B. MÉGRET : LE FÉLON QUI VOULAIT REMPLACER LE PEN
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Bonne année ! Bonne année 2024. Bonne santé pour vous, vos amis, vos proches, votre famille...
On vous a préparé un épisode sur un énorme facho. C'est vraiment un super facho. Genre vraiment.
Si Jean-Marie Le Pen, c'est Mario, lui c'est Super Mario. Mais regardez moi cette tête de facho. Non mais on dirait pas qu'il est facho ?
Oh le facho, le fa...
Bonne année hein ! On connait toutes et tous la date du 21 avril 2002. C'est à ce moment là que l'extrême droite arrive au second tour d'une élection présidentielle.
C'était la première fois. De notre point de vue, pas de problème. Ce seront Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.
Jacques Chirac 19,8 % des voix et Jean-Marie Le Pen 17,4 %. Alors évidemment, cela a été une onde de choc, un cataclysme, un tremblement de terre ou je ne sais pas quel autre terme journalistique. J'ai vu les larmes aux yeux, les nouvelles ce matin 20 % pour l'horreur, 20 % pour la peur.
Ivre d'inconscience. Tous fils de France. Qu'est ce que tu fais bien ?
Bah c’est Damien Saez. T’écoutais Damien Saez toi ? Non.
Alors oui, tout le monde se souvient du 21 avril. Mais ce que beaucoup de gens ont oublié, c'est qu'en 2002, il y avait un autre candidat d'extrême droite en lice pour cette élection présidentielle, Bruno Mégret. Ah oui, effectivement, il est d'extrême droite.
Oui, il a sorti plusieurs clips de campagne de ce genre. Il y en a un autre où il se prend pour Batman. Ce qu'on va essayer de vous expliquer là.
Mais c'est qui cet autre facho qui essaie de se présenter contre le chef des fachos ? Dans l'épisode des portraits sur Jean-Marie Le Pen, on vous avait expliqué que le FN avait réussi à sa création à unir toutes les chapelles de l'extrême droite. Mais on vous avait aussi parlé brièvement de Bruno Mégret.
Souvenez vous. Zemmour n'est pas le seul à critiquer la méthode Le Pen. Bruno Mégret, un de ses lieutenants, va même tenter de prendre sa place à la tête du FN avant de partir avec armes et bagages pour fonder le MNR, qui se présentera au premier tour de l'élection de 2002.
Dans cet épisode, ça nous permettait de revenir sur la méthode Le Pen qui ne voulait pas vraiment prendre le pouvoir. Mais ça, vous le savez déjà puisque vous avez déjà regardé l'épisode puisque vous êtes abonné à la chaîne YouTube de Blast et que vous avez activé la cloche. Aujourd'hui, on va plutôt vous parler de ce putsch qui a abouti à la candidature malheureuse de Mégret en 2002.
Parce qu'à la base Mégret, c'est un poids lourd du Front national. Ce haut fonctionnaire, fils de haut fonctionnaire passé par Louis le Grand et Polytechnique, s'engage d'abord au RPR, l'ancêtre des Républicains, avant de le quitter à la fin des années 80. Il devient député en 1986, puis député européen en 1989 avec l'étiquette Front national.
Chez les fachos, il gravit les échelons et devient numéro deux du Front national en accédant au poste de premier élu au comité central. Il a les dents qui rayent le parquet. Il veut devenir président du parti, voire président de la République.
Et ça, ça agace au Front national. Pour Mégret, qui est déjà critiqué en interne. Les choses vont se gâter à partir de 1998 et c'est une époque où le parti est déjà en crise.
Malgré de bons résultats aux municipales de 95. En effet, à ce moment là, Jean-Marie Le Pen n'est plus éligible en raison d'une décision de justice. Il a violenté une candidate socialiste qui se présentait contre sa fille Marie-Caroline aux législatives dans les Yvelines.
On le voit ici au ralenti. Hors de lui, Jean-Marie Le Pen plaque contre le mur la candidate socialiste Annette Peulvast Bergeal. Le vieux Le Pen était dans l'attente de son procès en appel.
Mais comme il avait déjà été rendu inéligible en première instance, il devait trouver une tête de liste pour les européennes. Et dans un parti normal, le numéro deux, il aurait eu toutes ses chances d'avoir cette place. Puis en plus, Bruno Mégret, il la voulait vraiment cette place.
Sauf qu'on n'est pas dans un parti normal. On est au FN et c'est tout naturellement que Jean-Marie Le Pen va imposer la candidature de sa femme, Jany Le Pen. Dis donc Jany !
Tu voudrais pas te présenter aux élections européennes ? Sauf que Jany Le Pen n'est pas une femme politique. Elle défend les animaux et elle donne à manger à des SDF gare Saint-Lazare en disant ce genre de truc.
Une personne charmante. Et évidemment, l'idée de voir la femme du chef candidate, ça, ça va crisper les cadres du Front national. Ça va particulièrement crisper Bruno Mégret qui va exprimer son désaccord à Jean-Marie Le Pen.
Mais c'est pas toi qui décides. Pour la faire courte, cette question de la candidature de la femme de Jean-Marie Le Pen, ça va être la goutte d'eau qui va faire déborder le vase et ça va aboutir à une scission au sein du Front national en 1998. On ne va pas rentrer dans les détails.
Mais cet épisode de l'histoire du parti est raconté dans ce petit livre de Michaël Darmon et Romain Rosso, Front contre front. Il y a un moment sur lequel on peut peut être s'arrêter. C'est le conseil national du FN, le 5 décembre 1998, à la Maison de la Chimie.
C'est ce jour là où tout a explosé. Explosé. La chimie.
Vous l'avez ? Ce conseil national a tourné au pugilat. Darmon et Rosso racontent que les cris et les engueulades entre les pro-Mégret et les pro-Le Pen étaient audibles par les journalistes qui se trouvaient dans la rue à l'extérieur du bâtiment où se tenait le congrès.
Et comme ils sont d'extrême droite, ils ont même été jusqu'à se bagarrer entre eux. Le DPS, c’est le service d'ordre du Front national. C'est parce qu'ils font beaucoup de dommages par seconde qu'ils s'appellent comme ça.
Une chose en entraînant une autre, ces dissensions vont finir par aboutir à une conférence de presse de Bruno Mégret qui actera la rupture. Le Front national n'appartient à personne. Il appartient aux militants, à tous les militants, quelle que soit leur position dans l'appareil.
Cette initiative est donc dirigée contre personne. Elle n'est pas dirigée contre Jean-Marie Le Pen ou contre qui que ce soit. Quand il dit “Ce n'est pas dirigé contre Jean-Marie Le Pen”, en fait, c'est dirigé contre Jean-Marie Le Pen, puisqu'il lui reproche précisément de s'accaparer le pouvoir dans le parti.
C'est compliqué le langage politique. Tenez, là, il va dire que c'est ni un putsch, ni une opération séditieuse. Donc ça veut dire que c'est une opération séditieuse et un putsch.
Il ne s'agit ni d'un putsch ni d'une opération séditieuse, mais d'une démarche logique, naturelle et légitime, en application stricte des statuts du mouvement. Le lendemain, Jean-Marie Le Pen va lui répondre avec le plus grand des mépris. Je n'abandonnerai pas la barre du navire à une poignée de lieutenants et de quartier maître félons.
Avec le recul, on a l'impression que c'est complètement pourri comme move de la part de Maigret. Déjà, il se fait exclure du FN. Lui, il dit que non, il n'est pas exclu.
Donc il crée le Front National Mouvement National. Mais il perd ses procès contre le FN original et donc il doit se renommer Mouvement national républicain. Ça fait un peu de la peine.
Oui, tout ça pour finir par appeler à voter Le Pen au second tour en 2002. Ça tourne au grotesque. Ça tourne au grotesque.
Même pour les militants mégrétistes du MNR. C'est la douche froide et on sent encore leur rancœur vis à vis du FN. Oui, même s'il y a une faute dans son nom, vous l'aurez peut être reconnu, mais c'est bien le même Maxime Brunerie qui tentera d'assassiner Jacques Chirac trois mois plus tard.
Lui aussi, il était déçu. Mais l'énorme flop de Maigret avec 2,34 % des voix au premier tour, ce n'était pas une fatalité, en fait. Le putsch aurait pu marcher.
Qu'importe ce qu'en dit Jean-Marie Le Pen. Pour me faire une tentative de putsch, il faut être plus nombreux. C'était un puputsch.
Pourtant, nombreux, ils l'étaient, comme le relève Darmon et Rosso. Il y a du monde et c'est le cas parce que beaucoup de cadres dénoncent le fonctionnement autocratique du parti d'extrême droite et le fait du prince autour de la personne de Jean-Marie Le Pen. C'est un problème structurel au FN.
Tout est organisé par et pour la famille. Le Pen et ses proches et les autres n'ont pas leur place. D'ailleurs, dix ans plus tard, des cadres restés fidèles à Jean-Marie Le Pen se verront écartés de la même manière.
Après avoir refusé l'arrivée aux manettes de Marine Le Pen. Comme quoi, rien n'a changé. Cette scission de 1998, comme l'explique Alexandre Dézé en parti politique et système partisan en France, elle n'est pas idéologique.
Le programme de Mégret est un copié collé de celui du FN. La rupture avec le parti est bien liée à une lutte pour obtenir des postes politiques importants. C'est du carriérisme.
Non, s'il y a une raison politique à ce divorce, elle tient à une divergence de vue sur des questions stratégiques. C'est ce qu'on vous expliquait dans le portrait sur Jean-Marie Le Pen. Et ça tombe bien parce que la stratégie, c'est le cœur du travail de Bruno Mégret.
Bruno Mégret, c'est un cadre, une grosse tête, un cerveau cosmique. On vous l'a dit, il est polytechnicien. Quand il débarque au FN, il amène avec lui tout un clan de ses camarades des grandes écoles qui partagent ses idées.
On peut notamment citer les énarques Yvan Blot et Jean-Yves Le Gallou, qui viennent aussi de la droite républicaine. Jean-Yves Le Gallou a son bureau de président, celui du groupe Front national au conseil régional. Un parti qu'il a rejoint en 84, délaissant la droite classique qu'il baptise la droite molle.
Il a été membre du Parti républicain. Depuis longtemps, cet énarque professait des idées proches du Front national. Haro sur l'immigration !
Dans son vocabulaire, il l'assimile à l'invasion. Son combat s'articule autour de ses racines. Le Gallou, Mégret et toute la clique.
Ils se fréquentent depuis de nombreuses années dans deux groupes d'extrême droite le Grece et le Club de l'Horloge, Le Club de l'Horloge, premièrement. Il est évoqué dans ce bouquin Et deuxièmement, le GRECE, le Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne. Le nom fait peur, mais attendez voir le logo, On dirait des nazis, hein ?
Et bien c'est un peu l'idée. Bon, eux, ils disent ethno différentialiste ou nouvelle droite, ça fait plus chic. Comme le Club de l'horloge, le GRECE est un lieu de production de pensée.
Leur but, c'est de faire infuser une culture d'extrême droite dans la société. Il écrit aussi. Ces ouvrages : “La préférence nationale”, “être français, cela se mérite” toujours les mêmes thèmes.
Pourquoi écrire ? Ecoutez, moi, j'ai quand même écrit d'abord pour des raisons politiques et pour faire passer des idées Et faire passer ses idées. Faire de l'entrisme, c'est ce que vont vouloir faire Bruno Mégret et ses amis du GRECE et du Club de l'Horloge au sein du Front national.
Mais pas seulement. Ils vont aussi se mettre à former des cadres, ce qui est une grosse lacune de l'extrême droite. Pour mener à bien ce projet, Mégret va créer plusieurs instances et noyauter le parti.
Pour peser, les mégrétistes ont aussi eu recours à des travaux pseudo universitaires. On vous donne un exemple le FN a toujours utilisé l'équation immigration égale chômage. Ce que va faire l'équipe autour de Mégret en 1990, c'est faire publier un texte pour justifier cette politique par Pierre Milloz.
C'est un autre fonctionnaire d'extrême droite et son rapport intitulé “Rapport Milloz : le coût de l’immigration” est publié aux Éditions nationales, la maison d'édition du FN. C’est pas sourcé. Donc ils produisent de la documentation pour donner une base pseudo scientifique à un argumentaire raciste et xénophobe.
Mégret n'hésite d'ailleurs pas à sortir des brochures pendant les débats. J’ai là l'excellente brochure de mon ami Jean-Yves Le Gallou sur le racisme anti-français. J'y vois un fac similé d'une annonce de l'Afpa qui est, comme vous le savez, une agence para étatique.
Je termine si vous voulez. Monsieur Mégret, nous sommes ici pour débattre et pour informer les téléspectateurs. Mégret aujourd'hui, il n'est pas mort, mais c'est tout comme.
Oui, après son échec critique de 2002, il a tenté une réconciliation assez pitoyable avec Jean-Marie Le Pen en vue de la campagne de 2007. Nous allons mener campagne activement dans le cadre de cette Union des Patriotes pour la victoire de Jean-Marie Le Pen qui sera surtout la victoire des Français. La dernière fois qu'on a entendu parler de lui, c'est quand il a apporté son soutien à Eric Zemmour pour la présidentielle de 2022.
Et d'une certaine façon, je me reconnais tout à fait dans l'initiative de Eric Zemmour puisque son initiative me fait penser à l'initiative que j'avais prise en 1998. Mais c'est bien au Front national que Bruno Mégret a laissé l'empreinte la plus profonde avec tout le boulot idéologique qu'il a accompli avec les cadres qui l'entouraient. Et dans ce travail idéologique, il y a le travail sur les mots, en l'occurrence un mot qui sonne aujourd'hui comme une évidence à l'extrême droite.
Ce mot, Mégret l’a prononcé lors du lancement de sa campagne des européennes en 99, à Camembert. Une France et une Europe enracinées dans son identité, dans ses terroirs, dans ses traditions, face à une Europe mondialiste et technocratique. Et donc, vous l'avez peut être entendu, ce mot.
C'est camembert. Non, c'est identité. A la base, ce mot est employé par la Nouvelle Droite pour remplacer le mot race, mais c'est un courant minoritaire.
Identité, c'est un mot qui est aujourd'hui employé couramment à l'extrême droite. On pense aux identitaires, mais il est aussi utilisé à droite. On se souvient du ministère de l'Immigration et de L'identité nationale sous Sarkozy.
Dans un article sur Slate, le spécialiste de l'extrême droite Nicolas Lebourg explique comment Mégret et son entourage ont mené la bataille culturelle sur ce terme et sur d'autres. Aux municipales de 95, dans un contexte de mouvement social, le FN se rend compte qu'il y a de plus en plus d'ouvriers dans ses électeurs. Et pourtant, le FN, c'est un parti très libéral à la base.
Le social n'est pas son fort et ça va être un des rôles de Bruno Mégret de trouver de nouveaux mots, de nouveaux discours pour séduire cet électorat. Donc, il faut aussi des mots pour répondre à la gauche. Et Mégret, il en a un.
Dans ses terroirs, dans ses traditions, face à une Europe mondialiste et technocratique. Donc l'autre mot, c’est...
Camembert ! Toujours pas, c'est mondialisme. C'est une réponse d'extrême droite au terme mondialisation utilisée par la gauche.
Comme identité, c'est un mot qui est encore souvent utilisé par Marine Le Pen aujourd'hui. Il est mondialiste. Il prévoit un marché mondial ouvert et multilatéraliste.
Nous y sommes évidemment extrêmement opposés. Européiste au possible. Ah ouis, tiens, européiste.
Alors le mot n'est pas de Mégret et ses potes. Mais le GRECE est à l'origine d'une inflexion de l'extrême droite sur les questions européennes. Dans l'acronyme GRECE, le dernier E c'est européennes, justement.
C’est une extrême droite qui croit en l'Europe des nations, en une civilisation européenne supérieure aux autres. Et quand je parle de patriotisme européen, n’y a-t-il pas en effet de quoi être fier de notre commune civilisation européenne ? N'est ce pas elle qui a le plus apporté à l'humanité ?
N'est ce pas elle qui a façonné le monde ? Ne s'est elle pas illustrée dans tous les domaines qui élèvent l'esprit humain ? Au fond, n'est ce pas la plus grande et la plus belle des civilisations ?
Pourtant, pour toute une partie de l'extrême droite, passer d'un niveau national à un niveau européen, ça peut être énervant. Et ça, Mégret, il le sait. Moi, ses irritations ne me choquent pas parce que je partage avec eux certainement la nostalgie de l'époque où la France disputait à la Grande Bretagne la suprématie sur le monde.
Je regrette aussi que notre pays ne soit plus une puissance planétaire capable de s'imposer, capable de se faire respecter, de décider seule pour elle et pour les autres. Je le déplore, mais je le sais, ce monde n'existe plus. On peut en avoir le regret, mais on ne peut pas résoudre les problèmes d'aujourd'hui avec la nostalgie des siècles écoulés.
Le Front national va connaître un glissement sur les questions européennes sous l'influence des idées de Mégret et de la Nouvelle Droite. Au départ farouchement anti-européen et militant pour la sortie de l'euro, le RN d'aujourd'hui se contente de s'en prendre à Bruxelles et de réclamer une Europe des nations en s'appuyant sur les autres dirigeants d'extrême droite de l'Union, comme Viktor Orban en Hongrie. On ne mesure pas bien l'impact idéologique considérable de Bruno Mégret et de son petit groupe de néo-droitos.
On pourrait multiplier les exemples. Tenez, c'est Bruno Mégret qui utilise le premier le mot réinformation, qui est aujourd'hui très en vogue dans les milieux complotistes. Être en mesure de produire de la théorie et combiner ça à une stratégie politique forte, c'est ça l'essence du mégrétisme.
D'ailleurs, pour diffuser ses idées en 1997, il va sortir ce bouquin La troisième voie pour un nouvel ordre économique et social. C'est hyper grandiloquents et très mal écrits. C'est naze, mais encore une fois, c'est quelque chose qui a eu un grand impact sur l'extrême droite.
Dans ce livre, Mégret défend une fusion entre libéralisme et protectionnisme. C'est aujourd'hui la ligne du Front national, qui n'était pourtant pas du tout protectionniste sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, qui était un grand admirateur de Ronald Reagan. On dit que vous êtes le Ronald Reagan français.
Qu'est ce que vous en pensez ? Écoutez, je pense qu'on me fait beaucoup d'honneur. Mégret a donc eu un impact sur la ligne du Front national.
Mais son poids politique s'est aussi fait sentir au moment du putsch. L'essentiel des gens qui sont partis avec lui, c'était des gens de son milieu. Oui, des polytechniciens, des mecs de Sciences-Po, de l'ENA, bref, des cadres.
Et ça, le RN en manque toujours cruellement aujourd’hui. C'est Mégret qui a tenu à créer un institut de formation au sein de son parti. C'est lui qui voulait le professionnaliser et le crédibiliser.
Et si le putsch a fait long feu, les conséquences structurelles de cette scission pour le parti se font encore ressentir au FN aujourd'hui. Mais comme on l'a dit, ils n'ont toujours pas de cadres et toujours pour les mêmes raisons. Tout se passe comme si le petit clan familial autour de Marine Le Pen se gardait toutes les meilleures gages et ne laissait pas monter de nouveaux profils, précisément pour ne pas menacer sa mainmise sur le parti, la vache à lait.
Au RN, on préfère avoir une armée de nuls et en faire de la chair à canon plutôt que de construire un parti avec des vrais cadres, un truc stable. Elle était bien cette émission quand même. C'était fin, ça avait du caractère, un peu comme le camembert Au RN, Jordan Bardella a récemment lancé un institut de formation, le campus Emera.
Et ce n'est pas un hasard. Comme l'explique dans Mediapart la chercheuse Périne Schir, l'arrivée de Bardella à la tête du Rassemblement national marque le retour dans les sphères du pouvoir frontiste, des réseaux de la Nouvelle droite et donc de leur idéologie. Et ce retour, il faut s'en inquiéter.
Il faut s'en inquiéter car la méthode Mégret a montré son efficacité. Il a réussi à faire entrer des profils issus des grandes écoles au Front national et est parvenu à mener une bataille culturelle qui a imposé des mots de l'extrême droite dans le débat public. Peut être que le putsch de 1998 a simplement ralenti la professionnalisation du FN et sa transformation en une machine de conquête du pouvoir telle que l'imaginait Mégret.
Malgré ses 2 % en 2002 et sa faible exposition médiatique, Mégret s'en sort bien. Il se réjouit aujourd'hui de l'évolution du débat public français. Si vous voulez, moi ce qui me frappe, c'est que la situation a tellement, s'est tellement dégradée au regard des problèmes liés à l'immigration que beaucoup de gens commencent à prendre conscience de la réalité des problèmes et commencent à se rendre compte que c'est finalement la survie même de notre nation qui est aujourd'hui menacée.
Et on entend maintenant ici ou là, dans les sphères autrefois politiquement correctes, des interventions qui montrent que la prise de conscience commence à se faire. Et c'est précisément pour ça qu'il ne faut pas prendre la question des mots et du langage à la légère. Les mots conditionnent notre manière de voir le monde.
Dans la vidéo sur Mitterrand, on vous a parlé du glissement de l'appellation travailleurs vers celle d'immigrés Et sous Macron, alors ? Que penser quand on entend Darmanin parler d’ensauvagement pour décrire la société française ? Que penser quand on entend Macron utiliser le terme de réarmement démographique pour défendre une politique nataliste ?
Peut être qu'ils emploient ces mots par cynisme, par calcul politique et peut être pas par idéologie. Mais peu importe, en fait. L'exemple de Bruno Mégret l'a démontré : théoriser des éléments de langage et les marteler dans des discours, ça a des effets sur le monde réel.
Comme par exemple mettre le RN à 43 % au second tour en 2022 ou leur donner 88 députés aux législatives. On ne dit pas que c’est la seule explication de la montée de l'extrême droite, mais c'en est une. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on peut riposter en imposant nos mots et notre langage et peut être pour une fois, prendre le dessus dans la bataille culturelle.
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