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interviewCNEWS· 14 mai 2026 14 min

L'édito de Mathieu Bock-Côté : «Emmanuel Macron, le temps du bilan»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Alors, nous sommes dans une étrange ambiance en ce moment de fin de règne assurément crépusculaire. Vous avez évoqué plutôt une forme de tournée d'adieux du président, tournée d'adieu à travers le monde où il goûte les plaisirs de la popularité extérieure puisque la popularité intérieure lui manque peut-être un peu. Donc, on est dans ce moment où une partie aussi du commentariat et de plus en plus en fait de commentateurs, d'analystes se posent la question de l'héritage, du bilan.

Que s'est-il passé depuis 10 ans ? De quelle manière Emmanuel Macron a-t-il transformé la France ? Il l'a pris dans quel état ?

Il la laisse dans quel état ? On voit aussi s'agiter tant et tant de candidats dans cette espèce de primaire réparpillé du bloc central. Ils sont très nombreux quand même à vouloir aujourd'hui prendre le relais du bloc central mais sans pour autant revendiquer l'héritage macroniste.

C'est assez particulier. Donc dans cette séquence là, je pense que pour comprendre ce qui s'est passé sur 10 ans, il faut d'abord comprendre, revenir sur le contexte d'émergence d'Emmanuel Macron, revenir sur le projet qui était le sien, revenir sur les grandes orientations idéologiques et revenir avec le rapport qu'il a entretenu depuis 10 ans avec le peuple français. Alors le point de départ du macrolisme, nous le savons, c'est la présidence épuisée de François Hollande.

François Hollande qui par ailleurs aujourd'hui se verrait revenir, ne l'oublions pas. François Hollande qui se est dans une posture à ce point malheureuse ou mis dirait ses adversaires qu'il est incapable de se représenter lui-même. Il est en quelque sorte vaincu, il ne peut pas se présenter.

Il est balayé par l'histoire. Et on voit à travers la chute annoncée de François Hollande, on entend déjà la question ce qu'on appelle pas encore nécessairement les extrêmes au pluriel, mais on voit un sentimenturrectionnel se développer en France et un système paniqué. Que se passe-t-il si on laisse Hollande se représenter ?

Les méchants, les extrêmes, les gens terrifiants risquent de l'emporter. Dès lors, il nous faut renouveler le système de l'intérieur, donner l'impression que le système peut engendrer sa propre révolution transformatrice. Ça sera d'ailleurs, ne l'oublions pas, le titre de l'ouvrage d'Emmanuel Macron. révolution.

Donc le système ou le régime dit "Nous sommes capables de nous ripoliner la façade, nous pouvons nous transformer. Nous pouvons nous transformer de l'intérieur. Nous avons notre homme Emmanuel Macron." Et là, on est dans un moment où il y a d'un côté le récit et de l'autre côté, on pourrait dire le régime.

Le récit, c'est celui d'une forme de jeune bonaparte version année 2000. Donc inattendu, il surgit de nulle part mais il est tellement talentueux, époustoufflant, brillant, exceptionnel, lumineux qu'il réussit un jeune bonaparte des années 2000 à surprendre tout le monde, à s'emparer de la vie politique française et à gagner la présidence de la République. Au même moment, on peut se dire aussi sans être exagérément conspirationniste, on peut dire qu'il est soutenu quand même par de puissants réseaux.

Il est soutenu par de puissants, je non pas organisation, mais une mouvance qui se dit voilà notre homme pour rester en place. Il est porté soutenu par des intellectuels qui comptent dans l'histoire française du début des années en des années 90 à aujourd'hui. Je Catalie, Alain Mc des gens qui auront compté pour porter le macronisme pour le définir pour le penser.

Il est porté aussi par toute une élite qui se qui voit en lui jeune président fringant capable justement de donner un nouveau cycle à un régime qui sinon pourrait s'effacer sinon s'effondrer. Et dans l'histoire et c'est toujours comme ça, la créature s'émancipe inévitablement du créateur et Emmanuel Macron va très rapidement donner le programme qui est le sien. Donc on passe de Macron, l'homme qui surprend tout le monde, l'homme qui, rappelez-vous, à l'époque peut à la fois tendre la main à Philippe de Villier, tend la main aussi à gauche.

Voilà, un homme qui de parlait de manière nostalgique du roi de France, allait au puit du fou, au même moment parlait d'une très grande nécessaire modernité en France. avait le culte de l'Europe mais incarna donnait l'impression d'incarner une forme de président philosophe à tout chez ceux qui voulaient l'aimer et là il bon il précise sa doctrine assez rapidement on y verra c'était le dernier spasme ou le nouvel élan selon la préférence des uns des autres de la pensée unique de la mondialisation heureuse. Donc le mondialisme hostilité manifeste en enracinement l'européisme hostilité manifeste à la souveraineté nationale.

Le multiculturalisme hostilité manifeste à l'identité nationale. rappelez-vous son discours de Marseille où il fait la liste de toutes les nationalités présentes dans la salle. On avait l'impression qu'on était dans la séquence du nationalisme disciique mais non toutes les communautés étaient invité en tant que communauté à soutenir le macronisme.

Donc c'est une forme de postnationalisme multiculturaliste décomplexé et militant qui s'accompagnera par ailleurs d'un discours très critique sur l'histoire française. Mais en politique il y a la doctrine, il y a l'idéologie, il y a aussi le désir profond de conserver le pouvoir à tout prix. De ce point de vue, on a vu au fil de ces 10 ans que le macronisme est capable de dire tout et son contraire.

En fait le bloc central, on commencera à l'appeler ainsi pour se menir au pouvoir. Donc il faut donner un coup à gauche Papend, un coup à droite Jean-Michel Blanquire ou plutôt en s d'ailleurs. On il faut on peut envoyer tous les signaux nécessaires.

On peut faire une campagne à l'achevenement s'il le faut. promettre, on a déjà oublié ça au printemps euh républicain des postes de ministres importants et ensuite faire un virage diversitaire multiculturaliste. En fait, l'idée était la suivante : nous sommes le seul parti légitime [rires] et ça je pense que c'est un élément central du macronisme, la prétention à être le seul parti légitime en France.

Vous pouvez être en désaccord à l'intérieur du macronisme. Donc, il y avait un macronisme de gauche, macronisme de droite, macronisme de centre. Mais il n'était pas possible d'être extérieur au macronisme.

Alors là, on basculait dans les extrêmes. Qu'est-ce qui caractérise aussi cette période ? C'est une période où prend forme une espèce de moment insurrectionnel en France.

Les gilets jaunes, c'est on pourit dire c'est l'acte de naissance ou c'est la la révélation aux yeux de tous de nouvelle de nouvel esprit de jaquerri en France. des Français de plus en plus nombreux, les oubliers de la mondialisation, les indélogees, ceux qui disaient "Vous nous aviez oublié, mais on cherche à faire à rappeler notre existence se manifeste au moment des gilets jaunes, des Français invisibilisés de l'ancienne France qui réclament néanmoins quelques considérations de la part du pouvoir et on a oublié, cette révolte porte déjà tout ce qui vient aujourd'hui. Révolte fiscale contre la hausse du prix de l'énergie, contre l'abandon de la France périphérique sacrifié pour ce qu'on appellerait aujourd'hui la Nouvelle-Fance.

Et on n'oubliera pas non plus que ça nous rappelle la séquence des gilets jaunes à quel point la gauche est toute puissante dans sa capacité à détourner des mouvements populaires à son avantage. Révolte quasi néopoujadiste transformée en quelques semaines en insurrection encagoulée de gauche radicale. On connaît ça par cœur.

Autre moment du macronisme inaugural, la loi Avia. Alors on l'a oublié aujourd'hui mais la loi Avia c'était quoi ? C'était la volonté d'étendre les lois [raclement de gorge] de censure en matière donc de liberté d'expression pour euh notamment il y avait dans la loi avia l'idée qu'il fallait frapper d'inéligibilité tout homme ou toute femme qui serait qui aurait été reconnu coupable de propos d'appel à la haine raciale.

Donc de frapper parce que quand on sait ce qui se cache derrière ces concepts ça veut dire critique de l'immigration massive aujourd'hui l'appel à la haine frappe presque immédiatement. Dès le début du macronisme, il y a une volonté d'étendre les lois de censure. De la même manière, il y avait la volonté, ne l'oubliez pas, c'est c'est presque une dizaine d'années, de faire une loi anti fake news.

Donc l'idée d'avoir une forme d'organisation centralisée qui distinguera entre les vraies infos et les fausses infos. Le problème qu'on a vu avec la séquence annoï qu'est-ce qu'une vraie ou une fausse info du point de vue de l'Élysée ? Donc une volonté très nette, très nette de détendre le domaine de la censure parce qu'on s'enître un discours qui conteste le régime.

Autre élément qui marque la séquence macroniste, une forme de mépris peut-être pour le commun des mortels insurgés, les gauloirs réfractaires, la lèpre nationaliste, la lèpre populiste. Et cette idée donc on doit avoir une politique pour maturgés. Euh et à l'échelle de l'histoire, c'est toujours comme ça que ça se passe.

Vous avez une insurrection, l'idée c'est de la mater, d'être assez dur avec elle, de la casser, de briser ses reins, de briser ses ressorts pour passer ensuite à autre chose avec un peuple déprimé qui rentre chez lui et le pouvoir reste dans les mains de ceux qui l'exercent. Et le macronisme, c'est aussi une séquence qui où paradoxellement le président de la République cherchera véritablement à se déployer sur la scène internationale dans une série de crises qui vont accélérer la dépossession de la souveraineté française. Bon, je je laisse de côté la la la question de la COVID qui est une crise mondiale mais que ça ça va être un accélérateur de la de la compression des libertés. l'Ukraine, Gaza, l'Iran, le Groenland.

À travers tout ça, Emmanuel Macron et l'environnement qui sien verront chaque fois l'occasion de pousser plus loin l'Europe. [raclement de gorge] 10 ans plus tard, quand on fait la la séquence du bilan, on peut dire que jamais jamais l'adhésion populaire a été aussi faible aux institutions dans le pays. Ce pourquoi les institutions tendent à se radicaliser dans leur dimension autoritaires pour se verrouiller au cas où il y aurait une nouvelle insurrection électorale dangereuse qui l'emporterait celle-là.

Alors pour l'instant les candidatures issues du bloc central semblent laisser croire que le macronisme n'est pas univoc. Comment est-ce qu'on explique cela ? Il y a un bloc central.

Ce bloc central donc c'est celui qui contrôle le pouvoir, c'est qu'il y a la le monopole de la légitimité à certains égards. Mais voilà qu'ils sont nombreux à s'en réclamer et à ne pas dire la même chose. Édouard Philippe qui est qui est vu comme le candidat qui représentait d'autant que c'était un homme des débuts du macronisme, on le voit comme le celui qui poursuivrait cette entreprise tout récemment.

Vous avez vu, il s'est revendiqué les premières années du macronisme pour se placer dans la continuité du président tout en marquant sa rupture. Gabriel Atal aussi le fait sans le moindre doute. Euh mais chacun avec une forme de rejet adhésion.

Nous étions solidaires, nous ne le sommes plus. Nous sommes la prochaine étape mais nous sommes néanmoins les héritiers. Il y a aussi les héritiers maximalistes qui revendiquent clairement le macronisme.

Je pense Aurore Berger qui n'a pas caché son intérêt pour la présidentielle un jour. Donc ça je ne dis pas qu'elle va gagner. Je dis que voilà quelqu'un qui est fier de porter l'étendard du macronisme décomplexé.

Mais ce qu'on voit aussi, c'est que le bloc central, ça la vraie force du bloc central, c'est que ce n'était pas que le petit centre. Le bloc central avait agrégé tous les partis à prétention de gouvernement, le centre gauche, le centre droit. Tout ça était rassemblé.

Mais qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ? Chacun veut s'autonomiser. Donc imaginons que François Lond réussisse par exemple sa candidature de la gauche non mélanchonniste.

Imaginons que Bruno Rotario ou David Linard conje réussisse à dégager un espace clairement pour la droite classique, ben l'espace qui va rester au bloc central sera tout à fait mineur et résiduel dans de telles circonstances. Voilà pourquoi il y a une nouvelle industrie de gens qui apparaissent dans le commentariat et la vie politique en ce moment. sont les rapiisseurs.

Donc je pense par exemple à monsieur Copé, homme de talent sans le moindre redoute, mais qui cherche à tout prix à réamarrer la droite classique au macronisme en disant "Nous sommes le bloc dominant demain si nous le voulons vraiment. Certes, je ne serai pas premier ministre ni président mais je peux vous réconcilier si vous me confiez cette tâche." Il se propose comme candidat à la tâche.

Je ne suis pas certain qu'il soit reconnu dans ce rôle pour l'instant. Par ailleurs, on le voit la question des clivages qui se multiplie, qui se brouille et qui se qui se brouille tout à la fois. Donc multiplie le fameux clivage gauche-droite mais le fameux clivage aussi populiste et pourrait dire le parti de la raison comme il disent aujourd'hui.

Il y a aussi les vieilles familles. Comment vont-elles s'agréger ? Est-ce que par exemple demain la droite classique version retaillot ou la version LR est-ce que ces gens-là pourraient dire plutôt que d'être le surmoi conservateur du bloc central, on pourrait demain devenir le greffon gouvernemental du bloc national ?

Mais est-ce que de l'autre côté on va assister une forme de Bat Godesberg à l'envers à gauche c'estàd vous savez à l'échelle de l'histoire de Bad Godesberg, c'est la gauche radicale qui abandonne sa radicalité pour faire le paris de la culture de gouvernement. Est-ce qu'une partie de la gauche finalement déciderait de se raller à Jean-Luc Mélenchon ? Moi j'annonce, j'en suis absolument certain, si Mélenchon est au deuxème tour et même avant une bonne partie de la gauche va se raller à lui inévitablement, ils font semblant que non en ce moment et à la fin ils diront bien évidemment nous y allons.

Donc qu'est-ce qu'on voit ? La France est politiquement moins lisible qu'auparavant. Elle est moins lisible qu'auparavant parce que tout dans cet éclatement peut surgir.

Dernière réflexion sur ce thème, on le voit partout en Occident. Je l'ai dit, il y a une forme de me pousser d'être populiste, identitaire, conservatrice. L'originalité de la France et de l'Allemagne en ce moment, c'est probablement d'être le pays qui pousse le plus loin son appareillage institutionnel et juridique pour verrouiller les institutions, pour faire en sorte que si il y avait un grand balayage électoral, le pouvoir appartiendrait encore au bloc central au-delà des élections.

Alors, la question qui est posée désormais est la suivante. La France est elle, comme le disent certains, on l'entend beaucoup en ce moment dans une séquence préinsurrectionnelle. À l'échelle de l'histoire, ça serait pas si surprenant.

C'est-à-dire que voilà un pays plus explosif politiquement que d'autres. Les Français, c'est une de leurs plus grande qualité, ne sont pas des Anglais. Euh donc ça, voilà, un pays qui peut exploser, qui a un rapport, je dirais même pas la violence politique, mais qui aime les grands élans politiques, qui aime les grands chocs politiques.

Dans les circonstances, il y a une colère profonde. Il y a une colère profonde qui pourrait se traduire. Les gilets jaunes, je l'ai dit, c'était pas un mouvement de gauche au début, on l'a oublié.

Euh donc, il y a une colère légitime qui se fait sentir. Par ailleurs, on voit qu'il y a un parti insurrectionnel révolutionnaire qui ne correspond pas à cette colère populaire mais qui voudrait bien la détourner. CLFI, on a eu l'occasion d'en dire un mot.

Mais au terme de cette séquence historique, qu'est-ce qu'on peut voir d'Emmanuel Macron ? Parce que oui, il y a cette espèce de climat insurrectionnel. Il y a cette idée que tout pourrait se désagréger, les banlieux pourraient se lever.

Les Français désertent la vie publique. Ils se replient dans la vie privée, dans la vie intime parce qu'ils ne croient plus à l'État. Ils en veulent à leur leurs dirigeants d'avoir presque sacrifié le pays.

Au terme de cela, que nous dit Emmanuel Macron ? Ce sera mon dernier mot. Emmanuel Macron en fin de parcours, que dit-il dans sa tournée notamment ?

On l'a vu tout récemment, on peut être 100 % français, 100 % africain, 100 % français, 100 % algérien. Alors, alors que le pays semble se disloquer et dans un climat insurrectionnel, le président de la République renoue avec ses anciennes amours idéologiques lorsqu'il nous dit que finalement, y a-t-il une culture française ? nous disait ça il y a 10 ans.

Aujourd'hui, il nous dit "On peut-être 100 % français, 100 % autre chose tout à la fois." Ce qui veut dire qu'on ne comprend pas exactement qu'on peut réconcilier, me semble-t-il, ces deux appartenances totales qui partent votre définition se contredisent. Emmanuel Macron, j'ai l'impression au terme de son de son parcours politique nous explique qu'il demeure fidèle à ses idéos postationaux du début comme si forme de il s'accrochait à des croyances par tous abandonnés aujourd'hui mais il s'y accrochait absolument parce qu'il ne voulait pas les renier.