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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 21 juin 2026 22 min

Abderrazak el Albani : "La science est truffée de dogmes"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et un grand entretien ce matin sur France Inter, nous avons le bonheur et l'honneur de recevoir un grand scientifique professeur de géologie, de biogéochimie à l'université de Poitiers. Il a donné tort à Darwin, rien de moins. Il parcourt le monde, le monde et son terrain, lui qui mène l'enquête. On lui doit une découverte en 2008 qui a tout simplement révolutionné la connaissance et la science, le récit de nos origines. Une découverte qui a fait la une de la très prestigieuse revue Nature et qu'il raconte dans un livre. Ce livre, ce sont les dernières nouvelles des origines de la vie chez Alari Édition. Bonjour Abdel Razak à l'Albani. Bonjour. Et bienvenue.

Merci infiniment d'avoir accepté notre invitation. Questions, réactions chers auditeurs sur la vie, ses origines, toutes les questions que vous vous posez également sur la naissance d'Homo sapiens, de notre naissance donc au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France. Vous êtes né à Marrakech. Absolument. Abdel Razak à l'Albani. Vous êtes professeur à l'université de Poitiers. Vous êtes géologue. Vous arpentez le monde, je le disais, le Maroc, le Gabon. Vous passez votre vie dans un avion et sur le terrain.

Il faut savoir que dans votre bureau à l'université de Poitiers, il y a deux affiches extrêmement prestigieuses et très rares sont les chercheurs à pouvoir s'enorgueillir d'un tel prestige. Il y a deux couvertures, celles des deux plus grandes revues scientifiques au monde. Nature et Science. Nature et Science. D'où venons-nous ? C'est à cette question que vous répondez dans ce livre, que vous essayez d'apporter un élément de réponse en 2008. De quoi est-ce qu'on parle quand on parle de la vie ? Commençons tout simplement par là.

1:51
Invité

La question est vertigineuse. Alors la vie a plusieurs formes. Elle a d'abord le début du commencement, c'est-à-dire les toutes premières traces de vie qui ont été découvertes, qui datent de 3,5 milliards d'années, sont des bactéries. Jusqu'à présent, c'est ce qu'on a. Les plus anciennes traces de vie, on les a trouvées en Australie. Voilà, donc c'est des bactéries qui ont été trouvées après, par ailleurs.

Et après, le plus important par la suite, c'est à quel moment on va sortir d'un stade bactérien, tout le monde sait ce que c'est une bactérie, pour aller vers des cellules dites sauvestiquées, et portant un peu scientifique eukaryotes, c'est des cellules, nous sommes un tas de cellules eukaryotes, c'est-à-dire quoi ? Par rapport à une bactérie, on a une membrane, on a des métochondries, on a un noyau, on a un métabolisme plus sophistiqué, et ça, ce passage, ce shift-là, a été très débattu, et en fait, dans le dogme, j'allais dire, de la science, qui est trupe fait de dogme d'ailleurs, ils disaient que c'est aux alentours de 600 millions d'années.

Alors, si vous faites le calcul par rapport à 2,1 milliards, il y a quand même un écart vertigineux. Alors, c'est très bien, mais quand vous publiez ça en 2010, c'est ce qu'on raconte dans le livre, on ne va pas vous dérouler le tapet rouge, parce que vous venez nés de Harvard, nés de Stanford, alors Poitiers est une université prestigieuse, 600 ans ! Vous avez fait vos études à Lille ? Vous avez fait mes études à Lille, bien entendu, et je suis né à Marrakech, voilà.

3:12
Présentateur

Mais qu'est-ce qui apparaît donc en 2008, vous publiez donc en 2010, qu'est-ce que vous découvrez très précisément ?

3:19
Invité

Alors, on découvre des formes de vie multicellulaires, complexes et organisées, avec différentes tailles, différentes formes, et qui ressemblent, pour simplifier l'imagination et l'imaginaire des auditeurs, à des méduses, pour faire simple. C'est des corps mous et gélatineux. À cette époque-là, le vivant, l'être vivant, n'avait pas de carapace, il n'y avait pas de test, il n'y avait pas de coquille, il n'y avait pas de... Voilà, on était sur des choses simples, mais complexes pour l'époque, et en fait, ça vivait soit sur le fond, soit en plancton, ça se balade dans la colonne d'eau, soit fuisseur.

Mais de parler de ça, en 2010, alors que c'est écrit, c'est décrété depuis toujours, que les premières traces de vie multicellulaires, complexes... Et notamment depuis Darwin.

Ah ben Darwin, alors justement, Darwin, les gens savent peu, mais Darwin, moi je ne contredis pas la théorie de Darwin, mais je dis tout simplement, quand il est parti, il n'avait pas une idée précise sur l'âge de la planétaire, parce que ça, ça a été découvert, il n'y a pas très quelques dizaines d'années, on va dire maintenant, mais par rapport à l'histoire géologique, c'est rien, mais Darwin, il disait que l'histoire de l'évolution se fait d'une manière progressive, à partir d'un ancêtre commun, ce qui est révolutionnaire pour son époque, mais en fait, ce n'est pas si simple que ça, c'est plutôt en marge d'escalier, ça se développe quand l'environnement le permet, mais quand les conditions ne sont plus là, c'est la crise biologique laveur.

Mais voilà, c'est ça qui est intéressant, c'est qu'il y a cet ancêtre commun dont on pense qu'il est à l'origine de tout, c'est-à-dire qu'on serait cousins en quelque sorte avec les fleurs, avec les animaux, avec tout le monde, cet ancêtre unicellulaire qui serait commun à tout le vivant, et qui est quoi ? Une réalité ou un concept ? Vous vous dites que c'est un concept. C'est un concept. Donc ce n'est pas sûr en fait. En fait, les bactéries arrivent, et on se pose la question, à 3,5 milliards d'années, quelles sont les premières briques du vivant ? Parce qu'il faut fabriquer la bactérie, il faut trouver des acides aminés, il faut trouver des protéines au fina, faire quelque chose.

Et alors, de ce qui est admis aujourd'hui, c'est qu'il y a plusieurs théories, mais celle qui fait consensus, c'est que nous sommes en fait un produit, nous sommes des extraterrestres, pour simplifier. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les éléments chimiques, l'azote, le phosphore, tous les éléments chimiques dont le vivant a besoin, ils sont dans l'espace en fait. Et comme notre planète, ça arrive sur Terre. Et alors, le mode d'organisation pour passer d'un élément chimique, faire les briques de vivant pour faire la première bactérie, c'est toute une alchimie.

Mais, il y a un article qui est sorti avant-hier, dans Nature, j'ai été interpellé pour faire un commentaire là-dessus, par le journal Le Monde, et ils ont publié les histoires de la transition vers les eucaryotes. Et c'est très complexe, ça prend du temps. Et on pensait avant que... Les eucaryotes ? Les eucaryotes sont des cellules qui sont très différentes des bactéries, parce que dedans, il y a une métochondrie, on a un noyau, on a des membranes. C'est une cellule...

6:07
Présentateur

Vous l'avez déjà dit, mais je vous le fais répéter, parce que la répétition, c'est la mère de la pédagogie. C'est ça.

6:12
Invité

Mais c'est vous, c'est moi. C'est exactement. C'est nous tous. Nous sommes des multicellulaires eucaryotes. Alors, nous sommes des métazoères, nous sommes des homo sapiens, on va dire. Mais la cellule est là, pour Lucas, c'est un concept, en fait, qui a été... Lucas, c'est la cellule conceptuelle, donc c'est un organisme d'une seule cellule qui serait notre mère à tous. Avant les bactéries, avant tout. C'est-à-dire, à un moment, il y a un ancêtre commun à tout ça, à tout ce qu'on voit aujourd'hui. Et donc, les biologistes arrivent à mettre la main là-dessus de biologistes moléculaires qui font de la modélisation. Mais on ne la part, en fait. Pourquoi ?

Parce que plus les roches sont très anciennes, plus est la difficulté à trouver quelque chose de conservé. 3,5 milliards d'années, vous vous rendez compte ? Les gens ne savent pas que 4,5 milliards d'années, c'est l'âge de la planétaire. Je parle du grand public, bien entendu. C'est beaucoup de temps.

6:59
Présentateur

Donc, pour trouver quelque chose qui ressemblerait à un fossile. Ça, c'est ce que trouve la paléontologie classique. Vous, vous pratiquez la géochimie, c'est-à-dire que vous voyez même ce qui n'est pas perceptible à l'œil nu. Il y a Jean sur l'application Radio France qui vous demande qu'est-ce qui raconte l'histoire la plus passionnante ? La paléontologie ou la géochimie ?

7:18
Invité

Alors, moi, je suis un adepte de la pluricellularité. Je hais le fait qu'on soit mis dans un stylo et qu'on ne discute pas avec les autres. La paléontologie nous apporte la description du fossile. Très bien, on a besoin de ça. Mais ça ne suffit pas. Si on veut aller plus loin dans la compréhension des conditions environnementales, de l'oxygène sur Terre, rien que l'oxygène, c'est une histoire, du climat, etc., il va falloir analyser la chimie, il va falloir analyser la morphologie en 3D, il va falloir analyser la minéralogie.

Et donc, un organisme qui est mort, il est dans une tempe, qui est une roche, dont on va comprendre l'organisme quand on va le décrire en trois dimensions, c'est la paléontologie. Mais pour aller au-delà, il faut aller s'intéresser à son encaissant. Et c'est ça en encaissant qui va nous raconter son milieu de vie, son environnement, et ses conditions de vie et de mort. Mais donc, votre découverte, en 2008, publiée en 2010 par Nature, elle montre qu'en fait, il y a 540 millions d'années, il y avait déjà des organismes à plusieurs cellules.

Sauf que, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, quand vous les contactez Nature, il y a plusieurs relecteurs, il y en a un qui est totalement séduit, et l'autre, non, pas du tout. Ah bah, pas du tout, pas du tout. Mais après, on s'est pris un troisième. Alors là, lui, la revue était invraisemblable. Vous ne l'aimez pas, lui. Ah bah, c'est pas que je ne l'ai pas assez... Je l'ai même rencontré, il a dit un truc invraisemblable, et je trouve ça bizarre. En fait, il dit, tant que vous ne m'avez pas cité, et moi, dans les bouquins autour de moi, j'ai plein de choses qui ne ressemblent à rien, je refuse.

Et je lui dis juste, si vous voulez refuser l'article, vous avez le droit, mais présentez des faits. Il n'y a pas de faits. Et heureusement, il n'a pas été suivi. Et c'est ça qui est extraordinaire. Dans certains reviews, les gens se basent sur... On parlait de croyances et du dogme, dans la science, il y en a, et se basent sur ses croyances à lui, et heureusement... Donc la rédaction en chef, finalement... Il n'y a pas de raison, heureusement. Voilà, vous suit et publie cet article. Elle prend un risque, en quelque sorte. Un risque, bien entendu, mais un risque mesuré, parce que par la suite, nous, on a continué le travail, ça a suscité le débat.

Et quand on l'explique bien dans le livre, tous les travaux qui sont sortis par la suite

9:19
Présentateur

nous donnent raison. Alors, vous avez travaillé au Gabon, c'est là que vous avez fait cette découverte fondamentale. Et puis ensuite, vous êtes allé chercher les nouvelles, des nouvelles, des origines de la vie, au Maroc.

9:31
Invité

Au Maroc, qu'est-ce que vous y avez trouvé ? Alors, le Gabon et le Maroc, c'est deux pays extraordinaires. L'Afrique, d'une manière générale, pour le patrimoine, notre patrimoine, on va dire, géologique ou archéologique extraordinaire. Alors, le Maroc, il a apporté aussi, récemment, si vous voulez, on a trouvé des organismes. Alors, le nom, c'est Trilobite, ça ressemble à des crevettes, pour faire simple, pour imager, c'est des arthropodes, dans des cendres volcaniques. Ils ont été préservés en 3D.

9:57
Présentateur

Vous avez découvert une sorte de Pompéi marin, pour frapper l'imagination de nos auditeurs.

10:01
Invité

Justement, c'est-à-dire, on a un volcan qui explose, comme à Pompéi, il envoie des cendres, c'est-à-dire, on tombe dans l'eau, et bon, ils vont figer les organismes de 515 millions.

10:09
Présentateur

La faune aquatique est pétrifiée dans les cendres volcaniques, ça, c'était il y a 515 millions d'années. On est donc, vous découvrez des fossiles.

10:18
Invité

Des fossiles, mais qui sont, avec, on a le tube digestif, on a l'emplacement du cerveau, on a l'emplacement de l'estomac, on a les lèvres. C'est important, cette histoire de l'air, parce que jamais personne n'a trouvé des lèvres conservées de ces organismes, et c'est les meilleurs, jamais décrites, c'est pas moi qui dis ça, c'est les critiques. C'est pour ça que ça a été publié dans Science avec la couverture.

10:36
Présentateur

Ils vont de 1 mm à 70 cm de long, ces fossiles, ce sont tout simplement les mieux conservés au monde. Et pour le coup, il y a un autre site au Maroc, vous parlez d'un paradis pour les géologues, c'est près de Marrakech, dont vous êtes originaire, sur le site montagneux de Jbel Irhoud, c'est là que les squelettes des plus vieilles traces d'homo sapiens ont été découvertes ?

11:02
Invité

Absolument, parce que, si vous voulez, ce qui est vraiment problématique dans la recherche que nous menons, c'est de trouver des fenêtres exceptionnelles sur les origines de la vie d'une manière générale, que ce soit la nôtre ou des bactéries ou tout ce qu'on veut. Mais là, le Maroc, il apporte aussi une fenêtre exceptionnelle sur les origines des homo sapiens. Il y a les homo sapiens les plus primitifs, les plus anciens au monde, de 315 000 ans, 315 000 ans, et donc, ça fait l'objet de...

11:26
Présentateur

C'est beaucoup plus vieux que ce qu'on imagine.

11:28
Invité

Bien sûr, il n'y a pas d'équivalent aujourd'hui dans le monde entier, pour ne pas parler que de l'Afrique, bien sûr, l'Afrique, c'est un continent extraordinaire pour les origines de la vie, etc., mais ce n'est seulement que Maroc qu'on trouve ça, c'est l'équipe de Jean-Jacques Eblain, de Abdelwad Bansar, de Rabat, de l'INSAP, toute cette équipe internationale qui a publié Donature en 2017, il y a plein de travaux, et donc, on est dessus, nous, pas pour refaire ce qui a été fait, comme je fais au Gabon, pour moi, ce qui m'anime, c'est la question scientifique, là, je m'en fous, excusez-moi l'expression, ce qui m'intéresse, c'est la question qui se pose, que ce soit 315 000 ans ou 2 milliards d'années, ça m'est égal, mais moi, j'avais envie de comprendre les conditions de vie, le climat de l'époque, l'environnement, l'environnement de ces humains, nos ancêtres primitifs, et on en reparlera, l'occasion viendra, le bit.

Pourquoi ils vous valent la couverture de saïenne ? Alors, parce que, grâce à cette pétrification, comme à Pompéi, on a pu conserver, on les a pris en flagrant délit, au moment où ça a été figé par les cendres volcaniques qui tombent dans l'eau à 600-500 degrés, vous créez un gel de silice et pouf, vous le figez, vous faites une photographie 3D de l'organisme. Et là, vous avez le détail, parce que le problème dans la fossilisation, c'est que vous perdez de l'information au cours du temps par des interactions avec la... Même parfois, on n'arrive même pas à distinguer, c'est ce que vous dites dans le livre, à distinguer entre la pierre et l'organisme vivant. Ah bah, parfois, tout est disant.

Et là, on a quelque chose d'extrêmement bien conservé, et c'est un travail d'équipe, bien entendu, je ne suis pas seul. Et là, on a des détails jamais découvertes qu'on a trouvés au Maroc.

12:56
Présentateur

Et j'invite vraiment à lire cet essai Dernières Nouvelles des Origines de la Vie, parce qu'il est extrêmement accessible, paradoxalement, pour des travaux aussi pointus qui sont véritablement les dernières nouvelles de la science. Plusieurs questions d'auditeurs qui sont passionnés par les origines de la vie. Louis qui vous demande quelle impression vous éprouvez Abderrazak à l'Albani lorsque vous étudiez des fossiles qui sont vieux de plus de 2 milliards d'années avec des techniques actuelles de pointe comme l'imagerie 3D, peut-être,

13:27
Invité

l'intelligence artificielle. Oui, alors ça montre qu'on est juste moins que rien, on n'est rien par rapport, vous avez l'immensité du temps, vous vous rendez compte, 2 milliards d'années par rapport à nous, 315 millions. Ça montre à quel point l'histoire de la planétaire est une histoire absolument incroyable, c'est pas un long fleuve tranquille, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de change, il y a une géosphère, c'est-à-dire l'histoire de la géologie de la planétaire qui est très dépendante du vivant.

C'est pour ça que je suis très content de cette histoire gabonaise et marocaine, ça montre à quel point il y a une co-évolution du vivant avec son environnement, c'est ce qu'on vit aujourd'hui, on est très en interaction avec notre milieu de vie.

Mais c'est d'ailleurs ce que vous écrivez, vous dites, il y a eu 5 extinctions de masse, celle des dinosaures, donc c'est la dernière, il y a 66 millions d'années, mais il y a aussi celle qui a mis fin au Gabon Yonta, donc ces êtres gélatineux que vous avez trouvés au Gabon, ça c'était il y a 4 milliards, un peu plus de 4 milliards et demi d'années, et c'est à cause de la chute du taux d'oxygène, sauf que vous dites qu'aujourd'hui, avec les gaz à effet de serre, la prochaine extinction, elle pourrait être due à l'humain ?

Alors, l'humain est très responsable, alors, si vous voulez, ce qu'on montre, c'est que les 5 extinctions majeures dont on parle dans la littérature, c'est vraiment peu par rapport à la réalité, il y en a eu plein d'autres, et c'est ça que je trouve dommage, parce que 4,5 milliards d'années, d'une histoire... En général,

14:40
Présentateur

on en connaît au moins une, c'est celle des dinosaures, c'est celle des dinosaures,

14:43
Invité

mais il y en a plein d'autres, on ne connaît pas.

14:44
Présentateur

C'est la sixième à venir, qui est l'extinction de masse

14:46
Invité

qui est en train de se produire aujourd'hui. Si vous regardez aujourd'hui, à partir, les analyses le donnent, à partir de la révolution industrielle, vous augmentez beaucoup de CO2 dans l'atmosphère, tous les gaz à effet de serre, le métal, la vapeur d'eau, etc., mais vous augmentez l'acidité dans les océans, et tout est corrélé avec la révolution industrielle, tout est daté très clairement, donc depuis que... Depuis Watt et l'invention de la machine à vapeur.

Ben voilà, c'est pour ça que je dis toujours, c'est bien, on ne peut pas, il faut qu'on arrive à évoluer, etc., on est entièrement d'accord, mais quand on parle des changements que nous regardons, que nous constatons aujourd'hui dans l'environnement, ben il est évident qu'on est responsable, mais on n'est pas tous coupables, et que la décision, ce n'est pas les scientifiques qui l'apprennent, nous on juste en met le doigt sur ce qui ne va pas, mais c'est la gouvernance qui doit décider, c'est les états,

15:32
Présentateur

c'est... Voilà. Et il faut protéger d'ailleurs les sites sur lesquels vous travaillez, il y a d'un côté lanceur d'alerte dans votre démarche, parce que vous montrez qu'il y a eu très souvent des pillages, alors notamment sur des sites sur lesquels vous avez travaillé au Maroc, mais partout, au fond, où dès qu'on trouve un fossile ou une roche un peu ancienne ou qui pourrait être d'une utilité scientifique vitale, ben elle est très souvent volée, elle est très souvent vendue ailleurs, malheureusement, oui, et on perd ce patrimoine absolument fondamental.

16:04
Invité

Je n'ai pas arrêté de le dire, de l'écrire, etc., mais si vous voulez, moi je dis toujours, il ne faut pas fermer les frontières aux chercheurs, il faut garder ce contact, cet échange avec l'extérieur, bien entendu, le problème, il y a deux problèmes, il y a le commerce des fossiles que malheureusement est toléré, et deux, il y a les académiques de certaines universités de Ronan qui viennent se servir avec des valises chargées de... Voilà, et puis ils récupèrent la matière, ils font des publications, ils ne mentionnent même pas, ils ne associent pas les gens du pays.

Vous dites, il y a deux problèmes, en réalité, il y en a un troisième parce que dans votre livre, il est question aussi de sites préservés en Ukraine. Vous avez vécu en Ukraine avec cette guerre qui dure depuis quatre ans, est-ce qu'ils le sont encore préservés ? Malheureusement non, on a formé les deux premières étudiantes ukrainiennes en géologie chinoise à l'université de Poitiers, la deuxième elle a terminé, une semaine après, la guerre s'est déclenchée, et on était en train de recruter la troisième doctorante, et donc ce site-là, il est sous les bombes. Moi j'ai bossé pendant huit ans en interaction avec les collègues ukrainiens, tout a été stoppé net après la guerre.

Évidemment, les endroits en travail, ils ont vu passer des drones, des bombes, etc. Donc la guerre ne tue pas seulement des hommes, elle détruit aussi la science. Bien sûr, le patrimoine géologique mondial, on va dire, ou archéologique, tout ce qu'on veut, évidemment, sous l'effet des bombes, on perd de la matière, et tous ces sites-là qu'on était en train même de classer à l'échelle du patrimoine mondial de l'UNESCO, tout est à l'arrêt, voire détruit.

17:23
Présentateur

Ce qui est assez extraordinaire, c'est que vous, vous travaillez sur un monde, alors cette échelle de temps, c'est vrai qu'on a du mal à la mesurer, mais un monde qui ne ressemble tellement pas à celui que nous connaissons aujourd'hui. Vous travaillez sur un monde, par exemple, où des montagnes, celles de l'Atlas au Maroc, des zones désertiques, étaient des océans ? Bien sûr, bien sûr. C'est ça qui est très intéressant. Vous arrivez à visualiser, est-ce qu'il y a un travail d'imagination pour essayer de voir

17:46
Invité

ce monde des origines ? Bien sûr, les géologues imaginent beaucoup. Heureusement, d'ailleurs, parce qu'il se projetait sur des milliards d'années, mais il y a des faits, il y a des mesures, il y a des analyses, et on sait, on sait à quel moment la mer était là, à quel moment elle est repartie, tous les mouvements de va-et-vient de niveau marin, on le voit, on voit quand la Terre est devenue plutôt avec un climat sec ou un climat humide, etc. On a tous les outils.

D'ailleurs, pour tout vous dire, on est en train de publier un article sur le Pompéi-Marin, on est en train de mettre en évidence et de caractériser le milieu de vie avec les variations de niveau marin du site dans lequel ils ont vécu. Tout ça, on arrive à le mesurer, et c'est mesurable, donc il n'y a pas de soucis par rapport à ça.

18:21
Présentateur

Bonjour Jean-Louis, et bienvenue sur France Inter.

18:24
Invité

Bonjour Ali, merci, bonjour Marion. Bonjour.

18:27
Présentateur

Et vous avez une question pour notre invité Abderazak, l'Albani.

18:31
Invité

Oui, bien sûr. Vous appuyez sur les boutons avec votre visage, Jean-Louis. Date de 2008.

18:38
Présentateur

Alors, petit problème technique, on va vous rappeler dans un instant, Jean-Louis, l'histoire de retrouver une liaison confortable et pouvoir entendre votre question.

18:47
Invité

On parle souvent du budget de la recherche Abderazak à l'Albani. C'est vrai qu'il a été diminué l'année dernière, cette année, et encore, on va ponctionner sans doute des crédits pour faire face au coup de la guerre au Moyen-Orient. Quelles conséquences a-t-il sur votre activité ? Est-ce qu'au fond, vous vous dites, il faut peut-être faire ce sacrifice de renoncer pendant quelques temps à ne plus chercher nos origines ? Comme dit Darwin, soit on s'adapte, soit on est éteint. On s'adapte avec les réductions budgétaires qui sont évidentes aujourd'hui. La recherche française, je prends juste l'exemple donné par le CNRS il n'y a pas longtemps.

500 millions d'euros ont disparu, peut-être c'est le bon terme, mais en tout cas, en moins pour la recherche. Aujourd'hui, les régions, toutes les régions, ils ont été ponctionnées de manière à ce qu'ils investissent moins dans différents domaines, alors qu'heureusement, on a les conseils régionaux qui nous aident au niveau des recherches, mais comme maintenant on leur prend beaucoup d'argent, ils aident moins. Et ça, c'est vraiment un problème comparé avec les autres pays. Vous savez qu'on a... Ah oui. Ah ben bien entendu, les Chinois aujourd'hui, je collabore avec eux, ils sont à des années-lumières de nous maintenant, ils avancent. Ils ont pris une avance considérable ?

On investit 2,3 PIB en France, c'est... Depuis 30 ans, ça n'a pas bougé, on est en dessous de la limite de l'OCDE, donc juste pour vous donner l'idée. 2,3% du PIB. Ouais, du PIB, ouais. Alors les Chinois, ils sont passés, alors on va dire que... Ils ont commencé à 0,6, ils sont à 2,4, 2,6, un truc comme ça. Donc une progression vertigineuse. Et je vois leur mode de façon... Oui, parce que leur PIB

20:13
Présentateur

est considérablement plus élevé que celui de la France.

20:19
Invité

Vous en faites moins parce que tout est payant aujourd'hui. Il ne faut pas rêver. Quand on est dans les laboratoires, vous ne faites pas une seule analyse sans payer. Donc pas d'argent, pas de recherche.

20:26
Présentateur

Vous êtes enquêteur et vous avez une manière assez amusante de décrire votre travail, votre passion pour la géologie qu'on a entendue tout au long de cet entretien. Vous vouliez aller sur le terrain comme les footballeurs.

20:38
Invité

Parce qu'au départ, je ne voulais pas être géologue. Moi, je le répète, je voulais être footballeur et je ne sais pas pourquoi je voulais jouer à Nantes. Je ne sais pas d'où sort cette histoire. Dans ma vie, quand j'étais à Marrakech, je sais ce que je voulais faire. Mais en fait, la question pour revenir à l'enquête, mon père était flic. Et nous, le géologue, notre métier, c'est d'enquêter. Et moi, c'est quelque chose qui me passionne et surtout, alors le métier de géologue est formidable. Ça nous permet de rencontrer des cultures, des civilisations, façon de travailler. On a un projet qui s'appelle Darwin soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine.

On diffuse en direct pendant 15 heures sur trois missions avec les lycées-collèges de la région Nouvelle-Aquitaine. Et ça fait cinq ans que ça dure et ça fait partie des choses. La diffusion du savoir et le partage du savoir.

21:20
Présentateur

Des professeurs, des lycéens, des collégiens.

21:23
Invité

Ça, c'est quelque chose qui me plaît beaucoup parce que les chercheurs, d'une manière générale, on est considérés comme étant des individus perchés. Il faut se rendre disponible et ça doit faire partie. Ça fait partie de notre tâche, c'est de partager avec le grand public et les enfants.

21:35
Présentateur

Et merci d'ailleurs de partager ces dernières nouvelles des origines de la vie que vous publiez donc aux éditions Al-Hari, Abderazak à l'Albani. Merci infiniment d'avoir été l'invité de France Inter. On vous souhaite une excellente journée. Merci beaucoup.