Marine Le Pen face à ses archives dans "adn" , l'émission politique de l'INA | INA
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Le Pen, Marine, 53 ans, candidate du Rassemblement National, c'est votre troisième campagne présidentielle. Au travers des archives de l'INA, nous allons tenter de révéler votre ADN. Bonjour et bienvenue Marine Le Pen. Bonjour. Et d'abord avec votre toute première apparition à la télévision. C'est une image furtive, une archive de 73, un portrait de votre père Jean-Marie Le Pen qui vient de créer le Front National. Vous avez 5 ans.
Bien mon chien, bien mon chien, bonjour madame. Vous êtes la petite dernière avec le gros nounours dans les bras et le chandail à rayures.
Et donc pour vous, une première apparition dans un reportage politique sans que vous l'ayez souhaité.
Oui, c'est vrai, on a été très vite mis devant les caméras. Mais c'était l'époque, c'était la grande époque, enfin le début de l'époque Reagan, de l'époque où en réalité on montrait la vie de famille. En fait, et donc tout au long de la vie politique de mon père, on a souvent fait l'objet de reportages. Mais ça, c'est effectivement la première image avec le chien Rambo que vous ne voyez pas mais que vous entendez. Et dans cet appartement qui était un appartement assez modeste du 15e arrondissement dans lequel nous vivions et qui plus tard sera le logement qui explosera.
Qui sera dévasté. 1993, vos vrais débuts en politique. Première campagne à 24 ans, vous êtes candidate dans le 17e arrondissement de Paris.
Aujourd'hui, Marine, la Benjamine, tout aussi blonde que sa soeur, tout aussi imprégnée de civisme familial. Baptême électoral, un brin précoce peut-être.
Objectivement, 24 ans, c'est une vie assez courte. Mais subjectivement, nous avons été confrontés en qualité de fille de Jean-Marie Le Pen à un grand nombre d'obstacles dans notre vie. Et peut-être cela nous a forgé un caractère plus combatif et nous a donné une expérience certaine. du sens des choses et de la valeur des choses.
11% des voix, vous n'êtes pas élue. Mais est-ce à ce moment-là que vous choisissez vraiment la politique ?
Non. En réalité, d'abord, cette campagne, je m'en souviens très bien. C'était de l'horreur. J'étais malade comme un chien. J'avais une appendicite. J'étais opérée un peu en urgence d'une appendicite sous-hépatique. Donc, je n'étais pas très très bien dans mes baskets. Mais non, en réalité, j'étais comme obélique. J'étais tombée dans la marmite depuis bien longtemps. J'avais fait déjà des campagnes de mon père. J'avais suivi des campagnes municipales. J'avais suivi des campagnes à la Trinité-sur-Mer. J'avais rédigé des enveloppes pour envoyer des tracts. Enfin, je veux dire, c'était mon quotidien. Et presque, j'avais même résisté parce qu'il souhaitait me positionner comme candidate avant.
Et j'avais voulu attendre d'être avocat. Je pense que j'étais déjà avocat, là, tout juste, à peine.
Et donc, votre choix ? Votre choix à vous d'avoir une vie politique ?
Non, non. En réalité, non. J'accepte d'être candidate parce qu'il me le demande. Mais je suis encore dans une période où, en fait, je n'ai pas envie de faire de la politique. J'ai envie de faire tout sauf de la politique. C'est pour ça que je deviens avocat, d'ailleurs. Je deviens avocat parce que je ne veux pas faire de politique. La politique, pour moi, c'est l'horreur. Et je le fais parce que personne ne veut aller face à Ponce, qui faisait 80% au premier tour ou 85% au premier tour. Et donc, là, pour le coup, je rends service. Mais je n'ai pas du tout décidé de faire de la politique. Et je n'ai surtout pas encore compris qu'en fait, j'avais le virus et qu'il finirait par me rattraper.
Donc, dans la rubrique des premières fois, votre révélation médiatique, elle arrive presque par hasard pendant la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002. Vous restez dans l'ombre. Mais le 22 mai 2002, deux semaines après le second tour perdu face à Jacques Chirac, vous êtes envoyé au déboté sur le plateau de France 3 pour remplacer un cadre du parti.
Parce que qui a contribué à faire croire aux Français que l'intégralité des hommes politiques était malhonnête ? C'est vous. Et c'est vous. Parce que vous. Parce que... Moi ? Parce que... Mais oui, bien sûr, votre parti... Moi ? Mais qui est allé, celle-là ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Le PR, l'UDF, le PS et le PC. Vous voulez que je vous rappelle un certain nombre d'affaires ? Parce que M. Alphane ne le fera plus. Il a oublié, lui, les affaires. Il a oublié la lutte contre la corruption puisqu'il a voté pour le premier délinquin de France. Alors, la langue de bois ? Eh bien, cessons la langue de bois. Vous voulez construire la démocratie ?
La sidération et l'exaspération de Jean-Luc Mélenchon sont un spectacle inépuisable. Révélation de vos talents de débatteuse. Pour vous-même aussi ? Ou bien vous saviez capable de tenir tête à vos adversaires ?
Non mais... Bon, d'abord, je n'ai pas de fascination pour tous ces gens qui sont ministres. Parce que je n'ai pas de fascination pour le pouvoir. Donc, ils ne m'impressionnent pas du fait qu'ils ont ces responsabilités-là. J'arrive sur ce plateau. Personne ne veut aller, en réalité, c'est ça, pour commenter une défaite. Parce que la défaite est lourde. On est au second tour de l'élection présidentielle de 2002. On vient de vivre 15 jours d'enfer, de manifestations, d'insultes. C'est une horreur. Et j'y vais très détendue en me disant, bon, puisqu'on en est là, autant que je dis ce que j'ai envie de dire.
Et je ne pensais pas du tout que ça allait être le démarrage, c'est vrai, d'une carrière, d'abord médiatique, en fait, qui me poussera à prendre des responsabilités plus tard.
Et qui poussera, dans un premier temps, votre père à vous demander de faire toutes les émissions de télé. Il dit que vous êtes un cheval de course. Et vous voici enchaînant les plateaux et les prises de bec.
– Mais vous ne vivez pas dans un appartement avec les portes et les fenêtres ouvertes. Et vous proposez aux Français de vivre dans un appartement avec les portes et les fenêtres ouvertes. – C'est cette manière que les Le Pen ont de prétendre défendre les pauvres en vivant dans des hôtels particuliers à Saint-Cloud et, madame, particulièrement choquante. J'habite toujours le village où je suis née, dans la ferme de mon enfance. – Mais je m'en moque de votre vie, monsieur Pérou. – Mais vous vous moquez de tout, madame. – Mais ce que je vois, monsieur, c'est que vous refusez de voir la réalité des Français. Et c'est mon rôle. – Parce que vous me dites que c'est inacceptable ?
Parce que je mets en cause le président de la République ? Vous êtes son avocat ? – Excusez-moi de vous dire que l'insinuer que le sondage a été payé par Nicolas Sarkozy est absolument scandaleux.
– Je dis France Inter, France 2, Nicolas Sarkozy. Et je dis ce que je veux. Et si j'ai envie de mettre en cause la collusion entre le service public et le président de la République, je le fais. – Je peux éventuellement expliquer ici, profiter de cette invitation qui m'est faite, d'expliquer pourquoi vous êtes une imposture dans cette élection. – Dites, vous m'avez invité aussi, non, je crois. – Mais je ne débattrai pas avec vous parce qu'il n'y a pas…
– Ou est-ce que vous n'êtes pas en état de contrôler le débat ?
– Parce qu'il n'y a pas de débat républicain.
– Un, vous n'êtes pas obligé d'être agressif. – Non, non, mais je vous le dis. – Deux, vous n'êtes pas obligé de donner des leçons. – Mais c'est vous qui êtes méprisant. – Ah bah ça, depuis tout à l'heure, c'est vous.
– C'est vous qui êtes méprisant ?
– C'est même d'autant plus facile à voir que vous parlez tout le temps et qu'on ne peut pas en placer une.
– Moi, en fait, vous êtes tout le temps méprisant. Vous en n'êtes même plus compte, en fait.
– Oui, écoutez, vous êtes sans doute aveuglé par votre caractéristique permanente qui consiste à agresser les autres dès que vous vous envoyez. – Non, non, je n'agresse personne, moi, je suis une femme de conviction. – Non, non, je crois à ce que je dis.
Vous n'avez pas réussi, monsieur, parce que vous vous êtes couché. Vous vous couchez tout le temps. – Bonjour Jean-Prui, madame. – Deux, deux, c'est pas moi qui me couche. – Vous êtes à plat ventre en permanence, devant l'Allemagne, devant le syndicat de la magistrature, devant l'UOIF, devant les communautaristes, devant les puissances d'argent, devant les banques, à plat ventre.
– Mais madame Le Pen, moi, je suis debout. Mais pour être debout, je n'ai pas besoin de salir. – Qu'est-ce qui vous a fait réagir ? C'est Strauss-Kahn ?
– Oui, c'est Demi Strauss-Kahn. Parce qu'on s'est regardé après avec Arlette Chabot et on s'est dit, mais c'est pas possible, c'est pas ce qu'il a dit. Et en fait, c'est ce qu'il avait dit. Oui, bon, des années et des années de combat politique. C'est vrai, de prise de bec, de conviction.
– Mais cette Marine Le Pen, là, offensive et vindicative, on ne la voit plus, on ne l'entend plus comme ça. Elle appartient au passé ?
– Non, mais c'est pas ça, c'est que je pense qu'on se lasse. Moi, je me lasse, je l'ai dit, je me lasse du bruit et de la fureur. C'était pas facile, c'était d'ailleurs moins facile qu'aujourd'hui, il faut être honnête. On défendait des idées qui n'étaient pas à la mode à l'époque, elles le sont devenues depuis. Mais je pense qu'on mûrit, voilà. Je n'ai plus 30 ans, je n'en ai plus 40, j'en ai aujourd'hui 53, je suis à ma troisième campagne présidentielle. J'ai envie d'efficacité aujourd'hui, j'ai envie d'aller au fond des choses, j'ai envie d'apaisement aussi, après 5 ans de violence, je trouve dans la société, de fracturation, de division.
Et ce dont j'ai envie, je pense, c'est ce dont les Français aussi ont envie.
Voilà.
– Revenons à présent à votre enfance et à vos racines. – Le 2 novembre 1976, à 3h45 du matin, vous y avez fait allusion, une déflagration dévaste l'immeuble où vous vivez Villa Poirier, dans le 15e arrondissement de Paris, 5 kilos d'explosifs.
– Cela tient plus du bombardement que du simple attentat. Et malgré cela, il n'y a eu que 6 blessés légers parmi les voisins, dont 4 enfants, c'est là le miracle. Toute une partie de l'immeuble de 5 étages, dont M. Le Pen occupe le 4e, s'est effondrée. 12 appartements sont dévastés. L'immeuble étant désormais condamné, une trentaine de personnes devront être relogées, dont la famille Le Pen. Et ce matin, chaque locataire s'employait avec l'aide des pompiers à récupérer un minimum d'effet personnel. L'explosion a rejeté des débris jusque sur la façade des immeubles voisins, certains étant même très éloignés. Plusieurs voitures en stationnement ont été endommagées.
– Alors que s'est-il passé exactement dans la mesure où vous pouvez avoir une idée précise ?
– Formidable explosion, qui nous a pratiquement jetés hors du lit. Et nous nous sommes sortis dans le couloir. et on a vu le ciel. Alors nous avons appelé les enfants qui se trouvaient dans un appartement au-dessus, ils ont répondu. Et nous avons appelé les voisins du-dessus et ils cherchaient leur bébé. Le bébé avait été projeté du cinquième étage au rez-de-chaussée. Et par miracle, il est encore vivant.
– Vous avez 8 ans et vous êtes une vraie escapée. Qu'est-ce que vous comprenez alors de ce qui vient de vous arriver ?
– Je comprends qu'on veut le tuer, quoi. Je comprends qu'on veut nous tuer. En réalité, pas seulement lui, mais tout le monde, toute la famille. Donc je comprends que c'est dangereux, que c'est difficile. Et je pense que ça ne me quittera jamais vraiment, en réalité, cette idée qu'on peut mourir pour la politique. Ce qui n'est probablement pas la conscience que peuvent avoir les responsables politiques qui en font de manière, entre guillemets, traditionnelle.
Il y a d'ailleurs une anecdote absolument incroyable qui s'est déroulée parce que ma sœur est descendue, ma sœur aînée est descendue par la grande échelle, parce que nous, nous étions au cinquième étage, eux au quatrième et nous au cinquième. Et ma sœur cadette et moi, qui avions donc 8 et 12 ans, ils nous ont descendus par une nacelle, parce qu'on était trop petites pour descendre cinq étages par les escaliers. Un jour, j'étais en réunion de fédération dans le 92 et il y a un monsieur qui est venu me voir et qui m'a dit « Madame Le Pen, je suis le pompier qui vous a descendu par la nacelle du cinquième étage le jour de votre attentat. » Vous savez, ça m'a fait vraiment...
Ça a été un moment incroyable, 40 ans plus tard.
Et c'est ce qui fait que la violence fait partie, non pas de votre ADN, mais de votre environnement depuis le plus jeune âge ?
Oui, bien sûr, parce que là, c'est l'attentat qui nous a touchés, évidemment, directement. On était en train de dormir, c'est arrivé en pleine nuit, ça a été très traumatisant. D'ailleurs, je pense que ma sœur, une de mes sœurs, ne s'en est totalement jamais remise, en fait. Mais c'était tout le temps comme ça. Il y avait des violences tout le temps, il y avait des attentats dans nos permanences, il y avait des manifestations qui étaient attaquées. Donc oui, ça a été vraiment une période où... Moi, je comprenais que la politique, c'était difficile. Ce n'était pas un chemin de rose, c'était un chemin de verre pilé.
Et pour la vie de la Poirier, on n'a jamais su qui avait été les poseurs de bombes. En 1986, à nouveau, un moment d'intimité familiale, devant les caméras du journal télévisé, vous avez 18 ans. Jean-Marie Le Pen en privé, père de trois filles, 17, 22 et 26 ans, le président du Front National, comme beaucoup de leaders politiques passionnés, consacre plus de temps aux réunions électorales qu'à son foyer. C'est pourquoi des retrouvailles comme celles-ci sont jalousement protégées. Une chaise vide, celle de l'épouse et de la mère qui a repris sa liberté.
De ce fait, les relations père-enfant se sont modifiées.
Dans les familles, le papa, c'est souvent le père Fruittard, celui dont on menace les enfants si jamais elles ne travaillent pas bien. Apparemment, elles n'ont pas l'air d'avoir peur de vous. Non, pourquoi pas, non.
C'est un type gentil, drôle, qui danse, qui aime s'amuser, malheureusement, qui a beaucoup de choses à faire, donc on se voit rarement. Mon père, c'est quelqu'un dont vraiment je suis fière. Vraiment, j'en suis très fière, je suis vraiment très heureuse de m'appeler Mme Le Pen, et de plus en plus.
Une fierté ou un poids, comme vous l'avez dit ensuite, ou les deux ?
Non, mais c'était les deux. C'était les deux. Vous savez, tous les malheurs qui me sont arrivés dans ma jeunesse, dans mon adolescence, en fait, étaient liés à la politique. Donc, j'ai associé la politique à quelque chose d'éminemment difficile. Et en même temps, j'étais très fière parce que l'agression dont nous faisions l'objet en permanence a quand même nous obligé à ressouder les liens. On se défendait les uns les autres parce qu'on était aussi attaqués les uns les autres.
Et le départ de ma mère et la manière dont ça s'est passé, évidemment, n'a été rendu possible que parce que mon père était un responsable politique, contre lequel on utilisait en fait tout, y compris sa vie privée, parce qu'à l'époque, le débat ne se posait pas de savoir si on avait le droit d'utiliser la vie privée des hommes politiques contre eux. On ne le faisait pour personne sauf pour lui, quoi.
Alors, vous l'avez dit, vous tentez de tourner le doigt de la politique. En 91, vous obtenez un DEA de droit pénal, vous prenez la robe d'avocate, vous défendez votre père dans l'affaire Bussière, mais aussi des étrangers en situation irrégulière menacés d'expulsion comme Nourdine Hamedi.
Mais qu'est-ce que tu vas faire ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Toutes les 10 minutes, Nourdine appelle sa sœur du centre de rétention du Ménil Hamelot en Seine-et-Marne. Il lui dit, lui répète qu'il ne veut pas partir. Pourtant, le train doit l'emmener ce soir vers Marseille, puis ce sera le bateau pour l'Algérie. Il est sous le coup d'un arrêté d'expulsion en urgence absolue de 1971. En 71, Nourdine avait 20 ans.
Incohérence avec ce que vous défendrez ensuite ? Erreur de jeunesse ?
Absolument pas. Non, absolument pas. Vous savez, on peut très bien lutter contre l'immigration qui est un processus et en même temps considérer que les immigrés sont des personnes qui ont des droits, qui méritent d'être défendus. Et je l'ai défendu plusieurs fois d'ailleurs, Nourdine Hamedi, j'ai gagné. En réalité, il rentrait parfaitement dans les cases pour pouvoir obtenir non seulement le droit de rester, mais la nationalité française compte tenu de l'âge qu'il avait par rapport aux événements d'Algérie. Mais ce n'est pas le problème, j'en ai défendu d'autres.
Donc ils n'étaient pas réellement clandestins ?
Non, mais ce n'est pas le sujet. J'ai fait énormément de procédures comme ça en comparution immédiate. J'ai défendu des étrangers en situation irrégulière parce qu'ils ont des droits. Ils ont des droits, il y a des textes, ils ont le droit d'avoir des avocats. Et ce n'est pas pour ça que je ne suis pas opposée à la politique anarchique d'immigration, que je ne souhaite pas changer les règles. Mais il n'en demeure pas moins qu'il y a des hommes, des femmes, et qu'ils méritent d'être défendus dans une civilisation comme la nôtre.
La rubrique suivante nous ramène à Jean-Marie Le Pen. Qui est sans conteste votre mentor en politique ? Vous lui rendez régulièrement hommage pour sa force tribunicienne. Extrait du discours qu'il prononce au soir du 21 avril 2002, après sa qualification au second tour, où il reprend le « N'ayez pas peur » de Jean-Paul II. « N'ayez pas peur, chers compatriotes, rentrez dans l'espérance. L'événement, c'est le 5 mai. En attendant, n'ayez pas peur de rêver.
Vous, les petits, les sans-grades, les exclus, ne vous laissez pas enfermer dans les vieilles divisions de la gauche et de la droite, vous qui avez supporté depuis 20 ans toutes les erreurs et les malversations des politiciens, vous les mineurs, les métallos, les ouvrières et les ouvriers de toutes ces industries ruinées par l'euro-mondialisme de Maastricht, vous les agriculteurs aux retraites de misère et acculés à la ruine et à la disparition. » C'est votre père le meilleur tribun de la Vème République, ainsi que vous l'avez qualifié.
« Je pense que d'abord c'est son talent, deuxièmement c'est sa force de conviction. Vous savez, on dit « on ne transmet que la foi que l'on a ». Je pense que quand on n'y croit pas, en réalité on ne transmet rien. Et lui, il y croyait, il avait des convictions chevillées, il a une épaisseur humaine, un parcours, sa naissance, ses origines modestes, la perte de son père, la guerre, la guerre d'Algérie. Tout ça, si vous voulez, ça construisait des hommes, il faut bien le dire, politiques, qui avaient beaucoup de bagages.
Et pardon de le dire, mais quand on voit les débats à l'Assemblée nationale à l'époque, les personnalités qui existaient à l'époque, et quand on voit les personnalités aujourd'hui, il y a incontestablement une différence. Voilà, c'est un fait. Et lui avait réussi quelque chose d'extraordinaire d'ailleurs, c'est qu'il avait réussi à dompter la télévision. Parce que Tick Chévignancourt, dont il était directeur de campagne, qui était un extraordinaire tribun, un avocat fabuleux, mais n'arrivait pas, n'avait pas réussi à passer à la télévision. Il gardait ces grandes envolées qui faisaient évidemment le spectacle dans les prétoires, mais qui ne passaient pas à la télévision.
Et Jean-Marie Le Pen, il a la modernité en fait, d'être capable de s'exprimer, et avec ses qualités tribuniciaires d'un meeting, et en même temps à la télévision, ce qui n'était pas tout à fait évident à l'époque.
La télévision, vous l'avez beaucoup suivi quand il était invité. On vous voit très souvent dans les archives de l'heure de vérité. C'est lui qui vous a appris la bagarre avec les journalistes, le rapport de force lors des interviews ?
Non, il n'apprend rien. Mon père, il ne nous apprend rien. En l'observant ? Oui, voilà, c'est tout, parce qu'il n'a pas le temps. Je ne suis même pas sûre qu'il ait le goût d'ailleurs, en réalité, pour nous apprendre quoi que ce soit. En fait, il s'est retrouvé avec trois grandes filles. Il ne savait pas trop comment faire. Quand ma mère est partie, j'avais 16 ans. Ma soeur en avait 20 ou 21, et la grande en avait 27. Bon, il se retrouve avec trois filles. Il ne sait pas comment ça fonctionne tout ça, à quelle heure on a le droit de sortir, de quoi on a besoin. Alors, il a géré comme il pouvait.
Mais c'est vrai qu'on vit, on vit, on respire, on mange, on dort, on écoute, on parle politique tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et que, oui, c'est sûr que c'est une forme de formation continue, un peu comme les enfants de musiciens avec leurs parents musiciens, ou les enfants peintres avec leurs parents peintres.
Et pourtant, ce père est menteur, vous allez l'exclure du Front National, le parti qu'il a fondé, et dont il a voulu retirer son propre nom. C'était en 2015. Et je dois dire que j'ai honte que la présidente du Front National porte mon nom. Et je souhaiterais d'ailleurs qu'elle le perde le plus rapidement possible. Elle peut le faire soit en se mariant avec son concubin, soit peut-être avec M. Philippot ou avec quelqu'un d'autre. Mais moi, je ne souhaite pas que la présidente du Front National s'appelle Le Pen. C'est d'une violence.
Oui, il est capable d'être très violent quand il est contredit, quand il est blessé aussi, je pense. Je pense qu'il a été très blessé par cette situation. Honnêtement, il ne m'a pas tellement laissé le choix. Je ne pouvais pas faire autrement. Il était entré dans un processus de provocation à mon égard qui faisait qu'il était dans une démarche de sabotage, en fait. de ce que je souhaitais faire, de ce que les adhérents du Front National aussi me demandaient de faire. Parce que je leur ai proposé quelque chose, ils m'ont dit oui. Et il avait du mal à le supporter. Et quand il est blessé, il peut être terriblement brutal et terriblement violent dans les propos qu'il exprime.
Mais voilà, c'est son caractère. Il est comme ça. Il a des qualités. Il a des revers de médailles.
Rancunier, très rancunier ou capable de s'adoucir avec les années ?
Il n'est pas rancunier. Il n'est pas rancunier. C'est pour ça qu'il a pardonné d'ailleurs à son ex-femme. Non, il n'est pas rancunier. Je ne le suis pas non plus d'ailleurs. Non, c'est vraiment un des traits de caractère qu'il n'a pas. D'ailleurs, il a pardonné à tout le monde, y compris à des gens à qui il n'aurait pas dû pardonner pour le coup, tout au long de sa carrière. Non, non, il n'a pas ce défaut-là. Mais c'est vrai qu'il est capable d'avoir des mots. Il sait exactement où taper pour avoir les mots les plus blessants qu'il soit. Après, il oublie. Mais quand on est en face, il faut être capable d'oublier aussi. Moi, je sais le faire, mais d'autres probablement n'ont pas su le faire.
Un dirigeant politique à présent, dont vous êtes allé chercher sinon le soutien, du moins la poignée de main et l'image, c'était pendant la campagne de 2017, Vladimir Poutine rencontré à Moscou. Un petit salon modeste du Kremlin qui sert à des rencontres informelles. Mais les caméras sont bien là pour immortaliser l'instant. Marine Le Pen a enfin obtenu la rencontre censée lui octroyer sa stature internationale. Et elle a du mal à cacher son émotion.
Merci, M. le Président, de m'avoir accordé cette entrevue. Vous le savez, je t'aide depuis longtemps pour que la France et la Russie reprennent des relations.
Une candidate à l'élection présidentielle qui s'engage à œuvrer pour une levée des sanctions européennes contre Moscou, Vladimir Poutine ne peut qu'approuver, même s'il se défend de toute ingérence dans le scrutin. Que vous dit cette image de 2017 à la lumière de 2022 ?
C'est une image qui est très importante parce que la réalité, c'est qu'au fur et à mesure des années et au fur et à mesure des choix qui ont été faits par l'Union européenne, la Russie n'a eu de cesse que de s'éloigner de l'Europe. Moi, je pense qu'au départ, Vladimir Poutine, il souhaitait que la Russie ait des relations avec l'Europe et accessoirement avec la France. Et à force de l'en avoir éloigné, il s'est tourné vers la Chine. Je pense que c'est une très mauvaise idée qu'on a eue là, d'ailleurs, parce qu'il est beaucoup plus dangereux de voir la Russie avec la Chine que la Russie en ayant des relations avec l'Europe. Mais là, on est deux ans après les attentats du Bataclan.
Et moi, je vais voir Vladimir Poutine et je défends l'idée que la Russie, qui peut être par ailleurs un adversaire dans certains endroits, un concurrent dans d'autres, on le voit bien en Afrique aujourd'hui, mais incontestablement peut être un allié dans la lutte contre le fondamentalisme islamiste. Et je n'aurai de cesse, d'ailleurs, que de pouvoir rencontrer des dirigeants de pays pour organiser, en fait, sur des sujets qui sont des sujets qu'on peut avoir en commun, des points de convergence. Vous voyez, là, je rencontre Vladimir Poutine, j'ai rencontré il y a peu le Premier ministre polonais. Pour le coup, les deux ne peuvent pas s'entendre.
Ils se détestent cordialement, leurs pays sont dans une guerre diplomatique majeure, mais parce que je pense que c'est le rôle de la France. Le rôle de la France, c'est d'être cette puissance d'équilibre, c'est d'être à équidistance, c'est d'être capable de parler aux uns et aux autres et accessoirement, le moment venu, de rapprocher les positions des uns et des autres.
Mais dans cette visite et dans cette poignée de main, il y avait un peu plus que des considérations stratégiques ou de la réelle politique. Il y avait, et vous l'avez exprimé, une forme d'admiration pour Vladimir Poutine. On va écouter. Vous l'avez dit, est-ce qu'elle a faibli depuis cette admiration ?
Non mais, pardon, mais essayons d'avoir une vision un petit peu cohérente. Vladimir Poutine est un dirigeant politique qui a réussi quand même à arracher de l'effondrement économique, de l'effondrement social. Un pays qui a vécu des décennies de bottes soviétiques, puis une décennie de pillages ultralibérales. Voilà, c'est ça qu'il récupère. Et on peut avoir à son égard énormément de réserves, on peut s'en méfier, on peut le considérer brutal, on peut tout ce qu'on veut. Mais on ne peut pas, je veux dire, traiter par le mépris le dirigeant politique qu'il est.
Parce qu'il a réussi à faire de la réussite à nouveau un acteur de premier plan, à nouveau un pays qui tient la route sur le plan économique. Donc moi j'essaye d'être objective, j'essaye de ne pas être subjectif. Parce que quand on est dirigeant politique, on ne peut pas être subjectif. Il ne faut pas être subjectif. Il faut être très, comment dire, lucide sur ce qu'il est, sur ce qu'est la Russie. Mais il faut aussi être capable de comprendre pourquoi il agit comme ça, qu'est-ce qu'il a derrière la tête, qu'est-ce qu'il souhaite faire et qu'est-ce qu'il cherche à obtenir par la brutalité qu'il exprime.
Maintenant c'est sûr que ce qui s'est passé là, la guerre en Ukraine, est inadmissible, est insupportable, est à mon avis impardonnable. Mais je pense surtout que c'est une gigantesque erreur de sa part.
Rubrique suivante. 180 degrés comme le revirement que vous avez opéré sur la question de l'euro.
J'ai proposé moi un plan concerté, organisé, planifié de sortie de l'euro avec une initiative franco-allemande. Parce que le peuple français et le peuple allemand, excusez-moi de parler de gros mots, les peuples ne veulent plus payer pour les autres.
Est-ce qu'en politique on peut assumer d'avoir fait fausse route et changer d'avis ?
Alors d'abord c'est votre biais, c'est le biais que vous utilisez. La réalité c'est que d'abord j'ai pris conscience que les français ne souhaitaient pas sortir de l'euro. Je veux dire, il y a un moment donné, on était trop loin. L'euro était une mauvaise monnaie, elle a été mal conçue, elle a eu des conséquences très néfastes sur notre économie. Mais nous étions trop loin au bout de 17 ans en fait, pour que les français arrivent encore à se projeter dans une monnaie nationale. Et puis entre-temps, cette monnaie qui aurait dû mourir si on avait laissé les règles de l'Union Européenne telles qu'elles étaient, en fait, pour ne pas mourir, l'Union Européenne a complètement changé les règles.
C'est-à-dire que pour que l'euro n'implose pas, ils ont fait de la création monétaire, ce qui était interdit par les traités. Ils ont fait même énormément de créations monétaires. Ils ont changé les règles de Maastricht, c'est-à-dire que les critères de Maastricht ont disparu au fur et à mesure du temps.
– C'est vrai, mais ces réformes ont été prises après votre changement de doctrine. Vous avez changé à l'été 2017.
– Non, non, non, non, pardon, la création monétaire, c'était antérieure à 2017. Désolé d'être en désaccord avec vous, mais vous le ferez confirmer, c'était avant 2017. Donc voilà, si vous voulez, le fait que les règles aient changé, que les français ne souhaitent pas, nous demandaient de faire ce que nous avions à faire, mais dans le cadre de l'euro.
Et que de surcroît, nous avions trouvé des alliés pour pouvoir opérer une modification du fonctionnement de l'Union européenne, de l'intérieur de l'Union européenne, eh bien tout cela nous a poussés effectivement en 2017, après l'élection présidentielle, à abandonner le référendum, parce qu'en fait au départ, c'était un référendum que nous souhaitions mettre en œuvre, sur la sortie de l'Europe et de l'euro.
Un homme à présent dont l'ombre et l'héritage planent sur cette campagne. Face à De Gaulle, mais quel De Gaulle ? Nous avons choisi pour vous celui de la guerre d'Algérie, janvier 1960, après la semaine des barricades à Alger menées par les partisans de l'Algérie française. Le général ne lâche rien aux insurgés et réaffirme le principe d'autodétermination pour l'Algérie.
Dans la nuit d'Alger, ce soir de vendredi, tout le monde attend, aux barricades comme dans les postes de garde. Insurgés et militaires, tout le monde attend d'une même attente, le discours que va prononcer le général De Gaulle. Et De Gaulle parle. J'ai pris au nom de la France la décision que voici.
Les Algériens disposeront librement de leur destin. Deux catégories de gens ne veulent pas de ce libre choix.
D'abord, l'organisation rebelle qui prétend ne cesser le feu que si au préalable je traite avec elle par privilège de l'avenir politique de l'Algérie, cela je ne le ferai pas. D'autre part, certains Français de souche exigent que je renonce à l'autodétermination, que je dise que tout est fait, que le sort des Algériens est d'ores et déjà décidé. Cela non plus, je ne le ferai pas.
De Gaulle qui, d'une certaine façon, rompt définitivement avec les Français d'Algérie et avec ceux qui lui faisaient confiance et qui avaient contribué à le ramener au pouvoir. Que vous inspire-t-il ?
En réalité, vous me montrez un des seuls actes, une des seules décisions du général de Gaulle avec lesquelles je suis profondément en désaccord. Parce que pour tout le reste, la vision qu'il a de la France, la vision qu'il a du monde, la vision de l'indépendance nécessaire, même la vision de l'Europe qu'il défendait, tout cela me va plutôt bien. Mais là, il commet un abandon, une trahison. Je pense que le terme est quand même relativement juste puisque cette trahison a suivi des déclarations qui étaient des déclarations auxquelles les Français d'Algérie ont cru.
Et puis surtout, il commettra après un abandon des harkis dans des conditions qui restent quand même une tâche sur son parcours, quoi qu'on en dise. Encore aujourd'hui, on parle de réparer cette épouvantable faute qui a consisté à mettre les harkis qui avaient versé leur sang, qui avaient choisi la France dans des camps, les y laissaient mourir sans même scolariser les enfants. Enfin, ça n'a pas été joli joli et ça a laissé des cicatrices chez beaucoup de Français qui ont dû partir du jour au lendemain en laissant tout derrière eux, leur vie, leur commerce, leur logement. Ce sont des cicatrices. Quand vous parlez avec eux, je vous assure que ça vous tire les larmes, objectivement.
C'est comme ça. Dans le parcours d'un homme politique, il y a parfois 99% de choses auxquelles vous pouvez adhérer. Et puis il y a 1%, mais ce 1%, il est quand même un peu fondamental.
Séquence suivante. Alors, zéro pointé pour ce qui ressemble à un dérapage. Vous nous direz, vous êtes en campagne, nous sommes en 2012 et vous avez un accrochage avec un militant de Jean-Luc Mélenchon.
Si un maghrébin est au volant d'une belle voiture, c'est donc qu'il a gagné au loto ? Si vous avez gagné avec votre travail, à chaque fois que des types crient Bill Mélenchon, ce sont des Français d'origine maghrébine, à chaque fois.
Si un maghrébin est au volant d'une belle voiture, c'est donc qu'il a gagné au loto ?
Non, mais celui-là, je le connaissais bien parce que c'est un type d'énin, ça. Vous savez, dans les petites villes comme ça, tout le monde se connaît. Et c'est vrai que Jean-Luc Mélenchon a complètement abandonné les principes qui étaient les siens de défense de la République, de la laïcité, parce qu'il est allé draguer, je ne sais pas comment dire autre chose, draguer un électorat d'origine maghrébine, qui fait que quelques années plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui, il est le défenseur de l'islamisme, il est le contempteur de la laïcité, il accepte tous les accommodements scandaleux avec les règles de la République, il supporte le voile, enfin, je veux dire, tout.
Il a complètement changé, complètement changé.
Une Madeleine. Alors, je ne sais pas si on a visé juste, si elle figure dans votre panthéon, on a choisi pour vous une grande voix féminine.
Les yeux battus, la mine triste, les jouges l'aiment. Tu ne dors plus, tu n'es que l'ombre de toi-même. Je sais bien que tu l'adores, et qu'elle a des jolis yeux. Mais tu es trop jeune encore, pour jouer les amoureux. Ah oui, à mon panthéon, mais sans aucune difficulté.
Tout en haut, une femme extraordinaire, une artiste, une voix, une beauté, une intelligence.
Qu'est-ce qui vous touche ?
Tout. D'abord, son talent, sa solitude, c'était une femme très malheureuse, terriblement malheureuse, qui a tant perdu toute sa vie, enfin, je veux dire, qui n'a vraiment pas eu de chance. Et en même temps, elle a eu beaucoup d'amis, elle a été très aimée. Vraiment, c'est au-delà, je veux dire, du talent incroyable. Elle m'a toujours touchée, à chaque fois qu'il y a un film sur elle, d'ailleurs, je vais voir, j'en sors en général, en pleurant, parce que je trouve que cette vie est tragique, quoi. Elle a eu une vie tragique. Voilà, tragique.
Une archive que nous montrons à tous les candidats, celle de l'alerte verte. 1974, vous aviez 6 ans, première campagne présidentielle de votre père, et aussi celle d'un drôle de candidat en pullover rouge. Et vous savez ce qui va se passer ? Eh bien, nous allons bientôt manquer de l'eau. Et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse, puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. À lundi, je vous dis au revoir, et j'espère vous revoir, pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci, mes amis.
Il n'est pas complètement tort, René Thé.
René Dumont, le premier candidat écologiste, qui a fait un peu plus de voix que Jean-Marie Le Pen, d'ailleurs, à cette élection, mais qui n'a pas été beaucoup entendu à l'époque. C'est dommage ?
Oui, enfin, c'est dommage. La réalité, c'est que c'est le modèle économique qui a été développé plus tard, qui est le vrai modèle qui tue notre planète. C'est le modèle ultralibéral. C'est le modèle fondé sur le libre-échange, sur le moins-disant social, sur l'utilisation, le pillage, en fait, de la planète. C'est ça auquel il faut mettre fin pour pouvoir retrouver, pour pouvoir défendre l'environnement véritablement.
La pollution existait, et comment ?
Non, mais la pollution existait, mais tout nous dit, d'ailleurs, depuis cette période-là, que c'est par la technologie aussi qu'on arrive à résoudre les problèmes qui sont la conséquence de l'activité humaine. Vous voyez, c'est grâce au progrès, en fait, qu'on arrive à faire en sorte que les industries polluent moins, que le nucléaire pollue moins, que c'est grâce, par exemple, aux usines de désalinisation de l'eau qu'on peut, demain, on règle déjà, mais on réglera encore plus demain, le manque d'eau dans le monde. Parce qu'il avait raison, il y a des endroits qui manquent d'eau aujourd'hui, au moment où nous nous parlons. Et donc, moi, je crois beaucoup au progrès.
Je veux dire, je ne pense pas que les choses soient fixes et qu'il faille faire indéfiniment, siècle après siècle, avec les éléments technologiques que nous avons. Non, on va trouver. On découvre des choses tous les jours pour pouvoir améliorer la situation. Mais il n'en demeure pas moins que le modèle économique, lui, s'il continue, si on continue à le choisir au lieu du localisme, au lieu de la proximité, eh bien, on finira par mal vivre. Ce n'est pas tellement la planète qui souffre. Ce sont les hommes qui souffrent.
Donc, vous n'êtes pas écologiste canal historique. On l'a bien compris en vous écoutant. Jean-Marie Le Pen disait, parlait de l'écologie comme la nouvelle religion des bobos gogos. Ça a longtemps été une expression dans le parti.
Oui, non, mais ce n'est pas ça. Non, non, moi, je suis plutôt attachée à ces problématiques écologistes. Mais j'essaie de les regarder par le vrai bout de la lorgnette, pas par le mauvais bout de la lorgnette. Oui.
Une rencontre pour finir. C'est une parole trouvée parmi les trésors de l'INA, celle de l'écrivain René Barjavel. Une archive de 1957 dans l'émission Présence protestante. Le thème, qui est Judas ? Pour vous, qui est Judas ? Pour moi, ça ne fait pas de doute. Judas, c'est vous, c'est moi, c'est n'importe lequel des auditeurs qui nous écoutent et qui nous regardent en ce moment. C'est chaque chrétien, c'est chaque homme. Parce que si on s'écarte justement des limites du fait divers, des limites temporelles de la passion, Judas prend une signification universelle. Regardez ce qui lui arrive. Jésus lui donne le pain et il trahit Jésus en faisant semblant de l'aimer.
Il vend celui qu'il aime pour 30 deniers. Quel est celui de nous, sincèrement, qui ne se reconnaîtrait pas là-dedans ? Et je crois que si Judas est chacun de nous, il est aussi nous tous. Avez-vous connu des Judas, Marine Le Pen ? Et avez-vous pour eux autant d'empathie et de compréhension que Barjavel ?
Je pourrais faire plusieurs équipes de foot, oui. Avec les Judas que j'ai rencontrés. Bon, c'est normal qu'ils fassent preuve de... Comme ça, qu'ils pardonnent. Il faut réussir à pardonner, mais... Et vous ? Non, il y en a quand même à qui je ne pardonnerai pas. Parce que, vous voyez, j'ai beaucoup de... J'arrive à pardonner la faiblesse d'âme. Vous voyez ? La faiblesse, avoir peur, craindre pour soi, craindre pour sa famille, ne pas avoir la force, le courage. Je peux pardonner ça. Ce que je ne pardonne pas, c'est la duplicité. Ce que je ne pardonne pas, c'est celui qui, justement, vous regarde dans les yeux, vous dit, tu peux compter sur moi, il n'y a aucun problème.
Et pendant qu'il vous dit ça, il est déjà en train de vous trahir. Ça, j'ai vraiment énormément de mal à pardonner ça. C'est la politique, paraît-il.
Au terme de ce voyage dans les archives de l'INA, y a-t-il un morceau essentiel de votre ADN, Marine Le Pen, que nous avons manqué ?
Non, ou si ce n'est tout ce qui concerne ma vie privée, parce que tout ça, c'est la femme politique, c'est la femme publique, mais je n'en suis pas moins femme. Et je pense que, bien souvent, les gens oublissent, là. C'est que derrière, nous sommes des hommes, des femmes, avec nos tristesses, avec nos faiblesses, avec nos souffrances, avec nos doutes aussi, de temps en temps. Et c'est aussi ce que j'essaye de faire comprendre dans cette campagne présidentielle, c'est qu'on ne vote pas seulement pour un projet, on vote aussi pour une personnalité. Et c'est la personnalité qui a forgé le parcours qui est aussi celle qui, demain, sera amenée à prendre des décisions.
Merci, Marine Le Pen.
Merci à vous.
Marine Le Pen