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interviewTVLIBERTES· 9 juillet 2026 22 min

Zoom - Benjamin Chalus : Comment l'écologisme a détruit l'industrie française

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

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Quelle est justement la dépendance la plus dangereuse pour la France aujourd'hui ? Est-ce l'énergie, les technologies, les métaux ?

2:20
Invité politique

Finalement, je pense que la première des dépendances, ça reste la dépendance minière. Aujourd'hui, la France dépend à 98% de pays étrangers pour s'approvisionner en minerais. Et ça reste la plus grosse dépendance. Après, il faut bien comprendre aussi, on parle très souvent de l'énergie. J'ai tendance à dire, le nucléaire et la métallurgie, c'est les deux mamelles industrielles et économiques de notre pays. C'est-à-dire qu'une industrie métallurgique sans une énergie compétitive, finalement, c'est une métallurgie qui ne va pas bien. Et vice-versa, parce que nos centrales nucléaires, elles dépendent de nombreuses compétences autour de la métallurgie.

Donc finalement, la dépendance, elle est assez générale. Et si, par exemple, on prend le sujet de l'énergie, on va bien se rendre compte qu'aujourd'hui, sur un produit métallurgique, le coût, la part, excusez-moi, sur la valeur d'un produit métallurgique, l'énergie peut représenter jusqu'à 40% du prix. Donc vous voyez à quel point l'influence de l'énergie sur la filière métallurgique est extrêmement importante. Donc je dirais, les mines et l'énergie, les deux, mon capitaine.

3:37
Présentateur

Alors on a vu pendant la crise du Covid, cette dépendance de la France, c'était le cas pour les masques, on s'en souvient tous. Est-ce qu'on a pris conscience depuis que notre dépendance aux métaux stratégiques pourra être encore plus grave ? Il y a un début de prise de conscience.

3:54
Invité politique

L'Union européenne a mis en place le Critical Road Material Act, qui donne en fait des orientations, une volonté de sortir de cette dépendance étrangère sur l'extraction, le raffinage et également sur la transformation. Mais pour vous dire, c'est une prise de conscience, mais on vient de tellement loin sur l'extraction, les ambitions du Critical Road Material. Il nous dit, c'est 10%, un objectif de 10% d'extraction. Enfin, ça veut dire qu'on va continuer de dépendre à hauteur de 90%. Pour vous dire d'où on vient, sur le raffinage, on parle de 40%. Donc ça veut dire qu'on va encore dépendre à hauteur de 60%.

Ça donne quand même, par rapport à ses objectifs, le niveau de dépendance de l'Europe et de la France par extension vis-à-vis des pays étrangers.

4:51
Présentateur

Alors vous décrivez la montée en puissance industrielle de la Chine comme le résultat d'une stratégie de long terme. À quel moment, selon vous, l'Europe a perdu cette bataille industrielle ?

5:03
Invité politique

Je ne sais pas si elle l'a perdue finalement. Elle a donné tous les gages à la Chine pour la perdre. Si on regarde, il y a eu la volonté d'ouvrir la Chine sur le monde en 1978. Le gouvernement chinois ouvre son marché, rentre à l'OMC en 2001. Et finalement, cette ambition de devenir l'usine du monde et les Occidentaux et entre autres la France qui en fait partie, a pris l'initiative de désindustrialiser. Et quelque part, on leur a donné la capacité à évoluer sur le plan économique et industriel, mais on leur a donné aussi les gages de notre dépendance. Donc finalement, le premier décrochage… Tout en leur vendant les brevets français à bas prix. Bien sûr.

Je parlais avec des anciens de Michelin qui ont subi la grande désindustrialisation vers la Chine. Beaucoup de salariés de Michelin disaient qu'on savait déjà à l'époque qu'on allait vers un transfert de technologie. C'était évident. Donc on leur a donné les gages. En 2000, la Chine, c'est à peu près 1 300 milliards d'euros de PIB. Aujourd'hui, ils sont à plus de 19 000 milliards. Donc il y a eu une expansion de la Chine grâce en fait à cette volonté de s'industrialiser, de devenir l'usine monde. Donc on leur a donné les gages, si vous voulez, et on voit très bien que les courbes s'inversent.

C'est-à-dire que quand il y a un décrochage industriel, à partir du décrochage industriel de l'Europe et de l'Occident, de l'autre côté, on voit la montée en puissance des courbes économiques de la Chine. Donc quelque part, en fait, tout ça arrive au même moment. Mais on leur a donné les gages. Il ne faut pas oublier maintenant que depuis que le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'Information a mis son nouveau plan quinquennal issu de ce qu'on appelle le Made in China 2025, il y avait la volonté chinoise de dire à un moment, on va passer de l'usine monde à grande puissance industrielle.

Ils ont très bien compris que maintenant qu'ils détiennent la puissance conventionnelle industrielle, et bien maintenant ils peuvent faire le saut qualitatif sur le plan industriel. Et là, on est vraiment en train de prendre le décrochage technologique parce que l'idée libre-échange de l'époque, c'était de dire finalement, ils vont faire les industries de grande masse et nous on va garder les industries technologiques à forte valeur ajoutée. Bon, ratés, maintenant ils ont les deux. Et là, on est vraiment en train de voir le décrochage final.

7:54
Présentateur

On observe aujourd'hui une Europe prise en étau entre le développement industriel chinois et le protectionnisme américain. Est-ce que l'Europe a encore les moyens de défendre ses intérêts ?

8:07
Invité politique

Si elle a envie de jouer le jeu du concert des nations. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez les États-Unis qui avaient une balance commerciale structurelle négative d'à peu près 900 milliards de dollars. Donc ils ont mis en place des mesures protectionnistes. Ce n'est pas à nous de juger si elles sont bonnes ou mauvaises, mais elles sont. Et ces mesures, elles ont été mises en place dans le but d'inverser cette balance commerciale. Et nous, on se retrouve entre une Chine très offensive sur le plan commercial et effectivement les États-Unis qui, comme je le dis dans le livre, sont cet enclume, ce mur protectionniste.

Et nous, aujourd'hui, on subit, on regarde tout ça de loin, on reste passif et on refuse de jouer ce concert des nations. Donc ce qu'on est le continent malade, encore une fois, comme vous me disiez tout à l'heure avec la Chine et à quel moment ça a basculé, on a donné les gages. Là, encore une fois, on continue de donner les gages. Donc il faut sortir de cette dynamique et retrouver une puissance industrielle.

9:19
Présentateur

La Commission européenne nous rebat les oreilles perpétuellement avec cette transition énergétique présentée comme une voie vers l'autonomie. Pourquoi vous expliquez qu'elle pourrait être, au contraire, qu'elle pourrait accroître certaines dépendances ?

9:36
Invité politique

Si vous voulez, la Chine possède aujourd'hui 90% de la filière terres rares. Les énergies éoliennes, entre autres, et les énergies renouvelables intermittentes sont des énergies qui sont extrêmement consommatrices en métaux rares. Automatiquement, vous avez une cause à effet du fait de cette dépendance vis-à-vis de la Chine, de l'extraction et du monopole, si vous voulez, chinois sur toute la chaîne de valeur des métaux rares. Donc quand on l'a très bien vu à BYD, 85% des batteries sont fabriquées en Chine. Dès lors qu'on a lancé le véhicule électrique, on a fait fabriquer méthodiquement nos batteries en Chine. On leur a légué un enjeu de souveraineté.

Et maintenant, vous voyez sur les marchés français et européens arriver BYD en grand vainqueur de sa dépendance. Si vous voulez, tout est tout autour de ça, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, la Chine est le pays qui concentre la plus grosse filière métallurgique et de transformation des minerais. Et à la place d'aller chercher nous-mêmes une indépendance vis-à-vis du minerai, on continue d'accentuer par certaines mesures, sans réfléchir sur la chaîne de valeur et sur la filière, les moyens de trouver notre indépendance minerai.

11:12
Présentateur

– Est-ce qu'on n'est pas au final en train de remplacer une dépendance au pétrole par une dépendance au lithium, au cobalt, aux terres rares ? – Complètement, complètement.

11:22
Invité politique

Et quand dans l'Allier, vous avez un projet d'extraction de lithium qui se met en place, vous avez automatiquement les organismes tels que la FNE qui viennent vous expliquer qu'il ne faut surtout pas creuser un seul trou en France. C'est-à-dire que d'un côté, on refuse de creuser en France pour trouver une certaine autonomie minérale. Et de l'autre côté, on veut pousser une transition écologique qui est extrêmement consommatrice en terres rares, en lithium, en cuivre, vous l'avez dit. Donc d'un côté, on se refuse une souveraineté chez nous sur le plan minier. Et de l'autre côté, on continue de faire importer massivement ces matières premières.

Donc oui, on est en train de troquer notre dépendance du pétrole contre une dépendance minérale.

12:13
Présentateur

– Vous critiquez, Benjamin Chalut, dans votre ouvrage aussi, la PPE3, c'est la nouvelle feuille de route énergétique de la France pour les prochaines années qui fait la part belle à l'accélération de l'éolien. Pourquoi vous considérez que cette stratégie pourrait encore davantage fragiliser notre industrie nationale ?

12:33
Invité politique

– Je laisserai M. Bouglet expliquer bien mieux que moi certaines réflexions sur les problématiques techniques que ça engendre sur le réseau. Par contre, ce qui est important dans la PPE3, c'est cette dichotomie qu'il y a dans l'idée de dire, d'ici quelques années, on va descendre de 1556 TWh à 1100 TWh, tout en prenant une réindustrialisation. C'est-à-dire qu'à un moment, si on veut réindustrialiser, méthodiquement, on va soit stabiliser notre consommation, voire augmenter notre consommation, maintenir méthodique. Vous prenez l'aluminium Dunkerque, c'est le premier consommateur énergétique français, il consomme la moitié d'un réacteur.

Méthodiquement, si vous commencez à réindustrialiser et faire l'effort de retrouver une industrie conventionnelle, automatiquement, vous ne pouvez pas jouer une sobriété aussi draconienne. Ça me paraît compliqué.

13:36
Présentateur

– Et alors, vous parlez de la réindustrialisation. Le gouvernement Macron nous en parle matin, midi et soir. Est-ce qu'on peut réellement réindustrialiser la France sans énergie abondante, bon marché, sans accès sécurisé aux matières premières ? – C'est absolument impossible.

13:54
Invité politique

Ce n'est pas possible. Si vous voulez, on nous parle de réindustrialisation. Je pense qu'il est surtout le champion de la désindustrialisation. On va parler d'emploi, si vous le voulez bien. La métallurgie, c'est 50% des emplois de l'industrie. D'accord ? Quand ils ont mis en place le Green Deal au niveau européen, et M. Macron a été quand même un des grands défenseurs du Green Deal, avec son propre parti, eh bien, automatiquement, on a mis fin au thermique. On a décidé de mettre fin au thermique. Résultat, vous avez 38 000 emplois qui ont été supprimés dans le secteur automobile, et on en annonce 100 000 à un horizon 2035.

Donc, ces gens-là ne sont pas les défenseurs d'une réindustrialisation. Tous les jours, les chiffres prouvent qu'ils continuent la voie et la pente descendante de la désindustrialisation. Il faut changer le logiciel de manière globale.

14:49
Présentateur

– Alors, vous défendez aussi l'idée d'une relance de l'activité minière en France. Qu'est-ce que vous diriez à ces Français qui pourraient s'inquiéter des contraintes environnementales que cela engendre ?

14:59
Invité politique

– En fait, si vous voulez, un peu comme le nucléaire qui a subi une offensive idéologique pendant des années, la filière minière, elle a exactement subi également cette dépendance, excusez-moi, cette propagande. Dans la tête des gens, on leur a fait croire que la mine, c'était germinal. Mais germinal, c'est terminé. On a la mine 2.0, 3.0, 4.0. On fait les choses de manière propre.

15:30
Présentateur

– C'est plus non plus d'ailleurs les mines des années 80 en Angleterre. – On a complètement terminé cette phase-là.

15:36
Invité politique

Et puis, je peux même vous dire, encore mieux, avec le réenchérissement permanent du code minier, aujourd'hui, seulement 5% des projets d'extraction passent l'ensemble des mailles administratives et de contraintes. Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, vous lancez un projet, vous avez seulement 5% de chance que votre projet voit le jour sur un projet d'extraction. Pourquoi ? Parce que les normes environnementales, les normes économiques et les caractéristiques et les recommandations qui sont faites, aujourd'hui, sont tellement contraignantes qu'aujourd'hui, si on le fait, si vous voyez l'émergence d'une mine, c'est qu'elle répond à tous les critères environnementaux.

Donc, ça, il faut bien le faire comprendre aux gens. Une chose aussi importante, en France, on a 4 000 sites miniers historiques. Et ce que ne savent pas les gens, c'est que pendant ces phases d'extraction antérieures, historiques, on a extrait des minerais et il faut savoir que dans une mine, vous avez plusieurs minerais. Vous allez extraire de l'aluminium, vous allez aussi extraire du gallium. Il n'y a pas un seul minerai à un seul endroit. Sauf qu'ils n'étaient pas valorisés à l'époque parce qu'il n'y avait pas la valorisation, il n'y avait pas un sujet à se servir de ces métaux.

De ce fait, aujourd'hui, on a ce qu'on appelle des stériles, c'est-à-dire des stocks complets de minerais qui n'ont pas été exploités et qui souvent sont même la cause de la pollution de nos nappes phréatiques. Ré-exploiter, c'est stérile. C'est très souvent remettre de l'emploi dans des territoires qui ont subi très fortement la fermeture de ces mines. C'est également une revalorisation économique de ces minerais et de ces stocks non utilisés. Et de l'autre côté, c'est bénéfique pour le plan environnemental. C'est-à-dire qu'on peut aussi participer à une dépollution des terrains.

Donc, il faut bien faire comprendre aux gens que la mine de l'époque, de notre époque, ce n'est plus celle de l'époque qu'ont connue nos anciens. Et puis, pour terminer, tout projet minier qui voit le jour doit être provisionné financièrement, doit déjà avoir dans son business plan déjà un plan de réhabilitation du terrain. Donc, voilà, tout ça conditionne à une extraction dans les règles de l'art.

18:22
Présentateur

– Mais comment, justement, protéger la métallurgie française, l'Union européenne ? Est-ce qu'elle ne va pas vous dire, au fond, nous, on préfère acheter du minerai à l'étranger, ça nous coûte moins cher que de l'extraire en France ? – Non, mais aujourd'hui, vous avez la loi Hulot

18:41
Invité politique

qui empêche, justement, de relancer certaines exploitations. Il faut mettre fin à la loi Hulot. – Oui. – Voilà, très simplement.

18:49
Présentateur

– La loi Hulot qui interdisait, par exemple, d'aller rechercher des sites pétroliers au large de la Guyane française. – Tout à fait, exactement.

18:58
Invité politique

Et aujourd'hui, cette loi, elle contraint la filière mine. Et il faut sortir de… En fait, si vous voulez, on vit encore sous l'idéologie écologiste. Il faut sortir de cette logique. Il faut aussi faire la pédagogie auprès de nos concitoyens pour expliquer que, comme on l'a fait avec le nucléaire, la mine, c'est propre. On est capable de faire les choses de manière méthodique, propre, réfléchie, anticipée. Et qu'en faisant ceci, on répond à trois enjeux. Le premier, la souveraineté nationale. Le deuxième, l'enjeu économique dans une situation économique française plus que catastrophique. Et le troisième, même sur le plan environnemental.

Ce qu'on voit, c'est que quand on réindustrialise, quand on travaille la souveraineté économique et industrielle, méthodiquement, très souvent, par extension, on travaille aussi sur l'enjeu environnemental. Vous avez 52% aujourd'hui des émissions de gaz à effet de serre produites par la France qui sont importées. Ce qui veut dire, méthodiquement, que si vous réindustrialisez, vous passez petit à petit de ces 52% d'émissions de gaz à effet de serre. Donc, quand on travaille souveraineté, économie et environnement, c'est le cercle vertueux. Il ne faut pas oublier que la transition est énergétique et environnementale, on dit qu'elle doit être durable.

Mais si sur le plan économique et souverain, elle n'est pas durable, elle ne peut pas être durable dans le temps sur le plan environnemental également.

20:25
Présentateur

– Et si rien ne change dans les dix prochaines années, Benjamin Achalut, quel est, selon vous, le principal risque pour la métallurgie ?

20:34
Invité politique

– Qu'on continue la pente descendante telle qu'on… C'est gravissime parce que…

20:41
Présentateur

– C'est le décrochage économique, c'est la perte de souveraineté et puis la dépendance à l'égard des puissances étrangères.

20:46
Invité politique

– Comme je voulais imaginer, en fait, tout ça est une et même chose, finalement. On a une dépendance minérale, de l'autre côté, on a un décrochage économique, on a un décrochage également de nos entreprises, on ferme des structures. Enfin, tout ça, c'est le rouleau compresseur, c'est un effet boule de neige. On m'a dit, oui, mais c'est quoi ? Finalement, tout est important, finalement, tout se tient.

21:12
Présentateur

– Merci à vous, Benjamin Achalut, d'avoir accepté notre invitation. Je rappelle le titre de votre ouvrage « Métallurgie et dépendance, pressions écologiques et recomposition géopolitique. La métallurgie sous pression, c'est aux éditions Eurésis, le nom de votre entreprise de performance industrielle, un ouvrage à retrouver sur la boutique de TVL. Merci à vous.

21:39
Invité politique

– Merci beaucoup.