Nicolas Turquois, député MoDem de la Vienne | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Qui n'a pas craqué un jour sous la pression ou sous la fatigue ? Pour mon invité, ça s'est produit en février 2020, dans l'hémicycle. Il en parle aujourd'hui sans tabou et porte un regard lucide sur ses débuts à l'Assemblée.
Générique ... -Bonjour, Nicolas Turquois. -Bonjour. -On vous a confié un rôle important en 2020, sur la 1re réforme des retraites, vous étiez corapporteur de ce texte, vous le défendiez dans l'hémicycle.
Au début, tout se passe bien pour vous, puis, au fil du temps, une partie de l'opposition a joué la carte de l'obstruction, les séances ont traîné en longueur, la tension est montée petit à petit jusqu'à un moment fatidique qu'on va revivre en images. *-Voici une citation que je n'avais pas prévue. Certains parmi vous ont déclaré : "La République, c'est moi", mais la République, c'est nous, et vous êtes rien.
Acclamations ... -Monsieur le ministre... -Alors, cette séquence a beaucoup tourné sur les réseaux, à l'époque, mais aussi dans les JT.
Qu'est-ce qu'il s'est passé, ce jour-là ? Vous avez craqué ? -Oui, on peut dire ça comme ça.
Vous êtes...
Quand vous êtes rapporteur du texte, et c'était pas n'importe quel texte, vous devez répondre, vous devez argumenter à chaque amendement de la majorité, de l'opposition, et donner la raison de votre avis favorable ou défavorable en fonction de ce qui s'est passé en commission. Sachant qu'avant la séance de l'hémicycle, il y a eu, je crois, deux semaines, au moins, en commission, où vous faites le même travail avec des gens qui ont plus une spécialisation sur le sujet. Donc s'accumule...
S'accumule de la fatigue, s'accumule de la tension, Quand vous êtes à l'hémicycle, vous pouvez sortir pour un café. Quand vous êtes au banc, vous répondez en permanence sur tout. -Défendre le texte, ne pas sortir. -De mémoire, il y avait deux séries d'amendements qui allaient se succéder de 300 amendements chacune ou 400, enfin, plusieurs centaines, chacune proposait de décaler l'âge d'application de six mois, des mesures, des dates d'application de six mois.
Donc, théoriquement, il aurait fallu que je réponde à chacun des amendements en disant pourquoi j'étais contre six mois plus tard et six mois plus tard. Donc la fatigue, plus ce côté extrêmement dur, physiquement et psychologiquement... -Vous étiez privé de famille pendant ce temps.
Je crois que votre famille était là, ce jour. -Elle était présente quelques...
Deux heures avant. Elle venait me voir, car elle m'avait pas vu en 15 jours, 3 semaines, donc elle était là. Elle n'était plus là quand j'ai dit ça.
Elle était là 2 heures avant et je devais les retrouver à l'issue de cette séance. -Quand vous prononcez cette phrase, vous vous dites quoi ? "Là, j'ai commis une erreur" ? -Aussitôt. -Vous savez ? -Vous vous dites aussitôt : "J'ai fait...
J'ai fait...
J'ai fait une erreur." Puis, vous vous excu...
Je crois que je m'excuse 5 minutes après, mais c'est trop tard, la machine... -C'est comme un burn-out ?
Il soupire. -Je le...
Je l'analyse pas spécifiquement, il y avait une très grande tension, il y avait...
Il y avait un côté qui est très dur physiquement, il fait chaud, les oppositions étaient juste derrière moi physiquement, donc ça a un effet...
C'est...
C'est la goutte...
Le supplice chinois, la goutte qui tombe en permanence. Une de plus ne fait pas grand-chose, mais l'accumulation fait qu'on explose. -Il y a eu cet épisode, mais plus globalement, tout le début de votre 1er mandat a été compliqué, vous ne vous en cachez pas.
Vous avez eu un peu de mal à trouver votre place, à comprendre votre rôle. -J'ai eu du mal à trouver ma place à l'hémicycle. On doit être sur le terrain, dans sa circonscription et c'est la même chose qu'être un élu local, sauf qu'il faut faire du relationnel, aller voir les gens, répondre... -Ca se passait bien ? -Ca se passait bien, c'est comme être maire, mais en version...
En version XXL. -Quel était le problème dans l'hémicycle ? -A l'hémicycle, vous arrivez, quand vous êtes élu député, avec l'image que vous vous faites d'un député et cette image, c'est celle du député à l'hémicycle.
Il m'a fallu du temps pour comprendre que le sujet, il fallait se spécialiser et ne pas parler sur tout, comme une discussion de comptoir, et que le travail principal était la commission. On se spécialise, on crée une relation avec notamment le ou les ministres en charge, et là, vous faites passer des idées, mais au début, à l'hémicycle, il y a...
Vous aviez un certain nombre de collègues qui ont peut-être plus de bagou, plus d'ambition, plus de facilité et on pense : "A quoi je sers ?" -Vous vous êtes posé cette question. Rétrospectivement, c'est intéressant de réécouter la réaction que vous avez eue le soir de votre élection en 2017, il y avait un côté prémonitoire. *-Je commence à comprendre ce qui va se passer, la révolution. *-Quelle révolution ? *-Bah, euh, dans ma vie personnelle, dans ma vie professionnelle, dans l'organisation du quotidien.
Les prochaines semaines vont sûrement être avec beaucoup de changements. -Une 1re réaction surprenante. D'habitude, on est dans la joie.
Vous, on vous sent inquiet. Pourquoi ? -Eh bien...
Il y a eu plusieurs sujets, mais...
Avant le 1er...
Quand il y a...
A l'issue du 1er tour, je me suis dit : "C'est possible que je sois élu." Je suis agriculteur, à la base. Vous embauchez pas des gens au cas où vous seriez élu, donc de se dire : "Comment ça va se passer ?" -Comment gérer l'exploitation en étant député ? -Je suis...
J'ai une famille. J'avais des enfants, des grands ados, des ados et des grands ados et de dire : "Mais du jour au lendemain, "je pars vers un monde nouveau." Et puis, cette découverte de la politique et cette appréhension du côté dur de la politique, qu'on voit, des fois, au niveau local.
Je pense que j'ai vu assez tôt les défis, même si je les mesurais pas encore à ce moment-là dans leur ampleur, mais j'ai vu assez tôt que ça allait être compliqué. -On va s'intéresser à vos premiers pas en politique. On s'intéresse à ce qui peut déclencher l'engagement en politique.
Si on regarde votre parcours, vous reprenez l'exploitation de vos parents en 2000, et un an plus tard, vous êtes élu maire délégué de votre petit village. Est-ce que les 2 sont liés ? Il faut y voir... -Vous allez vite.
Un an plus tard, je suis élu conseiller municipal. C'est un peu plus tard que j'ai été élu maire délégué, mais je suis issu de la campagne, donc revenir à la campagne n'étais pas un problème pour moi. Avec mon épouse, nous sommes ingénieurs et elle est... -Ingénieurs agronomes. -Exactement.
Elle était de la ville et me dit : "Je vais faire quoi dans ton village avec ton projet ? "J'ai envie d'un métier qui corresponde à ma formation." Je me suis dit que ce village dans lequel j'avais toujours vécu était assez âgé, par la population, assez...
Sans trop de vie, et donc qu'il fallait que je m'y investisse pour que ma femme, mes enfants, y trouvent pleine satisfaction. -Vous vous engagez en politique pour votre famille, vos proches. Vous êtes élu conseiller municipal, puis maire délégué du village, responsable départemental du MoDem, puis député.
Aujourd'hui, votre vie est consacrée à la politique, mais vous avez voulu garder un pied dans votre exploitation. -Oui, assurément. D'abord... -Vous avez pas lâché le... -J'y suis toujours.
Je reste agriculteur, même si j'ai évidemment pris de la distance. Je participe surtout aux travaux l'été, je suis la gestion au fur et à mesure de l'année. Là, on me voit avec des échasses.
Pourquoi ? Sûrement pour prendre de la hauteur en politique. Non, c'est...
Je fais des productions en serre. On accroche les cultures à hauteur, certaines cultures sous serre. Mais c'est quelque chose que j'aime profondément. -Il y a un risque de se déconnecter un peu du terrain, de la réalité de la vie des Français quand on est élu ? -Clairement. -Il faut rester dans le milieu professionnel ? -Déjà, j'aime mon métier, mais je suis persuadé, je le vois, j'ai l'impression de le voir avec d'autres, qu'on perd un contact avec une certaine forme de réalité.
D'avoir été ou d'être n'est pas la même chose. Là, sur les sujets agricoles, être toujours pleinement impliqué dans les sujets agricoles me permet d'avoir un regard, une expertise, qui n'est pas la même que si j'y avais été il y a 5 ans, si je n'y étais plus depuis 5 ans. Ca, c'est quelque chose auquel je tiens.
Et puis, vous reprenez pas le métier d'agriculteur comme un autre métier. Ma fonction de député peut s'arrêter plus brutalement que prévu. -Dans cinq ans. -Et donc, je... -C'est une forme de sécurité pour vous ? -Aussi. -C'est l'heure de notre quiz.
Je vous explique le principe, c'est assez simple. Je vais lire le début d'une phrase et c'est à vous de la compléter. On y va ? -On y va. -C'est parti. "Sur les questions "d'agriculture" - on en parlait à l'instant - "la plupart des députés..." -N'y connaissent rien. -C'est votre constat ? -Ils y sont sensibles, mais l'expertise est assez faible.
Elle est plutôt imagée, l'image d'une agriculture un petit peu dépassée, souvent. -Vous-même, on vous a entendu un peu sur la question, mais ce n'est pas votre spécialité. -Au tout début, j'étais vraiment sur les questions agricoles et j'ai eu l'impression que mes collègues me filaient tous les sujets agricoles, d'être cornérisé sur le sujet. -Si vous le connaissez, c'est bien. -Oui, mais j'ai envie de parler d'agriculture, mais pas uniquement.
Le sujet des retraites a été celui qui m'a tourné vers le champ social et c'est un sujet que j'ai aimé. Donc l'agriculture, mais pas que. -"A chaque fois "que François Ruffin prend la parole..." -Il m'énerve.
Rires -Lui en particulier ou sa façon de s'opposer ? -C'était sa façon de faire, notamment au premier mandat. Il a changé. -Je ne l'ai pas choisi par hasard.
Il a été vraiment très présent pendant le débat des retraites et parfois, je peux comprendre qu'il vous ait agacé, il cherchait la petite bête... -Suite à ma sortie de route que vous avez retransmise, quelques mois plus tard, il l'a rediffusée sur les réseaux. -Vous lui en avez voulu ? -Oui !
Ce n'est pas que moi. C'est moi, ma famille, mes collaborateurs, et c'est des méthodes qui sont inacceptables. -Vous dites qu'il a changé ? -Dans son expression.
Je l'ai entendu l'autre jour. Même si je ne partageais pas les arguments de fond, je trouvais que la forme pouvait amener à... -A un échange ? -A un échange. -Peut-être moins possible avant ? -Oui. -Dernière phrase : "A l'Assemblée, "pour survivre, il faut..." -Il faut s'investir dans des sujets... ...précis, il faut...
Il faut gagner en expertise. Il y a des parlementaires qui ne sont pas de mon groupe...
Ils peuvent l'être, de la majorité ou pas, mais qui ont une vraie analyse approfondie des sujets, vous avez envie d'écouter, ça apporte quelque chose, un éclairage différent, mais qui vous fait progresser. Donc, pour survivre, il faut être reconnu. -On l'a vu, la phase d'apprentissage a été douloureuse dans le 1er mandat de député.
Vous êtes pas le seul à avoir vécu ça. Vous pensez que ça pourrait être évité avec une forme de formation pour un député en début de mandat ou chacun doit se forger son expérience ? -Je crois...
En tout cas, au sein de mon groupe, le MoDem, j'essaye, avec d'autres, vis-à-vis des nouveaux députés, de leur donner des clés pour qu'ils se sentent plus à l'aise, car il faut se protéger, se protéger pour sa vie privée, dans son rythme de travail. Quand on arrive à se protéger, physiquement, psychologiquement, on fait un bon député. Avoir une forme de bienveillance avec nos nouveaux collègues permet d'éviter en partie ce que j'ai pu ressentir et que d'autres ont ressenti il y a 5 ans. -Merci beaucoup d'être venu. -Merci à vous.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...
Nicolas Turquois