Jérôme Guedj, député PS de l'Essonne, est l'invité politique de la matinale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Jérôme Guet. Hier, François Bayrou a tenté de faire de la pédagogie, expliquer pourquoi il va demander la confiance aux députés le 8 septembre. Il vous a convaincu ou est-ce que vous dites, comme Olivier Faure, que la décision des socialistes de ne pas voter cette confiance est irrévocable ?
Oui, je vous confirme que ce n'est pas la prestation de François Bayrou hier qui plutôt s'enfonce dans une forme de déni. D'abord de déni sur la méthode. Quand on est un Premier ministre qui est arrivé dans des conditions particulières, il s'est imposé d'une certaine manière à Emmanuel Macron et il a obtenu une non-censure de la part des socialistes. Nous avons joué le jeu sincèrement de la responsabilité, du compromis à ce moment-là, en arrachant quelques victoires, en atténuant les effets négatifs du budget de Michel Barnier. On pouvait légitimement s'attendre à une méthode de concertation, de consultation. Il ne le fait pas pendant tout le printemps.
Il met sur la table son projet et ses orientations budgétaires le 15 juillet sans en dire un mot à toutes celles et ceux qui ne l'avaient pas censuré quelques mois auparavant. Et après, silence radio.
Il dit que c'est de votre faute. Il dit que c'est vous qui étiez en vacances, vous étiez à l'étranger, les autres étaient injoignables.
Vous vous rendez compte du ridicule de la situation ? Avant de présenter ses propositions, il aurait d'abord dû faire un tour de table avec les groupes parlementaires. Et admettons qu'il ne le fasse pas avant, il aurait dû le jour même, on est le 15 juillet, nous étions tous là, dire « Eh bien, dès à présent, je consulte les groupes politiques de l'Assemblée nationale et je vais recueillir leurs sentiments ». Il ne le fait pas et ce n'est que cette semaine, c'est-à-dire près de deux mois après qu'il organise ses consultations. Dès le début, François Bayrou voulait avoir raison tout seul et tendre le coup. A la logique nécessaire de compromis. Ça, c'est sur la forme.
Donc vous dites qu'il voulait faire à Akiri, il veut quitter Matignon.
Écoutez, je pense de plus en plus qu'il y avait, pour un Premier ministre qui s'impose pour être Premier ministre une fois dans sa vie, mais immédiatement dire « Je pars dès que le mur des difficultés se présente à moi ». Ça, c'est sur la forme. Et puis surtout sur le fond, les socialistes ont formulé leur proposition, on va probablement en parler. Et immédiatement, il balaye d'un revers de la main. Il ne dit pas « Écoutez, je peux être partiellement, totalement, un peu d'accord avec telle ou telle proposition ». Non, il nous traite de fou.
Rendez-vous compte, c'est un mépris pour ceux qui ont chevillé au corps l'intérêt général du pays, qui avaient pris leur responsabilité en janvier dernier et surtout qui essayent de répondre à l'urgence de nos concitoyens.
Donc vous dites ce matin, finalement, il n'y a plus rien à négocier, il n'y a rien sur les jours fériés où il a ouvert une demi-porte, il n'y a rien sur la taxation des plus aisés. C'est fini, donc on attend le 8 septembre et puis François Bayrou sera renversé, puis on repart avec un autre Premier ministre.
Il ne faut pas entretenir l'illusion que, franchement je suis le premier à le regretter, que François Bayrou puisse être en capacité de rebondir et de, puisqu'on parle de confiance, la renouer avec notamment les socialistes. Et oui, il faut se tourner parce qu'il ne faut pas perdre de temps. Et moi, j'appelle de mes voeux à ce que nous puissions anticiper ce qui va se passer après le 8 septembre. C'est la raison pour laquelle les socialistes ont, à Blois avant-hier, formulé leurs orientations, leurs priorités budgétaires pour répondre aux priorités des Français.
Alors vous avez effectivement présenté un contre-budget. Alors quand même, quand on regarde dans le détail, il est quand même bien moins 10 ans que celui de François Bayrou. Lui, je résume à grands traits, lui c'est 44 milliards d'euros d'économie, vous c'est grosso modo moitié moins. Lui, il vise un déficit à 4,6% dès l'année prochaine.
Et nous à 5.
C'est 5%. Et lui, c'est d'atteindre ce fameux déficit à 3% d'ici à 2029. Et vous, c'est 2032. Donc votre budget, ce n'est quand même pas du tout la même ambition. Et c'est pour ça d'ailleurs que François Bayrou est très critique.
C'est une ambition plus grande parce qu'à quoi ça sert de mourir guéri en imposant des mesures aussi néfastes pour l'économie, pour le carnet de commande des entreprises, pour le pouvoir d'achat des ménages, et de plonger la France dans la récession au moment où le chômage repart. Nous, on a travaillé autour d'un principe simple qui est le redressement dans la justice. Nous sommes soucieux des finances publiques. Nous sommes responsables. Ce fameux bateau qui coule, ce bateau France qui coule, dont parle François Bayrou... Écoutez, d'abord, qui pilote ce bateau depuis 8 ans aujourd'hui ?
Donc l'inversion accusatoire qui consiste à dire vos propositions sont irréalistes, alors même qu'ils ont la responsabilité pour un principe très simple, et les Français l'ont parfaitement compris dans cette pédagogie du déficit public et de la dette, forcément il y a un déficit et une dette quand on a fait autant de baisses d'impôts ciblés sur une catégorie de ménages ou d'entreprises.
Vous êtes quand même d'accord sur le diagnostic ?
Évidemment, incontestablement.
Eh bien, pourquoi vous ne votez pas la confiance ? Parce que lui, il dit, moi, le 8 septembre, c'est juste sur le diagnostic.
Mais parce que c'est une entourloupe. S'il était sincèrement dans cet état d'esprit, dès le 15 juillet, il aurait dit, est-ce que tout le monde est d'accord sur le diagnostic ? On aurait dit, oui, il faut en effet redresser les finances publiques, et que la bonne méthode, à ce moment-là, aurait été de dire, je demande à chacune des formations politiques qui ne m'ont pas censuré au mois de janvier dernier, de me formuler leur proposition, sur la base de leur proposition, je vais essayer de construire un point de rassemblement.
Il ne fait pas ça, il dit qu'il peut avoir raison tout seul, et il cible les jours fériés sur les ménages, pour les travailleurs, le déremboursement des médicaments avec les franchises médicales, le gel de toutes les prestations sociales, l'année blanche qui fait rentrer dans l'impôt sur le revenu des centaines de milliers de ménages. Ce n'est pas sérieux, encore une fois, moi, je veux qu'on parle des propositions que nous avons mises sur la table, et notamment de l'une d'entre elles, pour moi la plus importante, qui consiste à dire qu'immédiatement, il faut donner du pouvoir d'achat à tous les salariés, à tous les travailleurs.
Tous ceux qui gagnent entre 1 500 euros et un peu moins de 2 000 euros net verront leur salaire augmenter à travers une baisse de la CSG que nous finançons par la création de la taxe sur les très hauts patrimoines, ce qui gagne plus de 100 millions d'euros. C'est ça la logique de redistribution, la taxe Zuckman qui finance pour partie l'augmentation du salaire net très concret dès 2026 pour des millions de Français.
Si je résume quand même ce que vous nous dites ce matin, c'est que l'après-Bayrou a commencé, clairement, ce que j'entends, et donc votre idée, c'est de vous mettre d'accord avec le prochain Premier ministre sur un mini-programme de gouvernement, sans sujet clivant, qui serait, eux, rejeté en 2027. C'est ça la solution, votre feuille de route ?
La priorité, c'est d'avoir un budget. Pour avoir un budget, il faut construire un compromis. Nous avons formulé ces propositions. Je pense que, et c'est à titre personnel que je m'exprime là, que sur la base de ces propositions, et d'ailleurs, les socialistes l'ont dit à Blois, il faut d'abord aller les mettre en débat avec l'ensemble des forces vives du pays, avec les syndicats, avec les partenaires sociaux, avec les organisations patronales. Mais je pense même qu'il faut aller plus loin, et qu'il faut les mettre en discussion avec les groupes parlementaires à l'Assemblée nationale. N'attendons pas benoîtement la décision du président de la République.
Faisons-lui la démonstration, dans une reparlementarisation de la vie politique, et c'est normal puisque c'est le Parlement qui vote le budget, que nous sommes capables, sur la base de ces propositions, mais avec une discussion avec les autres forces politiques de gauche, mais aussi du bloc central, de se dire, regardez, on a une solution. Nous nous sommes mis d'accord sur ces orientations, et faisons-le avant même d'avoir le nom d'un prochain Premier ministre, dont je dis que la logique voudrait qu'il vienne de la gauche et de la socialiste.
Alors voilà, c'est la question que j'allais vous demander, est-ce que la gauche demande sur Matignon, est-ce que ça va être le retour de Lucie Casté ?
Alors d'abord, je prononcerai aucun nom devant vous. Pourquoi est-ce qu'il y a une logique à ce que nous...
Aucun nom quand même, Olivier Faure, Bernard Cazeneuve ?
Que nous nous proposions et que nous soyons volontaires pour ça. Parce qu'après avoir essayé Michel Barnier, qui était issu des Républicains, après avoir essayé François Bayrou, qui était issu du Modem, et que ces deux expériences ont échoué, pour la raison simple qu'elles n'ont pas répondu, d'abord sur la méthode, on en a beaucoup parlé, mais aussi que sur le fond, elles n'ont pas été capables de remettre en débat les orientations économiques et fiscales des 8 années d'Emmanuel Macron.
J'entends ce que vous dites, il faut quelqu'un à gauche. Deux questions quand même rapides. S'il y a une personnalité issue de la gauche, est-ce que, par exemple, Bruno Retailleau pourrait être au gouvernement ?
Écoutez, de la même manière, je ne vais pas me livrer à un casting, mais il faut de la cohérence dans la formation d'un gouvernement. J'ai débattu il y a quelques jours avec Bruno Retailleau, pour faire vivre justement le clivage gauche-droite. Nous avons pu constater l'ampleur de nos différences sur tout un tas de sujets. On débattait en l'occurrence de la politique.
Mais quand vous dites cohérence, ça veut dire plutôt s'il y a une personnalité de gauche, ce sera plutôt un gouvernement de gauche.
Mais vous savez, regardez, le gouvernement de François Bayrou aujourd'hui, c'est un gouvernement du socle commun que nous n'avons pas censuré. Nous n'avons pas demandé à participer au gouvernement et nous ne le souhaitions pas. Eh bien, nous demandons le pendant inverse.
Donc vous demandez une cohabitation.
Nous demandons un gouvernement de gauche qui n'est pas censuré par le socle commun et qui s'engage à construire des compromis. Et c'est plus que s'engager l'engagement de ne pas recourir au 49-3, c'est-à-dire à cet outil de cadenassage du débat démocratique. C'est la garantie que nous organiserons le compromis à l'intérieur du fonctionnement de l'Assemblée nationale.
Dix secondes, la dissolution, c'est une éventuelle possibilité pour vous ? C'est une solution qui est sur la table ou ce serait une catastrophe pour les socialistes ?
Après, l'échec, d'abord c'est pour le pays, les socialistes, ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la préoccupation de nos concitoyens. C'était un échec le 9 juin dernier. L'erreur est humaine, mais persévérer serait diabolique de la part d'Emmanuel Macron. Et ce serait presque dérouler un tapis rouge à une cohabitation, cette fois-ci avec le Rassemblement national. Donc moi, je plaide pour, comme républicain conséquent, pour que le compromis puisse se construire et qu'on n'attende pas la désignation d'un Premier ministre par Emmanuel Macron en organisant le débat dès à présent.
Merci beaucoup Jérôme Gagne, bonne journée à vous. Merci à monsieur le député, c'était l'interview politique.
Jérôme Guedj