Venezuela : la déclaration d’Emmanuel Macron jugée "extrêmement grave" par Fabien Roussel
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Fabien Roussel. Hier au Conseil des ministres, Emmanuel Macron a un petit peu corrigé la position de la France disant que la France n'approuvait pas et ne soutenait pas la méthode américaine au Venezuela. Est-ce que cette deuxième version vous convient davantage que la première ?
Bonjour M. Bernstein. D'abord, permettez-moi de présenter mes voeux aux téléspectateurs, téléspectatrices, des voeux de santé et de paix, puisque c'est quand même la paix qui est à l'ordre du jour de cette nouvelle année 2026 et qui est largement menacée sur tous les continents. Ce qui s'est passé au Venezuela est un acte de guerre grave, une violation du droit international, de la charte de l'ONU, qui demande à ne pas faire l'usage de la force pour régler des problèmes entre les pays. Et ce qu'a fait Trump, c'est tout l'inverse. Il a envoyé des soldats, des hélicoptères, des avions pour kidnapper un chef d'État et son épouse en exercice. Alors la première déclaration... Un dictateur.
Oui, d'accord, mais vous pouvez qualifier le chef d'État ou les chefs d'État de tout ce que vous voulez. Ce qu'a fait Trump, c'est un prétexte pour mettre la main sur les richesses du Venezuela et sur son pétrole. La politique de la canonnière pour s'approprier des richesses, c'est normalement le siècle passé, même le siècle d'avant. Et aujourd'hui, au XXIe siècle, en cette année 2026, ça s'est déroulé sous nos yeux. Et la seule expression, la première expression qu'a eue le Président de la République, c'est de féliciter le Président des États-Unis. Il est revenu dessus.
Non, mais c'est extrêmement grave parce que ça va à l'inverse de toute l'histoire de la diplomatie française, de toute la diplomatie française depuis la Seconde Guerre mondiale, qui s'est astreint à respecter justement cette charte de l'ONU mise en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Si le Président de la République décide de changer de politique à l'international, qu'il le dise à la représentation nationale, et nous appelons à ce qu'il y ait un débat au Parlement sur la doctrine de la politique française. Quelle est la position de la France et quelle est la politique diplomatique de la France en direction des États-Unis et de l'Amérique latine ?
Parce que c'est extrêmement grave.
Est-ce qu'on peut se réjouir ? Est-ce que vous vous réjouissez, en dépit de ce que vous dites sur le droit international, est-ce que vous vous réjouissez de la chute d'un dictateur ?
Mais nous appelons nous à chaque fois, et ça a d'ailleurs toujours été la position de la France, à respecter la souveraineté des peuples. Est-ce que vous vous réjouissez de la chute d'un dictateur ? – Et c'est au peuple vénézuélien de dire si le régime qui aujourd'hui est en place est un régime autoritaire, dictatorial ou pas.
– Pour le dire, il faut qu'il y ait de la démocratie. Les vénézuéliens pouvaient difficilement dire ce qu'ils pensaient de leur président.
– Débattre aujourd'hui, de savoir si M. Maduro est un dictateur ou pas, excusez-moi mais c'est bête, c'est une bêtise sans nom. Si demain, je vais te cache avec vous, si demain Trump annexe le Groenland pour mettre la main sur les terres rares de ce pays, et il a dit qu'il le ferait dans les 20 jours, est-ce que vous direz que c'est parce que le Danemark est une monarchie, et donc il faut une transition pacifique parce que ce n'est pas une démocratie, c'est une monarchie ? – Non mais vous vous rendez compte de la bêtise de cette question ? – Non seulement, je ne me rends pas compte, mais je vais vous la reposer. – Est-ce que vous ne vous rejouissez pas de la chute d'un dictateur ?
– Je ne me réjouis pas de l'agression d'un pays par les États-Unis, une agression militaire et du kidnapping de son président en exercice. – C'est d'abord une violation incroyable du droit international.
– Vous refusez de dire que vous vous réjouissez de la chute d'un dictateur ?
– Vous savez quand le sage montre la lune, l'imbécile, regarde le doigt. – Oui, j'ai bien compris que l'imbécile c'était moi. – Oui, oui, vous regardez le doigt. Parce que si on est tous en train de débattre à savoir si Maduro est un dictateur ou un président autoritaire, ou s'il est légitime ou pas légitime, on ne… – Ça intéresse peut-être le peuple vénézuélien. – Vous vous rendez compte que le président Trump a annoncé que dans 20 jours, c'était autour du Groenland. – Je ne vous parle pas du Groenland, je ne vous parle pas du Vénézuélien. – Et vous, vous me dites, ah oui, mais c'est un dictateur et donc c'est tant mieux. – Mais enfin, c'est extrêmement grave quand même.
– Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Vous souhaitez son retour ? Hier, il a dit au tribunal que je suis un prisonnier de guerre, je suis toujours le président vénézuélien.
– D'abord, vous noterez… – Est-ce que vous souhaitez son retour ? – Vous noterez que dans ce pays de 30 millions d'habitants, après ce qui s'est passé, la vice-présidente, qui est une alliée de M. Maduro, assure la présidence en intérim, qu'elle a échangé avec le président Trump, que les institutions tiennent la route, que l'armée accepte cet intérim, et que la police fait son job, que les enfants vont retourner à l'école, et que donc… – Donc c'est le paradis. – Donc, pour une dictature, excusez-moi, mais enfin, ça fonctionne. Ce n'est pas ce qui s'est passé en Irak, ce n'est pas ce qui s'est passé en Libye, ce n'est pas ce qui s'est passé en Afghanistan.
– Donc ce régime, tout va bien, pas de problème. – Non, non, ce n'est pas ça. Le problème qui s'est passé, c'est qu'on a un président des États-Unis qui a décidé de mettre en œuvre la doctrine Monroe à sa version, à sa sauce. – Il l'a dit dans sa… – A baptisé Donnero. – Oui, Donnero. Non mais, c'est ça le danger. Parce qu'il a décidé de mettre la main sur les pays qui lui résisteraient. Il menace la Colombie, il menace le Mexique, il menace même l'Europe avec le Groenland. – Cuba, vous pouvez le dire aussi. – Et nous, on va débattre de la nature des régimes pour justifier ou non son intervention. – Ce n'est pas pour justifier, je vous demande par ailleurs.
– Et je vais avoir un mot à l'égard de nos concitoyens qui vivent dans la zone Caraïbe, dans cette zone qui est aujourd'hui complètement déstabilisée par la politique de Donald Trump. Je pense à ceux qui habitent en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, qui est juste à côté du Venezuela. Vous vous rendez compte, c'est la France. Vous vous rendez compte avec des élus, des députés qui siègent d'ailleurs dans notre groupe à l'Assemblée nationale. Et je pense à eux aujourd'hui. Vous vous rendez compte que ce café Trump va déstabiliser politiquement, économiquement, toute cette région. Et avec des intérêts français de nos concitoyens qui vivent dans cette région du monde.
Et on a un président de la République qui se couche, qui fait le paillasson devant Trump. Et c'est pour ça que c'est extrêmement grave. Alors excusez-moi le débat sur la qualification de Maduro, c'est d'un nionniote. Le sujet, c'est est-ce qu'on est en capacité de résister et d'avoir une voix indépendante de la France ? Les États-Unis, c'est le leader de l'OTAN. Eh bien, c'est ça qui est grave. Et on ne peut plus accepter ça de la part de ce chef d'État.
Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, invité des 4EV. Bonne journée à tous.
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Fabien Roussel