Budget, NFP, Shein...L'interview en intégralité de François Ruffin
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Bonjour à tous, notre invité c'est François Ruffin. Bonjour François Ruffin, député debout de la Somme, vous êtes apparenté au groupe écologiste et socialiste. On va bien sûr avec vous évoquer cette question notamment de la défense des industries françaises. Qu'est-ce qu'on fait par exemple contre des plateformes comme Chine dont on a parlé ces derniers jours ? On parlera aussi de la question de la laïcité. Vous nous direz aussi pourquoi à vos yeux vous êtes celui qui est le mieux placé pour représenter la gauche en 2027. A mes côtés pour vous interroger, Anne Sera Dubois, éditorialiste BFM TV. Bonjour Anne. Et Lucie Robquin, directrice déléguée de la rédaction de La Tribune.
La Tribune dimanche qui est le partenaire de BFM Politique. Mais d'abord, le gouvernement qui passe donc une première haie dans ce débat budgétaire, puisqu'hier l'Assemblée nationale a approuvé de justesse, mais a approuvé la partie recette du projet de loi de financement de la sécurité sociale. 176 voix pour, 161 contre. Le RN et l'FI ont voté. Contre, vous vous êtes abstenu. Pourquoi vous vous êtes abstenu dans le contexte ? C'est quasiment un vote pour. Vous êtes d'accord avec ce projet du gouvernement ?
D'abord, je vous remercie pour votre présentation tout à l'heure. Parce que je viens moi pour dire une chose, on ne sortira le pays de l'ornière que par le redressement productif. Et c'est vrai aussi des comptes de la sécurité sociale dont la Cour des comptes dit que le manque de recettes est dû essentiellement au ralentissement économique. Je vais vous répondre. Mais voir le moment dans lequel on se trouve. On a la part de l'industrie dans le pays qui est passée sous la barre. On a la part des 10%. On a une invasion de produits chinois tous azimuts. Et je dis, là, je viens pour vous dire, protégeons-nous, protégeons-nous, protégeons-nous et produisons. Voilà.
Alors je vais vous répondre sur le...
Pourquoi vous vous êtes abstenu ? Vous êtes d'accord avec ce projet du gouvernement sur le financement de la sécurité sociale ?
Écoutez, si j'étais d'accord, j'aurais voté pour. D'accord ? Ma boussole, c'est quoi ? Ma boussole, c'est les gens. Et je regarde un texte qui n'est plus le budget du gouvernement, mais qui est devenu le budget de l'Assemblée. Et je me demande si c'est bon ou pas pour les gens. À l'intérieur de ce texte-là, on a chassé la taxe sur les apprentis, la taxe sur les tickets restaurant, la taxe sur les chèques vacances. Tout ça est chassé. Et surtout, je veux qu'on examine la deuxième partie. À l'intérieur duquel il y avait, puisqu'on l'a chassé hier soir, le doublement des franchises médicales. Ça y est, c'est fini. On a voté très largement à l'Assemblée pour dire non, on ne veut pas de ça.
Je veux qu'on vote contre le gel des retraites. Je veux qu'on vote contre le gel de l'allocation à adultes handicapés. Et donc, tout ça, on va le nettoyer. Et ça, c'est œuvré pour les gens.
Vous dites qu'on a chassé, on a chassé. Il y a quand même des choses qui restent à l'heure actuelle. Par exemple, la prime de Noël qui avait déclenché un scandale quand elle a été annoncée.
Ce n'est pas dans le budget.
Ce n'est pas dans le budget. Mais est-ce que vous avez l'assurance ? Parce que Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, dit... C'est le PNFSS qui est quand même examiné en ce moment.
Non, mais ce n'est pas dans le budget. Je suis désolé. La prime de Noël, je souhaite qu'elle reste pour tous. Vous savez, quand on parle de personnes qui sont au RSA, ce sont des gens qui sont en grande difficulté. C'est de la souffrance et il ne faut pas l'annier. Mais là, moi, je vous parle d'un texte. Je vote sur un texte. Alors, ça peut paraître original de ne pas voter en étant le playmobil d'un parti, mais en se déterminant, en son âme et conscience.
Mais la gauche a fait voter des amendements qui frappent aussi l'épargne salariale, l'assurance-vie, les plans d'épargne. Ce sont des placements extrêmement populaires pour tous les Français. On est un peu surpris de vous voir vous attaquer finalement au pouvoir d'achat de certains ménages modestes.
Vous savez, c'est un relèvement de la CSG de 1,3 point sur les revenus du capital. Et vous savez, il y a quand même cette manœuvre permanente qui fait que le grand capital vient en permanence se cacher derrière le petit. Mais c'est vrai, on va taxer l'assurance-vie. En l'occurrence, qu'est-ce qui se passe à l'intérieur de ça ? Les livrets d'épargne populaire ne sont pas taxés. Les plans d'épargne jeune ne sont pas taxés. Et quand on prend le plan d'épargne logement, pour les gens qui auraient 63 000 euros sur leur plan d'épargne logement, ça revient à 15 euros. Donc là n'est pas le sujet. Moi, si j'ai un regret dans ce budget, parce que sinon j'aurais voté pour. Vous auriez pu voter pour ?
J'aurais pu voter pour s'il y avait eu quelque chose. C'est quoi ? Il a été chiffré qu'on a une multiplication par 4 des exonérations. Ça représente aujourd'hui 80 milliards d'euros. La Cour de compte elle-même dit qu'il y a la nécessité aujourd'hui, de revoir ça. Et ça n'est pas revu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en vérité, dans ce budget, on organise, on planifie le prochain déficit de la sécurité sociale. Il n'y a pas de ressources nouvelles, à part un petit impôt sur le capital. Mais il n'y a pas de véritables ressources nouvelles. Or, on va voter là, on va en discuter, mais des budgets pour l'hôpital, il y en a besoin.
Et là, on n'a pas des recettes qui sont conformes à ces moyens. Donc en vérité, on programme.
Vous-même, vous rejetez des ressources nouvelles. C'est vous qui refusez. Par exemple, on travaille jusqu'à 64 ans. C'est ça, les recettes supplémentaires pour sauver le système de la sécurité sociale ?
C'est moi, madame, je le refuse. Parce que je sais la promesse qui a été faite par le président de la République, dans le cœur de la crise Covid, qui disait qu'il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. C'était les ouvriers de l'agroalimentaire. C'était les auxiliaires de vie. Et ces personnes-là, à la place de se voir reconnues et rémunérées, à la sortie, il y a eu l'inflation sur leur petit salaire. Et il y a eu deux ans de plus pour partir à la retraite. Ça va, quand on est à parler autour de cette table, qu'on soit député ou journaliste, les 64 ans, on peut les envisager.
Quand on est dans le froid, qu'on est à la chaîne, que du matin au soir, on est chez des papiers et des mamies pour les relever, ça c'est bien inclus.
Mais la pénibilité est bien incluse. D'ailleurs, il y a 40% des gens qui partent avant 64 ans.
Il y a surtout plein de gens qui partent avant. Ce sera mardi, François Ruffin.
Mercredi, pardon, qui sera examiné la suspension de la réforme des retraites. Vous voterez ou pas la suspension de la réforme des retraites ?
On verra ce que... Vous savez, il va y avoir une discussion à l'Assemblée. Vous avez là une Assemblée qui n'est pas seulement divisée en trois blocs, mais qui est elle-même balkanisée. À l'intérieur, il y a des beaux débats. Il n'y a pas toujours des bons résultats. Mais en l'état, oui ou non, vous votez la suspension de la réforme des retraites ? En tout cas, je ne m'y opposerai pas. Il est très clair, c'est un décalage. Le président de la République a dit décalage et c'est exact. C'est un décalage. Mais si ça permet à 400 000 personnes de partir un trimestre plus tôt, avant 2027, et puis il y aura une élection. Mais qu'est-ce que vous voterez pour cette suspension ? Je ne sais pas.
Je ne sais pas. Donc, à minima, en fonction de ce que sera ce texte, mais à minima, je ne m'y opposerai pas.
Vous dites que c'est bien, ça permet quand même à un certain nombre de personnes de partir plus tard. Qu'est-ce que vous répondez à un certain nombre de membres de la France Insoumise qui disent que c'est l'abrogation ou que c'est rien, donc on ne votera pas la suspension ?
Vous savez, moi, je me suis toujours bagarré pour les gens et pour gratter ce que je peux gratter. Quand il s'agit d'aller chercher un caddie pour les auxiliaires de vie, je le prends. Et je ne dis pas que c'est un festin, je dis que ce sont des miettes. Mais je le prends. Quand il s'agit d'avoir un trait, pour les femmes de l'Assemblée nationale, je le prends. Et donc, s'il s'agit que pour toutes les salariées qui ont cotisé... Vous leur dites voter ? Moi, je dis, en tout cas, moi, ce que je peux prendre pour les gens, je le prends dans la situation politique confuse qui est la nôtre aujourd'hui.
Vous les incitez à faire pareil ?
Ils sont libres, vous savez. Moi, à vrai dire, je ne suis pas sûr qu'ils le soient. Je ne suis pas sûr qu'ils le soient, mais moi, je le suis. Moi, je viens à l'Assemblée pour voter en mon âme et conscience et pas aux ordres de quelqu'un. Est-ce que vous êtes un traître ? Pas du tout. En tout cas, allez-y. Moi, je vous le savais, j'ai une fidélité. Il y a près de 30 ans maintenant, j'étais aux côtés des ouvriers de chez moi, aux côtés des ouvriers de Paris-Eau-Siège-de-France, aux côtés des ouvriers de Goodyear, aux côtés des ouvriers de Whirlpool. Et je dirais que c'est vers eux que je me tourne pour mon mandat et pour savoir si je suis fidèle à mon engagement.
Vous n'avez aucune fidélité au programme du NFP sur lequel vous avez été élu parce que vous vous êtes abstenu hier, on le disait, sur la partie recette. France Insoumise et notamment Jean-Luc Mélenchon dénoncent ceux qui ont voté pour, par exemple les socialistes, et disent que les écologistes et les communistes qui se sont abstenus, finalement, ont totalement renié le programme du nouveau Front Populaire. Regardez cette réaction de Jean-Luc Mélenchon. Seul LFI a respecté le vote des électeurs du NFP. Seul LFI peut gouverner pour tout changer en faveur du peuple. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Moi, je dis d'abord, quand il dit infâme dans ce budget, j'aimerais qu'il me dise dans cette partie recette précisément, M. Mélenchon qui est un peu loin maintenant de l'Assemblée, il y a d'infâme dans cette partie budget. Bon, ça c'est déjà qu'on peut discuter du fond du texte. Et ensuite, on a la situation politique telle qu'elle se présente aujourd'hui, qui est confuse, qui est étrange dans cette Assemblée, et bien on fait avec pour essayer de gratter. Moi, je veux discuter. Vous savez, je suis retenu par la manche, par les gens dans la rue, dans mon coin, qui me dit, surtout, enlevez le gel des retraites.
Et bien, je veux qu'on en discute, je veux que ça soit aboli à l'Assemblée, et je veux que le message soit passé très clairement, à la fois à l'égard du gouvernement, et à l'égard du Sénat, nous ne voulons pas du gel des retraites.
Mais est-ce que le programme du NFP reste votre boussole, ou est-ce que vous l'avez déchiré ?
Non, vous savez, moi j'étais Nouveau Front Populaire, et ce programme-là, qui est une rupture, on va dire, avec la concurrence, la croissance, le marché, la compétitivité, cette rupture-là, elle demande à être assumée aujourd'hui plus que jamais. Le NFP est-il mort ? Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est mort. Oui ou non ? Oui. S'il s'agit de faire un acte de détermination, d'essai du NFP, quand on voit comment il y a des tiraillements ou des tirs d'obus entre la France Insoumise et le Parti Socialiste, on imagine une pénible réconciliation. Donc vous dites, oui, le NFP est mort ? Oui, moi je dis que... Oui ou non ? Juste question simple, le NFP est-il mort ?
En tout cas, je vais vous dire ce qu'il nous faut. Est-ce que le NFP est mort ? Oui, il est mort, mais ça ne veut pas dire qu'il ne s'agit pas d'inventer quelque chose. Quelle est la situation politique du pays aujourd'hui ? C'est une extrême droite qui est aux portes du pouvoir, qui est maintenant à un ticket d'entrée pour l'Elysée et pour Matignon. Je dis à tous les gens qui sont de gauche dans notre pays, à tous les républicains, trouvez le chemin pour vous unir. Vous savez, quand le 9 juin dernier, j'avais appelé, j'avais dit au parti « Soyez unis, arrêtez vos conneries », parce que je voyais Bardella qui préparait ses cartons pour Matignon.
Eh bien, en quelques jours, on a réussi à faire que les socialistes, les écologistes, les communistes et les insoumis, qui étaient partis sur quatre listes différentes aux élections européennes, se réunissent et viennent empêcher la victoire de l'ensemble national. On va y venir sur la suite.
Question courte sur une information qui sera révélée ce soir par Caroline Roux dans un document dans C'est dans l'air spécial et qu'évoque ce matin la Tribune Dimanche. Parce qu'on parle beaucoup de l'économie, c'est évidemment la dette. Il y a deux personnes à distance qui s'affrontent, c'est Bruno Le Maire et Emmanuel Macron.
Oui, c'est une lettre que nous détaillons ce matin dans la Tribune Dimanche qui a été envoyée par Bruno Le Maire le 6 avril 2024 à Emmanuel Macron et qui sous-entend qu'Emmanuel Macron est totalement... totalement responsable de l'explosion de la dette française. Qu'est-ce que ça vous inspire, ces querelles au sein du socle commun ?
Le socle commun n'a plus rien d'un socle ni rien de commun. Déjà, on est dans...
Mais Emmanuel Macron, c'est le responsable de la dette ?
Emmanuel Macron est le responsable du chaos dans lequel se trouve le pays aujourd'hui, du chaos budgétaire, puisque les 1 000 milliards d'euros, c'est lui et Bruno Le Maire qui a été son ministre de l'économie pendant toutes ces années et qui ont fait le choix de diminuer la dette française. Les impôts de 55 milliards d'euros, notamment à destination des grandes sociétés et des grands patrimoines, et la dette française qui a explosé aujourd'hui, c'est cette raison-là.
Mais là, ce que vous avez voté ces derniers jours, ça creuse le déficit. Tout le monde est responsable du creusement des déficits en France.
Non, ce que nous avons voté ces derniers jours ne creuse pas le déficit. Au contraire, qu'est-ce que nous avons voté ?
On ne doute pas les franchises médicales. Finalement, on indexe...
Qu'est-ce que nous voulons ? Nous voulons qu'il y ait moins d'exonération parce que... Parce que... Parce que... Parce que... Parce que... Parce que... Parce que... Parce que être passé de 20 milliards à 80 milliards sur les exonérations de cotisations, c'est ça qui creuse la dette. Et la Cour des comptes elle-même dit que là-dedans, il y a des choses qui sont complètement inefficaces. Que la politique de l'offre qui a été menée par Emmanuel Macron est une politique à la fois injuste, parce qu'elle a profité aux plus gros et pas aux petits, elle est ruineuse, parce qu'elle a ruiné le pays, elle a creusé la dette comme jamais à la pelleteuse, et qu'enfin, elle est inefficace.
Parce que derrière, on a le record de faillite dans le pays. Derrière, on a un taux de chômage qui remonte. Derrière, on a une part de l'industrie qui est passée sous la barre des 10%. Il faut changer de politique économique maintenant.
François Ruffin, la politique économique, c'est aussi très concrètement les gens qui ont du mal à consommer, à acheter de la nourriture, des vêtements. Parmi ceux qui nous regardent, on a beaucoup de remontées également. Ça a été finalement associé cette semaine notamment à la question de cette plateforme chinoise, Chine, qui est désormais présente dans un certain nombre de magasins, donc au BHV et dans d'autres futurs BHV, puisque ça ne sera plus les galeries Lafayette, bientôt en province, Dijon, Reims, Grenoble. Vous, vous avez déjà acheté chez Chine ?
Non, je n'avais jamais acheté chez Chine. Je dois dire que je suis assez peu compétent en matière de réseaux sociaux. Je n'utilise pas Uber non plus. Je vais chez mon libraire plutôt que chez Amazon. Je suis très XXe siècle.
Pour l'instant, Chine échappe donc à la suspension après avoir supprimé tous les produits illicites. Mais le gouvernement assure qu'il reste sous surveillance, rapproché, toujours sous le coup de procédures judiciaires. Est-ce qu'il faut, à vos yeux, tout simplement interdire la plateforme Chine en France ?
Quand on a une plateforme Chine, on a un peu de la même chose. Et c'est le gouvernement qui nous le dit. 94% des produits qui présentent un risque de sécurité et 66% un danger direct pour le consommateur, je pense qu'il n'y a pas à hésiter. Normalement, cette plateforme devrait être fermée. Maintenant, je vais vous dire quelque chose. Il ne faut pas que l'arbre Chine vienne masquer la forêt de la mondialisation. Parce que ça ne peut pas être le bouc émissaire. Il y a eu des choix qui ont été faits par nos gouvernements successifs et encore par les gouvernements d'Emmanuel Macron depuis 30 ans. Maintenant, on a fait le choix de faire rentrer la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce.
On a fait le choix d'en finir avec les quotas d'importation. Ça fait 20 ans. Moi, j'ai tiré la sonnette d'alarme d'emblée. J'ai dit, qu'est-ce qui se passe ? C'est la suppression de 1 000 à 2 000 emplois par mois, par mois, dans l'industrie textile. On a laissé faire ça.
Il faut instaurer des quotas sur le textile importé à l'étranger. Vous savez que 97% des vêtements que nous achetons sont étrangers, produits à l'étranger ?
Maintenant, je pense que malheureusement, pour le vêtement, c'est perdu. D'accord ? Je le dis, quand Emmanuel Macron se rend en Chine et qu'avec le président chinois, il n'a pas une discussion sur les accords commerciaux, sur nos importations, sur des taxes frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation, c'est une faute majeure. J'ai sonné l'alarme quand Donald Trump est arrivé et qu'il a dit, je mets des taxes frontières. Parce que le souci, ce n'est pas directement nous, vis-à-vis des États-Unis. C'est que les frontières se ferment pour les produits chinois. Qui, du coup, sont déversés sur le continent européen. En un an, c'est plus 10%.
On s'est fait raser tout ce qui n'est pas nos fauteuils voltaïques. On se fait raser tout ce qui n'est pas chaleur. Et on a une Union européenne qui ne réagit pas.
Mais François Ruffin, c'est pas un peu facile d'être moralisateur quand on est là, par exemple, sur nos plateaux TV ou à l'Assemblée ?
Oui, parce que vous, qui êtes un des apôtres du pouvoir d'achat et des pouvoirs d'achat des plus modestes et des plus précaires, il y a une question d'argent à la fin. C'est-à-dire que quand le T-shirt coûte 1 à 2 euros chez Chine, toutes mises à part les questions de production, le danger de certains produits, mais c'est un combat aussi pour le pouvoir d'achat, d'une certaine façon. Comment est-ce qu'on peut combattre ça ? Vous avez vu le nombre de personnes qui sont venues au BHV ?
Moi, ce que je demande, c'est qu'il y ait le citoyen qui soit au-dessus du consommateur et du travailleur.
Oui, mais il faut avoir les moyens.
Le citoyen doit pouvoir trancher. Vous savez, de toute façon, je vous l'ai dit, pour le textile, malheureusement, c'est quasiment fini. On peut avoir une petite renéance. Donc Chine, tant pis. Mais non, mais moi, ça pose d'autres problèmes. Ça pose le problème qu'ils ne payent pas leur TVA. Ça pose le problème, je vous l'ai dit, qu'il y a 90% des produits qui sont non conformes. Maintenant, ce que je veux, pensons sérieusement, cette mondialisation-là, les Français n'ont jamais voté pour. Quand est-ce qu'ils ont voté pour cette mondialisation ? Donc il faut boycotter. Non, dites-moi, quand est-ce que...
Quand les citoyens avec sa carte bleue ont boycotté ?
Non, vous savez, quand on en a fini avec le travail des enfants, dès le XIXe siècle, c'est pas parce que les consommateurs ont boycotté.
Donc vous dites... Vous ne dites pas aux Français qui nous regardent, à quelques semaines de Noël, ne mettez pas un pied au BHV parce qu'il y a Chine. Pas d'appel au boycott.
Non. Mais par contre, je dis au gouvernement de prendre ses responsabilités. Quand on a 94% des produits qui présentent un risque de sécurité, on dit non. Mais surtout, le sujet, il est au-delà de ça. C'est aujourd'hui, moi, je veux une renaissance de l'industrie dans mon pays.
Mais on voit par exemple que Donald Trump taxe les colis Chine qui arrivent aux États-Unis. Ça a eu un impact majeur, comme vous le dites. Pourquoi on ne fait pas pareil que lui, finalement ?
Je suis, moi, pour qu'on ait des taxes aux frontières, pour qu'on ait des barrières douanières, pour qu'on ait des quotas d'importation. Pour faire comme Donald Trump, sans taxer les colis et d'autres... Alors le problème de Donald Trump, c'est qu'il a relevé ça de manière générale, surtout, et je pense qu'il ne faut pas ça. C'est un modèle, Donald Trump, sur le plan économique ? Non. Ce qu'il nous faut, c'est identifier 100 produits. Quels sont les 100 produits qu'on considère comme stratégiques ? Pour moi, oui, il y a l'acier. Parce que sans acier derrière, pas d'industrie. Et puis ensuite, je dirais, aliments. Médicaments, armements.
Ce sont des secteurs clés sur lesquels on doit pouvoir avoir notre autonomie. Et là-dessus, il nous faut une stratégie. Et avoir une politique industrielle qui soit liée à une politique commerciale. Parce que sinon, qu'est-ce qui se passe ? Vous regardez sur le masque. Emmanuel Macron a janté des millions de subventions. Il y a eu des usines qui sont nées. Et moi, je passe chez elles, et elles sont à l'arrêt. Pourquoi ? Le patron me l'explique. Il me dit que 99,9% des masques sont à portée de Chine. Pour la commande publique. C'est 99,6%.
Et à l'inverse, chez moi, quand on a sauvé une usine, l'usine Metex, qui était le dernier fabricant de l'usine en Europe, c'est un aliment pour les porcs et les volailles. Comment ? Par le relèvement des taxes aux frontières de l'Union Européenne. Sinon, le prix chinois était deux fois moins cher, bien que cinq fois plus polluant. Donc là, vraiment, moi, je viens pour porter un projet pour notre industrie. Un, on fait des... Je vous le dis, monsieur Daré. Un, on fait des aides...
Allez-y, allez-y, on va faire une pause et on vous redonne la parole juste après. Dans un instant, on revient avec vous. On vous demanderait aussi votre vision de la laïcité. C'est une image qui a marqué cette semaine à l'Assemblée. Mais on reprend quand même sur l'industrie. Vous allez dans l'hémicycle, vous restez sur BFM. On retrouve François Ruffin, c'est dans un instant. Vous êtes bien sur BFM Politique. François Ruffin est notre invité aujourd'hui. Dans un instant, vous nous direz si l'image de ces jeunes fillettes voilées dans l'hémicycle, dans l'enceinte de l'hémicycle de l'Assemblée nationale mercredi, est-ce que ça vous a choqué ou pas ?
Mais d'abord, un mot, vous parlez de l'industrie, un mot sur l'agriculture. Emmanuel Macron a déclenché la colère des agriculteurs, mais pas seulement en expliquant qu'il envisageait désormais d'accepter le traité de libre-échange avec le Mercosur, quatre pays effectivement d'Amérique du Sud. Il explique qu'il est prêt à l'accepter parce qu'il dit qu'il a obtenu un certain nombre, dit-il, de garanties, de clauses de sauvegarde. Vous, vous êtes, si j'ose dire, un des leaders du combat anti-Mercosur puisque vous avez déposé une proposition de résolution européenne transpartisane, ce qu'il y a notamment un député LR sur cette... Non, mais il y a des députés d'à peu près tous les groupes.
Tous les groupes ? Une centaine de députés. Politique, comment vous réagissez à cette prise de position du président de la République ? C'est une trahison. C'est une trahison. Je vais vous dire, moi, ce qui me meut, j'ai vu ma région se vider de ses usines pour une Chine qui est devenue l'usine du monde. Et je ne veux pas voir ma région et mon pays se vider de ses fermes pour une Ukraine qui deviendrait la ferme-usine de l'Europe ou pour un Brésil qui deviendrait la ferme-usine du monde.
Avec un gouffre entre deux modes de production, parce qu'on dit à nos agriculteurs qu'il faut monter en gamme, qu'il faut du bien-être animal, qu'il faut enlever des phytos, et de l'autre côté de l'océan, on a quoi ? On a une agriculture brésilienne où une exploitation, c'est sur des centaines de milliers d'hectares. On a l'utilisation de 138 molécules qui sont interdites ici, dont par exemple un exemple, Paracuate, qui file la maladie de Parkinson, qui est interdite dans l'Union européenne, depuis 2008, l'autorisation des hormones de croissance, et un salaire là-bas qui est évidemment de 350 euros par mois. Mais je pense que le pire, c'est pour la démocratie. Pourquoi ?
Lui, il dit qu'il a obtenu des clauses de sauvegarde, qu'il a fait bouger des choses, qu'il a eu des engagements de la Commission européenne.
Alors, les clauses de sauvegarde, ça a été très bien résumé par les syndicats agricoles que j'ai auditionnés, qui me disaient que c'est comme si, en l'arbitre, sur un ring de boxe, il suspend pendant 10 secondes. Vous prenez des coups, des coups, des coups. Mais pendant 10 secondes, c'est suspendu et on vous met sur pause. Mais le pire, c'est que l'accord a été aggravé.
Ça s'appelle le mécanisme de rééquilibrage, qui en vérité est un mécanisme de déséquilibrage supplémentaire, qui signifie que si jamais l'Union européenne, demain, prenait des mesures pour améliorer ses normes environnementales ou sociales, et qu'elle souhaitait que ça soit la même chose pour les produits d'importation, les pays du Mercosur pourraient porter plainte et faire prévaloir leurs préjudices. Donc, l'accord a été aggravé. Mais moi, je vous dis, le pire, c'est pour la démocratie. Je demandais tout à l'heure, quand est-ce que les Français ont voté sur la mondialisation ? Ils ont voté une fois, c'était traité consilier européen de 2005. C'était il y a 20 ans maintenant.
Ils ont répondu non à 55%. Ils ont répondu non à 80% chez les ouvriers. Là, vous avez l'Assemblée qui par deux fois a dit non. Vous avez le Sénat qui par deux fois a dit non. Vous avez tous les syndicats agricoles, français mais aussi européens, qui disent non. Vous avez toutes les associations environnementales qui disent non. Vous avez 76% des Français qui disent non.
Sur la vie démocratique, vous avez des mots très imagés. Il y a quelques semaines, vous disiez faire l'amour une fois tous les cinq ans, ce n'est pas une vie sexuelle. Voter une fois tous les cinq ans, ce n'est pas une vie démocratique.
Oui, mais ça, c'était ce que j'avais lu sur un gilet jaune. Et ça me paraît assez... Est-ce que ça va mieux ? Je parle de la vie démocratique. Là, ça ne va pas beaucoup mieux. Je vous ai décrit la ferme opposition de toute la société française au Mercosur. Et vous avez un président de la République qui est en train de nous la faire à l'envers. Alors, ma demande, elle est simple. C'est que l'État français se pourvoie devant la Cour de justice de l'Union européenne pour dire que ce traité avec le Mercosur n'est pas conforme au traité européen. Ça n'est pas conforme de... Vous savez, ils ont découpé l'accord pour ne pas que ça passe devant l'Assemblée nationale.
Et c'est déjà ce qu'ils ont fait sur le CETA. Ce n'est toujours pas passé devant le Sénat. Et on a un accord intérimaire qui se produit pendant des années, des années, peut-être des décennies. Et vous dire que c'est le cœur du sujet. Le cœur du sujet, c'est que les Français n'ont jamais... voté pour la mondialisation. Ils ne veulent pas de ce système-là. Et qu'est-ce qui se passe ? En fait, on a une disjonction depuis des décennies maintenant entre des dirigeants français et européens qui conduisent le pays dans une direction et des Français qui ne veulent pas y aller, qui ne veulent pas aller dans cette direction-là.
François Ruffin, je vous propose de regarder cette image, cette photo qui était l'une des images de la semaine. Dans les tribunes de l'Assemblée nationale, dans l'hémicycle, des jeunes filles voilées. C'était donc une sortie scolaire, organisée par le député Marc Fénon, enfin dans le cadre, effectivement, comme ça peut se passer pour des députés qui invitent, effectivement, et qui reçoivent des classes de leur circonscription. Des fillettes voilées dans l'hémicycle. Est-ce que ça vous choque ? Je vais vous répondre, d'accord ? Je vais vous répondre.
Est-ce que ça vous choque, oui ou non ? Je vais vous répondre. Mais vous savez, je vous le dis, monsieur Darré et vous aussi, on est sur un sujet qui est extrêmement inflammable dans un pays qui est en tension. Donc, je vous prie que sur ce sujet-là, on puisse... Je vous prie que sur ce sujet-là, on puisse... Je vous prie que sur ce sujet-là, on puisse... On puisse faire attention et y aller calmement sur ce sujet-là.
Des jeunes filles voilées dans l'hémicycle, est-ce que ça vous choque, oui ou non ?
D'abord, dire les méthodes pourries, honteuses du Rassemblement national et qui sont contraires à notre règlement.
Le Rassemblement national, l'un des députés, Julien Audoul, qui a tweeté une photo en se scandalisant de cela.
Il n'y a pas d'autorisation de prendre des photos dans l'hémicycle et, par ailleurs, livrer des fillettes, à la vindicte populaire, aux réseaux sociaux, aux injures et racistes, ça ne va pas.
Ça, c'est la méthode sur le fond, François Ruffin.
Oui, mais avec un Julien Audoul, si on est un récidiviste, puisqu'il avait déjà fait dans son conseil régional qu'il avait conduit une mère et son fils à pleurer. Et donc, je veux dénoncer avec fermeté ces méthodes et dire...
Sur le fond, des fillettes voilées dans l'enceinte de l'hémicycle, est-ce que c'est acceptable ?
Est-ce que c'est conforme ou non au règlement de l'Assemblée nationale ?
Ah bah, le règlement, il existe. Il dit que les personnes doivent se tenir assises, découvertes et en silence. Découvertes ?
Oui, bah, le souci, c'est... Je suis d'accord. Mais qu'on l'applique pleinement et pour tout le monde, alors. Qu'on l'applique pour les personnes qui viennent avec leurs cornettes de noeuds...
C'est arrivé, hein, il y a quelques années. Donc là, il aurait fallu l'interdire. Il aurait fallu interdire ce voile sur des fillettes de 6 ans.
Je le dis, si on l'applique, ça ne devrait pas être fait de manière séparée, mais ça doit être fait pour tout le monde. Ça doit être fait pour les kippas, ça doit être fait pour le turban des sikhs, ça doit être fait pour les chapeaux et les casquettes, certes, mais aussi pour les signes religieux. Vous savez que ça n'est pas la politique qui est menée jusqu'à maintenant. Donc, si jamais c'est le choix qui est fait, il faut que ça soit un choix qui soit fait pour tous les Français. Il faut modifier le règlement de l'Assemblée pour qu'il soit plus clair ? C'est un choix. Maintenant, est-ce que, quand on va dans une mairie, on doit enlever ces signes-là ? Pour l'instant, on ne le fait pas.
Quand on va dans une école, est-ce qu'on doit enlever ces signes-là ? On ne le fait pas.
Mais vous, je n'ai pas eu ma réponse, au-delà du fait que ce soit acceptable. Est-ce que des jeunes filles, des fillettes voilées, est-ce que vous, François Ruffin, ça vous choque ? Oui ou non ?
Alors, je vais vous répondre personnellement et par une anecdote. Je suis le premier de ma famille et le seul de ma classe d'un collège catholique à ne pas avoir fait ma première communion parce que ça ne correspondait pas à mes convictions, parce que…
Mais ça n'a rien à voir François Ruffin. Mais si, je vous dis. Mais non. Là, on parle de quelque chose qui est porté par les femmes et par les femmes uniquement, pas par les hommes, donc il y a…
Donc, je vous dis que, personnellement, qu'il y ait des écoles privées hors contrat religieux, qu'il y ait des petites filles et des petits garçons qui grandissent à l'intérieur de ce système-là, qui soient mis à part de l'école de la République ou même des écoles privées où il y a un contrat qui est passé avec l'État, est-ce que ça me convient ? Non. Est-ce que des jeunes filles voilées, ça vous choque, oui ou non ? Alors, je vous dis, personnellement, est-ce que ça me plaît ? Est-ce que c'est conforme à ce que j'attends de la manière de grandir des petits garçons et des petites filles ? Non. Que plus tard, elles puissent faire leur choix comme adolescentes ou comme adultes, librement, oui.
Gabriel Attal, par exemple. Pour vous, François Ruffin, juste pour vous faire préciser, est-ce que, pour vous, le voile est un outil de soumission de la femme, oui ou non ?
Il y a des femmes qui le font de manière libre, d'accord ? Et elles font leur choix. Librement, comme adolescentes ou comme adultes, comme il y a des tas de choix qui sont...
Mais là, on parle de jeunes filles de 10 ans. Gabriel Attal, par exemple, propose d'interdire le voile avant 15 ans.
Est-ce que vous êtes pour ? Je suis pour. Alors, si on le fait, il ne faut pas le faire spécifiquement sur le voile, il faut le faire sur tous les insignes religieux. Allons-y. Et on pourrait faire ça ? Vous savez, je reviens. Je vous ai dit quel était mon sentiment personnel, d'accord ? Et je vous l'ai dit avec franchise. Maintenant, moi, je suis député dans un pays qui est en tension. Où il y a eu des guerres de religion.
Et j'ai un fil conducteur, c'est la loi de 1905, toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905, dont on fêtera les 120 ans cette année, et dont Aristide Briand veillait à un équilibre, où il disait qu'il faut à la fois rassurer l'expression de l'individu, du croyant, sur sa foi, et en même temps empêcher que des groupes s'opposent à la République.
Je suis désolé, j'y reviens, François Ruffin, parce que je n'ai pas eu de réponse et je n'ai pas compris votre réponse. Est-ce que oui ou non ? Le voile est un outil de soumission de la femme.
Non, je veux dire, je ne peux pas répondre ça de manière générale. C'est un choix qui est effectué par des femmes dans notre pays que de se couvrir de cette manière-là. Et vous ne me posez pas la même question sur un certain nombre d'autres signes religieux. Et donc, en fait, je refuse cette grande confusion. Vous voyez, je refuse qu'on vienne traiter à part la question du voile. Si on le traite, la loi de 1905, il y avait déjà... Donc le voile est compatible avec la République. Mais bien sûr que le voile est compatible avec la République. Le voile est un élément de la culture française. En tout cas, il est compatible avec la République, vous savez.
Vous savez, je vous dis, moi, mon inquiétude dans notre pays, quand on a une chaîne qui est entièrement dédiée à pointer les musulmans du matin au soir, où je ne mets pas les pieds.
Mais là, par exemple, pour revenir à ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale, c'est la présidente de l'Assemblée, Yael Brown Privé, qui a jugé que ça n'était pas acceptable. Vous jugez que quand la présidente de l'Assemblée dit ça, c'est, je cite, islamophobe, comme certains disent à gauche ?
En tout cas, je juge qu'elle n'est pas dans son rôle. Pourquoi ? Parce que, je vous le dis, elle n'a pas fait la même chose dans un certain nombre de cas précédents, pour faire respecter de la même manière le règlement national. Et moi, je vous dis, je souhaite qu'il n'y ait pas de poids, de mesure en la matière. Pourquoi ? Parce que sinon, on a, en fin de compte, le comportement d'un Jordan Bardella ou d'un Bruno Retailleau qui vient pointer les musulmans du matin au soir, ce sont les alliés. C'est l'objectif des groupes islamistes, parce que ça pousse à part.
Vous savez, moi, j'ai en mémoire Mohamed, qui est cadre à la SNCF, qui est trésorier d'un club de foot à Amiens-Nord, qui dit, moi, je suis né à Amiens, en face de la gare, je me sens pleinement français, je connais mieux la France que Jordan Bardella, et pourtant, je dis à mon fils, tu vas devoir vivre ailleurs, parce qu'il se sent pointer du doigt du matin au soir. Et donc, je vous le dis, à nous, moi comme responsable politique, vous comme intervenant médiatique, on va tout faire pour que nos compatriotes musulmans se sentent bien dans notre pays et que leur pratique ne soit pas pointée du doigt.
Anne, cette question de la laïcité du communautarisme, ça divise effectivement à gauche.
Oui, puisque vous avez parlé d'instrumentalisation par le Rassemblement national au début de cette anecdote des jeunes filles voilées à l'Assemblée nationale. Omar Souleymane, auteur des Complices du Mal aux éditions Plon, dit, la France insoumise instrumentalise les islamistes pour des raisons clientélistes et électorales. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
Je sais qu'il y a un certain nombre de camarades, de la France insoumise, qui l'ont quitté dans le Nord parce qu'ils considéraient qu'il y avait de l'antrisme des frères musulmans à l'intérieur. Et une bienveillance de la France insoumise à l'égard de cette entreprise. Maintenant, je vais vous citer la loi de 1905, qui est une loi qui a été effectuée après trois années de travail parlementaire, qui est un espèce de trésor qui doit nous permettre de nous guider encore dans cette période-là. Je veux dire que cette loi de 1905, elle a des articles qui permettent une politique pénale. Vous n'avez pas répondu à Anne quand même. Je vous parle de maintenant.
Mais moi aussi, je vous parle de maintenant. Je vous parle de maintenant. Elle a des articles qui permettent une politique pénale. Et si on considère qu'il y a de l'antrisme, qu'il y a des choses qui ne vont pas parce qu'on glisse dans la politique, il y a l'article 31, 34, 35, qui permet aux ministres de la justice de saisir les procureurs et de mener des enquêtes et de faire qu'il y ait des procès liés à ça. Je précise ma question. Je termine, je termine.
Je veux dire que depuis des années qu'on discute de ça, monsieur Darmanin, monsieur Retailleau et ainsi de suite, qui sont des incendiaires de la République, qui ont des grands mots, pas une seule fois, ils n'ont utilisé les articles 31, 34, 35 de la loi de 1905 pour dire il y a un souci. Ils devraient le faire ? Évidemment. Plutôt que d'arroser d'un soupçon général...
Vis-à-vis de la France insoumise, pour certaines personnes en tout cas, il faudrait le faire.
Je n'ai pas les faits, d'accord ? Et ce n'est pas ça que je dis. Je dis en revanche, plutôt que d'arroser de manière générale d'un soupçon, tous les musulmans de notre pays, s'il y a des faits qui sont non conformes à la loi de 1905, la responsabilité du ministre de la Justice et derrière du ministre de l'Intérieur, c'est de lancer une enquête et de faire qu'il y ait des procès si jamais c'est avéré.
François Ruffin, en juillet 2024, vous répondiez à une question à notre confrère de BFM, Anthony Le Bosse, en estimant, je cite, que Jean-Luc Mélenchon était un boulet pour la gauche et un obstacle au vote. Est-ce que vous le pensez toujours ? Et est-ce que vous le rediriez aujourd'hui ?
Je ne le dirai peut-être pas de cette manière-là, mais je dirai qu'en revanche... Parce que vous l'avez regretté ? Non, je ne regrette pas, ce n'est pas le souci, mais... En revanche, s'il y a une certitude, c'est que dans un deuxième tour face à Marine Le Pen, lui qui était très nettement vainqueur en 2017, dont la cote de popularité était largement plus élevée, la confiance, etc., aujourd'hui, on perd. Voilà mon souci.
Un second tour Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon ?
Il n'y a aucun doute. Vous regardez tous les sondages d'opinion, malheureusement, Marine Le Pen et Jordan Bardella arrivent en tête de tous ces classements, et Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon sont en queue. Ça veut dire que quand même...
Comment on peut l'empêcher de se présenter à la présidentielle de 2027 ?
Il n'y a pas à empêcher. Je veux dire, tout citoyen est libre de se présenter dans notre pays, enfin, s'il réunit les 500 signatures de maires, etc., etc. Je veux dire, moi, je ne viens pas pour parler de Jean-Luc Mélenchon. Pour l'instant, dans les...
Même s'il faut être très prudent dans les études d'opinion, on voit qu'il y a une dynamique. Il est à 12,5% dans le dernier sondage qui a été publié par justement BFM avec nos confrères de l'Institut et Lab. Vous dites que c'est le pire. Est-ce que ce n'est pas le meilleur candidat pour la gauche Jean-Luc Mélenchon ?
Peut-être que ça fait un bon candidat de premier tour, mais vous savez, il a lui-même dit que pour le deuxième tour, il y aurait la magie du deuxième tour. Bon, je ne sais pas comment on fait sortir des millions d'électeurs d'un chapeau comme un lapin pour un prestigitateur. Je suis assez sceptique sur ce miracle qui se produirait, dans les 15 jours de l'entre-deux-tours. Donc moi, ce que je dis, c'est qu'il nous faut qu'il y ait une autre option qui paraisse crédible et qui fasse qu'on puisse devenir majoritaire. Et je vous dis, ce n'est pas le moment.
Vous avez dit justement, comme le dit Anne, il y a quelques semaines, vous aviez dit, juste avant l'été, en lançant votre mouvement, une grande primaire de François Hollande à Philippe Poutou, que vous y participeriez. Est-ce que vous nous dites ce matin ? Il n'y a aucune honte à cela, Marine Tondelier l'a fait il y a quelques jours. Est-ce que vous... Est-ce que vous serez candidat à l'élection présidentielle ? Est-ce que vous, François Ruffin, vous êtes candidat à la présidentielle de 2027 ?
Je vais vous dire, monsieur Daré, et je vous le dis particulièrement, ce n'est pas le moment.
Mais est-ce qu'il n'y a pas une forme de... Non, non, mais juste parce qu'en fait, on en a plein dont on sait qu'ils sont quasi candidats, ils sont en train de se préparer, ils ont les appareils, ils sont en train de réunir les fonds, mais ils ne veulent pas le dire.
Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'hypocrisie afin de leur le dire ? Ce n'est pas le moment. Ce n'est pas une question d'hypocrisie. Ce n'est pas le moment. Moi, je suis dans la bataille du budget, d'accord ? Je me bagarre pour que ça soit le moins pire pour les Français. Et on est dans ce temps d'incertitude, d'inquiétude, où on entend les gens qui disent, eh bien, on vit moins bien que nos parents et ça sera pire pour nos enfants. Donc comment on sélectionne le meilleur candidat à gauche ? Ce n'est pas le moment, monsieur Daré, je vous assure. Tout ça, ce n'est pas le moment. Je reviens, post-bataille du budget, et on discute de tout ça, mais on est dans autre chose.
Allez, rendez-vous dans les mers, candidat à gauche. Oui, moi, je suis là. Allez, rendez-vous dans les mers, candidat à gauche. Je suis pour qu'il y ait une grande primaire de débordement, qu'il y ait des millions de Français qui se sentent concernés, qui aillent voter, qu'on arrive à mobiliser des auxiliaires de vie, des caristes, des camionneurs, parce qu'il y aura un camp pour défendre le travail, voilà, et je souhaite qu'il y ait ça.
Sur le principe, vous disiez une primaire de Philippe Poutou à François Hollande. Non, mais vous êtes toujours d'accord avec ça ? Oui, mais je vous dis… Ça veut dire une primaire que vous soutenez le gagnant ? Si c'est François Hollande qui l'emporte, vous soutenez François Hollande ?
Je vous dis, ce n'est pas le moment, monsieur Daré. Oui ou non ? Je vous dis, ce n'est pas le moment. C'est vous qui l'avez mise sur la table, cette primaire. Je vous dis, ce n'est pas le moment. C'est vous qui l'aviez mise, cette primaire, sur la table. Vous me réinviterez, monsieur Daré. Mais le budget, c'est… Non, mais moi, j'ai une question sur le budget. Vous savez, tout à l'heure, j'ai voulu vous causer de l'industrie… Ah ben, on en a parlé quand même. Non, non, non, je voulais vous dire quel était mon plan pour l'industrie, ça ne vous a pas intéressé. Et là, on va passer 10 minutes sur…
Quand on parle de l'industrie, regardez, il y a notamment, comment on essaye d'aller chercher ces électeurs de gauche qui sont passés au Rassemblement national ? Ça, ce n'est pas que de la stratégie. Il y a une vraie divergence entre vous et la France insoumise. Il y a une partie de la France insoumise qui considère, si j'ose dire, que ces gens-là sont perdus. Vous, les électeurs du RN qui venaient de la gauche, vous leur dites, il faut leur parler.
Mais je dis qu'il faut rassembler tout le camp du travail. Comment on leur parle ? Comment on va les chercher ? En ouvrant un horizon et en disant, voilà, qu'est-ce qu'il y a ? On a des défis à relever dans notre pays. On a un défi démographique. On a perdu 20% de natalité en disant, pourquoi la première cause donnée par les jeunes couples qui disent, je retarde d'avoir un enfant ou j'y renonce, c'est quoi ? C'est le logement. Parce que le logement, ça bouffe un tiers à la moitié du pouvoir d'achat des revenus.
Mais les jeunes et le logement, vous n'en avez pratiquement pas parlé. Dans ce budget, on ne parle que des retraités. Vous n'avez pas l'impression de sacrifier ces générations ?
Et le deuxième, vous voyez, quand j'en parle, je vous dis quoi ? Oui, mais dans le budget, il n'y a rien. Je vous dis quoi ? On a là aujourd'hui des jeunes qui, à la fois, entrent sur un marché de l'emploi où on leur demande de passer par des intérims, on leur demande de passer par des stages, on leur demande de passer par des CDD. On a instauré pour eux la précarité à l'entrée sur l'emploi. Et c'est un gâchis. C'est un gâchis humain pour eux, mais c'est un gâchis pour le pays. Mais il y a d'autres gâchis productifs comme ça. 100 000 inaptitudes par an. Le fait qu'il y a 10 ans, c'était 50 000 personnes qui sortaient broyées psychiquement ou physiquement du marché du travail.
Aujourd'hui, c'est 100 000. On a doublé ça parce que le travail est devenu de plus en plus intense. Mais... Premier défi, défi démographique, défi productif. Troisième défi, le défi climatique qui suppose qu'on change tout, qu'on change nos déplacements, nos logements, notre énergie, notre industrie, notre culture, notre agriculture. Ce sont les 12 travaux d'Hercule qu'on a effectués. Et vous savez, ma conviction, c'est que... Il y a cette phrase d'Antoine de Saint-Exupéry qui dit que s'aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. Ce qui est vrai pour un couple, si jamais il n'a pas de projet, si jamais il ne va pas partir en vacances...
Il faut que ça irrigue notre émission.
On va avoir comparé la vie démocratique à la vie sexuelle. On est sur une émission humaine, une relation humaine au cœur de la politique.
Je pense que parler d'amour, parler de bonheur, parler de joie en politique, ça doit redevenir coutumier. Aujourd'hui, c'est comme si on allait toujours vers le pire, comme si c'était sombre, comme si c'était noir.
Il faut trouver la lumière. Une question courte à vous poser, parce que moi, j'ai une question sur un ancien président à vous poser également.
Ce n'est pas le moment, ce n'est pas le moment. Vous avez un programme, François Ruffin.
Là, vous avez un programme. Vous savez mon programme. Ce n'est pas comme s'il était neuf. Non, mais vous avez un programme. Voilà. Mais, Mme Souravivoie, mon programme, je l'effectue depuis vingt ans. Ça fait vingt ans que je travaille. Ça fait vingt ans que je travaille aux côtés des Français, chez moi, avec les ouvriers. Ça fait vingt ans que je vois fermer les usines. Ça fait vingt ans que je sais pour qui je me bats. Je me suis battu hier comme journaliste engagé. Je me bats aujourd'hui comme député. Et demain, pourquoi vous avez honte de dire que vous êtes candidat ?
Il n'y a rien de honteux à se présenter à une présidentielle
devant le suffrage des Français pour améliorer la vie des gens. Pour les Français qui sont derrière leur écran aujourd'hui, d'accord, qui se demandent comment on va sortir, est-ce qu'il va y avoir un budget ? Est-ce qu'il va y avoir une dissolution ? Est-ce qu'il va y avoir une démission de Macron ? Vous dites qu'ils ont besoin d'un horizon.
2027, c'est l'horizon.
Eh bien, je reviendrai pour cet horizon. Vous y travaillez, en tout cas, c'est ça ? Mais j'y travaille depuis vingt ans. Vous travaillez à une candidature ? Je travaille à chercher ce qui peut être le meilleur pour mon pays. Sérieusement.
Il n'est pas exclu, disons, que vous vous présentiez à l'élection présidentielle ?
Non, il n'est pas exclu, je l'ai dit. Je serai candidat à la primaire. Vous avez failli le dire. François Ruffin, justement, un ancien président… Vous savez, moi, je mesure l'inquiétude des gens. Dès que je retourne en circonscription, je mesure l'inquiétude des gens. Et je dis, jouez au petit jeu politicien. Mais non, ce n'est pas un jeu politicien. C'est des idées que vous mettez sur la table.
Demain sera examiné, François Ruffin, par la justice, la demande de remise en liberté de Nicolas Sarkozy. Ça fera trois semaines mardi qu'il a été incarcéré à la prison de la santé, condamné, je le rappelle, à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs. Condamnation dont il a fait appel, et donc pour laquelle il est toujours présumé, innocent. Est-ce que vous souhaitez que Nicolas Sarkozy sorte de prison ?
Qu'il reste en prison et qu'il y reste le plus longtemps possible. Et pourquoi ? Et vous savez, si c'était quelqu'un de gauche qui avait fait ce qu'il a fait, je serais encore plus dur à son égard. Il est innocent ? Présumé ? Pour l'instant, il y a eu un jugement qui lui a dit qu'il a commis un crime contre la nation. Il faut bien comprendre ce qu'a fait… Association de malfaiteurs. Crime contre la nation, c'est dans le jugement. Qu'est-ce qui s'est passé ? Ce n'est pas une petite affaire de corruption avec un promoteur immobilier. M. Sarkozy a laissé ses deux lieutenants, M. Hortefeux et M. Guéant, aller négocier en Libye avec M. Senoussi, le beau-frère de M.
Kadhafi, terroriste international condamné par la justice française parce qu'il y a eu 52 morts, 52 Français qui sont morts à cause de lui.
La justice a dit de ne jamais avoir retrouvé trace de financement dans la campagne de Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas le sujet.
Ah bah quand même. Ce n'est pas le sujet, M. Daré. Le sujet, c'est que M. Sarkozy a laissé ses émissaires aller voir M. Senoussi, terroriste international. Et vous savez, au procès, il y a eu ce moment où les familles de victimes sont venues au tribunal et ont dit, les yeux dans les yeux, à M. Sarkozy, M. Guéant et M. Hortefeux, vous nous avez trahis. Vous avez trahi le sang français qui a coulé. Voilà de quoi M. Sarkozy est coupable. Il n'est pas coupable d'un petit détournement, d'un petit financement de campagne.
Il est coupable d'avoir noué des relations dans le dos du président de la République, dans le dos du clé d'Orsay, avec un terroriste international condamné par la justice française.
Encore on le disait, effectivement, il y aura un procès en appel. Et donc Nicolas Sarkozy, jusqu'alors, est présumé innocent. Merci d'avoir été notre invité. Merci Lucie, merci Anne d'avoir été à mes côtés. Et puis François Ruffin, rendez-vous est pris, puisque vous l'avez dit, votre candidature à la présidentielle. Vous reviendrez nous l'annoncer dans BFM Politique. On vous invitera, bien sûr, avec plaisir.
J'espère que je viendrai surtout vous détailler mon plan pour l'industrie, que vous n'avez pas voulu écouter aujourd'hui. Vous restez sur BFM dans un instant.
François Ruffin