AFFAIRE ABAD : QUI SAVAIT ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Je n’étais pas au courant. Toutes les relations sexuelles que j’ai pu avoir dans ma vie ont toujours été mutuellement consenties. La justice est la seule à devoir et à pouvoir trancher.
Qui peut imaginer un seul instant que le président de la République, monsieur Macron, que la Première ministre, madame Borne, ne savaient pas ? Les violences sexistes et sexuelles en politique n’intéressent pas le gouvernement. On le savait déjà avec le maintien de Gérald Darmanin en tant que ministre.
Si ça avait été à la FI, dès le signalement, il y aurait eu une intervention. Je pense qu’on ne peut, dans l’état, que dire à monsieur Damien Abad qu’il ne peut pas faire partie du gouvernement. Le nouveau gouvernement plombé par l’affaire Damien Abad, les véritables raisons de la nomination de Pap Ndiaye à la tête de l’Éducation nationale et les accrocs entre le PS et la Nupes dans la 15e circonscription de Paris.
C’est le sommaire du numéro 37 d’un Bourbon Sinon Rien. Damien Abad a-t-il été nommé ministre alors qu’on savait qu’il était accusé de viol ? Cette question est en train de pourrir les premiers pas du gouvernement d’Élisabeth Borne.
Dimanche, en déplacement dans le Calvados où elle faisait campagne pour les législatives, la Première ministre a affirmé n’avoir rien su de l’affaire jusqu’à la publication de l’article de Médiapart, la veille au soir. Je n’étais pas au courant, je vais être très claire sur tous ces sujets de harcèlement, d’agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité. Rappelons de quoi il s’agit.
Samedi, donc, Médiapart révèle que les dirigeants de la République en marche et ceux des Républicains ont été alertés à propos de Damien Abad. L’ancien patron des députés LR et tout nouveau ministre des Solidarités est accusé de faits présumés de viol. C’est l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, une association créée en février dernier, qui est à l’origine de ce signalement.
Il repose sur le témoignage de deux femmes. La première déclare avoir été droguée par l’ancien parlementaire lors d’une soirée, en 2010, et s’être réveillée le lendemain matin dans une chambre d’hôtel avec celui-ci. La seconde a porté plainte en 2017 pour des faits remontant à 2011.
Après plusieurs mois d’échanges avec le député, elle aurait eu une relation sexuelle avec celui-ci, d’abord consentie puis contrainte. Un premier dépôt de plainte en avril 2012 avait été classé sans suite, la plaignante n’ayant pas été jusqu’au bout de la procédure. Une deuxième plainte, déposée en décembre 2017, a également été classée sans suite, “faute d’infraction suffisamment caractérisée” selon le Parquet de Paris qui avait ordonné une enquête préliminaire.
Damien Abad, lui, dément catégoriquement toutes les accusations : Toutes les relations sexuelles que j’ai pu avoir dans ma vie ont toujours été mutuellement consenties. J’ai toujours évité de mettre mon handicap en avant. J’ai été contraint malheureusement de le faire aujourd’hui pour me défendre et même de dévoiler mon intimité en détail en expliquant que les faits qui m’étaient imputés étaient matériellement impossibles.
Damien Abad souffre en effet d’arthrogrypose, une affection invalidante qui touche les articulations. Aucune expertise médicale n’ayant été réalisée dans le cadre de l’enquête préliminaire de 2017, il est difficile d’apprécier la pertinence des arguments du nouveau ministre. Du côté du gouvernement, la ligne est simple : tant qu’il n’y a pas de condamnation, il n’y a pas de démission.
La justice est la seule à devoir et à pouvoir trancher. A ma connaissance, au moment où nous nous parlons, aucune autre procédure n’est en cours à l’endroit de Damien Abad. Je ne commenterai pas le “et si il devait” j’aurai tout loisir “si” de venir en reparler devant vous.
Au moment où je vous parle, je ne suis pas là pour commenter des hypothèses. Revenons à la question de savoir qui savait quoi. Le gouvernement a été nommé le 20 mai.
Quatre jours plus tôt, le 16 mai donc, l’Observatoire adresse un signalement par mail à Stanislas Guérini, délégué général de La république en marche, Christophe Castaner, président du groupe parlementaire LREM et Bérangère Couillard, députée LREM connue pour son engagement en faveur des droits des femmes. Aurélien Pradié, secrétaire général des Républicains a également reçu un mail de signalement. Malgré une relance les 19 et 20 mai, les destinataires déclarent ne pas avoir pris connaissance des messages.
L’affaire était pourtant connue. Damien Abad le reconnaît lui-même dans les colonnes du Figaro, le lundi 23 mai. “Cette plainte ressurgit à chaque moment-clé de ma vie.
C’était le cas au moment de la présidentielle quand je soutenais François Fillon. Certains l’ont agitée ensuite au moment de la présidence du groupe et, comme par hasard, elle revient lors de la passation de pouvoir au ministère.” Le président LR de la région Hauts-de France, Xavier Bertand, dont Abad était un soutien déclaré lors de la primaire, ne croit pas un instant que le sommet de l’État n’ait rien su de ces accusations de viol.
Qui peut imaginer un seul instant que le président de la République, monsieur Macron, que la Première ministre, madame Borne, ne savaient pas ? Quand vous êtes nommé ministre aujourd’hui, la justice est aussi interrogée pour savoir s’il y a pu y avoir, ou autre, un moment ou un autre, des plaintes qu’elles soient classées ou qu’elles ne soient pas classées. Il est évident que monsieur Macron, madame Borne, ont fait ce choix en pleine connaissance de cause.
C’est également l’avis d’une des animatrices de l’association qui a alerté Les Républicains et La République en marche. Evidemment, les personnes qui ont nommé Damien Abad en tant que ministre savaient qu’il y avait eu des plaintes classées sans suite à son encontre. Je pense qu’ils s’en fichent en fait, en réalité.
Par conséquent, on en arrive encore à une fausse grande cause du quinquennat. C'est-à-dire que les violences sexistes et sexuelles en politique n’intéressent pas le gouvernement. On le savait déjà avec le maintien de Gérald Darmanin en tant que ministre.
Eh oui, l’Élysée et Matignon sont coincés. S’ils écartent Damien Abad, alors ils sont contraints de se séparer de Gérald Darmanin. La juge chargée d’instruire les accusations de viol portées contre lui n’a toujours pas rendu sa décision.
Même si le 13 janvier dernier, le Parquet a requis un non-lieu dans cette affaire. La pression est d’autant plus forte sur l’exécutif qu’il y a le précédent Taha Bouhafs. Accusé de violences sexuelles, le candidat de la FI pour la circonscription de Vénissieux a été contraint de renoncer sous la pression de ses camarades.
Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas privé de faire la comparaison, dimanche. Il y a un signalement qui a été fait, apparemment à un niveau extrêmement élevé de responsabilité. Ils n’en ont tiré aucune conclusion avant.
Si ça avait été à la LFI, dès le signalement il y aurait eu une intervention. Nous, on a pris trois jours à prendre une décision qui était extrêmement compliquée à prendre, et cruelle aussi pour l’intéressé puisque que se trouve, si, ça existe, s’il n’est pas coupable, qu’il aura été, en quelque sorte, condamné avant terme. Hier, Alexis Corbière est allé plus loin en réclamant la démission de Damien Abad.
Je pense qu’on ne peut dans l’état que dire à monsieur Damien Abad qu’il ne peut pas faire partie du gouvernement. Peut-être le temps que la justice s’explique, du moins que lui s’explique devant la justice, et que la justice prenne des décisions. Pour ce qui est d’attendre que la justice se prononce, c’est plutôt compromis.
Hier soir, le Parquet de Paris annonçait qu’il n’ouvrirait pas d’enquête après le signalement adressé le 20 mai par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Parce qu’il n’y a pas “d’élément permettant d’identifier la victime des faits dénoncés et, dès lors (…) de procéder à son audition circonstanciée”. Dans son entretien au Figaro, Damien Abad déclare s’en remettre aux électeurs de sa circonscription de l’Ain. “Ces scrutins seront les juges de paix et démontreront ma capacité à conserver la confiance des Français.” Mais, d’ici au 12 juin, date du premier tour des législatives, il n’est pas certain qu’il fasse encore partie du gouvernement.
L’affaire Abad a pris une telle dimension qu’elle a fini par éclipser la nomination du nouveau gouvernement. 14 hommes et 14 femmes, en comptant la Première ministre. La moitié faisait déjà partie du gouvernement Castex.
Ainsi Bruno Le Maire reste à Bercy, Éric Dupond-Moretti conserve le ministère de la Justice et Gérald Darmanin est confirmé à l’Intérieur. On attendait une surprise du côté de l’Écologie. Surprise, il y a bien eu.
Mais pas celle qu’on espérait. Le ministère a été partagé entre Agnès Pannier-Runacher, qui devient ministre de la Transition énergétique et Amélie de Montchalin, promue ministre de la Transition écologique et de la cohésion territoriale. Toutes deux appartenaient au précédent gouvernement.
Plus technos qu’écolos, les deux ministres peinent à convaincre. Écoutez-les au micro des matinales. Je crois que tout le monde aujourd’hui a la fibre écolo, parce que le sujet, c’est de sauver la planète.
Mais, particulièrement, est-ce que c’est vraiment ancré en vous depuis longtemps ou pas ? Je peux vous donner une anecdote ? Moi je suis à l’origine d’un des rapports sur la finance socialement responsable et la finance à impact écologique et qui date de 2002.
Donc, ce n’est pas un sujet nouveau pour moi. Le choix du président de la République et de la Première ministre, telle qu’ils m’ont présenté la mission qu’ils me confiaient, ce n’est pas d’envoyer un signal politique à un électorat, ce n’est pas de faire de l’écologie politique, c‘est de mener une politique écologique qui procure aux Français du vivre mieux partout grâce à l’écologie. À quelque chose malheur est bon.
La promotion d’Amélie de Montchalin a permis de libérer un poste pour Stanislas Guérini. Celui-ci devient ministre de la Fonction publique. Il y avait urgence.
Guérini n’a jamais réussi à s’imposer à la tête de la République en marche et encore moins à ancrer son mouvement dans les territoires. L’Élysée a donc choisi une exfiltration par le haut. Le seul véritable coup médiatique du gouvernement reste donc la nomination de Pap Ndiaye à la tête de l’Éducation nationale.
Car Pap Ndiaye, c’est l’anti Jean-Michel Blanquer. La question du racisme systémique ou du racisme institutionnel, c’est une notion tout à fait utile parce qu’elle permet, d’abord de penser la question du racisme de manière plus globale que simplement la dérive d’une personne qui se comporterait mal. Mais, comme souvent, les choses sont plus complexes.
Le nouveau ministre se montre également très attaché aux valeurs de la République. Écoutez les moments-clés de son allocution lors de la passation de pouvoir. J’ai une pensée pour un collègue historien, Samuel Paty, qui, dont l’exemple et dont la mémoire sont gravés dans nos esprits et dans nos cœurs.
Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine dont l’école est le pilier. Au fond, peu importent les positions de Pap Ndiaye. D’abord, parce que ce n’est pas lui qui dirigera vraiment son ministère.
C’est son directeur de cabinet : Jean-Marc Huart, un proche de Jean-Michel Blanquer. Ensuite, parce que le président de la République veut lui faire jouer le rôle de paratonnerre. Emmanuel Macron l’a annoncé pendant la campagne électorale, il veut réformer en profondeur l’Éducation nationale.
Autrement dit, casser le service public en mettant en concurrence établissements et enseignants. Dans cette entreprise, Pap Ndiaye se révélera précieux. Cible privilégiée de l’extrême droite depuis sa nomination, il détournera les critiques de l’essentiel.
Emmanuel Macron espère même que les enseignants feront bloc autour de leur ministre. Pour ce qui est de concentrer les critiques, c’est en tout cas bien parti. Macron a fait le choix de la provocation, mais d’une provocation très lourde de sens, notamment en nommant à la tête de l’Education nationale, c’est-à-dire de l’avenir de nos enfants, quelqu’un qui défend une idéologie racialiste, indigéniste, wokiste, et ça, c’est un signal très inquiétant pour l’avenir.
Le stratagème du Président fonctionnera-t-il ? Tout dépend des limites que Pap Ndiaye fixera à son instrumentalisation. États d’âme en perspective.
Dans la 15e circonscription de Paris, le Parti Socialiste soutient une autre candidate que celle investie par la Nupes. Une entorse à l’accord signé au lendemain de la présidentielle. Emma Barrier, Antoine Etcheto et Laetitia Lallement sont allés enquêter sur place.
C’est la circonscription de la désunion populaire. Le seul endroit en France où l’accord de la Nupes a volé en éclat. Deux candidates de gauche se disputent ce territoire.
Lamia El Aaraje, la député sortante est soutenue par le Parti Socialiste. Sauf que, maintenant, l'étiquette de dissidente lui colle à la peau. Je suis la seule député sortante de France à ne pas être investie.
Ça, ce n’est pas acceptable. Et justement, le Parti Socialiste a corrigé ça et j’ai été officiellement investie par le Parti Socialiste. Voyez.
J’ai entendu hier le premier secrétaire, Oui, sur France inter. il a dit que tous les dissidents n’avaient plus leur place au Parti Socialiste. Sauf Lamia El Aaraje.
Il m’accuse d’être dissidente, donc je lui ai expliqué qu’en l'occurrence, je suis la député sortante de cette circonscription. Mais bon, c’est normal les gens se posent des questions, ils ne comprennent pas. Et c’est ça, en fait, qui est regrettable.
Quand une union ne respecte pas le vote sorti des urnes il y a moins d’un an, ça crée de l’incompréhension sur une circonscription qui est à gauche, de toute façon. Donc le sujet ce n’est pas celui-là. Maintenant ce que les électeurs vont devoir choisir c’est : Quelle est leur gauche ?
L’autre gauche, c’est Danielle Simonnet de la France insoumise, soutenue par le reste de la coalition. Donc, elle reste PS et toi en en face ? Je suis la candidate de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale.
Je regrette qu’elle ait fait ce choix-là, voilà. Mais je pense qu’on peut expliquer aussi ce choix-là par un vrai désaccord qu’elle a voulu occulter. Lamia El Aaraje, quand elle invite monsieur Bernard Cazeneuve, par exemple hier soir, elle invite celui qui a quitté le Parti Socialiste parce qu’il était en désaccord avec cette stratégie de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Solidaire, parce qu’il était en désaccord pour porter Jean-Luc Mélenchon Premier ministre.
Deux femmes et deux stratégies différentes. Lamia El Aaraje a battu Danielle Simonnet aux législatives partielles de 2021, et met en avant cette légitimité. Son adversaire surfe sur les résultats de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.
Aujourd’hui le message qu’envoie cet accord de la Nupes ou de la Nupes, je ne sais pas comment on dit, ou de la Nupes, ou de la “Dupes” aux électeurs, c’est que Danielle Simonnet qui a perdu en 2012 sur la 6e circo, qui a perdu en 2017 sur la 6e circo, qui, par opportunité électorale, s’est présentée sur la 15e circo en 2021 où elle a de nouveau été battue par moi, en fait, viendrait substituer celle qui a été élue par celle qui a été battue. Ben non, je suis désolée, ce n’est pas correct et ce n’est pas cohérent. Franchement, je pense qu’il y a des injustices bien plus graves dans cet arrondissement et j’aimerais qu’on en parle dans cette campagne.
Qu’est-ce qui fait que, cette fois, vous pouvez la battre ? L’année dernière, vous savez on était dans une législative partielle, il y avait à peine 16% de participation avec une abstention massive notamment dans les quartiers populaires. Là, cette année, la situation est totalement autre.
Jean-Luc Mélenchon a fait 45% sur cette circonscription, soit 20 fois plus que Anne Hidalgo, et je regrette, évidemment, que Lamia El Aaraje fasse, par sa candidature, le choix de la division. Un jeu de dames fratricide qui rappelle que les gauches ne sont pas tout à fait réconciliées. Si vous avez apprécié cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.
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Damien Abad