vont pouvoir être formés, accompagnés, soutenus, pour retrouver un travail, et reprendre toute leur place dans la société. Ça, c'est un sujet.

Le sujet, c'est de savoir comment est-ce qu'on s'unit avec l'Allemagne, et les autres pays européens, pour avoir un vrai plan de relance, qui évite la dislocation de l'Union Européenne, parce que certains redémarreraient très vite après la crise, et d'autres n'auraient pas les moyens de redémarrer. Ça, c'est un vrai sujet. Le sujet, c'est de savoir comment est-ce qu'on reconstruit notre indépendance industrielle, par exemple sur le médicament et la santé, pour ne pas dépendre de la Chine et des États-Unis. Ça, c'est un vrai sujet.

Et je pense qu'on est très loin, très très loin, à des années-lumière, de la question de la création d'un groupe de quelques parlementaires à l'Assemblée nationale. Merci à vous, Bruno Le Maire. Merci. Merci à vous. Et bonne journée. Merci.

25:37
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.