Réouverture de Notre-Dame: le discours d'Emmanuel Macron en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ce plafond bleu avec ces étoiles dorées qui ont été entièrement rénovées, ces couleurs retrouvées. Et quand je vous disais que ça éclate vraiment à l'œil lorsque vous rentrez et que vous pénétrez à l'intérieur de ces chapelles, avec toutes ces statues également qui ont été retrouvées, j'allais dire, et qui ont parfois été déplacées, il y a vraiment une harmonie des couleurs qui est incroyable. Et on va écouter le président de la République.
Je me tiens devant vous, avant que ne commence la liturgie, pour vous dire la gratitude de la nation française. Gratitude à l'égard de tous ceux qui ont sauvé, aidé et rebâti Notre-Dame de Paris. Gratitude à l'égard de tous ceux qui sont présents. Au moment où nous nous apprêtons à la rendre aux catholiques, à Paris, à la France et au monde entier. Oui, ce soir, les cloches de Notre-Dame sonnent à nouveau et l'orgue dans un instant s'éveillera. Musique d'espérance, familière aux Parisiens, à la France et au monde. Les cloches de Notre-Dame sonnent à nouveau, qui ont scandé les heures du jour et celles de l'histoire.
Elles sonnent, comme elles ont sonné pour les onze rois qui ont vu s'élever la cathédrale, pour Saint-Louis, rapportant d'Orient la couronne d'épines, pour Henri IV, pensant la blessure des guerres de religion, pour le vœu de Louis XIII et les victoires de Louis XIV, pour Napoléon, se sacrant lui-même un matin de décembre 1804, pour Victor Hugo, déambulant, rêveur, cherchant les yeux levés l'ombre de Quasimodo, pour Claudel, ployé au pied d'un pilier, revenu à l'Espérance, un soir de décembre 1886, pour annoncer aux résistants de Paris l'arrivée du général Leclerc et des siens, puis pour célébrer la libération aux côtés du général de Gaulle, pour les adieux de la France à ses génies, à ses soldats, à ses grands hommes.
Oui, elles sonnent. Elles qui ont accompagné notre histoire. Pourtant, nous aurions pu ne jamais réentendre cette voix. Le 15 avril 2019, la nouvelle de l'incendie a couru de lèvre en lèvre. Les images de flammes dévorant le transept, la fumée noire, la flèche qui vacille puis s'effondre, dans un fracas d'ossement. Et ses heures de combat face au feu, la décision de lui laisser sa part, et ses minutes désespérées où tout pouvait partir, où la pierre, le bois, les vitraux auraient pu disparaître. Durant ces heures, il s'est trouvé des étudiants descendus de la montagne Sainte-Geneviève pour entonner des chants.
Des promeneurs à Times Square pour s'arrêter en larmes devant les premières images. Et de Rome à Moscou, des croyants de partout venus se réunir devant nos ambassades. Des chameuliers au long du Niger, descendus de leur bête pour prier dans leur religion Notre-Dame. Ce soir-là, heure et malheur étaient mêlés. L'enchaînement de malchance, le vent d'Est qui s'est levé au pire moment, poussant les flammes vers le Béfrois Nord. Et l'enchaînement de coïncidences aussi, que certains appelleront hasard, d'autres destins, d'autres providences. Il y eut surtout de la bravoure. Celle de ces sapeurs-pompiers et de leurs chefs, envoyés pour une dernière tentative, plus dangereuse encore que les autres.
Ces hommes escaladant la façade, plongeant dans le feu afin d'empêcher les seize cloches de tomber, et avec elles toute la cathédrale. A 22h47, retentit ce message. Nous sommes maîtres du feu. Nos pompiers reprenaient l'avantage, et il n'y eut cette nuit aucun mort. Vers minuit, nous avons ouvert le grand portail. La flèche n'était plus, le transept effondré, le plomb continuait de couler partout, par flammèche. L'eau, une odeur âcre. La croix et la piéta qui apparaissaient dans un éclat singulier, et la Vierge au pilier, intacte, immaculée, à quelques centimètres à peine de la flèche tombée. Notre-Dame de Paris était sauvée, défigurée, mais sauvée, par la bravoure, le courage de ces hommes.
Alors commencèrent ces minutes où tout pouvait vaciller, tristesse et désespoir devant un tel drame, incertitude et désolation de ne jamais revoir la cathédrale comme avant, vertige de découvrir que Notre-Dame de Paris pouvait disparaître, et que nos cathédrales aussi sont mortelles. Alors, nous avons choisi le sursaut, la volonté, le cap de l'espérance. Nous avons décidé de rebâtir Notre-Dame de Paris, plus belle encore, en cinq années. Le sursaut, la volonté. Et pour rendre cela possible, une fraternité inédite. Fraternité de ceux qui ont donné, sur tous les continents, de toutes les religions, de toutes les fortunes. Unis par l'espérance et réunis dans ces murs.
Fraternité des compagnons, apprentis et de tous les métiers ici réunis. Sous la conduite du général Georges Lain, pour qui j'ai ce soir une pensée émue. Puis de Philippe Jost et de leurs équipes. Fraternité des échafaudeurs, des grutiers, cordistes, électriciens, forestiers, scieurs et carisseurs, charpentiers et taillandiers. Et puis les menuisiers d'art, parqueteurs, couvreurs, fondeurs, ferronniers d'art, serruriers, dinandiers, patineurs, lustriers, artisans de la pierre et maçons, tailleurs, carriers, sculpteurs, restaurateurs de sculptures et de peintures, maîtres verriers, facteurs d'orgues et campagnistes.
Archaeologues, ingénieurs, chercheurs, historiens, conservateurs, régisseurs d'art et architectes, et tant de métiers encore. Oui, ces femmes et ces hommes, plus de 2000 durant 5 ans, se sont inscrits dans la chaîne de ceux qui, depuis le XIIIe siècle, ont bâti la cathédrale. Reconstruisant la forêt de Notre-Dame, cette charpente de 2000 chaînes, puis la flèche à l'identique, et ranimant les pierres, les peintures, redécouvrant cette blondeur. Ils ont montré que nous avions la volonté encore de bâtir de grands dessins et de continuer la légende des siècles. Durant cinq années, ici, chaque femme, chaque homme, fut nécessaire pour rebâtir.
Chaque aide, même du bout du monde, fut nécessaire pour tenir. Chaque geste fut nécessaire, réconciliant la grandeur de cette cathédrale et l'exigence de tous ces métiers. Nous avons redécouvert ce que les grandes nations pouvaient faire, réaliser l'impossible. Cette cathédrale fut ainsi la métaphore heureuse de ce qu'est une nation et ce que devrait être le monde. Fraternité d'un peuple déterminé à faire de grands choix. Fraternité universelle et entraide. Notre-Dame nous dit que nos rêves, même les plus audacieux, ne sont possibles que par la volonté de chacun et l'engagement de tous.
Notre cathédrale nous rappelle que nous sommes les héritiers d'un passé plus grand que nous, qui peut chaque jour disparaître, et les acteurs d'une époque que nous avons à transmettre. Notre cathédrale nous dit combien le sens, la transcendance, nous aide à vivre dans ce monde, transmettre et espérer. Tel est le sens de ce travail et de notre présence ce soir. Nous nous inscrivons à notre tour dans ce cortège de bâtisseurs, nous révélant à nous-mêmes face à l'adversité. Les cloches sont sonnées. L'orgue va s'éveiller. Les fidèles, bientôt, viendront prier. Le monde retrouvera la cathédrale rebâtie et embellie.
Et nous, il nous faudra garder comme un trésor cette leçon de fragilité, d'humilité et de volonté. Et n'oubliez jamais combien chacun compte et combien la grandeur de cette cathédrale est inséparable du travail de tous. Ce soir, ensemble, nous pouvons partager la joie et la fierté. Monseigneur, Notre-Dame de Paris vous est redonnée. Ensemble, vous avez rendu cela possible. Soyez-en remerciés. Vive Notre-Dame de Paris. Vive la République. Vive la France.
Emmanuel Macron