PRÉSIDENTIELLE : L'IMPENSABLE PEUT DEVENIR RÉALITÉ
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Un comédien a vraiment été élu président de la République. Volodymyr Zelensky dans son rôle prémonitoire de serviteur du peuple à voir sur Arte.tv Arte remet au goût du jour, avec Serviteur du peuple, une histoire politique totalement folle et incroyable.
Une histoire qui nous emmène aux confins de la raison démocratique, ou peut-être au sommet du génie de la communication politique, ou plutôt du super-marketing politique. Cette série met en scène un banal professeur d’histoire qui va être propulsé président de l’Ukraine. L’acteur jouant ce professeur va être, quatre ans après le début de cette série, propulsé président de l’Ukraine dans une sorte de prophétie autoréalisatrice.
Une histoire folle qui donne corps et réalité à une pure fiction sérielle. Qui aurait pu croire cela ? On reste étonné de la similitude des faits entre la réalité et la série, mais nous avons aujourd’hui des exemples de plus en plus fréquents de personnages médiatiques, d’acteurs, de clowns peut-être, devenus de très hauts personnages politiques.
Souvenons-nous du comédien-président Ronald Reagan ou d’un certain Arnold Schwarzenegger en Californie. Mais, plus proche de nous encore, que dire d’un Donald Trump qui n’était au départ qu’un personnage de média ? James Poniewozik, chef de la critique télévision au New York Times, rappelle d’ailleurs combien la télé a constitué le pivot, le cœur même de la carrière de Donald Trump.
Il va encore plus loin et affirme que Trump est devenu ce qu’il est et ce qu’il a été en dominant le Prime Time sur la chaîne NBC…. Trump avait compris, nous dit le journaliste, qu’il fallait mieux apparaître qu’être réellement. Et en effet, l’ancien président américain a fait le show, avant même d’être un politicien ou un homme d’affaires.
On le retrouve dans Le Prince de Bel-Air, dans Suddenly Susan, dans Spin City, dans Une Nounou d’enfer, dans The Apprentice, il est évoqué dans Sex and the City. Il y joue d’ailleurs régulièrement son propre rôle, son propre personnage, faisant du business, jouant au poker ou achetant une maison. Il prête son nom, sa vie, son physique au petit écran.
Il devient peu à peu une image de la pop culture, une sorte de caricature cartoonesque du businessman américain, de l’homme d’affaires que Les Simpsons eux-mêmes avaient vu comme président dès mars 2000. Comme quoi il n’y a plus à s’étonner de voir l’acteur et comique Volodymyr Zelensky devenir président de l’Ukraine. Une mise en scène par ailleurs orchestrée et amplifiée par de riches oligarques propriétaires de médias.
En effet, ne nous y trompons pas, Volodymyr Zelensky doit sa carrière à la chaîne 1 plus 1 et à son tout-puissant patron Igor Kolomoïsky. La série Serviteur du peuple a fait fusionner réel et fiction mais dans la réalité l’orchestration a été parfaite..
Ce qui doit encore nous interroger plus avant sur la puissance des séries, des médias en général, des chaînes de TV dans les processus démocratiques. Dans un épisode précédent de Serial Politik, cette chronique, je parlais de Trump et de Fox News, ici c’est Zelenski et 1+1. On voit aussi comment CNews a fait naître l’homme politique Zemmour pour évoquer le cas français.
Les clowns et autres personnages de médias deviennent parfois présidents grâce à l’aide de milliardaires qui jouent avec les télés et avec les radios. Revenons-en à Volodymyr. Ce néo-président a cassé les codes de la politique intérieure ukrainienne.
Il a joué pendant sa campagne sur des clivages nouveaux, différents. Oubliée la bataille Est-Ouest, qui pourtant en Ukraine, on le voit aujourd'hui, structure la vie politique, au regard notamment de l’attachement à la Russie. Volodymyr a voulu jouer les générations, les jeunes contre les vieux, il a refusé les débats traditionnels, s’est concentré plutôt sur les réseaux sociaux, il s’est présenté contre les vieux caciques du pouvoir, souvent corrompus, et a soufflé un vent de fraîcheur sur la campagne.
Une fraîcheur bien relative au regard de ses soutiens façon Igor Kolomoïsky. Mais l’illusion a fonctionné, même si aujourd’hui l’ombre du cacique plane toujours sur la tête du "serviteur du peuple" président ukrainien. Une ombre qui ne plaît pas beaucoup à l’occident ni à l’UE.
Outre son emprise dans la réalité la plus récente, cette série, pour y revenir, est truculente, drôle, rapide, intelligente, incisive. Tout comme le comédien et show man, qui tient presque à lui seul la fiction de bout en bout. Les dénonciations de corruption sont subtilement amenées, toujours au second degré et avec beaucoup d’humour.
Les projets du professeur devenu président sont sans aucune lourdeur. C’est une série profondément politique dotée d’une parfaite légèreté, c’est une série qui nous place au cœur des pouvoirs avec délice, c’est une série qui aura, c’est certain, servi de clip de campagne de plusieurs heures à Volodymyr Zelensky. Un clip de campagne, voire une propagande, qui aura porté la fiction au sommet du pouvoir ukrainien.
On se retrouve sur Blast très vite pour une autre chronique de Serial Politik. À bientôt.
Éric Zemmour