Manifestations en Iran : "Ce qui est magnifique dans ce mouvement, c’est le rôle des femmes"
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Comment expliquer ce mouvement de contestation ?
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Quelle est la particularité de ce mouvement ?
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Les trois pouvoirs, c'est-à-dire ?
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Vous parlez de révolution féministe pour qualifier le mouvement ?
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Expliquez-nous pourquoi le voile est un symbole du régime.
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Donc c'est plus une contestation d'un symbole politique que religieux ?
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« Le pays, peuplé par 83 millions d'habitants et dirigé depuis 1979 par les islamistes, est secoué par des émeutes depuis bientôt une semaine. »
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« Et la mort d'une jeune femme de 22 ans, Massa Amini, arrêtée le 13 septembre dernier à Téhéran par la police des mœurs pour avoir mal porté son voile dans la rue. »
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« Depuis, les manifestations ont gagné une cinquantaine de villes. »
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« Le président iranien Ebrahim Raisi a annoncé cette nuit à New York où il participe à l'Assemblée Générale des Nations Unies qu'une enquête serait ouverte et il a mis en garde « Les actes provoquant le chaos sont inacceptables ». »
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« Il y a trois ans, la répression avait fait près de 1500 morts. »
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« où selon les chiffres officiels, plus de 50% des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté. »
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« Sur le seuil de pauvreté, il y a des millions de jeunes Iraniens, hommes et femmes et en particulier des jeunes diplômés aussi qui sont au chômage »
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« Et donc l'assassinat de Massa Amini, une jeune femme qui n'avait rien fait que juste mal portée, se voit l'obligatoire que beaucoup de femmes iraniennes contestent, et ce depuis les 40 dernières années, il ne faut pas oublier, ça ne date pas d'aujourd'hui, eh bien a mis le feu aux poudres. »
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« Ce qui est magnifique dans ce mouvement, c'est le rôle des femmes, des jeunes femmes. »
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« L'Iran, c'est un très grand pays qui fait trois fois la taille de la France. »
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« Toutes les femmes du pays sont touchées par cette injustice, par ce voile obligatoire, qui est un symbole du régime, qui est dans l'ADN du régime. »
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« Parce que c'est une république islamique. Ce n'est pas une république, mais en tout cas, elle essaye d'être islamique. »
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« Et leur courage est complètement admirable de voir des jeunes filles de 19-20 ans qui brûlent leur voile. »
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« 70% des Iraniens ont accès aujourd'hui à des réseaux sociaux, selon les chiffres, les statistiques. »
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Le grand entretien est consacré ce matin à la situation en Iran. Le pays, peuplé par 83 millions d'habitants et dirigé depuis 1979 par les islamistes, est secoué par des émeutes depuis bientôt une semaine. Et la mort d'une jeune femme de 22 ans, Massa Amini, arrêtée le 13 septembre dernier à Téhéran par la police des mœurs pour avoir mal porté son voile dans la rue. Elle est tombée dans le coma lors de sa détention. Depuis, les manifestations ont gagné une cinquantaine de villes.
Le président iranien Ebrahim Raisi a annoncé cette nuit à New York où il participe à l'Assemblée Générale des Nations Unies qu'une enquête serait ouverte et il a mis en garde « Les actes provoquant le chaos sont inacceptables ». Alors comment expliquer ce mouvement de contestation ? Pourquoi la question du voile est-elle centrale ? Quelles sont les aspirations de la société iranienne ? Et les issues possibles à cette crise ? Nous en parlons ce matin avec nos deux invités. Azadek Yann, bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes sociologue, spécialiste des mouvements d'émancipation des femmes en Iran, également professeur de sciences politiques à l'université Paris 7 d'Hydro.
Avec nous, Farid Zvaïd, bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes iranien, vous dirigez l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès. J'attends vos questions pour nos invités au 01 45 24 7000. Et sur franceinter.fr, alors ce n'est pas la première fois que les Iraniens contestent le pouvoir en place. Il y a trois ans, la répression avait fait près de 1500 morts. À l'époque, c'est la question du prix du carburant qui mobilisait. Quelle est la particularité de ce mouvement, du mouvement auquel on assiste en ce moment à Azadek Yann ?
La particularité du mouvement, c'est qu'aujourd'hui, on constate que les femmes, et en particulier les jeunes femmes, sont au devant de la scène contestataire et dirigent quelque part le mouvement, j'ai envie de dire, puisque c'est l'assassinat de Massa Amini par la police des mœurs. Et avant son assassinat, des exactions nombreuses commises contre les femmes dites mal voilées ou pas voilées par la même police des mœurs qui avaient créé beaucoup d'émois, de toute façon provoqué beaucoup d'émois au sein de la société iranienne et au sein de la jeunesse en particulier.
Donc cette fois-ci, bien évidemment, cette mécontentement, cette colère s'exprime dans le contexte d'une crise économique très profonde où selon les chiffres officiels, plus de 50% des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté.
J'ai même lu 80%.
On peut mettre 50%, c'est le chiffre officiel.
Des dizaines de millions d'Iraniens sous le seuil de pauvreté.
Sur le seuil de pauvreté, il y a des millions de jeunes Iraniens, hommes et femmes et en particulier des jeunes diplômés aussi qui sont au chômage qu'on retrouve aujourd'hui dans la rue. Le verrouillage du système politique, il ne faut pas oublier que depuis la nomination, je ne dirais pas élection, mais la nomination de Raisi à la présidence du régime islamique en juin 2021, l'ensemble des trois pouvoirs sont aux mains des ultraconservateurs dirigés par le guide.
Les trois pouvoirs, c'est-à-dire ?
Exécutifs, législatifs et judiciaires sont aux mains des ultraconservateurs. Donc il n'y a absolument, la population mécontente n'a absolument aucun moyen de s'exprimer si ce n'est que de descendre dans la rue. Il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas de parti politique autonome, il n'y a pas de syndicat autonome. Donc ces mécontentements, si vous voulez, se sont accumulés depuis de nombreuses années. Et donc l'assassinat de Massa Amini, une jeune femme qui n'avait rien fait que juste mal portée, se voit l'obligatoire que beaucoup de femmes iraniennes contestent, et ce depuis les 40 dernières années, il ne faut pas oublier, ça ne date pas d'aujourd'hui, eh bien a mis le feu aux poudres.
Mais effectivement la colère et la frustration et le mécontentement étaient déjà là.
Et vous parlez, Farid Vaid, de révolution féministe, pour qualifier le mouvement auquel on assiste en Iran depuis plus d'une semaine maintenant.
Oui, ce qui est magnifique dans ce mouvement, c'est le rôle des femmes, des jeunes femmes. On a eu d'autres manifestations en Iran, en 2009, après la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad. En 2019, une crise économique après le doublement du prix du carburant en Iran. C'était les milieux défavorisés, les régions périphériques dans le pays qui avaient manifesté. Aujourd'hui, ce qui est magnifique, c'est tout le pays. L'Iran, c'est un très grand pays qui fait trois fois la taille de la France. On va dans toutes les villes, la campagne, les grandes villes, Téhéran, que ce soit dans les milieux bourgeois ou les milieux défavorisés, tout le monde bouge.
Parce qu'en fait, cette injustice touche tout le monde. Toutes les femmes du pays sont touchées par cette injustice, par ce voile obligatoire, qui est un symbole du régime, qui est dans l'ADN du régime. Et le régime aussi ne reculera pas. On reviendra plus tard pourquoi c'est tellement fort dans son ADN.
Expliquez-nous pourquoi c'est un symbole du régime. Mais pourquoi le régime, tenu par les religieux, ne peut pas lâcher sur cette question-là ?
Parce que c'est une république islamique. Ce n'est pas une république, mais en tout cas, elle essaye d'être islamique. L'islam, c'est une religion d'État. C'est dans son ADN. C'est un symbole depuis plus de quatre décennies. Et ils pensent que s'ils lâchent le voile, ils devront lâcher beaucoup plus après. Donc ils ne voudront pas lâcher. C'est des ultraconservateurs qui sont au pouvoir en Iran. Le problème, c'est que la jeunesse iranienne, la majorité des Iraniens veulent autre chose. Aujourd'hui, c'est très courageux de les voir dans la rue. On voit des scènes formidables. Des jeunes qui font reculer les forces de l'or. Tandis qu'il y a dix ans, c'était les jeunes qui reculaient.
Et leur courage est complètement admirable de voir des jeunes filles de 19-20 ans qui brûlent leur voile. Sachant qu'elles prennent un risque réel. Parce qu'en Iran, vous prenez un risque très réel quand vous faites cela.
Ces images, on les voit nous. Elles circulent aussi en Iran. Et elles ont permis au mouvement de s'étendre. Vraisemblablement, une cinquantaine de villes aujourd'hui à Zadekhan. L'importance notamment des réseaux sociaux dans cette contestation.
On parle de 80 villes iraniennes déjà. Et donc, l'ensemble des petites, grandes et moyennes villes, effectivement. Moi, je voudrais, si vous permettez, avant de parler de réseaux sociaux, je voudrais très rapidement dire pourquoi le voile islamique, c'est si important. Parce que c'est le régime islamique, dès le départ, qui a sacralisé le voile. Qui a fait du voile islamique obligatoire le symbole idéologique du régime. Et même le garant du sang des martyrs. Donc, raison pour laquelle, aujourd'hui, lorsque les femmes rejettent le port obligatoire du voile, pour le régime, ils sont en train de rejeter sa sacralisation. Mais aussi, le symbole idéologique du régime. Donc, pour le régime...
Donc, c'est plus une contestation d'un symbole politique que d'un symbole religieux.
C'est devenu... Non, c'est pas un symbole religieux. C'est-à-dire que, si vous voulez, les femmes qui ôtent leur voile, qui ne veulent pas le porter, ne sont pas contre le voile. Elles sont contre le voile obligatoire. Attention. Elles sont contre le voile obligatoire. Elles disent, on veut, si on le souhaite, on veut le porter ou pas le porter. Pourquoi l'État nous oblige à le porter ? Et donc, effectivement, ça a créé aussi beaucoup de débats. Il faut le dire au sein d'un certain nombre de clercs réformistes qui aussi sont contre les exactions de la police des mœurs en disant, vous ne pouvez pas obliger les femmes de respecter le voile. Il faut leur laisser aussi le choix.
Alors, pour les réseaux sociaux, effectivement, vous avez raison. 70% des Iraniens ont accès aujourd'hui à des réseaux sociaux, selon les chiffres, les statistiques. Et donc, effectivement, en temps réel, tout le monde en Iran, mais tout le monde aussi à l'international est au courant de ce que font et des actions des Iraniens et des Iraniennes. Donc, ça donne beaucoup de pouvoir à ces jeunes qui manifestent dans la rue.
Toujours en ce moment, vous qui tentez d'être en relation directe avec le pays, il y a encore une possibilité de communiquer via les réseaux sociaux ou bien le pouvoir a réussi à fermer, à verrouiller les choses ?
Et ça devient de plus en plus difficile sur WhatsApp, sur Instagram. On voit que le système est en train de bloquer l'accès Internet à la population. Et d'ailleurs, c'est un schéma classique. Quand en Iran, vous avez des manifestations, après deux, trois jours, le régime coupe Internet pour empêcher les images de sortir, mais aussi pour empêcher les mouvements de se coordonner à l'intérieur du pays. Et c'est toujours très inquiétant, parce que quand Internet est coupé, on sait que la répression sera ensuite sanglante.
Et après aussi, ils vont rentrer dans une logique pour faire peur, arrêter des militants, des manifestants, les emprisonner, peut-être quelques peines de mort pour faire peur aux autres.
On sait aussi, pour poursuivre sur la place des femmes dans ce mouvement, qu'elles sont extrêmement nombreuses dans les universités iraniennes. Est-ce que ce mouvement est la conséquence aussi de leur accès plus large à l'éducation et peut-être d'avoir des aspirations plus importantes que celles auxquelles elles sont réduites pour l'instant ?
Absolument, l'accès des femmes à l'enseignement supérieur et à l'éducation en général. Aujourd'hui, près de 3 millions d'étudiantes sont présentes dans les universités iraniennes et y compris dans les disciplines dites scientifiques aussi, comme sciences de l'ingénieur. Vous savez que la majorité des médecins en Iran sont des femmes, des étudiantes en médecine sont des femmes en Iran.
Mais en même temps, leur accès au marché de l'emploi est très très limité, non pas du fait de la crise économique, mais d'une volonté politique de l'État, c'est-à-dire du régime islamique, d'empêcher les femmes d'accéder aux emplois parce que, selon ce régime, la place des femmes est à la maison en tant que mère et en tant qu'épouse. Donc vous voyez que vous avez des femmes qui...
Donc le régime les autorise à faire des études, mais ensuite pas à travailler ?
Pas à travailler parce que, selon l'idéologie du régime, une mère instruite peut mieux éduquer les enfants et peut mieux servir son époux. Raison pour laquelle vous avez le code civil qui met les femmes sous la tutelle des hommes, d'abord leur père, ensuite leur mari. Les femmes sont obligées de se soumettre aux exigences de leur mari, y compris sexuelles d'ailleurs. Par exemple, la notion de viol conjugal n'existe même pas en Iran. Les femmes dépendent totalement de leur mari et afin de les empêcher de s'autonomiser par le travail, on les empêche d'accéder au marché de l'emploi.
Donc, beaucoup de femmes, néanmoins, travaillent dans le secteur informel de l'économie pour, effectivement, avoir des revenus, pouvoir, le cas échéant, demander, obtenir leur divorce. Et il y a aussi tout ça qui soit... Ce que je suis en train de dire, c'est l'écart très important entre la réalité sociale de cette société devenue moderne, 75% des Iraniens sont maintenant urbaines, enfin habitent en milieu urbain, et, en même temps, les lois et les institutions qui n'ont pas bougé. Moyen-âgeuses, qui n'ont pas bougé, non. La régression imposée aux droits des femmes après la révolution, c'est absolument inuit.
Donc, le décalage se creuse, année après année, Farid Veïd, entre les aspirations de la société que décrit Azadeh Khan et ce pouvoir ?
Tout à fait. Le problème avec des présidents ultra-conservateurs comme Ebrahim Raisi, c'est qu'on a le sentiment qu'on peut faire un pas en avant, mais deux pas en arrière. Alors, on a eu des présidents réformistes en Iran. Ils étaient élus, des millions de personnes ont voté pour eux. Mais, en fait, on voit que le système ne change pas parce que c'est trop profondément dans son idéologie, avec un président ultra-conservateur comme Raisi, qui refuse hier soir à New York une interview avec une journaliste irano-britannique parce qu'elle n'était pas voilée à New York, vous imaginez. Donc, le décalage est énorme.
Aujourd'hui, la question qui se pose vraiment en Iran, la question politique majeure, c'est est-ce que le régime, le système est réformable ou non ? Pendant des années, beaucoup d'Iraniens ont cru peut-être que oui. C'est pour ça qu'ils ont voté pour des présidents réformistes comme Khotami Rouhani. Aujourd'hui, on a l'impression que de plus en plus les Iraniens, surtout la jeunesse, ils pensent que non, le système n'est plus réformable, ce qui met la situation compliquée parce que si le régime n'est pas réformable, qu'est-ce qu'on va faire ? Donc, on sait qu'on ne veut pas du régime. La majorité des Iraniens ne veut pas de ce régime.
Mais vous avez quand même une minorité en Iran qui est partisane de ce régime, qui veut ce régime en place. Et cette minorité-là, elle a le pouvoir, elle a l'argent, elle a les armes et surtout, elle est fanatique parce qu'elle pense qu'elle a une mission d'élimine pour revenir sur le symbole du voile. Il y a beaucoup de conservateurs en Iran qui disent que les martyrs de la guerre Iran-Irak ont donné leur sang pour ce voile. Donc, vous comprenez tout le symbolisme du voile et de l'islam pour cette minorité en Iran qui ne lâcheront pas, qui ne donneront rien. Et de l'autre côté, vous avez une majorité de la jeunesse qui veut autre chose profondément différente.
Ça pose la question du débouché de ce mouvement. Azadekian, des commissariats de police incendiés, des policiers qui ont été tués. Au total, le bilan officiel pour l'instant fait état de 17 morts. Mais les organisations non-gouvernementales annoncent davantage. Des portraits du guide suprême Ali Khamenei qui ont été arrachés. Jusqu'où peut aller ce mouvement ?
Comme on l'a expliqué, les gens sont en colère. Et aujourd'hui, d'ailleurs, on est vendredi. Et lors de la prière de vendredi, à l'occasion de la prière de vendredi, le régime va sortir, justement, cette minorité de ses partisans pour manifester dans les rues. Et par la suite, ça sera suivi par une répression féroce, encore plus féroce, des manifestants. Donc, vraiment, tout le monde est inquiet de cette situation. Mais, comme Farid l'a expliqué, il n'y a pas d'alternative politique actuellement fiable et viable à ce régime. Donc, vous avez des mécontentements, vous avez une colère très importante au sein de la société, mais en même temps, il n'y a pas d'alternative politique.
C'est ça qui a fait perdurer, d'ailleurs, le régime. Dans l'immédiat, on s'attend à un bain de sang encore plus important qu'aujourd'hui. D'ailleurs, comme ça a été expliqué, c'est peut-être l'une des premières fois où les manifestants réagissent à leur répression. C'est-à-dire, contre-attaquent les forces de l'ordre, contre-attaquent les forces de coercition. Mais, ça craint aussi d'une violence encore plus importante au sein de la société. Cette société qui a essayé d'écarter la violence, mais à force d'en subir, on constate que maintenant, il y a aussi des gens qui, effectivement, sont violents à leur tour.
Vos questions sur franceinter.fr et au 01-45-24-7000. Question d'Edmond. Farid Vahid, je vous laisse y répondre. Est-ce que le régime est suffisamment fragile pour que cette protestation ait un effet et ne soit pas simplement réprimée dans le sang ?
Le régime est fragile, c'est sûr, économiquement, politiquement. Ils sont fragiles et d'ailleurs, ils ont peur. Il ne faut pas penser que le régime de la République islamique n'ont jamais peur. Non, ils ont peur. Après, il ne faut pas penser qu'il y aura un changement de régime, une révolution dans deux semaines ou dans deux mois, pour une simple raison parce que, comme ça a été expliqué, il n'y a pas d'alternative politique pour l'instant et c'est l'État iranien qui a tout fait pour ça aussi.
En Iran, vous n'avez pas de parti politique à proprement parler, vous n'avez pas de syndicat, vous n'avez pas de mouvement révolutionnaire, vous n'avez beaucoup d'Iraniens anti-régime qui ne sont plus en Iran, qui sont exilés. Donc, dans l'immédiat, non, mais il ne faut pas non plus penser que ce mouvement ne sert à rien. A chaque fois qu'il y a un mouvement comme ça en Iran, un pas de plus vers la liberté et vers un changement fondamental.
On pense évidemment à ce qui s'est passé en Syrie, régime frère, régime de Bachar el-Assad qui n'a pas hésité à massacrer son peuple pour conserver son pouvoir. Est-ce qu'on peut en arriver là, à Zadekhan, et dans les proportions de ce qui s'est passé en Syrie ?
Je ne le pense pas. Je ne le pense pas pour une simple raison qu'il ne faut pas oublier aussi qu'il y a aussi des frictions au sein même du régime. Le régime, si vous voulez, il y a, comme on l'a expliqué, il y a par exemple des réformistes, il y a des conservateurs plus modérés qui existent aussi au sein de ce régime qui ne sont pas d'accord avec la répression à 100%, si vous voulez, qui sont en train aussi de protester à leur tour contre les exactions commises par les forces de coercition. Au sein même des forces de coercition, il y a aussi visiblement des dissensions qui se montrent de temps en temps.
On voit par exemple justement la génération des gardiens qui ont participé à la guerre Iran-Iraq.
Les gardiens, il faut que vous nous expliquez ce que sont les gardiens à Zadekian.
C'est l'armée de l'élite islamiste qui a été créée tout de suite après la victoire de la révolution puisque l'armée du Shah était considérée comme une armée impériale à laquelle le régime islamique ne pouvait pas faire confiance. Donc ils ont créé les gardiens de la révolution mais un certain nombre de ces gardiens qui ont participé à la guerre Iran-Iraq s'exprime aujourd'hui aussi contre les exactions et contre la répression des manifestants.
Donc peut-être j'espère en tout cas qu'on n'aura pas les mêmes types de répression ou massacres que Bachar mais il ne faut pas Bachar al-Assad mais il ne faut pas oublier que depuis que la Russie a attaqué l'Ukraine et bien les Iraniens enfin l'armée iranienne est davantage présente en Syrie d'une part d'autre part que depuis que l'Aïtie est au pouvoir qui représente l'aile ultra-conservateur du régime et bien on constate qu'il y a un rapprochement entre le régime islamique Iran la Russie et la Chine ce qui bien évidemment participe à cet autoritarisme et à cette répression.
C'est aussi la conséquence des sanctions qui sont imposées par les Etats-Unis et décisions prises par Donald Trump sanctions pour empêcher l'Iran et sanctionner l'Iran qui souhaite développer son programme nucléaire qu'attendre dans ces conditions de la communauté internationale est-ce qu'il faut peser pour lever les sanctions que peut faire la communauté internationale qui est appelée aussi à l'action par les manifestants qui ont un ton assez critique vis-à-vis des occidentaux
et surtout vis-à-vis pardon je te laisse très choqué par la rencontre entre le président Macron et Raisi alors même que mardi dernier à New York alors que les peuples iraniens sont en train d'être massacrés le président Macron serre la main de monsieur Raisi il prend une photo avec moi personnellement je ne suis pas contre je ne suis pas contre absolument et au sein de la population et au sein des manifestants je ne suis pas contre les pourparlers les discussions mais enfin se montrer comme ça n'a fait que donner beaucoup de poids à Raisi
Farid sur l'action possible de la communauté internationale
il faut juste une petite précision il faut comprendre l'importance de la guerre des images de la guerre des narratifs en Iran la rencontre avec le président Macron le jour d'après en Iran les conservateurs ils ont dit qu'on a fait attendre le président Macron qu'on lui a répondu fermement sur la question des femmes c'est pour ça qu'il a pris le portrait du général Soleil Mony lors de son discours à l'Assemblée général de l'ONU donc on a quand même une guerre des images sur le dossier nucléaire iranien nous sommes aujourd'hui dans une situation très compliquée parce que les conservateurs iraniens ne sont pas comme les réformistes ils ne sont pas vraiment pressés pour signer un nouvel accord avec les occidentaux ils ont une vision très idéologique du monde la philosophie du regard vers l'Est c'est comme ça qu'il le formule en Iran regarder vers la Russie vers la Chine il parle de la fin de la domination occidentale sur le monde un nouvel ordre mondial et c'est aussi en raison de la guerre en Ukraine le pétrole coûte plus cher donc les Iraniens vendent quand même un peu de pétrole aux Chinois donc ils ont un peu plus de revenus et ils attendent aussi l'hiver selon leur calcul les Européens vont souffrir cet hiver donc ils attendent de voir après l'hiver recalculer les rapports de force mais en fait il faut dire que la stratégie de pression maximale de Donald Trump ça a été une défaite totale aujourd'hui les Iraniens enrichissent beaucoup plus d'uranium qu'avant la classe moyenne iranienne a presque disparu et il n'y a eu aucun avantage pour les occidentaux ne serait-ce que les conservateurs en raison de ces sanctions-là ont pu gagner massivement les dernières élections donc il faut quand même revenir sur cette stratégie de pression maximale et de sanctions et de faire un calcul sur leur utilité après aujourd'hui effectivement c'est peut-être un peu trop tard nous sommes dans une situation où les conservateurs iraniens ne veulent pas forcément d'un nouvel accord comme c'était le cas de la précédente administration iranienne question de Marie
sur franceinter.fr que peut-on faire pour aider concrètement ce peuple iranien remarquable et surtout ces femmes à jeter à bas ces oppresseurs
écoutez il ne faut pas il faut continuer à les soutenir continuer à en parler il ne faut pas qu'un autre événement écarte ce qui se passe en Iran et le combat des iraniennes courageuses déterminées et sans nécessairement je veux dire essayer de les sauver les femmes iraniennes n'en ont pas besoin qu'on les sauve elles s'en chargent elles-mêmes mais il faut les soutenir et là où on peut l'opinion publique internationale doit faire pression sur les gouvernements justement afin qu'on puisse faire pression à travers l'ONU ou d'autres mécanismes internationaux sur le régime iranien même s'ils se sont rapprochés de la Chine et de la Russie il y a encore des leviers il y a encore des possibilités de faire pression et l'opinion publique internationale vraiment doit continuer à soutenir les femmes iraniennes pour qu'elles puissent gagner leurs droits et puis la société qui revendique la démocratie pour la première fois le slogan principal des manifestations c'est femmes vie liberté et ça c'est femmes vie liberté ça c'est la première fois que ça arrive en Iran
femmes vie liberté d'où la question de Pierre pour vous Farid Vahid les jeunes hommes soutiennent-ils les femmes et puis question annexe l'armée peut-elle céder
sur les jeunes hommes oui tout à fait on voit des images impressionnantes où des jeunes hommes défendent les jeunes femmes font reculer les forces de répression les forces de l'ordre et oui tout à fait vous avez des hommes qui sont dans la rue et une petite nuance il ne faut pas oublier que la police demeure ce n'est pas que sur le voile c'est une police de guidance islamique c'est pour imposer un mode de vie islamique au sein de la société et elle patrouille dans toutes les rues dans toutes les rues de la capitale toutes les villes du pays et certes ça peut changer d'un quartier à l'autre mais en fait ça ne vous arrive pas tous les jours mais ça peut arriver à tout le monde tous les jours et c'est pour les hommes ça peut être pour la consommation d'alcool un homme ne peut pas se balader par exemple en short en Iran mais aujourd'hui ce qui est magnifique c'est de voir que les hommes sont en train de soutenir massivement aussi les jeunes femmes et l'assassinat de Marcel Amini ça a vraiment touché des millions d'Iraniens d'abord j'ai ajouté que la plupart des personnes tuées par les forces de coercition sont des hommes il y a jusqu'à aujourd'hui deux femmes tuées mais aussi plus de 17-19 hommes donc effectivement ils sont là et soutiennent il faut dire aussi qu'il y a des plus âgés aussi qui sont dans la rue aujourd'hui
dernière question réponse rapide s'il vous plaît de Jean-François est-ce une part majoritaire ou seulement la population urbaine plutôt éduquée du pays qui anime ce mouvement mais qui ne fait pas le poids avec les régions agricoles plus traditionnelles et majoritaires
l'Iran est un pays comme je l'ai dit à 75% urbaine donc effectivement il y a aussi des villages mais moi j'ai fait beaucoup d'enquêtes dans les villages dans le passé les villageoises aussi vont à l'école sont instruites et aspirent aux mêmes valeurs que les urbaines donc arrêtons de diviser les villageois et les urbaines d'une part d'autre part c'est un mouvement qui contrairement au mouvement de 2009 mouvement vert qui était très constitué des gens très éduqués classe moyenne supérieure et vraiment on constate un brassage de la population il y a des classes populaires des classes moyennes mais aussi des classes éduquées il y a beaucoup aussi d'étudiants effectivement qui ont été d'ailleurs arrêtés donc non c'est un mouvement assez général
merci à tous les deux de nous avoir éclairé sur ce qui se passe en ce moment en Iran on continuera évidemment d'en parler sur France Inter merci à vous Azadeh Kian je rappelle que vous êtes spécialiste des mouvements d'émancipation des femmes en Iran professeur de sciences politiques à l'université Paris 7 d'Hydro Paris Cité Paris Cité merci de cette précision merci également à vous Farid Veïd vous qui dirigez l'observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la fondation Jean Jaurès merci