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interviewCNEWS· 28 juin 2026 4 min

La chronique de Bertrand Deckers : «"La Mode en majesté" : le vêtement, langage d'Etat»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Euh Bertrand, vous nous racontez comment la haute couture parisienne a habillé la diplomatie thaïlandaise. Pourquoi cette visite, dites-nous tout, est-elle si symbolique ? Bah parce que elle renoue un fil diplomatique très ancien.

Il faut se souvenir que les rapports entre la France et la Thaïlande que l'on appelle qui a en fait l'ancien royaume de Siam ne date pas d'hier. Dès le règne de Louis XIV, les ambassadeurs si à moi fascinent Versailles par leur costume, leur cérémonial, leur raffinement. C'est ce qu'on appelle euh la fameuse réception de l'ambassadeur de Siam qui a eu lieu dans la galerie des glaces qui l'a inauguré d'ailleurs en 1686.

Mais le symbole est aussi contemporain, vous le dites, en roi Thaïlande n'avait plus été reçu officiellement en France depuis 1960. À l'époque, c'était le roi Boomibol Rama 9 et son épouse Syriikit. Cette fois, c'est leur fils Ramadis donc qui revient avec la reine Sutida.

Vous l'avez très bien dit. Et très vite, le vrai sujet donc devient l'exposition qu'il doit visiter, la mode en majesté qui a lieu actuellement au musée des arts décoratifs. Elle raconte une idée très forte.

Dans une monarchie, le vêtement n'est jamais seulement décoratif. Il peut devenir un langage d'état. Et le cœur de cette histoire, c'est la reine Cyrikit.

Oui, absolument. La reine Squid comprend très tôt que son image va incarner la Thaïlande à l'étranger. Dans les années 60, il faut souvenir qu'elle accompagne le roi Boomibol lors de grandes visites en Europe et aux États-Unis.

Et elle se pose une question très moderne. Comment être parfaitement royal, parfaitement thaïlandaise mais immédiatement compréhensible sur la scène internationale ? Sa réponse passe évidemment, vous l'avez compris, par Paris.

Elle se tourne vers Pierre Balmain pour devenir une pas tellement pour devenir une parisienne mais pour faire traduire l'élégance thaïlandaise dans le vocabulaire de la haute couture. C'est là que l'histoire devient magnifique. Balma travaille la soie thaïlandaise, les brocards, les drapés, les broderies et il les adapte au code des visites d'État.

Paris ne gomme pas Bangkok. Paris aide Bangkok à se faire comprendre du monde entier. C'est vrai que ces robes, ces photos que vous nous montrez, elles sont spectacul c'est une autre époque, c'est un autre mode.

Absolum concrètement, que voit-on dans cette exposition ? Bah, on voit une garde-robe royale, vous avez commencé à l'apercevoir et pas une garde-robe de caprice. Et je vous assure que c'est très important, c'est une garde-robe de pouvoir.

Le musée présente près de 200 pièces. Des robes du soir, des ensembles de cérémonies, des accessoires, des croquis, des échantillons de tissu, des broderies. Beaucoup sont liés à Balma, mais il y a aussi la maison Leage qui est représentée.

Vous savez, ce grand nom parisien de la broderie. Pour nous, c'est essentiel. On touche ici au génie français, celui de l'atelier, celui de la main, celui du fil, du poids invisible qui fait tout en quelque sorte.

Certaines robes sont presque des manifestes diplomatiques. Elles ont la ligne d'une robe de haute couture mélume thaïlandais. On y retrouve la soie, l'or, le drapé et cette manière d'envelopper le corps plutôt que de le contraindre.

Et ce qui est très beau dans cette exposition, c'est que elle rappelle aussi que la haute couture parisienne n'est pas seulement une industrie du luxe. Elle est aussi un outil de rayonnement culturel. Une robe peut parfois dire autant qu'un discours.

Et cette tradition continue-t-elle aujourd'hui ? Oui. Et c'est ce qui empêche l'exposition justement d'être seulement nostalgique.

On ne regarde pas les robes de Syriikit comme des reliques des années 60. On voit aussi comment cet héritage continue avec la reine Sutida aujourd'hui et avec la princesse leur fille Siriva Navari qui est la fille du roi Ramadis qui est elle-même créatrice de mode. Elle prolonge cette idée en fait faire dialoguer la tradition thaïlandaise avec la création contemporaine.

Les huit grands formats du costume traditionnel deviennent une grammaire vivante. Comme en musique, on garde le thème mais chaque génération propose ses variations. Finalement, c'est peut-être ça le message le plus fort de cette exposition.

Au moment même où le couple royal arrive en France, à Bangkok, comme à Paris, la couture n'habit pas seulement les corps, elle habit l'histoire. Une chronique.