LFI, ArcelorMittal, déserts médicaux... L'interview en intégralité de Fabien Roussel (PCF)
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Fabien Roussel.
Bonjour Apolline de Malher.
Merci d'être dans ce studio, je vais très bien et vous-même. Fabien Roussel, vous êtes secrétaire national du Parti communiste français, vous êtes aussi le maire de Saint-Amant-les-Eaux, on va parler emploi, nationalisation d'ArcelorMittal, c'est l'une de vos propositions, mais aussi des emplois menacés non seulement dans l'industrie, mais aussi dans le commerce. Je voudrais d'abord vous interroger sur Jean-Luc Mélenchon, votre compagnon de la nouvelle, le nouveau Front populaire. Ça fait combien de temps que vous ne lui avez pas parlé, que vous n'avez pas échangé tous les deux ?
Ouh là là, je ne saurais même pas m'en souvenir, mais ça date de bien avant les dernières élections présidentielles, que nous n'avons plus de relation.
Plus aucune relation ? Aucune. Vous avez compris que vous n'étiez pas le seul, puisqu'il y a ce livre, Choc, qui sort aujourd'hui, ça s'appelle La Meute, et ce sont mes deux confrères du Monde et de Libération qui ont mené l'enquête. La Meute, ce livre, apparaître donc demain chez Flammarion. Il parle de la dissonance entre les prétentions démocratiques du candidat et le fonctionnement autoritaire du chef. Il parle de son goût, je cite, « pour les purges ». Mélenchon ne demande pas seulement la discipline de groupe et la loyauté absolue, mais la dévotion aveugle. Celui qui doute trahit. Vous êtes donc un traître.
À ses yeux ? Ah ben certainement, oui.
Qu'est-ce qu'on fait une fois qu'on a dit ça ? On continue comme si de rien n'était ?
Franchement, d'abord, ce n'est pas du tout l'actualité de nos concitoyens, sans moque de savoir tout ça. J'ai lu quelques extraits dans la presse. J'ai cru comprendre que les comportements de la direction de la France insoumise se rapprochaient des comportements d'une secte, sous l'emprise d'un couple, celui de Jean-Luc Mélenchon et de sa compagne, Sophia Chikirou. Ce n'est pas joli à voir. Après, c'est une question de démocratie à l'intérieur de ce mouvement.
C'est peut-être une question de démocratie tout court, non ? Parce que si jamais il est candidat à la présidentielle, c'est une question de démocratie.
Oui, ça je suis tout à fait d'accord avec vous. C'est pour ça que c'est un vrai sujet. Mais c'est la raison pour laquelle, personnellement, en 2022, nous avions fait le choix de construire une candidature à l'élection présidentielle. Parce qu'on n'avait non seulement pas le même programme, mais en plus parce qu'on considère que ce n'est pas un bon candidat, un bon choix pour la France.
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, vous vous dites, s'il se retrouve au deuxième tour, j'hésiterais même à voter pour lui ?
Écoutez, vraiment...
C'est la question qu'on pose le journal Libération dans son édito ce matin. Je vais vous le lire à l'instant. Le public a pu, au fil des années, être informé de ses accès de violence, de son goût pour les purges. Mais l'enquête démontre qu'il ne s'agit pas de faits isolés qui peuvent s'expliquer par la violence du combat politique. Il s'agit d'un mode de fonctionnement assumé. Et le journal Libération, journal de gauche, s'interroge sur les conséquences s'il accédait au pouvoir. Que donnerait de telles pratiques si Mélenchon entrait à l'Elysée ? Je vous pose cette question.
Eh bien, c'est ce que je vous dis. Il y a besoin de beaucoup de démocratie dans le mouvement de la France insoumise, mais aussi en France. Et je fais confiance aux Français sur les choix qu'ils feront aux futures élections présidentielles. Et j'ai personnellement un gros doute sur le fait que Jean-Luc Mélenchon puisse accéder au second tour avec toutes ces révélations qui ont lieu.
En fait, vous espérez que ces révélations fassent en sorte que les gens ne votent pas pour lui ? Ou est-ce que vous vous dites qu'il faut l'empêcher ?
Je fais confiance à la démocratie, aux électeurs, aux électrices, aux Français, à ceux qui votent, justement, pour avoir la lucidité de faire en sorte qu'au second tour de l'élection présidentielle, il y ait un candidat d'une gauche sincère, démocratique, républicaine, laïque, qui portera enfin les espoirs d'un vrai changement dont on a tellement besoin pour parler, pour réparer la France, parler de services publics, d'industries, d'Arcelor, la raison pour laquelle je suis venu ici ce matin.
On va y venir, vous inquiétez pas, Fabien Roussel, mais c'est quand même extrêmement important. Vous-même, vous le dites, ça a quand même conditionné aussi vos choix pour l'élection de 2022, ça pourrait à nouveau conditionner vos choix pour la prochaine. En gros, ça veut dire que si c'est Jean-Luc Mélenchon qui apparaît comme le candidat de la gauche, vous ferez en sorte qu'il y ait un autre candidat. Vous ne mettrez pas vos œufs dans le panier de Jean-Luc Mélenchon.
Ça, c'est sûr. Ah oui, ça, c'est sûr, oui. Oui, oui, je pense que nous avons un projet qui est différent. Il a décidé lui-même d'être déjà candidat à l'élection présidentielle, donc il a demandé son avis à personne, et c'est tout, voilà, dont acte. Et c'est pour ça que je fais confiance à la démocratie, confiance à ceux que je croise régulièrement et qui m'interpellent et qui demandent justement à ce que l'on puisse incarner une autre gauche rassembleuse, populaire, ouverte, accueillante, qui réponde aux besoins de notre pays.
Fabien Roussel, vous voulez nationaliser ArcelorMittal. Est-ce que c'est vraiment la solution pour sauver les 600 emplois menacés ?
C'est une des solutions, en tout cas. C'est une des solutions que d'autres pays ont fait dans leur domaine. Je pense aux Britanniques qui ont nationalisé British Steel. L'Italie qui a mis sous tutelle une entreprise d'Arcelor à Torrente. Donc ça se pratique ailleurs. Et nous, on a un enjeu important en France. C'est que la production d'acier, c'est la colonne vertébrale de l'industrie française. Les bobines d'acier qui sortent d'ArcelorMittal sont utilisées pour les voitures, sont utilisées pour un tas de filières, sont utilisées dans le bâtiment, sont utilisées dans plein de secteurs.
S'il n'y a plus d'acier, si on ne produit plus d'acier en France, on va l'importer d'ailleurs, ce qui se fait déjà beaucoup. Donc il faut nationaliser. Il faut interdire, limiter les importations d'acier venant d'Inde et de Chine qui sont les deux principaux exportateurs d'acier aujourd'hui. Ce n'est pas que la Chine, c'est surtout l'Inde qui exporte ici en Europe. La Commission européenne refuse de limiter ces importations. C'est le premier coupable. Le deuxième, c'est ArcelorMittal qui fait le choix d'investir à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, 1 milliard d'euros dans l'Alabama, dans une usine moderne, décarbonée.
Nous, ce que nous demandons, c'est où ArcelorMittal fait les investissements en France pour moderniser son usine, la décarbonée ? S'il ne le fait pas, là maintenant, il faut nationaliser. Et ça coûtera moins cher.
C'est ce qu'on allait vous demander.
Justement, on commence à calculer, mais entre la valeur d'ArcelorMittal France et les investissements qu'il faut y produire, là, dans les années qui viennent, c'est un peu plus de 5 milliards d'euros qu'il va falloir mettre sur la table. Et c'est donc étalé sur 40 ans. Vous imaginez, c'est comme ça que l'on a nationalisé des grands groupes. qu'on échelonne le coût de cet investissement. C'est donc un peu plus d'une centaine...
Mais vous savez, vous, où on en sera de l'acier dans 40 ans ?
Mais ce que je sais, ce que je peux vous dire, c'est que si on met 100 millions d'euros tous les ans, c'est le coût de la nationalisation d'ArcelorMittal. 100 millions d'euros tous les ans. Pendant 40 ans. Ça coûtera moins cher qu'aujourd'hui, ce que l'on donne à Mittal pour décarboner son entreprise et que lui utilise en partie pour distribuer des dividendes, d'une part. D'autre part, nationaliser, ça veut dire que l'on va pouvoir donner aux industries françaises de l'acier qui coûte... Enfin, donner, vendre de l'acier beaucoup moins cher que ce que fait Mittal aujourd'hui. Ça veut dire que ça va être un atout pour réindustrialiser la France.
Ça veut dire qu'on va pouvoir dire à Renault, à Peugeot, à des groupes industriels, relocaliser vos productions ici en France. Vous aurez de l'acier moins cher et de l'électricité moins cher puisque c'est le deuxième volet, c'est la bataille de l'énergie. C'est de diviser par quatre le coût de l'électricité en France. Et c'est possible. Avec de l'électricité nucléaire, décarbonée, moins cher et de l'acier moins cher parce que nous l'aurons nationalisé, nous avons un plan de reconquête sur la sidérurgie, sur la métallurgie en France qui va enfin pouvoir créer des emplois.
Et ça va peut-être répondre aussi au cri d'alarme des patrons de Renault et de Stellantis. J'y viens dans un instant. Mais est-ce que vous parlez, Fabien Roussel, avec les patrons d'ArcelorMittal ? Est-ce que vous échangez avec eux ?
Bien sûr. Et j'ai reçu le directeur général d'ArcelorMittal, France. Je l'ai reçu pour discuter avec lui, tête à tête, de la situation du groupe.
Vous en êtes arrivé à quelle conclusion ?
Mais d'abord, moi, je l'ai interpellé sur les choix qu'il fait de supprimer plus de 600 emplois. Et je lui ai dit, mais enfin, lui me certifie qu'il ne va pas fermer ses usines. Et moi, je dis, je le mets en doute parce que ce n'est pas cohérent avec ses choix de délocaliser notamment en Inde les bureaux d'études, comme s'il ne faisait pas confiance aux ingénieurs français. Et donc, je dis ça, ce sont des choix qui mettent en doute votre parole sur les investissements en France. Par contre, ce que j'entends de sa part, c'est qu'effectivement, la Commission européenne ne limite pas les importations. Et donc, il faut limiter les importations venant d'Inde et de Chine.
Mais avant de revenir à l'Union européenne, tout de même, quand même, Fabien Roussel, quand vous dites, nous, on peut s'engager sur 40 ans à mettre 100 millions par an, est-ce que c'est aussi la garantie de garder ses 600 emplois ? Et est-ce que si le marché de l'acier s'écroule, vous continuerez malgré tout à mettre ces 100 millions de l'État tous les ans ?
– Non, mais il faut planifier la réindustrialisation de la France. C'est une stratégie de planification.
– Il n'y avait pas un truc qui s'appelle le commissariat au plan ?
– Si, mais justement, M. Béroud a fait des propositions fort intéressantes là-dedans pour en parler. – Pourquoi ça n'a pas été suivi ? – Parce que M. Béroud, commissaire au plan, ne tient pas le même discours que M. Béroud, Premier ministre. Quand il était commissaire au plan, il proposait justement d'investir 400 à 600 milliards d'euros en 4 ans pour pouvoir produire réinvestissement.
– 400 à 600 milliards d'euros ?
– Oui, oui, oui, oui, en 4 ans. – Mais on les trouve où ? – Dans les banques, la Banque Centrale Européenne, notamment, c'est de l'investissement. On investit pour…
– Je comprends qu'il ne tienne pas le même discours quand il est Premier ministre, s'il s'était rendu compte qu'on ne les avait pas.
– C'est exactement ce que font les Allemands en ce moment.
– Ils mettent 400 à 500 milliards d'euros ?
– Il n'y a pas de problème d'argent. Il n'y a pas de problème d'argent, Mme de Valère. – Mais c'est super ! – Mais quand… – Vous auriez dû venir plus tôt, il n'y a pas de problème d'argent. – Mais quand l'Union Européenne a dit qu'il faut produire des bombes, il tape deux fois, il y a 800 milliards d'euros qui tombent, et là, il n'y a pas de problème d'argent, on sait produire des bombes. On n'a pas besoin d'usines pour produire de l'acier, on n'a pas besoin d'hôpitaux, on n'a pas besoin d'universités.
– Vous savez très bien Fabien Roussel, on n'a pas tapé deux fois et 800 milliards qui tombaient du ciel.
– Mais bien sûr que si, et d'ailleurs les…
– Mais non, ce sont des emprunts, ce sont des emprunts que font les différents États.
– Eh bien de la même manière, les Allemands, aujourd'hui, le nouveau chansonnier allemand, décide d'investir 500 milliards d'euros, ils appellent ça le bazooka monétaire, pour investir dans la rénovation des infrastructures et notamment du ferroviaire, eh bien nous devons, nous, faire la même chose, avoir une ambition immense pour notre pays. Faire un emprunt de la même manière, rembourser les annuités de cet emprunt dans 10 ou 15 ans, c'est ce que nous proposons, c'est ce que proposait M.
Béroux quand il était commissaire au plan, et cela va nous permettre non seulement de nationaliser des entreprises stratégiques, je pense à Vancorex pour la chimie, je pense à ArcelorMittal pour l'industrie et de l'acier, je pense à l'énergie, il y a 300 milliards d'euros à investir pour le nucléaire français, je pense aux ferroviaires, le gouvernement lui-même dit qu'il y a besoin de 100 milliards d'euros sur 10 ans pour le ferroviaire. Ce sont non seulement des investissements stratégiques pour l'avenir, mais ce sont là les emplois pour des ouvriers, pour des métallos, pour des ingénieurs, pour notre jeunesse qui, elles, aspirent à travailler justement dans notre pays.
– Je vous trouve merveilleux.
– Mais bien sûr, mais moi je suis plein d'optimisme.
– Je pense que la vie vie par Fabien Roussel est magnifique.
– C'est les jours heureux.
– Il n'y a pas de problème d'argent, il n'y a pas de problème d'industrie, l'acier ça va couler à flot pendant les 40 ans qui viennent. Est-ce que malgré tout vous n'avez pas l'impression quand même que c'est une vision un peu utopique ?
– Mais Madame de Malherbe, quand vous écoutez…
– Les Français, ils n'ont pas du tout l'impression qu'il n'y a pas de problème d'argent dans l'ordre.
– Quand vous écoutez les PDG de l'automobile…
– Les patrons de Stellantis et de Renault qui s'expriment dans le Figaro ce matin. – Exactement. – Qu'ils auront actuel, le marché pourrait être plus que divisé par deux d'ici 2035 dans l'automobile européenne.
– Ce sont les deux premiers responsables de beaucoup de délocalisation. Renault, il délocalise en Chine, en Slovanie, en Terpée, en Espagne, en Roumanie. Ces moteurs sont produits là-bas. Même la dernière Twingo va être conçue en Chine. Stellantis, il fait pareil. Son moteur EP qui était fait à Douvrain dans le Pas-de-Calais, il est fait maintenant en Hongrie. La première responsabilité qu'ils ont, eux, justement, c'est de produire en France, pour des voitures conçues en France. Ce sont des marques françaises, ce sont des chefs d'entreprises françaises. Ils ont une responsabilité qui est énorme. Voilà les débouchés pour l'acier en France.
Ça ne sert à rien de nationaliser Mittal si demain les bobines d'acier ne servent pas à produire en France. – C'est ce que j'allais vous dire. – Des voitures, des moteurs, du bâtiment, des poutres pour le bâtiment.
– Eux, ils demandent à l'Union européenne de desserrer les normes.
– Oui, il y a besoin de desserrer les normes. Mais je vais vous dire autre chose. Le premier utilisateur d'acier, c'est le bâtiment. Quand le bâtiment va, tout va. Mais alors quand il ne va pas, c'est la catastrophe. Outils Nord, dans le Nord, à Saint-Amand-les-Eaux, 120 emplois menacés parce que justement le bâtiment ne va pas. Et parce que le groupe préfère délocaliser. Mais c'est bien pour ça que nous avons une responsabilité de réindustrialiser le pays, de produire ici. Et nous avons besoin pour cela de nos filières aciers, de gagner la bataille de l'acier. Et c'est pour ça que la nationalisation est un des moyens.
– Nationalisation, donc c'est l'un des moyens. Question aussi sur ces normes. Je reviens sur leur demande aux deux patrons. Ils sont habituellement concurrents. Mais ils se mettent ensemble pour dire que l'industrie automobile est menacée. et ils demandent donc à ce que l'Union européenne allège les normes, notamment environnementales et de sécurité. Ils disent que c'est responsable de la majeure partie des hausses de prix, in fine, des hausses de prix des automobiles pour les Européens.
– Moi j'entends le discours sur les normes et que pour produire des petits véhicules légers, il n'y a pas forcément besoin des mêmes normes que les gros véhicules et les grosses berlines. D'accord, dont acte. Mais ce qui pèse le plus dans la production de ces véhicules, ce sont d'abord les marges à deux chiffres qu'exigent les actionnaires de ces deux groupes. On ne compte jamais le coût des dividendes versés dans chaque véhicule acheté. Moi j'en connais des ouvriers de chez Renault qui disent, on produit des véhicules qu'on ne pourra jamais s'acheter tellement ils coûtent cher et tellement les exigences de rentabilité sont élevées.
Je préfère qu'on produise beaucoup avec des marges plus faibles, mais qu'on produise en France et avec des voitures moins chères.
– Gérald Darmanin dit qu'il n'y a plus un endroit safe en France, ce sont ses mots, plus un endroit sécurisé. On voit bien que dans la moindre petite bourgade de ruralité, ils connaissent la coke, le cannabis. Avant la drogue c'était dans les grandes villes, c'était le métro. Voilà ce que dit Gérald Darmanin sur la chaîne YouTube Légende. Il ajoute que ça s'est généralisé, ça s'est métastasé, la France est devenue beaucoup plus violente. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ?
– Je suis d'accord sur le constat que la question de la sécurité, des trafics de drogue, des trafics d'armes, des trafics d'êtres humains ne se sont jamais autant développés. Mais il est quand même gonflé, M. Darmanin, de faire ce constat-là, lui qui a été ministre de l'Intérieur, ministre du Budget, ministre depuis 8 ans maintenant, on se demande quel est son bilan. C'est d'abord à lui de se remettre en cause quand même. Il est responsable de cette politique en tant que ministre du Budget. Qu'est-ce qu'il a fait ? Pourquoi il n'a pas donné plus de moyens justement au ministre de l'Intérieur de l'époque pour pouvoir embaucher et former plus de policiers ?
– Pourquoi il ne s'est pas rendu compte comme vous, qu'il n'y avait pas de problème d'argent ? – Pourquoi ? Mais vous savez, l'argent, Mme de Malerme, quand il faut reconstruire un pays, on sait le trouver l'argent. Quand la France était exsangue et en ruine en 1945, on va fêter le 80e anniversaire de la Libération, il n'y avait pas de problème d'argent parce qu'on a décidé de reconstruire la France. On a su construire des usines, on a su construire des voies ferrées, on a su construire des centrales nucléaires, on a su inventer la sécurité sociale avec Ambroise Croizat, et on a su redresser le pays, et aujourd'hui on vit encore sur ces immenses investissements.
C'est la même ambition qu'on doit avoir pour le pays.
– Y compris sur les questions de sécurité, pour vous aujourd'hui, ça fait partie aussi des priorités ?
– La question de la sécurité, c'est la question des services publics. On a besoin dans notre pays de produire, mais aussi de protéger. C'est la campagne que le Parti communiste français mène en ce moment, avec des affiches, des tracts, des meetings que je fais, produire et protéger en France. Ça veut dire des services publics qui nous garantissent la sécurité, la tranquillité, mais aussi l'accès aux soins, l'accès à la formation, à l'école. On a besoin de gamins formés, d'ingénieurs, d'ouvriers, de soudeurs.
– Plusieurs questions précisément là-dessus. Il y a cette proposition de loi contre les déserts médicaux qui arrive à l'Assemblée, une proposition portée par Guillaume Garraud. Il veut réguler l'installation des médecins sur le territoire. Le gouvernement ne soutient pas cette proposition de loi. Est-ce que vous appelez les députés de gauche à voter cette proposition ?
– Je suis pour pousser le débat au maximum. Nous sommes co-signataires de ce texte de loi. Il y a besoin de pousser un petit peu pour faire en sorte…
– Pourquoi pousser un petit peu ?
– Pousser un peu, c'est-à-dire qu'il y a le débat sur est-ce qu'il faut des mesures contraignantes pour inciter les médecins à s'installer dans des déserts médicaux ou pas. Je pense qu'il faut pousser un petit peu parce que sinon ça ne se fait pas naturellement. Mais je crois beaucoup plus dans des mesures incitatives pour inciter les médecins à venir dans les endroits où il n'y a pas de médecin aujourd'hui. Il faut en former beaucoup plus. Il manque de place dans nos facultés, dans nos hôpitaux. C'est le numerus apertus. C'est comme ça qu'il s'appelle. Donc on a du mal à former plus de médecins. Et donc allons-y, on en a besoin.
– Donc en l'état, vous ne le votez pas ? Vous demandez à ce qu'on continue à débattre ?
– Non, on appelle à voter ce texte, bien sûr. – Une question… – Mais c'est parce que j'entends les doutes chez les médecins. – Chez les médecins, mais aussi chez les étudiants. On a besoin que nos enfants aient envie de devenir médecins. Et donc il faut les accompagner.
– Une question aussi sur le versement d'acompte sur salaire. L'un des députés dit que les Français aimeraient pouvoir recevoir leur salaire à mi-mois, ou au moins en percevoir une partie. Est-ce que vous vous dites que c'est une bonne chose ?
– Mais ça c'est un député de la majorité, M. Macron. Ça c'est des députés qui trouvent des solutions pour ne pas augmenter les salaires. Ce que veulent les Français, c'est avoir plus à la fin du mois. C'est pas avoir toutes les semaines. Si les acomptes, ça existe. Mais d'abord il faut augmenter les salaires. Je trouve que c'est un retour en arrière. C'est un retour en arrière. C'est dans les années 70 que ça a été mensualisé. Sinon on n'a qu'à revenir aussi au salaire à la tâche, à la journée ou même à l'heure. Non mais on n'est pas des tâcherons. On est des salariés, on est des ouvriers. On veut gagner un salaire correct à la fin du mois, après avoir bien travaillé.
Et les Français, on leur demande de travailler beaucoup, même plus longtemps. Donc d'abord, payez-nous correctement. Et c'est ce que nous nous demandons.
– Un dernier mot sur le mea culpa. Vous disiez qu'il devrait faire un mea culpa à Gérald Darmanin. Il en fait un sur le fiasco de la finale de la Ligue des Champions qui avait opposé Liverpool au Real Madrid au Stade de France en 2022. Il avait affirmé à l'époque que ce qui avait causé ce fiasco, c'était le comportement des supporters anglais, la vente de milliers de faux billets. Il reconnaît aujourd'hui que ça n'était pas le cas. Mieux vaut tard que jamais.
– Oui, mieux vaut tard que jamais. Mais j'aimerais bien qu'il fasse son mea culpa sur la mauvaise politique qui est menée en France en matière de sécurité et de tranquillité publique. Donnez des moyens, donnons des moyens à nos policiers, à nos gendarmes, à nos enquêteurs, pour qu'ils puissent justement lutter contre tous les trafics, s'attaquer aux gros bonnets, s'attaquer au blanchiment de l'argent. C'est ça qu'il faut. Si on ne met pas plus de bleu dans la rue, mais aussi plus de moyens d'enquête, plus de moyens pour aller chercher l'argent dans les paradis fiscaux, on sera toujours gangréné par des trafics.
– Merci Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français. Je recommande votre dernier livre, Le Parti pris du travail. – C'est d'actualité quand même. – On en a effectivement entendu un morceau de votre plaidoyer pour ce travail et pour l'argent, il n'y a pas de problème d'argent. Il est 8h52 et vous êtes bien sur RMC, BFM TV. – Sous-titrage Société Radio-Canada
Fabien Roussel