Iran : les frappe de Trump, le plan secret du Mossad
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. "Nous allons détruire leurs centrales électriques, leurs ponts, à moins qu'ils négocient." D.Trump contraint par la force Téhéran à reprendre le fil de discussion.
Sur le terrain, la discussion ressemble à un début d'escalade. Les Américains ont bombardé un navire iranien, plusieurs provinces du nord et des environs de Téhéran. Selon le "Wall Street Journal", Washington n'a pas écarté l'envoi de troupes au sol.
L'information la plus inattendue est sans doute le plan secret révélé par la presse américaine et israélienne: le Mossad a tenté de mettre au pouvoir l'ancien président iranien, connu pour sa radicalité, M.Ahmadinejad. G.Lagane est avec nous.
Je rappelle votre livre. M.Pirzadeh, vous êtes rédactrice en chef et ancienne correspondante à Téhéran pour France 24.
Vous êtes co-autrice du documentaire "Iran, la révolte massacrée", disponible sur le site de France 24. P.Allémonière, vous êtes grand reporter et auteure de "Géopolitique du Sahel".
L.Menget, vous êtes grand reporter et spécialiste des relations internationales. Merci d'être ici.
Est-ce qu'on peut dire qu'on est confrontés à une 3e guerre entre l'Iran et les Etats-Unis? - M.Pirzadeh: C'est comme ça que c'est vécu depuis Téhéran, depuis plus d'une semaine, avec des frappes quotidiennes.
Pour la 1re fois, aujourd'hui, la défense antiaérienne a retenti dans la capitale iranienne. Chape de plomb supplémentaire pour une grande partie des Iraniens qui pensaient que le bruit des bombes était derrière eux. Ils se retrouvent dans cette guerre peut-être plus inconnue et moins annoncée.
Même si un protocole d'accord a été en cours et que des négociations étaient en cours, la guerre s'était figée avec les bombardements qu'on a connus. Ces bombardements se sont concentrés dans le sud de l'Iran et allaient jusqu'à la frontière irakienne. Il y a eu des bombardements près d'une école...
Un hôpital, pardon, où des enfants étaient hospitalisés. On est de nouveau dans cette guerre. C'est une nouvelle étape qui s'ouvre dans cette guerre qui ne s'est pas vraiment terminée en avril. - C.Roux: Nouvelle étape? - P.Allémonière: On est passés dans une autre dimension.
Il y a différentes explications. C'est pas seulement parce que les Iraniens ont tiré sur des bateaux et qu'il y a eu ce jeu de réponses. D.Trump a signé ce mémorandum, qui était en théorie un signal.
Tout le monde pouvait y lire ce qu'il voulait. Pourquoi l'a-t-il signé, finalement? Pour fêter son anniversaire et la fête des 250 ans.
Maintenant, c'est fini. Peut-être était-il dupe, mais il se rend bien compte que c'était un flou total. Le 1er point était inacceptable par les Israéliens, puisque c'était la cessation des hostilités au Liban.
Le 2e point, c'était pratiquement donner un droit de regard aux Iraniens sur le détroit d'Ormuz. Autour de lui, on savait que ce n'était pas possible. Est-ce que c'était pour avoir une fenêtre d'opportunité pour faire ce qu'il voulait faire?
Comme les Iraniens ne cèdent pas, parce qu'ils n'ont pas l'intention de se couper de ce levier, il reprend avec force et avec eux toutes les options sur la table avant. Augmenter les frappes, taper des infrastructures civiles, voire des troupes au sol. En bons militaires qu'ils sont, les militaires lui présentent ces solutions. - C.Roux: G.Lagane?
On a l'impression de "Un jour sans fin". Malgré tout, quand on observe la violence des frappes de part et d'autre, on a l'impression que chaque jour, c'est de plus en plus ciblé, avec des frappes proches de Téhéran, des bases militaires ciblées...
Je ne sais pas si c'est une escalade. C'est le mot que vous mettez sur ce qui se passe? - G.Lagane: Effectivement, c'est une nouvelle étape dans la confrontation armée entre les Etats-Unis et l'Iran.
C'est une confrontation qui remonte à plusieurs décennies, à 79. Mais depuis 2025, elle a connu une phase nouvelle. Les Etats-Unis se sont rendu compte qu'ils pouvaient directement frapper le territoire iranien, chose qu'il n'avait pas faite jusqu'ici.
A l'époque, c'était pour le programme nucléaire. En début d'année, c'était des frappes de décapitation du régime. Je rappelle que dans la chronologie de la crise actuelle, ce sont les Iraniens qui sont à l'origine de la crise.
Ce sont eux qui ont recommencé à frapper des bateaux qui passaient à travers le détroit d'Ormuz, sans payer les taxes qu'ils demandent, probablement, et c'est en réaction à ces frappes que les Etats-Unis sont intervenus. Ils sont intervenus de manière massive. Ils n'avaient plus les contingences intérieures qui les contraignaient.
La question importante, c'est pourquoi les Iraniens ont pris cette initiative, alors que de l'avis général, l'accord qui était conclu leur était favorable? Je formule des hypothèses. La première, c'est qu'il y a des dissensions au sein du régime et que cet accord n'était pas suffisamment convaincant pour la partie radicale.
Ils ont pris des initiatives, peut-être. Il y a des éléments factuels, comme les funérailles de monsieur Khamenei, qui ont été marquées par des manifestations populaires. Il y a des éléments de dissension.
La 2e possibilité, c'est que les discussions qui ont commencé sur l'accord ne satisfaisaient pas les Iraniens au sens large, et en particulier, je pense que le régime est sensible au dégel des avoirs financiers. L'économie est en grande difficulté. Peut-être que ces frappes sur le détroit d'Ormuz, c'était pour inciter les Américains à lâcher davantage sur le plan financier.
Ca n'a pas marché, parce qu'à l'inverse, du côté américain, il est clair que cet accord qui était porté par monsieur Vance, la partie hostile à la guerre, encourait l'hostilité...
Monsieur Rubio considère qu'on a trop cédé à l'Iran. - C.Roux: L.Menget, D.Trump dit: "On va frapper très fort pour qu'ils reviennent à la table des négociations." J'entends régulièrement que les négociations se poursuivent. - L.Menget: Il a raison.
Il y a un dialogue. Les hommes et les Pakistanais continuent à avoir un dialogue avec les Iraniens pour les Américains. Le dialogue n'a jamais été rompu.
On peut envisager une autre lecture des choses. Les Iraniens jouent avec les nerfs de D.Trump.
Depuis quelques mois, ils ont appris à le connaître. Il y a des dissensions au sein du régime iranien. C'est vrai que ce sont eux qui ont déclenché cette nouvelle phase de la guerre.
Ils savent que D.Trump s'apprête à prendre une décision impopulaire peu de temps avant les élections de mi-mandat. Pour l'instant, il va les perdre.
La majorité des Américains est contre la reprise des hostilités. N'en parlons pas s'il y a des envois de troupes au sol...
Les Iraniens savent que les négociations continuent. Ils en sont les acteurs. C'est un jeu des 2 côtés, de celui qui craquera le premier.
Jusqu'à présent, cette escalade est importante et il faut en parler, mais elle est à un niveau de conflictualité raisonnable. Pour l'instant, il y a des morts. Les Iraniens frappent les pays du Golfe, mais n'ont pas frappé Israël...
C'est un niveau de conflictualité contenue. - C.Roux: On dit ça depuis quelques jours.
Ca donne pas le sentiment que ça avance dans le sens d'un apaisement et de négociations. - L.Menget: Parce qu'on ne sait pas exactement où en est la négociation.
Elle est compliquée. Tous les jours, les Pakistanais redisent: "Pas trop d'escalade, on continue à discuter." Ce sont les Pakistanais et les Omanais qui sont à la manoeuvre pour ce dialogue, mais on n'en connaît pas la nature.
Côté américain, les Israéliens poussent pour une reprise, pas forcément immédiate. Ils ont pas intérêt à y repartir tout de suite. Mais B.Nétanyahou va à Washington ce week-end.
C'est pour essayer de réitérer ce qu'il avait fait en février, en donnant des éléments à D.Trump pour lui dire: "Voilà pourquoi il faut y aller." - C.Roux: Question. - L.Menget: Si, aussi.
D.Trump est imprévisible. Il a quand même un état-major compétent et puissant.
Il lui présente des options...
S'il appuie sur un bouton, le régime iranien va avoir beaucoup plus mal. Le problème, c'est que la population iranienne va avoir plus mal. - C.Roux: Quand vous dites que les Iraniens tentent de faire craquer D.Trump, c'est le faire lâcher sur quoi?
Il avait lâché sur tout. - P.Allémonière: C'était le meilleur deal qu'ils pouvaient avoir, mais il s'est trompé.
Il a pensé que les Iraniens pouvaient craquer parce qu'il leur offrait financièrement des avantages, la levée des sanctions, le déblocage des avoirs, des investissements massifs, tout en se servant lui-même avec le pétrole...
Mais les dirigeants iraniens, même s'ils sont corrompus et ont mis beaucoup d'argent de côté, à Dubaï en particulier, ne sont pas sensibles...
En tout cas, ceux qui ont le la aujourd'hui ne sont pas totalement sensibles. Les Américains ont engagé des mesures de rétorsion économiques sur les fonds qu'ils avaient à Dubaï. Ils ont mis sous sanctions M.Khamenei.
Ce que les Iraniens veulent faire, c'est livrer cette guerre. On est dans une guerre d'Ormuz. C'est plus une guerre d'Iran.
Parce qu'il y a cette volonté iranienne de l'emporter, peut-être cette hubris iranienne, mais je crois aussi parce qu'il y a quelque chose dont on ne parle plus, mais qui est dans la tête des Iraniens, c'est le nucléaire. On ne peut pas dissocier dans la tête de ceux qu'on appellent "les durs" Ormuz et le nucléaire. - C.Roux: Pourquoi? - P.Allémonière: Pour eux, c'est un levier... - C.Roux: Pour le nucléaire.
Les Iraniens attaquent des bases américaines. Les Etats-Unis ciblent des centres de commandement. Ils tentent de forcer le blocus, une escalade, alors que le "Wall Street Journal" évoque l'hypothèse de troupes au sol. - Ces derniers jours, l'armée américaine a ciblé successivement des centres de commandement iraniens, des sites de défense aérienne.
Cette nuit, un navire dans le détroit d'Ormuz est soupçonné d'avoir contourné le blocus de Washington. Décidément, le cessez-le-feu semble loin. - Vous leur donnez un délai avant de frapper? - D.Trump: Je n'aime pas fixer de délai.
Mais ils savent à quoi s'attendre. Ils ont intérêt à se tenir à carreau. - Le président menacé de cibler les centrales nucléaires, les ponts, les centrales électriques, en Iran. - Jusqu'ici, le président ne voulait pas prendre le risque de faire de nouvelles victimes parmi les Américains. - En coulisses, les discussions continuent avec les Iraniens pour les ramener aux négociations. - En Pennsylvanie hier, pour un sommet sur la défense, le président annonce 10 milliards de dollars d'investissements dans le secteur et menace une nouvelle fois l'Iran. - D.Trump: Nous nous débrouillons bien avec l'Iran.
La République islamique d'Iran n'est pas contente. Alors, ils veulent trouver un accord. Ils n'aiment pas ce que nous faisons.
Ils veulent trouver un accord. Soit nous y parvenons, soit nous en finissons une nouvelle fois pour toutes. - La riposte n'a pas tardé.
L'Iran cible des bases utilisées par les Etats-Unis en Jordanie, à Bahreïn et au Koweït. Il met en garde Washington après le rétablissement de son blocus dans les ports iraniens. - Quelles que soient les actions menées par les forces iraniennes, il ne s'agira pas d'une riposte proportionnée.
Nos frappes seront plus fortes, plus sévères et dévastatrices que jamais. - Quelques jours plus tôt en Iran, les funérailles du Guide suprême A.Khamenei ont rassemblé des milliers de partisans du régime.
La foule appelle à la vengeance et cible personnellement le président américain, représenté dans un cercueil. - Les Américains veulent propager et étendre leur arrogance. Le seul mouvement qui leur a fermement tenu tête est l'islam.
Jamais de la vie on ne s'entendra avec eux. Il n'y a pas de négociations qui tiennent. - Une semaine après la fin de la trêve, le "Wall Street Journal" révèle que le président américain entend renforcer un peu plus encore ses opérations militaires.
Plusieurs hypothèses seraient sur la table: l'envoi de troupes au sol pour s'emparer des îles iraniennes proches du détroit d'Ormuz, ou encore le bombardement d'un site fortifié susceptible de servir à des activités nucléaires clandestines. A la télévision américaine, les commentateurs s'interrogent sur la stratégie présidentielle. - Vous pensez vraiment que toutes ces attaques vont mener à la paix? - Trump change d'avis constamment sur ses objectifs de guerre et sur ses lignes rouges. - Jusqu'où ira le président américain?
La question lui est posée sur Fox News hier. - Ces frappes vont-elles durer? - D.Trump: Elles continueront jusqu'à ce que je dise stop. - Alors que les affrontements s'intensifient entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran accuse Washington de crime de guerre après une frappe à proximité d'un hôpital, cet après-midi. - C.Roux: "Elles continueront jusqu'à ce que je dise stop." D.Trump parlait des frappes.
Quel est l'objectif désormais de D.Trump? Entre le début de la guerre et aujourd'hui...
Est-ce que c'est juste la "libération" du détroit d'Ormuz? Est-ce qu'il y a plus que ça? Est-ce que le nucléaire reste un sujet? - M.Pirzadeh: Il profite de bons chiffres.
L'inflation a baissé aux Etats-Unis ces dernières semaines avec cette accalmie sur le détroit d'Ormuz. Ce soir, il va s'adresser à la nation américaine. Les buts de guerre n'ont jamais été très clairs dès le début.
Au début, il fallait changer le régime, puis il fallait dénucléariser l'Iran et puis il a dit que ce régime était "nice et smart" et pas radicalisé. C'est pas très clair. Il a été piqué dans son orgueil.
Les Iraniens marchent sur l'eau. Ils ont l'impression qu'ils sont en position de force vis-à-vis des Etats-Unis qui sortent grandis de cette guerre. Ce régime n'a pas changé, il s'est davantage militarisé.
Qui dirige? C'est pas le chef de la diplomatie iranienne, la vitrine de la République islamique, qui a rencontré des médiateurs. Ce sont les Gardiens de la révolution qui détiennent le détroit d'Ormuz.
Ils savent que c'est plus leur assurance-vie que le nucléaire, le détroit d'Ormuz. Ils savent qu'en bloquant un détroit qui fait 55 km de large, ils mettent le monde à plat. Ils ont compris que c'était leur arme de destruction et de pression.
Ca marche, puisqu'ils ont poussé le président de la 1re puissance économique mondiale, qui les menace depuis des années, à la table des négociations. - C.Roux: Dans les révélations de l'enquête du "Wall Street Journal", il y a la piste de l'envoi des troupes au sol, mais aussi le fait de bombarder la montagne de la Pioche. - L.Menget: C'est là où se trouvent les centrifugeuses...
C'est le mont Argos. C'est une montagne de 1600 m de hauteur. Elle est difficile à atteindre.
Les centrifugeuses seraient à 140 m sous le sol. Même les bombes américaines, les GBU-57, ne pourraient pas atteindre ces centrifugeuses. On suppose que les Iraniens continuent à entreposer à cet endroit un certain nombre de centrifugeuses ou des déchets nucléaires.
C'est le mot que prononce D.Trump pour faire peur. "La montagne de la Pioche", il y a quelque chose de fantasmagorique.
Il n'y a pas eu de preuve de quoi que ce soit. - P.Allémonière: C'est un des seuls sites qui n'a pas été visité par l'AIEA.
Il est allé partout où on a d'autres installations. La montagne de la Pioche serait une usine souterraine. Il y aurait des centrifugeuses, des missiles, des usines à missiles...
C'est un endroit qui fait fantasmer le monde entier au sens négatif du terme. Les experts disent que s'il veut taper la montagne de la Pioche, on sait qu'on ne pourra pas atteindre le fond...
Dans un 1er temps, on peut faire très mal sur les souterrains d'entrée et les puits d'aération. D.Trump se réserve.
On est sur des frappes massives, mais qui étaient vraiment sur le détroit d'Ormuz pour le débloquer. Sa 1re étape est de débloquer le détroit d'Ormuz. Après, je ne sais pas s'il est capable de penser à après. - C.Roux: Il le dit. - P.Allémonière: Après, c'est passer à d'autres négociations mais qui s'étaleront sur 2 ans ou plus longtemps.
Le nucléaire a commencé en 2002 avec les Français, les Allemands et les Anglais. Il y a eu Obama, et après... - C.Roux: Je pensais à l'étape d'après en termes de frappes.
Il dit que si ça ne marche pas, ce sera les installations énergétiques et les ponts. - L.Menget: Les centrales électriques sont importantes.
Elles peuvent plonger l'Iran dans le noir assez rapidement. Le problème de cette stratégie américaine, si elle est appliquée...
Si Téhéran est plongée dans le noir, la population civile iranienne va en payer le prix. Les répliques iraniennes pourraient être sur des installations civiles sur les pays du Golfe. - C.Roux: "Toutes les infrastructures civiles de la région, à tel point qu'il n'en restera aucune trace, comme si elles n'avaient jamais existé." - L.Menget: Ca fait peur aux monarchies du Golfe, notamment l'Arabie saoudite.
Les usines de désalinisation de l'eau...
Une ville comme Riyad devrait être évacuée en 48 heures si l'usine de traitement d'eau était touchée. Les Iraniens l'ont montré ces dernières semaines, leurs tirs sont plus précis et leur système de batterie antimissile n'est pas aussi efficace que ce qu'on avait imaginé. - C.Roux: N'est-il pas condamné à taper plus fort?
Question. Est-ce qu'il est obligé, pour faire plier l'Iran, de taper plus fort, ailleurs? - G.Lagane: En gros, oui.
Je vois pas d'autre solution. Les objectifs des Etats-Unis...
Il y a une chose sur laquelle je ne suis pas toujours d'accord, c'est quand on dit qu'ils n'ont pas d'objectif précis. Les objectifs des Américains ont toujours été les mêmes. C'est le changement de régime.
On peut le changer de manière absolue, aboutir à la fin de la République islamique, au retour d'un régime monarchique ou démocratique. C'est l'objectif maximaliste. Mais si ça marche pas, il y a toute une gradation qui ramènerait non pas au changement du régime mais au changement de la politique du régime, moins de soutien aux milices régionales, moins de soutien au balistique...
Il y a une continuité dans toutes les administrations américaines, de ce point de vue. Obama aurait préféré le changement de régime, mais il a considéré qu'il fallait passer par la négociation pour avoir une modération du régime. C'était l'accord du nucléaire qui a été dénoncé par Trump.
Pourquoi? Parce que toute une partie des Américains, y compris des Français à l'époque, disait que c'était trop favorable à l'Iran. On est dans une tension entre ces 2 pays qui a commencé en 1979 et qui continue aujourd'hui.
Y a-t-il une autre solution que la pression militaire et économique, diplomatique...
Toutes sortes de pressions sur Téhéran? Peut-être. Mais si vous voulez changer de régime, il faut pas leur donner trop.
C'est vrai qu'il y a une menace de l'Iran sur l'Arabie saoudite, sur les Etats du Golfe...
Le premier bémol, c'est qu'on ne sait pas s'ils en ont les capacités militaires. On observe que le Bahreïn qui a été frappé et le Koweït qui a été frappé, c'était avec des drones. C'est pas du matériel de premier rang.
S'ils le font, ces pays qui sont dans une sorte de neutralité...
L'Arabie saoudite, même si c'est pas parfait, c'est une grosse masse militaire. Téhéran doit mesurer le degré de rétorsion. - C.Roux: Vous parlez régulièrement du régime.
C'est qui? Est-ce qu'on a des nouvelles de M.Khamenei?
On s'interroge toujours...
On l'a jamais entendu. Ses déclarations sont lues à la télévision d'Etat. On l'a pas vu.
Il y a des doutes sur son état de santé. - L.Menget: Il y a eu une enquête de CNN assez intéressante, le week-end dernier, qui a analysé précisément des images des obsèques.
A certains moments, on voit une silhouette, quelqu'un de masqué, comme un masque anticovid mais plus grand, dont les trois quarts du visage sont masqués, et constamment protégée par des gardes du corps, entourée d'hommes armés. Ils ont fait une étude morphologique qui montre que c'est vraiment la silhouette, en comparant des images, de M.Khamenei.
L'enquête de CNN est prudente. Il n'y a aucune possibilité d'être sûr à 100 %. Les services de renseignements, notamment israéliens, travaillent cette question de manière extrêmement précise.
Il y a en tout cas un petit doute...
Il était étonnant qu'il ne soit absolument pas aux obsèques de son père. - C.Roux: S'il est en vie et qu'il est aux manettes, quel intérêt a-t-il à ne pas montrer son visage ou faire une communication ultra sécurisée pour montrer qu'il est le Guide suprême? - L.Menget: Il semblerait qu'il soit totalement défiguré, a minima, et peut-être avec une jambe en moins.
Le temps d'avoir un visage présentable... - P.Allémonière: Il y a un problème de voix. - M.Pirzadeh: S'il avait été visible et audible, bien sûr qu'on aurait entendu sa voix.
Actuellement, ce sont des présentateurs à la télévision d'Etat qui lisent ses déclarations. Même quand j'allais en Iran, il y avait peu d'images de lui. Il y en a beaucoup qui ont été générées par l'IA.
Ce qu'on savait de lui, c'était ces grands buildings, les grands malls conçus dans le nord de Téhéran, construits par M.Khamenei. Il y avait de l'argent blanchi dans la construction de très grands immeubles dans le nord de Téhéran.
Il s'est régulièrement caché. Le 28 février, il est avec son père, sa mère, sa soeur, sa femme et une partie de ses enfants, là où vivait le Guide suprême. Il est touché par les flammes.
Il a perdu une grande partie de sa famille. - C.Roux: Je voudrais qu'on revienne sur le plan secret du Mossad qui a eu pour ambition, à un moment donné, de mettre au pouvoir M.Ahmadinejad.
C'était le président iranien pendant longtemps, de 2005 à 2013. - M.Pirzadeh: Président ultraconservateur.
Il a instauré la police des moeurs, qui a tué M.Amini en 2022. On n'avait pas le droit d'écouter de la musique dans la voiture, sous sa présidence.
Il y avait très peu de libertés pour les Iraniens. C'était un homme très dur. Mais dans ceux qui soutiennent le régime, il était assez populaire.
Il a mis en place des subventions pour payer des factures d'électricité, de gaz ou pour acheter de l'essence. Assez vite, quand il n'était plus président...
Il avait appelé à la destruction d'Israël. Il avait mis en place, sur la place de la Palestine, une sorte de compte à rebours pour la destruction d'Israël. Quand H.Rohani l'a remplacé, il est devenu une sorte d'opposant.
Sa route pour devenir président a été barrée à de nombreuses reprises. Il a critiqué le régime. - C.Roux: Il a appelé à la destruction d'Israël et le Mossad a prévu, à un moment donné, de le remettre au pouvoir... - P.Allémonière: Ce plan était sorti par les Israéliens et repris par la presse américaine.
Ils ont dit qu'il avait été contacté lors d'un voyage à Budapest, où il a rencontré des gens du Mossad. Il aurait été séduit par l'idée. Lors de la 1re frappe, les bâtiments qui assuraient sa sécurité auraient été frappés.
Une voiture serait venue le prendre pour l'emmener dans un endroit secret. Il aurait finalement dit que ce n'était pas une très bonne idée. Il aurait été mis de côté et arrêté.
La fois où il est apparu, il est apparu entouré de gardes du corps pour surveiller ses allées et venues. Quel est cet homme? J'ai eu l'opportunité de le rencontrer dans mon métier et d'avoir une longue discussion d'une bonne demi-heure avec lui, hors cadre de l'interview.
C'était un homme qui a fait sa politique sur le populisme. Il s'est fait le défenseur des pauvres iraniens. Je lui ai dit: "Vous vous rendez pas compte.
En appelant à la destruction d'Israël, vous vous mettez le monde à dos. Les pauvres que vous défendez préfèrent que vous enleviez l'argent donné aux Palestiniens pour le mettre..." C'est une question qui n'était jamais passée dans son esprit, semble-t-il.
Mais ce soupçon d'Israéliens qui l'entourent ne date pas d'aujourd'hui. Je me souviens bien, son chef de cabinet...
Son conseiller de cabinet avait été accusé et mis en procès parce qu'il était un agent des Israéliens. - C.Roux: Celui qui a appelé à la destruction d'Israël était favorable...
Tout ça est au conditionnel. - P.Allémonière: C'est une question populaire.
Il trouvait que les gens s'enrichissaient. - C.Roux: On a l'impression d'être dans une série. - L.Menget: C'est une énième saison de la série "Téhéran".
Il y a une logique dans tout ça. Les Israéliens, s'ils l'ont choisi réellement, avaient intérêt à choisir leur pire ennemi. Il est le moins soupçonnable d'être un agent israélien.
Ce qui est intéressant, en revanche, c'est de voir tout le plan prévu. C'était pas seulement M.Ahmadinejad.
C'était que les troupes kurdes entrent dans le pays, qu'elles réussissent à monter une opération et l'installent au pouvoir. L'autre question intéressante, c'est qui a intérêt à sortir cette information? Le Mossad ne communique jamais.
Si la presse israélienne le dit, c'est que quelqu'un leur a dit. Ca a été repris par les Américains. Qui a intérêt à sortir cette information?
Je n'ai pas la réponse. C'est important de se poser la question. Un tel plan révélé si tôt...
Ce genre d'informations, on les révèle 10 ans plus tard. Là, 3 mois plus tard, on a tout sur la table. C'est presque trop facile.
Qui a intérêt à se débarrasser de M.Ahmadinejad? Aujourd'hui que c'est sorti, il ne doit pas vivre des heures tranquilles, dans un pays totalement infecté par le Mossad.
L'adjoint du chef des renseignements des Gardiens de la révolution a été exécuté le mois dernier. C'était un agent du Mossad. On a vu à quel point les services israéliens, pas seulement le Mossad, avaient pénétré les plus hauts niveaux des Gardiens de la révolution. - C.Roux: Ca raconte que l'opération américano-israélienne était très préparée et qu'il y avait un objectif politique, qui était la chute du régime. - L.Menget: Ceux qui ont intérêt, c'est ceux qui ont intérêt à désorganiser le système iranien, de faire en sorte que les Iraniens s'entretuent.
Mettre M.Ahmadinejad dans une telle difficulté aujourd'hui, ça peut être le début de la nuit des longs couteaux à Téhéran. C'est ce qu'ils peuvent espérer. - C.Roux: Je ne sais pas comment ça peut être reçu en Israël, d'imaginer une forme de collaboration avec un de ceux qui remettaient en cause la Shoah. - G.Lagane: Je me souviens qu'en 2011, monsieur Ahmadinejad avait fait de grandes déclarations au moment du 10e anniversaire du 11-Septembre en disant que cet attentat était un complot juif.
Il avait repris l'idée selon laquelle les juifs auraient quitté les bâtiments du World Trade Center avant que les avions le frappent. Il disait Que cet attentat n'a jamais été un attentat, mais que c'est une organisation sioniste qui en est à l'origine. Il y a eu des protestations d'Al Qaïda qui disaient: "C'est bien nous qui l'avons détruit...
S'il vous plaît, laissez-nous la paternité de cet attentat." Sa radicalité est très répandue dans le monde politique iranien. Ils sont consensuels sur le fait que l'entité sioniste doit disparaître. - C.Roux: Lui en avait fait un objectif. - G.Lagane: Oui, mais c'est pas un concours de beauté.
C'est pas le pire dans la politique iranienne. C'est assez consensuel de voir la destruction d'Israël. M.Ahmadinejad avait aussi une mauvaise image populaire.
Lors de son élection, Il y a eu des manifestations réprimées avec beaucoup de violence. En Algérie, on avait une technique qui consistait à diviser le FLN en répandant des rumeurs. Ils sont dans la même stratégie.
Je pense que les Israéliens utilisent des divisions qui existent au sein de la société iranienne. Il est évident que dans ce pouvoir iranien, des factions s'opposent, qu'en cas de changement de régime modéré, à la vénézuélienne, il fallait trouver un candidat. Si on fait le parallèle avec le Venezuela, madame Rodriguez n'était pas la moins radicale à l'époque.
Je pense que cette hypothèse n'est pas à écarter. - C.Roux: Ce qui est difficile à cerner, c'est qu'après les frappes américaines, le régime est-il renforcé?
Est-ce que c'est une légende que racontent les Iraniens à coups de propagande? Vous parlez d'une grande division du régime. On n'est pas au bout de cette guerre, mais est-ce qu'il sort renforcé, légitimé vis-à-vis de la population? - M.Pirzadeh: Pas du tout légitimé du côté de la population.
Hier matin, un homme a été pendu. Est-ce qu'on en a entendu parler? Pas du tout.
Tous les jours, il y a des hommes qui ont manifesté en janvier pour mettre ce régime en danger, qui sont exécutés. Tous les yeux sont rivés sur le détroit d'Ormuz. Les Iraniens se retrouvent dans une solitude extrêmement importante.
Je parlais des contacts qui me parlent de suicide. Et puis, ils me disent: "On n'a pas d'autre choix." C'est la 1re fois que je sens ce désespoir.
Ils disent qu'ils sont sortis dans la rue en janvier, qu'ils n'ont pas réussi à déloger le régime. Même les Américains et les Israéliens n'ont pas réussi. Même ceux qui se sont réjouis de la mort d'A.Khamenei se sont révélés antiguerre.
Ils me disaient: "Tous les jours, quand tu te réveilles avec le bruit des bombes au-dessus de ta tête, tu as envie que ça s'arrête." La situation économique est catastrophique. Des personnes âgées qui ont 80 ans sont obligées de se lever dans la nuit pour travailler sur les bazars, parce qu'il n'y a pas de retraite.
La moitié du pays ne mange plus de viande, parce que c'est devenu trop cher. L'inflation est tellement importante que leur monnaie ne vaut plus rien. Ils sont confrontés à une détresse politique et économique.
Ils en veulent à ce régime de les avoir entraînés dans cette guerre, mais ils ne veulent plus de cette guerre. - G.Lagane: Je veux rebondir sur la question des Kurdes.
C'est pas la 1re fois qu'on a des informations comme quoi les Kurdes pourraient être utilisés comme ils l'ont été, comme en Syrie contre l'Etat islamique, contre l'Etat iranien. Le Premier ministre irakien a protesté, parce qu'il y avait des drones venus d'Iran. Il y a des drames qui montrent que les Iraniens prennent cette menace au sérieux. - C.Roux: Des offensives kurdes aidées par les Américains? - G.Lagane: Une des raisons pour lesquelles elle a été écartée, c'est qu'il y a une vive protestation de la Turquie quand elle a entendu parler de cette hypothèse.
Elle a fait pression sur J.D.Vance, qui a dit à Trump de ne pas le faire parce que c'était dangereux.
L'hypothèse pourrait revenir. - C.Roux: Le détroit de Bab Al-Mandab au Yémen fait l'objet de toutes les attentions.
Les Houthis, alliés de l'Iran, menacent d'en prendre le contrôle. La tension est montée d'un cran. - L'aéroport de la capitale du Yémen bombardé à plusieurs reprises. - Comme vous le voyez, il y a eu des raids agressifs sur l'aéroport national de Sanaa.
Ils ont visé la piste d'atterrissage. - Ces frappes sont revendiquées par le gouvernement du Yémen avec l'aide de son grand allié: l'Arabie saoudite. L'objectif était d'empêcher cet avion iranien d'atterrir.
Il transportait des rebelles houthis et a finalement été dérouté à plus de 200 km de là. - Merci à la République islamique d'Iran pour cette position ferme et courageuse face à l'ennemi saoudien. - L'avion, en provenance de Téhéran, transportait une délégation de rebelles houthis qui avaient assisté aux funérailles du Guide suprême A.Khamenei.
Le survol de l'espace aérien n'avait pas été autorisé par le gouvernement yéménite et l'Arabie saoudite. - Cette violation n'est pas la première du genre, mais elle diffère des précédents incidents, en ce qu'elle défie ouvertement la légitimité internationale. Notre patience est à bout.
Nous répondrons de manière appropriée à cet acte criminel. -2 camps s'opposent: les Houthis, rebelles chiites, considérés comme terroristes par les Etats-Unis et soutenus par l'Iran. En face, le gouvernement yéménite, soutenu par l'Arabie saoudite.
En représailles, les Houthis ont frappé un aéroport saoudien avec leurs drones et missiles. - Le porte-parole des Houthis a appelé la communauté internationale et toutes les compagnies aériennes à ne pas survoler l'espace aérien saoudien. Ca indique que le mouvement houthi prévoit d'attaquer d'autres aéroports saoudiens. - De quoi menacer la fragile trêve en vigueur depuis 2022 négociée par l'ONU entre Houthis et Arabie saoudite. - L'ennemi saoudien, par sa décision imprudente de lancer une attaque injuste contre l'aéroport international de Sanaa, assume l'entière responsabilité de cette agression et de ses graves conséquences.
Ils servaient les intérêts de l'ennemi américano-israélien et en subiront toutes les répercussions qui en découlent. - Les Houthis menacent à nouveau de bloquer un nouveau détroit, celui de Bab Al-Mandab, où transite le pétrole mondial. Ils ont déjà démontré leur pouvoir de nuisance dans le détroit, à l'image de ce cargo, dont le commandant est israélien.
Des attaques qui, en 2024, ont poussé l'UE à déployer des forces armées en mer Rouge pour sécuriser le trafic. C'est l'opération Aspides. - E.Macron: Ce que nous voulons faire, c'est assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime. - Mais aujourd'hui, la menace de blocage d'un 2e détroit dans la région inquiète, preuve de l'influence des rebelles houthis. - Les Houthis n'ont pas la capacité de bloquer entièrement le détroit, mais ils peuvent provoquer de gros dégâts.
Il n'est pas difficile de s'en prendre à des infrastructures ou des navires. Il suffit de disposer de drones bon marché et pilotables à distance. Les Houthis pourraient s'en servir pour attaquer des infrastructures énergétiques critiques ou des bateaux. - Téhéran vient de demander aux rebelles houthis de se tenir prêts à fermer le détroit en cas d'attaque américaine sur les infrastructures énergétiques iraniennes. - C.Roux: Question.
C'est le scénario catastrophe. - L.Menget: Moins catastrophique qu'Ormuz.
Il y a moins de bateaux dans le détroit de Bab Al-Mandab parce qu'il y a une route alternative, le canal de Suez, que les Egyptiens laissent ouvert. Ils ont la capacité de gêner fortement le trafic. Ils savent utiliser leurs missiles.
Ils ont été frappés durement par les Américains, mais il y a un élément à ne pas oublier. En face, c'est Djibouti, une base militaire française, une base américaine, une base italienne et une base chinoise depuis quelques années. Les Chinois ont reconstruit le port de Djibouti pour 470 millions de dollars.
En échange, ils ont installé leur seule base militaire chinoise à l'étranger. Les Chinois surveillent tout ce qui se passe là-bas. Ils n'ont pas intérêt à ce que ça gêne le trafic vers l'Asie.
Sous l'océan, il y a l'un des plus gros carrefours de câbles sous-marins, qui relie l'Asie, l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. Les Chinois y font attention. Ca permet d'acheminer des données en Chine et d'alimenter l'Asie avec Internet.
Les Chinois ont un oeil là-dessus. Ca ne veut pas dire qu'il ne va rien se passer, mais les marines internationales et occidentales ont réussi à bien circonscrire la menace houthie. Elle n'a pas été activée par l'Iran. - C.Roux: Est-ce que l'Iran pourrait avoir à coeur de dire "vous avez aimé Ormuz, vous aimerez Bab Al-Mandab"? - P.Allémonière: Ils ont dit qu'ils se réservaient le droit d'activer les Houthis.
Je crois que la menace houthie, si elle inquiète les navires qui remontent en direct du détroit de Suez...
Si cet oléoduc était frappé, ce serait plus de 4 millions de barils de pétrole en moins. Ce serait énorme. C'est la vraie menace.
Les Saoudiens n'ont aucun intérêt. Les Houthis se sont dit que c'était les Saoudiens qui avaient attaqué leur aéroport. C'est faux.
Les Yéménites du Sud ont attaqué. Ce détroit est excessivement fragile. C'est 7 % du commerce.
Je ne pense pas que les Chinois soient menacés en tant que navires passants. Lors des derniers affrontements, ils n'ont pas été menacés. Néanmoins, ils n'ont aucun intérêt à voir la situation se détériorer.
C'est tout le commerce mondial qui replonge, et les approvisionnements en pétrole en particulier. - C.Roux: 7,4 millions de barils de pétrole par jour en juin, 7 % de la production mondiale de pétrole. - M.Pirzadeh: De tout les proxis de la République islamique, les Houthis sont sûrement ceux qui ont le plus d'indépendance vis-à-vis de Téhéran.
Ils ont leur propre agenda. Ces 3 derniers mois, il n'y a que le Hezbollah qui a été actif pour protéger la République islamique. Mais les Houthis n'ont pas beaucoup bougé ces derniers mois. - C.Roux: On n'est pas dans une extension du conflit? - M.Pirzadeh: Pour le moment, non.
A l'aéroport, c'est un avion Mahan Air affilié aux Gardiens de la révolution. Ces avions sont utilisés pour transporter des armes. C'est ce qui s'est passé à Beyrouth et c'est ce qui se passe dans la région.
Vous savez que sous votre siège, dans un avion comme ça, il y a des armes. Le Yémen est déchiré par une guerre civile. - G.Lagane: Une partie sud du pays est reconnue par la communauté internationale et soutenue par l'Arabie saoudite.
Au nord, vous avez les houthistes, dont le mot d'ordre est "mort à l'Amérique, mort à Israël", qui sont souvent religieusement affiliés au chiisme, donc proches de l'Iran. Ces derniers mois, les houthistes...
Ils ont aussi été beaucoup frappés de manière aérienne par les Israéliens et les Américains. Ca a un peu calmé leurs ardeurs. Même s'ils ont participé à des frappes contre Israël pour soulager la République islamique, ils n'ont pas été engagés à la hauteur de ce qu'aurait souhaité l'Iran. - C.Roux: C'était avant le déclenchement de la guerre entre l'Iran et les Etats-Unis? - G.Lagane: C'est une longue histoire.
Ils ont été frappés en 2025 et 2026. Toujours difficile de connaître le bilan de ces frappes, mais ça explique une certaine modération des Houthis, qui ont aussi une population à ménager. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Les Emirats arabes unis ont attaqué l'Iran.
Ils ont répondu, mais ça passe sous les radars. - G.Lagane: Je pense qu'ils le font sans le dire.
Ils n'ont rien à gagner à le dire, probablement parce que se maintenir dans une forme de neutralité...
Ils ont envoyé des représentants aux funérailles d'A.Khamenei. On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment. - P.Allémonière: Les Emirats n'ont pas intérêt à attaquer.
Ils sont trop alliés à Israël. En plus, les Emirats bénéficient du parapluie du Dôme de fer. Ils sont plus protégés que les autres.
Mais le Qatar et l'Arabie saoudite ont envoyé des représentants. Ils préféreraient une négociation. - G.Lagane: Ils ont été insultés, d'ailleurs. - C.Roux: On verra si Trump évoque la situation dans la région.
D.Trump est habitué aux prises de parole permanentes, incessantes. Il a promis une allocution solennelle à la nation ce soir.
Il pourrait revenir sur les conditions de l'élection de 2020 et promet des révélations sur le système électoral américain. Les sujets de tension aux Etats-Unis ne manquent pas. - A quelques heures d'une prise de parole très attendue, que va bien pouvoir annoncer D.Trump? - Le président s'apprête à ouvrir un nouveau chapitre dans ses efforts visant à remettre en cause le résultat de l'élection de 2020. - Il devrait déclassifier de nouvelles informations des services de renseignements qui révèlent des projets d'ingérence dans les élections de 2020. - Le discours de jeudi soir abordera les allégations d'ingérence de la Chine et des accusations inédites selon lesquelles Pékin aurait compromis les élections américaines et les données électorales. - Le président lui-même prend un malin plaisir à entretenir le suspense. - D.Trump: Ca portera sur ce sujet.
Nous aurons aussi quelques autres choses à dire, mais je préfère garder ça pour plus tard, même si c'est une grande nouvelle. C'est vraiment une grande nouvelle. Notre pays doit se ressaisir.
Mais c'est de ça dont nous allons parler jeudi. On ne peut pas faire plus important que ça, car sans élections libres et équitables, il n'y a plus de pays. - Il n'a toujours pas digéré sa défaite face à Joe Biden, qu'il conteste depuis 2020. - D.Trump: Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement.
Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection. - Un discours à la nation, assez rare chez le bavard D.Trump.
Veut-il tenter de reprendre la main, à 4 mois des élections de mi-mandat? Sa popularité est fragile. 36 % seulement des Américains approuvent l'action de son administration.
Des mauvais chiffres et des polémiques qui ne s'arrêtent pas. ... - 2 hommes, 2 pères de famille tués par la police de l'immigration ces derniers jours, alors qu'ils conduisaient.
Ni l'un ni l'autre n'était recherché par la police. Indignation et protestation immédiates. - Nous ne pouvons pas continuer à tolérer une administration qui fait fi de la loi, un président qui fait fi de la loi et un Congrès contrôlé par des républicains qui n'exercent aucun contrôle. - Nous voulons que l'ICE quitte notre Etat, que ses financements soient supprimés au niveau national et que nos communautés vivent en sécurité et en paix. - Le ministère de la Sécurité et de l'Intérieur a suspendu la possibilité pour l'ICE de faire des contrôles routiers. ...
Autre dossier sensible pour Trump, l'affaire Epstein, qui revient dans l'actualité. Hier soir, J.D.Vance a admis des erreurs. - J.D.Vance: Encore une fois, nous avons complètement raté notre communication sur les dossiers Epstein.
Mais est-ce que je pense que nous avons mal géré cette communication parce que nous essayions de cacher quelque chose? Non. D.Trump était agacé par le fait que les démocrates l'accusaient de commettre des actes répréhensibles.
Est-ce qu'il existe la moindre preuve crédible? - D.Trump pourra au moins se targuer d'une chose ce soir: une inflation qui ralentit, sur fond de baisse des prix à la pompe, et une croissance revue à la hausse. - C.Roux: Un mot sur ce que pourrait dire D.Trump ce soir.
Quel intérêt a-t-il à revenir sur les élections passées? - L.Menget: Il est en train de jeter le doute sur les élections à venir.
L'obsession de D.Trump sur le fait qu'il n'a pas perdu l'élection contre Biden et qu'il y a 4 ans de trou dans son CV, c'est devenu chez lui obsessionnel. Mais avec cette obsession, il commence un narratif qui est de dire que si les résultats ne sont pas en sa faveur, c'est que les élections sont truquées et qu'il y a eu des ingérences étrangères.
On va attendre de voir ce qu'il dit là-dessus, mais il a commencé à le faire savoir autour de lui. On dit que les démocrates vont être aidés par les puissances étrangères pour gagner les élections. Les plus radicaux aux Etats-Unis disent qu'il va faire en sorte d'annuler les élections.
Y compris chez les républicains, les 2 morts par l'ICE cette semaine ont bouleversé l'Amérique. Il y a déjà eu des bavures de l'ICE, cette police anti-immigration. Ca commence à faire beaucoup.
Ils ont, dans des Etats républicains, des élus qui disent qu'ils vont mettre en place des procédures locales pour empêcher ICE...
La consommation est bonne et l'inflation baisse. Il est plutôt satisfait de ce point de vue. Mais il est en difficulté, donc il va commencer à dire que s'il perd les élections, c'est parce qu'il y aura eu des ingérences étrangères. - G.Lagane: La question du vote des migrants est la question qui a beaucoup agité les Etats-Unis.
Pour lui, c'est une ingérence étrangère. "Il est normal que ce soit les Américains qui votent en Amérique." Le Congrès discute d'une loi poussée par les républicains.
Normalement, c'est les Etats qui décident de la manière dont on vote. Là, c'est au niveau fédéral, pour leur enjoindre d'organiser un vote avec une pièce d'identité...
On vote sans pièce d'identité aux Etats-Unis, aujourd'hui. D'autre part, réduire fortement le vote par correspondance. Dans certains Etats, l'ensemble du vote se fait par correspondance.
Je ne dis pas que les élections ont été truquées, mais en même temps, le vote par correspondance pose un grand nombre de difficultés. On peut voter par procuration en France, mais pas par correspondance parce que les fraudes sont possibles. - C.Roux: C'est peut-être justifié sur le fond, mais ça permet de déjà jeter le discrédit sur le résultat. - G.Lagane: Il y a un aspect politicien.
La question de la régularité des élections se pose beaucoup aux Etats-Unis. Il y a 25 ans, le dépouillement en Floride avait donné monsieur Bush vainqueur. On avait attendu des semaines.
Historiquement, on sait que monsieur Kennedy avait été élu avec des fraudes autour de Chicago. - C.Roux: Question. - P.Allémonière: Lundi dernier, il a dit qu'on rentrait de nouveau en guerre.
Il a 60 jours, à partir de lundi. Il ne tient pas compte de tout ce qui s'était passé avant, et les démocrates le contestent. Mais au-delà de ça, on sent que cette guerre en Iran...
Il va forcément en parler légèrement ce soir. Mais son obsession, c'est les élections, sa réélection. Il veut mettre le discrédit, dire que les résultats seront faussés.
Surtout, il a voulu faire un redécoupage électoral, faire passer cette nouvelle loi. Il n'y arrive pas. Quand Trump n'arrive pas à faire passer une loi, il monte devant la nation, il s'adresse à sa base MAGA, il essaie de la resserrer. "On nous veut du mal, les communistes sont à la porte du pouvoir avec les démocrates et les puissances étrangères veulent nous abattre, qu'elles soient immigrées ou chinoises." - M.Pirzadeh: Certains élus républicains ne sont pas favorables à la fin du vote par correspondance.
Il y a des Etats très grands. Ca pousserait des personnes à ne pas voter. Il faut avoir une voiture, se déplacer, ça coûte de l'argent...
Ils ont peur que ça leur coûte des voix. Aux Etats-Unis, vous avez 2 papiers d'identité: le passeport ou le permis de conduire. Ca coûte cher, les plus pauvres n'auraient pas ces papiers pour aller voter.
En général, on vote plutôt démocrate, dans ce cas. - L.Menget: Les Américains n'ont jamais eu de pièce d'identité en dehors du permis de conduire.
Ce n'est pas comme chez nous. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
Il faut peut-être expliquer à quoi fait référence cette question. - L.Menget: C'est une déclaration de P.Hegseth, qui dit qu'il va instaurer des tests de santé physique, de poids, à tous les soldats.
Il est dans une culture très masculiniste de l'armée américaine, où il faut que l'armée américaine soit la plus forte du monde. Il voudrait instaurer une mesure de la testostérone, cette hormone dite de la masculinité, sur les soldats américains, hommes et femmes, en proposant des injections de testostérone supplémentaires pour les rendre plus forts et plus vaillants. Il y a une mode de la testostérone aux Etats-Unis, y compris chez les femmes. - C.Roux: Il est assez obsédé par l'image que renvoie l'armée américaine.
Il a déploré le fait qu'il y ait des officiers, des soldats trop gros. - L.Menget: Ca a un petit effet collatéral.
Ca peut être considéré comme une mesure anti-transgenre, anti-femme. Au sein de l'armée américaine, certains combattent l'idée de P.Hegseth.
Il dit que l'armée, ce n'est pas fait pour avoir des femmes et des transgenres. Je schématise un peu. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Je crois qu'il y avait des divisions au sein même du Mossad quand le plan a été présenté.
Il a montré des signes de détachement avec le régime en critiquant la brutalité dans la répression. Quand il est réélu en 2009 de manière frauduleuse, c'est l'une des pires répressions en Iran. Plus on va chercher le plus insoupçonnable, mieux ça passe. - C.Roux: Question. - G.Lagane: C'est toujours difficile de se prononcer sur sa chute de régime.
L'expérience montre que quand vous faites tomber un régime, c'est que vous avez eu une intervention au sol. Pour un Etat comme l'Iran, il sera compliqué de voir l'ensemble de ses ponts, infrastructures et centrales énergétiques détruits. Ca poserait des problèmes de vie quotidienne.
Est-ce qu'il y aura une pression populaire? Est-ce que ça relancerait la contestation populaire? C'est possible.
Les Iraniens prennent la menace au sérieux. - C.Roux: Question. - P.Allémonière: Tout changement de régime ne peut pas se faire sans troupes au sol.
Toutes les interventions américaines jusqu'à présent ont été faites avec des troupes au sol. On parle du Vietnam, de l'Irak 2 fois et de l'Afghanistan. L'engagement de Trump, c'était "pas d'hommes au sol".
Les marines peuvent faire des opérations coup-de-poing au sol. Mais pour l'instant, il n'en est pas question. - C.Roux: Question. - L.Menget: C'est compliqué.
Après avoir été les meilleurs amis du monde...
Trump n'a pas d'amis. Il n'a que ses intérêts. Quand quelqu'un lui plaît moins...
Nétanyahou est en campagne électorale. Il sait qu'il ne va pas forcément gagner les prochaines élections. Il ménage ses intérêts à Tel-Aviv en parlant aux autres candidats.
Nétanyahou devait venir à Washington ce week-end pour rencontrer D.Trump et parler des plans iraniens, mais Trump n'a pas encore donné de rendez-vous. Les relations ne sont pas au beau fixe. - G.Lagane: Il y a une réunion à Rome entre Israéliens et Libanais, sous supervision américaine.
Les Américains demandent aux Israéliens de faire des concessions, de se retirer de 2 petits territoires au sud du Liban, qui seraient repris par l'armée libanaise. Ca renforcerait l'armée libanaise vis-à-vis du Hezbollah. - P.Allémonière: Le chef d'état-major israélien... - M.Pirzadeh: A dit non. - C.Roux: Question.
Parfois, la Chine se réveille, mais à bas bruit. - P.Allémonière: La Chine agit par l'intermédiaire du Pakistan.
Qu'est-ce qu'il y a derrière le Pakistan, les coups de fil pakistanais? La Chine et l'Arabie saoudite. Les 2 avancent avec le paravent pakistanais pour pousser à une résolution du conflit.
La Chine a à y gagner à court terme, mais il faut voir à long terme. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Elle est ambivalente. - G.Lagane: L'Arabie saoudite voit cette guerre comme une opportunité d'affaiblir son ennemi historique, la République islamique d'Iran.
Elle a été frappée à plusieurs reprises par les Iraniens. Elle a été obligée de détourner ses exportations pétrolières vers la mer Rouge. L'Arabie saoudite attend un peu de voir qui va tirer les marrons du feu.
Elle reste un allié des Etats-Unis, le grand protecteur des Etats arabes du Golfe. Cette nuit a été annoncée par les Américains une vente de 2 milliards de dollars d'armes à l'Arabie saoudite pour renforcer sa sécurité. - C.Roux: Question. - L.Menget: Bien sûr.
Ils l'ont fait. Des commandos marines ont réussi à intercepter des missiles houthis en vol, à la mitrailleuse. Les forces françaises de Djibouti sont très présentes dans cette lutte contre les Houthis.
Elles ne sont pas les seules. C'est pour ça qu'il y a une armada internationale qui a été montée. - C.Roux: Question.
Débrouillez-vous avec cette question! - M.Pirzadeh: Un changement De régime est voulu par 80 % de la population iranienne.
Ca changerait totalement la face de cette région du monde. Pour le moment... - C.Roux: Pour ça, il faut que les Etats-Unis acceptent d'envoyer des troupes au sol. - P.Allémonière: On voit que la population est terrorisée et reste chez elle. - C.Roux: Est-ce que ce qui reste de communauté internationale se préoccupe encore de ce qui se passe là?
On a rapatrié le Charles-de-Gaulle. - P.Allémonière: On a laissé quelques frégates dans le coin, au cas où, mais pour l'instant, la communauté internationale est hors jeu et dans l'expectative, en particulier l'Europe. - C.Roux: Question. - G.Lagane: Apparemment, les marchés restent dans l'expectative.
Ils ne savent pas si c'est la guerre qui reprend, la négociation...
La Chine a publié des chiffres de croissance économique assez faibles.
André Rougé