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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 8 novembre 2022 22 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileÉconomie & entreprises

Immigration, impôts : Thomas Porcher démonte les fausses évidences

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:01OuverteRéponse directe

    En quoi la loi immigration montre-t-elle que l'immigration est tolérée en fonction des besoins des pays d'accueil ?

  • 4:48RelanceRéponse directe

    L'argument que les immigrés prennent le travail des Français tient-il encore ?

  • 7:51OuverteRéponse directe

    Pourquoi une telle obsession médiatique et politique avec l'immigration ?

  • 12:07OuverteRéponse directe

    Est-ce pertinent de comparer nos prélèvements obligatoires avec les autres pays ?

  • 15:40OuverteRéponse directe

    Quel problème définis-tu au sujet de la fiscalité aujourd'hui en France ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:03Invité politiqueFait
    « On revient à l'ancien régime où les rois ne payent plus et le peuple paye. »
  • 0:08Invité politiqueChiffre
    « Apple paye 0,005% d'impôts, ce qu'aucun petit commerce ne paye dans toute l'Europe. »
  • 0:11Invité politiqueChiffre
    « 1% de la population dans ce pays détient 25% de ce qu'il y a dans les comptes en banque et dans l'immobilier. »
  • 4:37Invité politiqueChiffre
    « On a besoin de l'immigration parce qu'il y a des métiers qui sont en tension, parce qu'il y a 85% des offres d'emploi qui ne sont pas prises par des Français. »
  • 8:19Invité politiqueChiffre
    « Le taux d'immigration, c'est-à-dire les flux entrants sur la population totale, c'est 0,3%. »
  • 13:06PrésentateurChiffre
    « La France a connu une augmentation des prélèvements obligatoires sur les ménages de 54,1 milliards d'euros entre 2007 et 2021. »
  • 13:33PrésentateurChiffre
    « Les 10% les plus modestes reçoivent en moyenne 980 euros mensuels, tandis que les 10% les plus aisés reçoivent 1770 euros avec les retraites. »
  • 20:34Invité politiqueChiffre
    « 1% de la population dans ce pays détient 25% de ce qu'il y a dans les comptes en banque et dans l'immobilier. »

Temps de parole

  • Invité politique65 %
  • Présentateur28 %
  • Invité8 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Invité politique

On revient à l'ancien régime où les rois ne payent plus et le peuple paye. Et je pense que la plupart des gens ne savent pas qu'Apple paye 0,005% d'impôts, ce qu'aucun petit commerce ne paye dans toute l'Europe. Il y a des gens qui ont des fortunes, ça veut dire que 1% de la population dans ce pays détient 25% de ce qu'il y a dans les comptes en banque et dans l'immobilier.

0:19
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porchet. Je suis ravie de vous retrouver. L'instant Porchet, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous avec Thomas Porchet chaque semaine pour décrépter l'actualité, car on le sait, le discours est politique et les comprendre est un véritable enjeu démocratique. Je vous rappelle, pour qu'on n'arrête pas tout, le Média dépend de votre soutien, vos abonnements et vos dons. On lance une grande campagne de dons de fin d'année pour ne pas mourir. Pour celles et ceux qui le peuvent, rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien pour nous soutenir. Ce projet de télé libre et indépendante ne peut se faire sans vous.

Au programme aujourd'hui, la France championne des impôts, mais pour qui ? Et on va détricoter le projet de loi Immigration, c'est l'instant Porchet. Un nouveau projet de loi Immigration a été dévoilé par Gérald Darmanin et Olivier Dussault, respectivement ministres de l'Intérieur et du Travail, mercredi 2 novembre. Il nous présente des nouveautés, mais rien de bien surprenant venant de la Macronie. D'abord, un durcissement sur les expulsions, ça n'a rien de nouveau. Par exemple, en inscrivant les immigrés visés par une OQTF, donc obligation de quitter le territoire français, aux fichiers des personnes recherchées.

Mais comme je disais, une nouveauté, donc un titre de séjour pour les métiers en tension. En gros, les métiers où il n'y a pas assez de main-d'œuvre, et bien là, on veut bien des immigrés. Aide-ménagère, soignant, BTP, chauffeur, hôtel-restauration. Gérald Darmanin propose aussi un test de français qui doit être réussi, sinon perte du titre de séjour. On l'écoute.

1:46
Invité

Si le métier n'est plus en tension, parce qu'on le décidait, parce que l'activité économique aurait changé dans notre pays, par un retournement, par exemple, de croissance, évidemment, cette personne perdrait son titre de séjour au bout d'un an. Bien évidemment, on ne va pas prolonger les titres de séjour de métiers en tension si le métier n'est plus en tension. Si cette personne perdrait son emploi, il est évident qu'elle pourrait répondre parce qu'elle aura cotisé à l'assurance chômage, et si à la fin, elle n'a plus cette assurance chômage, elle doit repartir, évidemment, du sol national, et elle n'aura plus son titre de séjour à la fin de ses droits. C'est tout à fait clair.

Avouer que la proposition du gouvernement, elle a un grand avantage, elle est extrêmement nouvelle. Elle permet de dire d'abord que ce n'est plus l'employeur qui demande la régularisation de son employé. Aujourd'hui, il y a des gens qui travaillent en France, monsieur, qui sont exploités par certains patrons. Évidemment, l'immense majorité sont tout à fait à l'écoute de leurs salariés, mais il y a des patrons qui emploient des sans-papiers et qui leur disent, si tu n'acceptes pas des horaires très difficiles, si tu n'acceptes pas telle tâche extrêmement difficile, je ne demanderai pas ta régularisation.

Parce qu'en France, sachez-le, seul l'employeur peut demander la régularisation de son employé irrégulier. C'est vraiment un scandale. Nous, on dit que c'est à l'employé de le faire, et on ne le fait que dans les métiers où on manque de manœuvre. Parce qu'en France, nous souhaitons une immigration de gens qui veulent s'intégrer, qui veulent travailler, qui veulent parler français. Moi, mes deux grands-pères viennent de la Méditerranée, ils sont venus en France pour bosser, et on ne veut pas des étrangers délinquants.

Et donc la règle de ce projet de loi, c'est qu'on est méchant avec les méchants, on est méchant avec les délinquants, et donc on va demander l'expulsion de tous ceux qui commettent des actes de délinquance. C'est ça qui est dans le projet de loi. Mais on est gentil avec les gentils, les gens qui veulent travailler et aimer notre pays. On les accueille, je pense que c'est la vocation de la France.

3:23
Présentateur

Tout ça ne peut que nous faire rappeler le combat des travailleurs sans papier depuis plus d'un an dans les filiales de La Poste qui luttent pour leur régularisation malgré des contrats de travail et cotisations et des mois de grève qu'on a couverts aux médias. Ici, le gouvernement veut donner la possibilité à ces travailleurs de rester sur le territoire français sans passer par l'employeur. Le salarié peut demander sa régularisation, il n'a plus besoin donc de l'employeur. Mais comme on l'a bien entendu, ce ne sont que pour les métiers en tension.

Là où il y a un besoin de main d'œuvre, c'est dit, les immigrés sont là pour combler un besoin dans les métiers les plus précaires, les moins voulus. On l'entend dans le discours de Darmanin, on passe très vite du travail à la délinquance, gentil avec les gentils, méchant avec les méchants. Thomas, en quoi la loi immigration montre-t-elle que l'immigration est toujours plus ou moins tolérée en fonction des besoins des pays d'accueil ? Est-ce qu'on peut dire que l'immigré devient une marchandise ?

4:11
Invité politique

En fait, ça a toujours été le cas. Là, on parle de l'immigration économique. Il y a plusieurs types d'immigration. Vous avez l'immigration pour cause de guerre, vous avez l'immigration qui existe déjà, mais qui va s'amplifier pour cause de réchauffement climatique. Et là, on parle de l'immigration économique. Et l'immigration économique, elle s'est toujours faite en fonction des besoins de croissance des pays d'accueil. C'est ce qui s'est passé pendant les 30 Glorieuses. On a eu besoin d'une grande ressource de salariés issus de l'immigration pour reconstruire le pays.

Et puis là, on voit qu'on a besoin de l'immigration parce qu'il y a des métiers qui sont en tension, parce qu'il y a 85% des offres d'emploi qui ne sont pas prises par des Français. Donc, on a besoin de l'immigration pour combler ça.

4:48
Présentateur

Mais donc, du coup, l'argument qu'on entend tout le temps de les immigrés voient le travail des Français, il ne tient plus du tout, là ?

4:53
Invité politique

En fait, c'est un argument qui a toujours été faux. La réalité, c'est que les immigrés occupent des postes que les Français ne veulent plus parce que ces postes-là sont très mal payés. C'est ça aussi la vraie question. Quand on regarde la question globale de l'immigration, vous avez des pays d'accueil et vous avez des pays d'où sont issus les immigrés. Ces pays, souvent, sont des pays pauvres où il y a majoritairement des jeunes. Et le vrai problème de ces pays-là, c'est que les jeunes n'ont pas de perspective économique. Pourquoi ils n'ont pas de perspective économique ? À cause d'un certain nombre de choses. Probablement, en partie, la corruption des dirigeants, mais pas que.

L'organisation du commerce international fait que ces pays sont souvent spécialisés dans des biens à l'export, faisant appel à des multinationales étrangères qui ne créent que très peu d'emplois sur place. Vous regardez, par exemple, un pays comme le Congo. Puisqu'on a 50% de notre immigration qui vient de l'Afrique. Prenons un pays comme le Congo, un pays issu des colonies françaises. Le Congo, 96% de ses exportations, c'est du pétrole. Qui sont les opérateurs majoritaires dans ces pays-là ? C'est Total et c'est Eni. L'Italien qui a quasiment 90% de la production pétrolière. Il n'y a pas de raffinage sur place. Il n'y a pas d'industrie sur place.

Donc, en fait, vous avez une multinationale qui arrive, qui va planter un puits, faire appel à ses ressources humaines, à elle, qui ont les compétences techniques, et qui va, à part pour quelques postes de sécurité ou de transport, mais vu que le pétrole s'en va vite dans les pays riches, va employer quelques Congolais. Donc, ces industries-là ne créent pas énormément d'emplois. Et si demain, vous aviez un président africain qui voulait faire un grand plan d'industrialisation de son pays, par exemple dans l'agriculture, puisque le Congo n'utilise que 4% de ses potentialités agricoles, c'est-à-dire 96% n'est pas utilisé.

Si demain, on voulait développer l'agriculture, ce qui leur permettrait de se nourrir et pas d'importer des biens avec l'argent du pétrole, ce qu'ils font aujourd'hui, eh bien, il faudrait des financements. Et comment on a ces financements quand on est un pays pauvre ? On les a rarement ou très peu, à part du microcrédit. Et donc, on a recours au FMI, au FMI qui demande de se spécialiser, la boucle est bouclée, on ne crée pas d'emplois. Donc, ces pays-là n'ont pas de perspective pour les jeunes. Donc, ces jeunes sont obligés de migrer, quand il n'y a pas de guerre, pour trouver un emploi dans d'autres pays.

Souvent, ils migrent dans des pays voisins un peu plus dynamiques, mais parfois, ils veulent aller jusqu'en Europe parce que ce sont les pays, aujourd'hui, qui captent la plus grosse partie de la richesse dans le commerce international. Et qu'est-ce qui se passe dans les pays d'accueil ? Dans les pays d'accueil, il y a un certain nombre de travaux qui sont importants. On a parlé des premiers de cordée, l'aide à domicile, l'assistance maternelle, le bâtiment, les cuisines, où là, les salaires sont tellement faibles en comparaison de la dureté du travail que plus aucun Français n'en veut.

Et donc là, on se dit, plutôt que d'augmenter les salaires, parce que vous savez, moi, je vous mets des assistantes maternelles ou des aides au ménage à 2500 euros net, là, vous avez tout de suite plein de gens qui reviennent à ce travail-là. C'est surtout que c'est très mal payé. en comparaison de l'effort et de la difficulté de ce travail-là. Et donc là, les gens ne veulent pas augmenter les salaires, donc on fait appel à une immigration qui satisfait le patronat dans la restauration et puis qui satisfait aussi l'État français dans l'emploi de précaires, dans les crèches ou ailleurs.

Et donc ça, c'est un vrai problème, en fait, d'organisation mondiale du commerce et de questions salariales dans les pays riches.

7:51
Présentateur

Là, avec l'annonce de cette loi immigration, on sait très bien que ça va faire absolument les titres des journaux, ça va tourner en boucle sur les chaînes de télévision mainstream. Pourquoi il y a une telle obsession avec l'immigration ? Pourquoi c'est un tel point de fixation ?

8:06
Invité politique

C'est incompréhensible. Quand on regarde dans les chiffres, c'est incompréhensible. Parce que la France, finalement, elle accueille deux fois moins d'étrangers que, par exemple, l'Allemagne. Trois fois moins que la Suède. Quand vous regardez le taux d'immigration, c'est-à-dire les flux entrants sur la population totale, c'est 0,3%. Donc, ce n'est pas énorme. Alors, certes, ça augmente, mais ça reste très faible. Quand vous regardez la population immigrée, on est à peu près à 10% de la population. Mais c'est un chiffre qui est en dessous de l'Allemagne, qui est en dessous de l'Autriche. Vous voyez ?

Donc, le fait qu'il y ait un point de fixation comme ça, c'est en fait qu'il y a une confusion qui est volontairement faite par le Front National, le RN, et on l'a vu avec la sortie qui s'est passée il y a quelques jours à l'Assemblée nationale, c'est qu'en fait, on fait une confusion entre les immigrés et les Français issus de l'immigration. Et vous avez, quand vous mettez immigrés français issus de l'immigration, c'est 25%, c'est un quart de la population française. Dans les manifestations, on dit première, deuxième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés. Mais c'est réel.

Et donc, il y a une confusion qui est entretenue là-dessus pour dire, regardez, l'immigration devient incontrôlable. Ce qui est faux, en comparaison dans les statistiques, ce qui est faux, regardez, ça devient incontrôlable parce que, en fait, visuellement, vous avez aujourd'hui des Français qui sont issus de l'immigration et qui sont parfaitement français. Et ça, il faut que les gens, plutôt que de parler d'intégration, à partir du moment où tu es français, tu n'as plus à t'intégrer. Donc, il faut que les gens l'intègrent, justement, dans leur tête. Ils ont du mal à l'intégrer. Donc, c'est avec ça que joue le FN.

On l'a vu, vous avez un député français, à peau noire, et là, on lui dit, ben, rentre en Afrique. Et cette confusion est souvent jouée par le RN pour alimenter une haine, une phobie migratoire qui, en réalité, dans les statistiques, n'existe pas.

9:38
Présentateur

Mais pas que par le RN, là, Darmanin, on voit que dans son discours, la vidéo qu'on a vu...

9:41
Invité politique

Le RN, Darmanin, la droite, etc. Vous regardez, en fait, sur les ministères de l'Intérieur, tous ceux qu'il y a eu ces 30 dernières années, chacun va sortir sa loi immigration, y compris à gauche. Quand vous avez un chevènement qui vous dit... Et puis, c'est toujours la même chose. Là, Darmanin dit gentil avec les gentils, méchant avec les méchants. Ce qu'avait dit chevènement, c'est grosso modo ferme et humain. C'est un peu ça, il faut être ferme. Mais ce qui veut dire la même chose, ce qu'avait dit Besson, sous Sarkozy, qui vient de la gauche aussi, il avait dit à peu près la même chose, l'humanité, la fermeté. C'est toujours la même chose.

Donc, je veux dire, on est un pays où, chaque fois qu'il y a un ministère de l'Intérieur, il faut qu'il te fasse la loi immigration parce que ça fait parler de lui. Et puis, en fait, au final, moi, je pense que ça donne des voix au RN. Il y a ce sentiment qui monte dans tous les pays puisqu'on l'a bien vu avec le Brexit, on l'a bien vu avec l'élection de Trump qui a fait quand même son élection en partie sur l'immigration, notamment dans les États du Sud, avec ce mur sur le Mexique. Et le Brexit, pareil, avec la menace de l'immigration, de la mondialisation. Et avec le succès de certains livres qui prônent le grand remplacement, etc.

Donc, on voit très bien qu'il y a quand même là-dessus une espèce de phobie qui n'est pas justifiée et qui est alimentée par certains partis sur cette question-là.

10:48
Présentateur

Puis, parler de ça, ça permet de ne pas parler d'autre chose.

10:51
Invité politique

Ne pas parler d'autre chose. Mais il est quand même vraiment important de rappeler, contrairement à des discours qui sont parfois entendus où on va vous dire, bien sûr, « welcome refugees » ou « l'immigration, c'est génial », l'immigration est toujours une douleur, quelle qu'elle soit, en fait. Pour guerre, c'est une douleur ultime, on l'a bien vu.

Et là, il faut, je pense, que les États soient présents pour les questions climatiques aussi, mais même pour les migrations économiques et même des migrations qui se font parfois dans des conditions les meilleures, c'est-à-dire quelqu'un qui va quitter son pays ou quitter sa famille pour aller travailler avec tout le processus administratif qui est fait, ça reste quand même quelque chose de difficile. Donc, la vraie question de fond et qui est partagée par l'ensemble des économistes également en Afrique, c'est de pouvoir trouver à cette jeunesse des débouchés parce que personne n'a en réalité envie de partir.

Si ces gens partent, c'est qu'ils sont contraints par l'absence de débouchés économiques dans leurs propres pays. Et c'est ça, le vrai problème aujourd'hui qu'il faut résoudre. Et si on veut s'attaquer à ça, c'est très simple. Il faut s'attaquer à l'Organisation mondiale du commerce qui est très mal faite. Il faut s'attaquer au financement de ces pays parce que ces pays n'ont pas accès au financement. Et une fois qu'on se sera attaqué à ça, il y aura des débouchés dans ces pays-là et ce sera beaucoup mieux pour les populations.

11:52
Présentateur

La France championne des prélèvements obligatoires en 2021 dans la zone euro et vice-championne dans l'Union européenne. Les échos et le Point racontent comment la France est la plus forte en termes de pression fiscale. Alors, vous nous connaissez, nous, on va décortiquer tout ça. Les prélèvements obligatoires, ce sont les impôts et les cotisations sociales. Dans le pays, dans notre pays, il s'élève à 47% du PIB contre 46% en Belgique, 43,7% en Autriche ou encore 43,6% en Italie. Pour la Bulgarie, c'est 30,7% du PIB par exemple. Au sein de l'Union européenne, la France passe deuxième derrière le Danemark qui est à 48,8%.

Alors, ces chiffres sont tirés d'une étude sur la situation fiscale française publiée mardi 1er novembre par le site spécialisé Fipeco et relayé par les échos. Alors, dans ces articles, on parle de retard, de devoir rattraper, mais est-ce une mauvaise nouvelle d'être premier de la classe en termes de socialisation de l'économie ? Petit rappel habituel, si vous regardez souvent les instants porchés ou Toujours debout le soir à 18h30 en direct, oui, on nous parle de dette, de déficit, mais à la charge de qui ? Je vous donne ces quelques chiffres. Il y a dix ans, ménages et entreprises contribuaient à peu près de façon proportionnelle au budget de l'État.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui entre le CICE, la baisse des impôts sur les sociétés, etc. Autre donnée, la France a connu une augmentation des prélèvements obligatoires sur les ménages de 54,1 milliards d'euros entre 2007 et 2021. Mais de l'autre côté, l'État a comme projet une nouvelle baisse d'impôts de production avec la suppression de la CVAE, on vous en a assez parlé ici, sur les sociétés de 8 milliards pour 2023-2024. Encore un autre chiffre qui nous aide à casser les idées reçues rapportées par Maxime Combes et Alternatives économiques, les pauvres ne sont pas ceux qui touchent le plus de prestations sociales, minima sociaux, prestations, logements, familles, chômage, retraite.

Les 10% les plus modestes reçoivent en moyenne 980 euros mensuels, tandis que les 10% les plus aisés reçoivent 1770 euros avec les retraites. Je me tourne vers toi, Thomas, pour que tu nous livres ton analyse. Est-ce pertinent de comparer nos prélèvements obligatoires avec les autres pays comme l'ont fait ces articles et cette étude ?

13:51
Invité politique

Pourquoi pas, mais c'est quoi la conclusion de ça en fait ? En fait, c'est ça, ok, on a les taux de prélèvement le plus élevé, est-ce qu'il y a un impact sur la croissance ? Parce que c'est ça en fait derrière la petite musique, c'est de dire regardez, on a des forts taux de prélèvement et donc ça a un impact sur l'activité, la croissance, etc. Alors qu'en fait, ça c'est faux. Il y a des pays à fort taux de prélèvement qui ont des croissances beaucoup plus dynamiques que d'autres à taux de prélèvement faible. On peut comparer ces dernières années la Suède et le Japon, voilà, un pays qui a des forts prélèvements et pendant des décennies parfois une meilleure activité que d'autres.

Je veux dire, c'est quoi le but ? Le but en fait, quand on fait ça, c'est après de taper sur le service public, sur les prestations sociales et de prôner des économies. Ah bah on est plus élevé, donc il faut économiser, voilà. Mais après, en termes d'activité, qu'on mette les taux de croissance, on va être surpris, c'est pas aussi corrélé que les gens veulent nous le faire croire. Et puis après, surtout, il faut être honnête. Il faut regarder, quand on fait des comparaisons de taux de prélèvement, il faut regarder après le niveau de couverture sociale par pays. Et moi je mettrais ça parce que les comparaisons c'est intéressant mais il faut bien les faire.

Donc moi je mettrais le taux de prélèvement et le taux de couverture sociale. Et là on aurait un indicateur un peu plus intéressant. Et puis si on veut aller encore plus loin, on compare le coût d'une couverture sociale publique avec celle d'une couverture sociale privée. Combien coûte une assurance privée par rapport à une assurance publique ? Et là on a une vraie comparaison. Parce qu'en réalité, à la fin, si c'est pas directement inclus dans le public via des prélèvements, via des impôts, ça sort finalement de votre poche. Et si ça sort pas de votre poche, vous n'avez pas de couverture.

Et donc si vous êtes malade, vous n'êtes pas soigné comme 2 millions d'Américains par an qui font faillite à cause d'une maladie. Donc il faut dire les choses comme elles sont et puis faire des comparaisons. Mais pas juste agiter ce truc. On a le taux de prélèvement le plus élevé, donc moins d'impôts, donc moins de dépenses publiques, donc moins de fonctionnaires.

15:37
Présentateur

Tout le monde pointe la fiscalité. C'est vrai que c'est un débat qui revient beaucoup. On en avait parlé ici d'ailleurs avec Vincent Drezé qui est membre d'Attaque. Toi, quel problème tu définirais au sujet de la fiscalité aujourd'hui en France ?

15:48
Invité politique

La fiscalité aujourd'hui en France, le vrai problème de la fiscalité, c'est l'injustice fiscale. Et ça concerne à peu près tous les pays riches. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a une grosse partie des gens et les plus riches qui échappent à l'impôt, qui sont des gens mobiles, qui peuvent aller s'installer ailleurs tout en restant et en vivant, parce que c'est très difficilement contrôlable, en vivant dans le pays qu'ils veulent. Souvent leur pays à eux, et on l'a bien vu avec les scandales de la chanteuse Shakira qui vit en Espagne et qui faisait de l'optimisation fiscale. Et puis il y en a plein d'autres, je pense, en France. Donc ça, c'est la première des choses.

Et puis vous avez aussi des grandes entreprises qui payent très peu d'impôts. On se souvient du scandale d'Apple qui paye 0,005% d'impôts sur les sociétés en Europe. Donc les riches échappent à l'impôt et les pauvres payent eux très fortement l'impôt. Ce qui crée une injustice fiscale majeure. On revient à l'ancien régime où les rois ne payent plus et le peuple le paye. Et je pense que c'est ça le vrai sentiment. C'est qu'aujourd'hui, une PME va avoir une pression fiscale de 25% ou 15%, ça dépend.

Et en face d'elle, elle est en concurrence avec quelqu'un qui fait les mêmes produits qu'elle, des cafés ou de la nourriture, et qui lui peut avoir toutes les logiques d'optimisation fiscale et en profiter pleinement. C'est une concurrence parfaitement déloyale. Parce que les consommateurs qu'ils drainent sont les mêmes. Ce sont les consommateurs qui vivent dans le pays. Et on a la même chose des gens à qui on va rajouter quelques centimes sur les prix du carburant pour la taxe carbone. On les braque sans faire de jeu de mots. Quand ils font leur carburant, en leur prenant encore un peu de fiscalité.

Et de l'autre, vous avez des gens, les 1% les plus riches, qui détiennent 25% du patrimoine, et c'est bien de le répéter toujours, à qui on offre 4 milliards de baisse d'impôt. Donc c'est ce sentiment d'injustice aujourd'hui qui est un vrai problème. La fiscalité en elle-même, elle n'est pas un problème si tout le monde paye la même. Elle devient un problème si les plus pauvres ou les petits payent plus en pression fiscale que les gros. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. Et c'est de là d'où vient en fait un ressentiment à l'égard de la fiscalité. C'est de là que ça vient. Ça devient de cette injustice-là.

Parce que les montants, en fait, en comparaison, la pression fiscale en comparaison, elle n'est pas importante si tout le monde paye la même. Ça devient très grave paye plus que les gros.

17:54
Présentateur

Et c'est ça qui fait que les petits, comme tu dis, peuvent adhérer au discours libéral alors que parfois il ne va pas juste dans leur sens.

18:00
Invité politique

Bien sûr. Oui, parce que le vrai problème des petits, c'est quoi ? C'est qu'en fait, ils ont une concurrence déloyale avec les gros qui les cannibalise. C'est-à-dire, tous ceux qui ont vécu en province ou en banlieue ont connu ça. Quand vous avez un grand centre commercial qui s'installe avec toutes les grandes enseignes que nous connaissons. Et d'ailleurs, le Figaro, il y a quelques semaines, avait fait sa première page où il découvrait en disant la France pas belle ou les paysages gâchés de la France en mettant les grandes enseignes américaines, etc., qui sont dans les grands centres commerciaux.

Quand vous avez ça qui ouvre, vous avez souvent les petits commerces, mais même les commerces des boucheries, les fruits et légumes, les cinémas de quartier qui ferment. On a tous vécu ça. Moi, je me souviens dans la ville où j'étais, le Bourget, Paris Nord est arrivé à côté, grand centre commercial avec un super grand cinéma, etc., le cinéma de quartier a fermé. Et puis après, tous les petits commerces ont fermé. La logique de centre commercial écrase les petits. Alors, il l'écrase aussi parce que ces grandes enseignes ont les moyens d'aller dans ces centres commerciaux et ont les moyens de faire en sorte d'avoir une pression fiscale plus faible. Et ça, c'est quand même un gros problème.

19:06
Présentateur

Et c'est pareil pour les ménages, du coup, les classes moyennes qui vont se retourner contre les classes les plus pauvres plutôt que... Sachant que tout le monde paye ses impôts, on le rappelle, la TVA, tout le monde est assujetti à cet impôt.

19:16
Invité politique

Oui, mais c'est un impôt qui est parfaitement injuste puisque le pourcentage de pression fiscale que ça exerce sur vous dépend de combien vous gagnez. Vous voyez, puisque c'est la même pour tous et c'est pareil pour l'essence. Donc, c'est un impôt qui ne tient pas compte de celui qu'il paye, de la fortune de celui qu'il paye. Donc, c'est un impôt injuste. C'est pour ça que tous les gens les plus riches veulent qu'on fasse transvaser toutes les taxes, grosso modo, sur des taxes à la consommation parce qu'eux, ça représenterait beaucoup moins dans leur salaire que les plus pauvres. Donc, il y a une vraie injustice.

Moi, je pense que cette injustice, elle vient aussi du fait que beaucoup de gens ne se rendent pas compte de la richesse qu'il y a dans ce pays. Enfin, je pars de mon exemple. Mais quand vous vivez dans une petite commune de province ou de banlieue, le riche, c'est celui qui est un peu au-dessus de vous, qui va avoir un pavillon, qui va partir en vacances, qui va avoir une voiture. Donc, c'est lui le riche, vous voyez. Donc là, la concurrence, elle se fait entre une classe moyenne et les pauvres. Mais quand vous connaissez Paris, après que vous découvrez Paris, vous vous rendez compte qu'il y a une richesse extrêmement élevée, en fait, que personne ne soupçonne.

Et c'est pour ça que les discours de oui, il ne faut pas en vouloir aux riches, une multinationale, c'est une PME qui a réussi. C'est des discours qui imprègnent bien, on va dire, les classes populaires parce qu'ils ne soupçonnent pas. Je pense que la plupart des gens ne savent pas qu'Apple paye 0,005% d'impôts, ce qu'aucun petit commerce ne paye dans toute l'Europe. Voilà, personne ne soupçonne ça. Et personne ne peut penser qu'il y a des gens qui ont des fortunes. C'est-à-dire que 1% de la population dans ce pays détient 25% de ce qu'il y a dans les comptes en banque et dans l'immobilier. Personne ne peut imaginer ça.

Et donc, à partir du moment où vous n'arrivez pas à quantifier quelque chose d'énorme, c'est très difficile de comprendre qui doit être plus taxé que les autres.

21:03
Présentateur

Cela fait déjà un mois et demi que nous avons lancé notre grand projet d'antenne 24-7 et de télé libre et indépendante. Au Média, on est transparents. Ce grand projet et votre Média sont menacés. Cette belle émission, l'instant porché où déconstruire l'économie et donner du pouvoir à tout un chacun nous est primordial et menacé. On lance un appel pour soutenir une information différente. Nous avons comme objectif une campagne de dons à hauteur de 200 000 euros. Alors, ça paraît énorme mais c'est rien comparé aux télés des milliardaires pour pouvoir faire vivre l'équipe et lui permettre de vous fabriquer une information indépendante.

Pour celles et ceux qui le peuvent, on compte sur vous sur le mediatv.fr slash soutien. Merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.

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