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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 3 janvier 2026 20 minContradictoireMixte

Avec leur film "Ma Frère", Lise Akoka et Romane Gueret veulent "rendre justice à l'enfance dans sa complexité"

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0:00
Présentateur

Allez, venez, on quitte le froid et la griseuille et je vous emmène au soleil en colonie de vacances dans la Drôme avec un groupe d'enfants plein d'humour et à la répartie qui claque, c'est l'univers du film « Ma frère » présenté au Festival de Cannes l'an dernier et qui sort en salle mercredi prochain. L'histoire de deux amis d'enfance de 20 ans qui s'enrôlent comme animatrices pour l'été et encadrent des enfants issus comme elle d'une cité du 19e arrondissement parisien. Histoire d'amitié, d'émancipation, d'entrée dans l'âge adulte avec ses responsabilités. Les deux réalisatrices du film sont avec nous ce matin pour le grand entretien ainsi que deux des jeunes acteurs autour de la table.

Il y a donc Lisa Coca, Romane Guéret, Nicolas Bulatovic, Sarah Benhamer. Bonjour à tous. Bonjour. Alors, je voudrais d'abord expliquer ce titre « Ma frère ». À première vue, on a envie de vous dire, il y a une faute de grammaire, c'est pas ça du tout en fait.

0:46
Invité

Oui, il y a une petite ambiguïté grammaticale et identitaire puisque c'est lié à l'histoire d'une amitié fraternelle entre deux filles. Et donc, en fait, « Ma frère », c'est un peu frère, ce tic générationnel. Mon pote, quoi. Oui, en tout cas, que même les filles amies utilisent entre elles, qui est transformée en langage inclusif et qui permet de donner à voir la puissance de ces deux filles-là qui reprennent un peu le pouvoir de leur vie dans ce film.

1:20
Présentateur

Oui, c'est ça.

1:20
Invité

Féminiser le mot, Romane Guéret, c'est un peu reprendre le pouvoir aussi sur le patriarcat, au fond. Oui, exactement. Et puis, je pense qu'on avait à cœur de faire une comédie féministe. Le film n'est pas seulement une comédie, mais c'est un film porté par deux héros, une forte, qui sont ces deux jeunes filles qui s'appellent frères, malgré tout.

1:42
Présentateur

Et qui s'appellent donc Shai et Geneba et qui sont animatrices de Colo. Alors, il y a plein de choses qui frappent dans le film, mais il y a cette langue, notamment. Alors, c'est un film sur l'enfance, sur les enfants, ils sont de différents milieux, ils sont malins, ils ont vraiment la tchatche, pas toujours très sympa entre eux, parfois vulgaire. Il y a un langage familier avec des frères, des wesh dans toutes les phrases. On est entre le littéraire et l'argot, il y a quelque chose de poétique. Nicolas, peut-être, est-ce que ça ressemble à la façon dont vous parlez avec vos amis dans la vie ?

2:12
Invité

Oui, exactement. On parle toujours comme ça, en fait, dans la vraie vie, que ce soit dans le film ou à l'extérieur du film. Entre nous, on parle toujours comme ça. Ah oui, c'est vrai, Sarah ? Sarah, pareil ? Oui. Wesh, ça veut dire quoi, wesh ? C'est une expression.

2:25
Présentateur

C'est pour rythmer, c'est comme... Oui.

2:27
Invité

C'est... En fait, oui, c'est pas un mot vulgaire, un truc comme ça. Non. Mais, voilà, on parle avec. Ça veut dire plein de choses, wesh. Ça veut dire bonjour, ça veut dire... Ça veut dire, par exemple, quand quelqu'un, il est... Il voit quelque chose, il est choqué, il fait wesh. Par exemple, c'est... Il est surpris, par exemple. Voilà, exactement, wesh, c'est un mot qui veut dire plein de choses. C'est une expression, du coup.

2:51
Présentateur

Une expression qui veut dire plein de trucs. Alors, c'est vrai que dans votre précédent long-métrage, les pires récompensés en Cannes, ils étaient déjà au cœur de l'histoire, en fait. Les enfants et les grands-enfants, disons... Les ados, ils sont aussi stars dans la série Tu préfères, sur Arte. On retrouve, d'ailleurs, des personnages qui sont les personnages principaux du film. J'espère que j'arrive à me faire comprendre. C'est comme une suite, ce serait une suite de... Un spin-off, on dirait, un dérivé, quoi.

3:18
Invité

Voilà.

3:18
Présentateur

Et pourquoi est-ce que vous vous intéressez comme ça, à l'enfance, à la jeunesse, Lisa Coca ?

3:23
Invité

Ben, en fait, c'est vraiment ce qui nous a liés, toutes les deux, avec Romaine, quand on s'est rencontrées. C'est cet intérêt commun pour le monde de l'enfance, et particulièrement pour les enfants un peu cabossés, un peu accidentés. Je pense qu'aussi, nous, on a souffert, en tant qu'enfants, de ne pas se sentir suffisamment représentés au cinéma, et d'être un peu toujours transformés par le regard adulte.

Et donc, on est comme ça, en quête de cette vérité, de cet hyper-réalisme pour rendre justice à l'enfance, et pour essayer de rendre compte de ce que c'est que l'enfance dans sa complexité, et pas seulement de façon polissée, pas seulement en les regardant avec un surplomb d'adultes, mais en essayant de rendre compte aussi de la folie et de la cruauté de l'enfance, et de rentrer comme ça, comme dans un trou de serrure, dans cette micro-société, et mettre les spectateurs vraiment au cœur de ce théâtre qu'est l'enfance. Romane Guerré, c'est ça le défi, c'est de ne pas regarder par au-dessus, et d'être vraiment à l'intérieur de ce monde-là ? Oui, exactement.

Et puis, il y a quelque chose d'assez concret, c'est que les enfants, comme c'est des enfants, ils ne peuvent pas se raconter, ils ne peuvent pas réaliser leurs propres films. Donc, c'est là où, comme dit Lise, c'est un défi, c'est un challenge, c'est une petite utopie, parce qu'on reste des adultes, on fait des films, et c'est pour ça qu'on les invite beaucoup aussi, dans la façon dont on fabrique le film, dont on écrit les dialogues. Ils sont très présents, nous, on s'inspire énormément d'eux, en fait, c'est comme un petit travail documentaire, à la base, qui devient après un vrai travail de fiction, parce que Nicolas, comme Sarah, on dirait, vous écoute attentivement tous les deux.

Mais ils jouent vraiment, c'est des dialogues très écrits qu'ils ont appris, que vous avez dû apprendre par cœur, c'était pas trop dur, ça, Sarah ? Moi, perso, pour les autres, je crois que c'est un petit peu dur. Mais en vrai, pour moi... C'est vrai que toi, au début du film, tu ne parles pas du tout. Oui, vraiment. C'est vraiment timide, au point, vraiment...

5:16
Présentateur

De ne pas dire un mot. Nicolas, tu as l'impression que, effectivement, quand on parle de ce monde-là, des enfants en colonie, on vous regarde par au-dessus ou on vous regarde à côté, en face ? On nous regarde par-dessus. Ah oui, c'est vrai ? Donc, ce n'est pas complètement réussi. Ces enfants, ils partent tous ensemble en colonie de vacances. Il y a une directrice de colonie qui est super, c'est Amel Bent. Et puis, il y a les animateurs, les animatrices, les deux héroïnes du film, elles sont super. Les actrices Fantake, Bechirel, Nataf, elles sont flamboyantes. Et puis, tout le monde se baigne, fait du canoë, déveillé au coin du feu, ça donne ça.

5:53
Invité

Ah, mais donc, toi, tu préfères être riche, mais seule toute ta vie, plutôt que heureux dans l'amour, mais pauvre. Largement, wesh. J'arrête de faire vos sentiments ici, wesh. Parce que pour moi, quelqu'un de pauvre, il vit mal. Il a plus de maladies et tout, même si tu as une femme. Eh, l'amour, c'est la plus belle chose dans la vie, les gars. Quand vous avez compris ça, vous avez compris tout ici. N'oubliez pas ça. Vas-y, Esley, c'est des mecs qui pensent qu'à l'oseille, c'est boloss.

6:25
Présentateur

Bon alors, le jeu, c'est de dire ce qu'on préfère avec des alternatives totalement absurdes. On l'entend, ça donne parfois des choses assez profondes, finalement. Nicolas, j'ai envie de vous faire jouer à Tu préfères ? Alors, vous, vous incarnez Mathéo, donc c'est un garçon un peu timide qui se fait mettre presque le grappin dessus par une fille un peu autoritaire, c'est vrai. À un moment, on lui demande tu préfères embrasser Jasmine ou manger un mon chéri ? C'est quoi la réponse en vrai ? La réponse, c'est manger un mon chéri. Même dans la vraie vie, tu préfères embrasser... Manger un mon chéri. Manger un mon chéri plutôt qu'embrasser une fille.

Sarah, donc, toi, tu incarnes une petite fille qui s'appelle Rihanna et qui, au début du film, on le disait, elle ne parle pas du tout. Puis, elle va petit à petit, elle va avoir la langue qui se délie. Alors, je m'inspire un peu aussi de la question qui est posée à Sarah à un moment. Est-ce que tu préfères les colonies de vacances ou partir avec ta famille, toi ?

7:13
Invité

Moi, en vrai, c'est partir avec ma famille.

7:15
Présentateur

Donc, comme ton personnage dans le film qui dit aussi je préfère ma famille. Alors, Lisa Coca en joue aussi. Vous préférez tourner un film de colonies de vacances, une chronique sociale ou un film de banlieue ? C'est dur,

7:31
Invité

c'est dur. Une chronique sociale, je crois.

7:36
Présentateur

Romane Guéret, vous préférez la croisette de Cannes

7:38
Invité

ou la cité de la place des fêtes à Paris ? Oh là là ! Moi, c'est mon quartier, la place des fêtes. Je l'aime follement. Vous en venez aussi ? Ouais. Enfin, je vis là. Comme les enfants que vous mettez en scène ? Ouais. Donc, franchement, je ne peux pas... Je reste dans mon quartier.

7:54
Présentateur

Et alors, répond qui veut. Vous préférez vous lever tôt le matin dans le froid pour parler de ma frère à la radio ou rester bien au chaud sous la couette ?

8:01
Invité

Parler de ma frère à bientôt le moteur.

8:03
Présentateur

Merci. Parler de ma frère. Merci Nicolas et Sarah. Merci. Alors, il y a une étape quand même qui est fondamentale dans tout ça, c'est le casting. D'ailleurs, les pires, le précédent film que vous avez fait qui a été récompensé à Cannes, il y avait une histoire de casting et de cinéma. Là, vous avez rencontré 1500 enfants pour choisir ceux qui portent ce film avec leur énergie, ma frère. C'est quelque chose qui est particulièrement important pour vous ?

8:30
Invité

Oui, le casting, c'est au cœur de notre méthode. Nous, on vient toutes les deux du casting, on était directrices de casting avant. C'était votre travail à l'origine ?

Oui, et c'est vrai qu'on y accorde vachement d'importance et qu'on passe beaucoup de temps, on a passé un an à faire ce casting enfant et on est accompagné à chaque fois de notre super directrice de casting, Marlène Serrour, qui sillonne tous les quartiers pour ce film des banlieues parisiennes et du nord-est parisien et on fait des gros gros castings de groupe où ils viennent par dizaines faire des impros collectives et voilà, ils ont fait comme ça 3-4 tours de casting pendant plusieurs mois et jusqu'à trouver nos petites pépites, notre petit groupe de 20 enfants qui sont choisis pour leur qualité de jeu et pas pour leur nature brute et c'est vraiment, par exemple, Sarah et Nicolas, ces deux-là ont été choisis vraiment pour leur qualité d'acteur et pour leur capacité à s'exprimer quand ils jouent et à prendre du plaisir quand ils jouent et Sarah, on est l'exemple puisqu'elle est super éloignée de son personnage dans le film, il y en a qui est une petite fille hyper introvertie alors que Sarah, c'est une petite furie.

Sarah, je vous voyais dire oui, oui, ça s'est passé comment le casting ? Moi, en vrai, pour moi, c'était vraiment pas difficile. En fait, je faisais rire tout le tournage avant de passer dans la caméra. En vrai, c'était pas dans le monde du film. du coup, moi, derrière tout ça, je suis vraiment, même au centre de loisirs, je ris et tout ça, je fais rire tout le monde, tout le monde rigole et tout ça.

10:15
Présentateur

Tu disais ce que tu voulais ou tu avais des phrases préparées que tu devais lire ? Comment ça se passait ? De quoi ? Tu disais ce que tu voulais pour faire le casting ou on t'a donné des phrases que t'as dû répéter ? On m'a donné des phrases. Oui ? En vrai,

10:30
Invité

c'était pas difficile, les phrases. Vraiment. C'était pas trop difficile ? Non, vraiment pas. En fait, on commence par faire beaucoup d'improvisations dirigées et plus on fait entonnoir et plus on avance dans le casting, plus ils vont apprendre leur rôle jusqu'à le connaître au mot près. Et Nicolas, pour toi, ça s'est passé comment alors ce casting ? La casting, c'était trop bien. Facile ? Pour moi, personnellement, c'était facile mais c'était trop bien. On a kiffé à ce moment-là. On était tous ensemble, on a réussi à se connaître et au final, après, on a fait ma frère ensemble et c'était trop bien.

11:01
Présentateur

Et quand on regarde ma frère, on a vraiment l'impression d'être plongé dans une vraie cité puis une vraie colonie de vacances avec tout un jeu de couleurs, de lumières qui crée le contraste entre les deux zones géographiques. Mais ce réalisme de la colonie s'explique aussi parce que vous avez animé des colonies, vous avez fait participer vos actrices à des colonies.

11:20
Invité

Oui. On a fait pas mal de colonies de vacances petites. Moi, ensuite, j'ai continué longtemps puisque j'étais animatrice et directrice de colonies de vacances même. Et puis, nous, notre processus d'écriture, il est en fait un peu précédé et entrecoupé de plein de phases d'immersion très très longues où on côtoie beaucoup d'enfants et là, on a fait un séjour en colonie de vacances où on a fait embaucher Shirelle et Fanta qui sont les deux réunis du film en tant qu'animatrice stagiaire pour pouvoir un peu les mettre en situation auprès des enfants, les regarder et les enregistrer, prendre des notes. Et donc, en fait, il y a beaucoup, beaucoup de cette colonie de vacances dans le film.

Ça nous a beaucoup inspiré ce séjour.

12:03
Présentateur

Romane Guéret, est-ce que vous vous êtes posé la question de ce qui était au cœur du précédent film dont je parlais tout à l'heure, les pires qui avaient remporté ce prix à Cannes où il y avait un réalisateur qui avait une préférence pour les gamins cabossés, les cas sociaux avec une espèce de pittoresque de la misère ? Est-ce que vous vous posez cette question-là, justement, pour ne pas avoir un regard surplombant

12:22
Invité

en faisant Ma Frère ? Oui, c'est des questions qui sont vraiment au cœur de tout quand on réfléchit au récit avec Lise et au travail avec les enfants. C'est très vaste. Nous, avec ce film, en tout cas, on avait envie de raconter aussi ce qu'était le groupe, de raconter le collectif, en fait, et donc d'en faire un récit plus universel. et en ayant envie d'un film qui rassemble plutôt que de polariser et donc ne pas mettre en avant des sujets qui seraient stigmatisants. Voilà, parce qu'effectivement, on raconte des enfants qui viennent de milieux sociaux qui sont souvent parfois plus difficiles. Il faut sortir des clichés. Exactement.

Et voilà, c'était vraiment le but avec ce film, je pense, aussi. Et puis, il y a plein de questions

13:15
Présentateur

un peu politiques qui sont abordées. Il y a par exemple la question de la mixité des couples mixtes avec une femme juive et un homme, enfin une jeune femme juive et un jeune homme musulman qui finissent par se séparer parce qu'ils se disent que ça ne peut pas marcher. Il y a l'histoire du consentement et puis Jasmine qui décible donc qu'elle est en couple avec Mathéo. Ça, c'est ton personnage, Nicolas. Est-ce que cette question-là du consentement, parce qu'elle n'arrête pas de vouloir l'embrasser toute la journée alors que lui, il n'est pas vraiment d'accord et que ça lui fait mal au ventre, est-ce que c'est une question qui s'est posée déjà dans ta vie à toi ?

Bah oui, je me la suis déjà posée la question

13:48
Invité

mais est-ce qu'en vrai je suis obligée ? D'embrasser quelqu'un ? Exactement, est-ce que je suis obligée ? Et bah oui, le consentement c'est très important surtout dans la vie d'un couple, on va dire entre guillemets parce que dans le film on voit très bien que Mathéo il ne voulait pas embrasser Yasmine sauf qu'elle est forcée et du coup, il a cédé. Mais il n'ose pas lui dire non non plus ? Non bah oui, il n'ose pas lui dire il ne veut pas la blesser C'est un truc dont tu peux parler avec tes copains parfois ? Avec qui ? Avec tes copains dont tu parles ?

Bah surtout comme on est des garçons du coup, c'est un sujet qu'on aborde plus tôt entre potes quoi, entre garçons, c'est un sujet qu'on aborde que ce soit dans la cour de récré, sur les jeux vidéo, en face, c'est un sujet qu'on discute beaucoup.

14:31
Présentateur

Alors il y a d'autres sujets comme ça, il y a aussi le personnage de Naël, animateur, animatrice de Colo non-binaire, c'est très étonnant parce que les petits de la cité, ça n'a pas l'air du tout de les déranger. Par contre, Shai qui est animatrice, elle n'arrête pas de poser la question à tous les enfants, est-ce que Naël c'est une fille ou c'est un garçon ? Alors Sarah, Naël c'est une fille ou c'est un garçon ? C'est un garçon pour moi, en vrai, je me suis toujours

14:55
Invité

dit ça. Bah après, voilà.

14:59
Présentateur

Mais dans le film, Romane Guéret ?

15:00
Invité

Moi je ne dis jamais ça, moi je ne dis pas ça. Moi, en vrai, je me rapproche plus de Shai. Voilà. Tu te rapproches, c'est-à-dire qu'elle te ressemble,

15:09
Présentateur

c'est ça que tu dis ? Grâce à elle, je peux parler, voilà. Ah oui, elle se rapproche de toi et c'est elle qui te permet, petit à petit, qui permet à ton personnage, Rihanna, de enfin oser dire ce qu'elle veut, ce qu'elle ne veut pas et avec qui elle a envie d'être copine. Alors il y a plein de thèmes abordés, des thèmes très graves, parfois il y a la Shoah, il y a ce témoignage, cette visite d'une exposition sur la Shoah et puis un témoignage d'une rescapierie, un moment qui est très très fort.

Puis il y a l'enfance en danger, le petit frère de Djenaba qui est abandonné, est maltraité par sa mère et la question aussi de l'ascenseur social abordé par Djenaba dans une conversation avec un autre animateur, Youssef, on va l'entendre tout de suite.

15:52
Invité

Tu crois quoi toi en fait ? Tu sais ce que c'est d'être une fille ? D'être noire ? Alors viens pas te comparer ici s'il te plaît poteau. Arrête de faire la victime avec moi. Je crois que c'est parce que c'est le racisme. Je crois que tu vas me l'apprendre. Je crois qu'il n'y a pas du racisme envers les Arabes en fait ? Quoi ? Avec ta tête de poil de carotte là ? À d'autres ? En fait c'est quoi ? C'est toi le raciste. Non mais sérieux Djenaba, tu crois quoi ? Si nous on a décidé de faire ça, de bosser avec les gosses, tout ça c'est que j'ai quand même minimum d'espoir pour eux. Sinon je sais pas, moi c'est invivable.

Quoi si t'es sûr de toi que ces enfants ils n'auront aucune vie, autant te suicider tout de suite ? Je sais pas frère. C'est ce qui fait que je me lève tous les matins. Je sais pas, parfois je me dis peut-être que je peux changer un tout petit peu

16:27
Présentateur

la vie d'un enfant. Mais vas-y toi-même tu sais des fois il y a des rencontres qui comptent. Donc là en fait l'Isa Koka, l'objet c'est aussi de casser les clichés sur les quartiers mais aussi les clichés qui disent si tu veux tu peux quoi.

16:41
Invité

Ouais, c'est essayer de tenir un discours quand même anti-méritocrate et de mettre en scène ce débat entre Youssef qui vient aussi, le personnage de Youssef qui vient aussi des quartiers et qui oppose des arguments à Geneva. Mais bon, enfin globalement oui, c'est un film qui parle beaucoup des déterminismes sociaux et qui essaye un peu de donner à voir, de déconstruire un système de représentation qui produit des violences en fait et qui on essaye d'imprimer, de produire un peu des contre-récits dans notre façon d'écrire et de raconter ces personnages.

17:27
Présentateur

Romane Guéret, vous disiez un film qui n'est pas polarisant, vous avez dit aussi une ode au vivre-ensemble possible. Ça, c'est une utopie

17:35
Invité

ou c'est réaliste ? Aujourd'hui, c'est vrai qu'on est dans un monde qui fait peur. Donc, c'est peut-être une petite utopie. En tout cas, ce qui serait bien, c'est de progresser et d'avancer dans ce sens, le récit de colonie de vacances, il est assez génial pour ça. Le contexte, en tout cas, c'est vraiment une flopée d'enfants qui viennent de tous les endroits, de tous les milieux et qui se retrouvent à devoir se rencontrer et apprendre à se tolérer les uns les autres. Donc, oui, c'est une petite métaphore effectivement d'une utopie possible.

18:16
Présentateur

Et cette utopie, elle vous a amené jusqu'à Cannes au printemps dernier. Les enfants, vous y êtes allés, Sarah ?

18:22
Invité

À Cannes ? Oui, je suis partie. En fait, c'était la première fois que je pars. Du coup, je n'étais pas trop moi. Il faisait chaud. Je stressais pour monter les marches de Cannes. Mais après, après les marches, j'étais... En vrai, je me suis dit que ce n'était pas si difficile que ça, en fait. J'étais trop émue. Ça te donne envie d'y retourner ? Oui, grave. Nicolas ? Oui, grave, c'était trop bien, surtout dans le quart. On était tous ensemble et voilà,

18:55
Présentateur

on a kiffé ce jour-là. Un très bon souvenir, en un mot, parce qu'on arrive à la fin de cet entretien, mais Lisa Coca, dans les prochains films, il y aura aussi des enfants, peut-être à nouveau Sarah et Nicolas ? Ah oui !

19:05
Invité

Eux, ils rêvent qu'on fasse ma frère deux, ils n'arrêtent pas de nous le dire. Mais bon, ce n'est pas prévu pour l'instant, mais par contre, l'enfant soit toujours au cœur de notre travail avec Romane. C'est vraiment ce qui nous meut toutes les deux et pour l'instant, on ne s'imagine pas faire des films où les acteurs principaux seraient des adultes. Et bien bravo

19:23
Présentateur

pour ce film, ma frère, Lisa Coca, Romane Guerre, Nicolas Bulatovic, Sarah Benhamer, merci beaucoup d'être venu nous raconter ce film, plein de vie, plein de chaleur, plein de joie, qui sort donc mercredi prochain au cinéma. Merci d'être venu en parler sur France Inter ce matin. Merci ! Sous-titrage ST' 501