Macron : mea-culpa réussi ? #cdanslair 16.12.2021
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 33 %Attaque 40 %Défensif 27 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 65 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:51OuverteRéponse directe
Est-ce que c'était un exercice réussi ?
- 3:58OuverteRéponse partielle
Est-ce que les Français n'ont pas été intéressés par un président qui parle de lui ?
- 4:37RelanceRéponse partielle
Malalaise quand, par exemple ?
- 6:12OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez découvert un Macron que vous ne connaissiez pas ?
- 7:44OuverteRéponse directe
Pourquoi ce serait indispensable de commencer une campagne en soldant ces scories ?
- 8:30OuverteRéponse directe
C'est vrai que c'est compliqué comme exercice à 20h50 sur TF1 de dire « voilà, tel que je suis » ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26PrésentateurFait
« « J'ai appris à mieux aimer les Français », a dit le chef de l'État qui reconnaît certaines erreurs, certaines maladresses. »
- 13:29Emmanuel MacronFait
« Il y a eu, à ce moment-là, des erreurs qui ont été faites. C'est-à-dire que la mécanique de l'augmentation du carburant est votée dès 2015. »
- 14:03Emmanuel MacronFait
« Les gens qui réussissent, c'est les gens qui ne sont rien. »
- 14:08Emmanuel MacronFait
« On met un pognon de dingue dans des minima sociaux. Les gens, ils sont quand même pauvres. »
- 14:13Emmanuel MacronFait
« Je traverse la rue, je vous en trouve. »
- 14:50Emmanuel MacronPromesse
« Ce qu'il ferait, en revanche, dans les années qui viennent, c'est la réforme des retraites à laquelle il tient. »
- 15:01Emmanuel MacronFait
« On a 42 régimes aujourd'hui. Alors est-ce qu'il en faut un seul ? »
- 15:57Emmanuel MacronFait
« Quand j'entends des absurdités consistant à dire immigration zéro, il n'y a jamais eu d'immigration zéro. »
- 16:41PrésentateurFait
« Pourquoi Emmanuel Macron n'a-t-il pas profité de ces deux heures pour annoncer sa candidature ? »
- 27:15IntervenantChiffre
« Le gouvernement sort étude après étude pour dire « le pouvoir d'achat n'a jamais autant augmenté que sur Emmanuel Macron ». »
- 38:42IntervenantFait
« il y a eu des choses de fait sur l'écologie »
- 46:02PrésentateurFait
« l'affaire Benalla une affaire d'État, non, une affaire d'été »
- 46:15PrésentateurFait
« notamment sur la question de l'ISF où il avait été beaucoup attaqué »
- 56:29IntervenantFait
« trop tard sans doute pour ceux qui ne sont pas convaincus par l'action d'Emmanuel Macron »
- 1:00:26IntervenantFait
« le grand remplacement il n'existe pas »
- 1:00:33IntervenantFait
« on a échoué sur l'intégration pendant le quinquennat »
- 1:02:46IntervenantChiffre
« 80% des retraités vont quand même recevoir le chèque de 100 euros inflation »
- 1:02:57IntervenantFait
« nous sommes quasiment dans la vaccination obligatoire »
- 1:03:49IntervenantFait
« pour la première fois il a été donné perdant face à Valérie Pécresse »
Temps de parole
- Intervenant33 %
- Présentateur28 %
- Intervenant 220 %
- Intervenant 312 %
- Intervenant 44 %
≈ 1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre émission. C'était son grand rendez-vous avec les Français. Emmanuel Macron a hier soir pendant deux heures à chercher, avant tout à se raconter, à retisser une relation avec les Français, parfois heurtés pendant ce quinquennat. « J'ai appris à mieux aimer les Français », a dit le chef de l'État qui reconnaît certaines erreurs, certaines maladresses. Un passage obligé pour le président sortant avant son entrée dans la campagne.
Emmanuel Macron a défendu bec et ongles, son bilan, sa gestion des crises, celle des gilets jaunes, celle du Covid, et se projette même dans l'après avec quelques pistes déjà sur une réforme des retraites. Pour l'entrée officielle en campagne, il va donc falloir encore attendre. Mais l'opposition n'a pas attendu pour cibler l'exercice d'un candidat qui n'a pas parlé au français, mais de lui-même. Macron, mea culpa, réussi ? C'est une question, c'est le titre de cette émission. Avec nous, pour en parler ce soir, Roland Quairol, vous êtes politologue, directeur du centre d'études et d'analyse de CETAN, directeur conseil de Région Magazine.
On peut retrouver d'ailleurs votre interview dans la Provence. Aujourd'hui, le président a montré ses réussites, ses doutes et son état d'esprit. Bruno Jeudy, vous êtes rédacteur en chef du service politique de Paris Match. Dans le dernier baromètre IFOP Paris Match, Emmanuel Macron gagne 2 points. Et Valérie Pécresse, 5 points. Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique pour le groupe de presse régional ÉBRA. Citons votre article disponible dans le Dauphiné Libéré. Le président, c'est inconnu, très connu. On y reviendra ce soir, très longuement. Isabelle Fissec, enfin, vous êtes journaliste aux Echos. Vous suivez l'Élysée et Matignon.
Le gouvernement et la majorité, citons votre article présidentiel 2022, Emmanuel Macron cherche à resserrer les liens avec les Français. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Première question, très simple, très direct. Roland Quairol, est-ce que c'était un exercice réussi ?
C'est un exercice, je dirais, plutôt réussi. Mais si j'étais prof, j'ajouterais, peut mieux faire. Il fallait qu'il le fasse. Il fallait qu'il le fie. Il faut tourner la page du mandat avant d'affronter la période de la campagne présidentielle. Et il faut liquider les scories qu'on peut avoir comme image de président sortant. Le fameux président arrogant, le président des riches, etc. De ce point de vue, voilà, il a eu raison, il l'a fait. Mais en même temps, c'était une émission qui était un drôle de mélange. Il y avait l'actualité Covid, il y avait des choses qui n'étaient pas du tout de l'ordre d'un retour sur l'expérience présidentielle.
Et puis c'était un mélange aussi parce qu'il avait besoin de dire qu'il regrettait un certain nombre de choses. Il l'a fait depuis que Freud nous a expliqué que l'aveu était fondamental dans les familles. Ben voilà, il a avoué qu'il n'avait pas bien fait certaines choses. Bravo. Mais l'essentiel du temps, il est quand même extrêmement content de ses résultats. Et il est quand même extrêmement fier de tout ce qu'il a fait. Même de temps en temps, quand il s'excuse pour certaines choses, il les remet dans un contexte qui lui semble plus favorable. Donc je pense que ça doit laisser une impression un peu mitigée aux gens. Ça n'a pas été un immense succès d'audience.
3,8 millions sur TF1.
Voilà. Peut-être que l'erreur, c'était le titre de l'émission. Où va la France ? Ça a paru une espèce de truc où il allait parler de l'évolution de la planète. Alors que ce n'était pas ça, que ça aurait peut-être pu concerner un peu plus les gens. Mais voilà, ce n'était pas un président nous parlant de l'actualité. Ce n'était pas un président nous disant en fonction du Covid, il faut rentrer ou il faut sortir. Là, on est tous dans l'attente et on y va et on fait ce qu'il dit. Là, ça intéressait moins les gens et on peut comprendre. Parce que eux, les Français, ils ne sont pas encore dans la campagne présidentielle. Et donc pas non plus dans les adieux présidentiels.
Et du coup, ça ne les intéresse pas les Français, Bruno Jeudy, qu'un président parle de lui ?
Vous avez raison. En tous les cas, je trouve que c'était une drôle d'idée que le président de la République fasse commenter ses images et son action par Emmanuel Macron, le candidat. Je ne l'ai trouvé ni bon ni mauvais. Je l'ai trouvé mal à l'aise, moi. J'ai trouvé que c'était par moments très surjoué parce qu'il fallait qu'il corrige son image, cette image d'un président qui serait loin des préoccupations des Français, même s'il s'en est rapproché, qui serait un peu comme Giscard d'Estaing, un peu en surplomb, naguère, Giscard.
Malalaise quand, par exemple ? Quand il dit quoi ?
Malalaise parce qu'il faut qu'il regrette ses petites phrases du début de mandat. Il ne l'avait déjà fait, ce n'était pas nouveau. Mais là, il nous l'a refait sur un autre ton, comme si la première fois où ça avait été fait, ça n'avait pas été compris. Malalaise quand il ne regrette qu'à moitié la gestion sur les masques, par exemple. Nous n'avons pas été démunis. Je ne sais plus ce qu'il dit. On n'y croit pas. Malalaise quand il dit « les autres sont en campagne, pas votre serviteur ». Malalaise quand il dit « je ne fais pas de la politique ». Et Malalaise, au final, même j'allais dire plutôt marrant, quand il dit à la fin « je reviendrai pour faire mon bilan ». Ah bon ?
On avait l'impression qu'il l'avait fait pendant deux heures. Donc oui, c'était un exercice pour solder le quinquennat. C'était un classique pour un président sortant qui se représente. Ce n'est pas le cas de tous. François Hollande n'a pas pu se représenter. Et donc Emmanuel Macron, il est un peu dans la situation de Nicolas Sarkozy. Il y a un moment, il faut commencer à se débarrasser de ses avis de président, montrer qu'on va changer. Il ne peut pas aller jusqu'au bout. Donc forcément, l'exercice est compliqué parce que vous êtes encore président. Vous parlez presque de votre candidature. Vous n'êtes pas candidat, vous jouez au chat et à la souris avec les journalistes.
Et ça donne quelque chose d'un peu de bancal, d'un président qui joue le changement dans la continuité. Je ne suis pas sûr qu'à l'arrivée, ça ait très bien fonctionné.
Nathalie Moret, le but, c'était aussi de dire aux Français « je ne suis pas celui que vous croyez ». Vous ne me connaissez pas, tel que je suis. Est-ce que vous, vous avez découvert un Macron que vous ne connaissiez pas ? Non, je n'irai pas jusque-là. Mais je pense que de son point de vue à lui, c'était un exercice réussi parce que justement, il avait cette ambition de se montrer autrement. Il a dit ce qu'il avait à dire sur les petites phrases, sur Benalla, sur les gilets jaunes. Ça, c'est fait. Et ensuite, il avait à dire aux Français « en fait, on s'est connus très peu de temps avant qu'on vive ensemble. On ne se connaissait pas bien, mais maintenant, on a traversé des choses ensemble.
Vous avez appris à me connaître, j'ai fait des erreurs », il l'a dit plusieurs fois. Et maintenant, ben voilà. Mais j'ai tenu dans la tempête. Oui, il l'a dit en creux. Mais effectivement, c'était une façon de dire, on ne se connaissait pas, mais on a vécu ensemble cinq ans. Et regardez ce qu'on a fait ensemble, on l'a fait ensemble. J'ai trouvé que, même s'il a parlé beaucoup de lui, sans jamais citer un ministre, sans jamais nommer un de ses premiers ministres, il a employé peut-être plus qu'à l'accoutumée le pronom personnel « nous ». Il a dit « je » et « nous ». On voyait bien qu'il était en train de tisser un lien avec les Français.
De ce point de vue-là, c'est sans doute pour lui un exercice réussi. Même si je suis d'accord avec vous, Bruno, c'était parfois un petit peu surjoué. Mais il y a une inquiétude de son entourage, de la Macronie, comme on dit, sur sa personnalité, sur l'équation personnelle dans ce début de campagne pour le président de la République. Pourquoi, pardonnez-moi, je termine, mais pourquoi ce serait indispensable à un moment donné de commencer une campagne en soldant, comme le disait tout à l'heure Roland Kérol, toutes ces scories et toute cette incompréhension qu'il peut y avoir avec les Français ? Est-ce qu'il y a une crainte que son personnage ne soit pas aimé par les Français ?
Ce n'est pas une crainte, c'est une réalité, c'est quelqu'un qui est très clivant. Mais c'est surtout qu'il y a une interrogation. Beaucoup de gens en Macronie disent « mais finalement, c'est qui Emmanuel Macron ? » Emmanuel Macron, on l'a connu très peu de temps avant qu'il devienne président de la République. Il était avant-ministre. On l'a connu sur sa campagne qui était très axée sur l'économie. Mais qu'est-ce qu'il pense vraiment dans la vie ? Qu'est-ce qu'il pense sur, je ne sais pas, la PMA ? C'était dans son programme, mais fondamentalement, qu'est-ce qu'il en pense ? Qu'est-ce qu'il pense sur le cannabis ? On sait ce qu'on ministre l'intérieur, mais voilà, on ne le connaît pas.
On ne sait pas quel est l'homme derrière. Il a essayé de le dire, mais c'était parfois un petit peu malheureux. Isabelle Fissec, c'est vrai que c'est compliqué comme exercice à 20h50 sur TF1 de dire « voilà, tel que je suis, voilà comment je vibre, voilà ». Même si ça donnait le sentiment, le disait tout à l'heure Bruno Jeudy, d'être un peu surjoué. On voyait bien qu'il avait à cœur de dire « je suis sincère ».
Oui, voilà, il y avait tout à fait la volonté dans son entourage. Il le disait après. Alors aujourd'hui, ils nous disent qu'on est plutôt contents de l'exercice. Mais il y avait la volonté de mettre de la chair. Parce que c'est vrai qu'Emmanuel Macron, il a quand même auprès des Français, même si ça s'est un peu estompé depuis les gilets jaunes, l'image de quelqu'un qui est déconnecté de la réalité des Français. C'est quelque chose qui ressort assez fortement dans les sondages. Cette image de président des riches, même si là encore, ça s'est un peu estompé.
Et c'est vrai qu'une image, surtout quand c'est la première impression, parce qu'on ne le connaissait pas vraiment avant, elle reste, elle est ancrée. Et il y avait vraiment cette envie de mettre de la chair. Et ce côté aussi un petit peu, en France, on n'aime pas trop les premiers de la classe. Là, le premier de la classe qui reconnaît des erreurs et qui dit en plus « j'ai appris ». Il ne dit pas « j'ai changé ». Non, ça c'était Nicolas Sarkozy. Ça c'était Nicolas Sarkozy, et personne n'y croit, j'ai changé. Là, il essaye autre chose avec ce « j'ai appris ».
Même si c'est vrai, quand il est revenu par exemple sur la crise Covid, en disant « ce déplacement en Seine-Saint-Denis, où je me rends compte de la difficulté du confinement dans des appartements minuscules, et malgré tout, ces Français qui chantent la Marseillaise, etc. » Bon, il essaie là de se livrer un peu. À certains moments, ça paraît sincère. À d'autres, quand il dit son amour de la France et des Français, alors c'est vrai qu'il a un peu cette vision romantique, l'amour de la France, et « j'aime encore plus follement les Français ».
On en parlera peut-être tout à l'heure, mais Marine Le Pen a une critique terrible quand elle dit « mais s'il faut passer par un apprentissage pour aimer les Français », ça veut tout dire. Il dit quand même « j'ai appris à mieux aimer les Français ». Voilà, et je trouve que Marine Le Pen, en critiquant ceci, en disant « les Français, on les aime ou on ne les aime pas », elle touche du doigt, effectivement, ce que voulait faire Emmanuel Macron, c'est-à-dire régler un peu ce problème d'affect, de président mal aimé. Sincère, trop sincère sur cette phrase-là ?
Sincère, sincère, mais c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui sait aussi qu'il y a des gens qui ne l'aiment pas lui personnellement, et qui le vit très mal, parce que lui, il pense qu'il est un type absolument normal, plutôt sympa dans le privé. Et pourquoi cette image ? Pourquoi notamment l'arrogance ? Et ça colle au basque des gens quand ça commence. Il y avait dans le Nouveau Journal épatant un sondage où on demandait aux gens pour un vote présidentiel, on leur disait « si vous avez, en plus de votre vote pour, un malus, pour empêcher quelqu'un d'être président, à qui vous les donneriez ? » Et 15% des Français les donner à Macron.
Et on voit ça, d'ailleurs, quand on teste les seconds tours d'élection. Il y a des gens qui, visiblement, sont des électeurs qui, logiquement, devraient être conduits à un vote Macron au second tour, qui ne le font pas. Et on leur dit « aujourd'hui, on verra comment ça se passe dans trois mains ». Et on leur dit « mais pourquoi ? » Ils disent « pas lui, pas Macron, je ne l'aime pas ». Et je crois que ça, c'est très dur à vivre, qu'on ne vous aime pas dans la vie, mais surtout quand vous êtes président et que vous prétendez aimer la France, aimer les habitants, aimer les citoyens, et qu'on vous renvoie cette image.
C'était la même chose avec Nicolas Sarkozy ?
Ça a été à peu près la même chose avec Nicolas Sarkozy et à peu près dans les mêmes proportions.
En tout cas, deux heures d'une émission qu'elle est au millimètre. Le président avait choisi pour évoquer son bilan et sa personne un format sur mesure pour un chef de l'État pas encore candidat. L'objectif principal était de renouer, on l'a compris, une relation plus apaisée avec les Français, alors que pour cela, Emmanuel Macron a dû reconnaître certaines maladresses, certaines erreurs. Retour sur les temps forts de cette émission avec Juliette Perrault, Théo Manval et Nicolas Baudry-Dasson.
Bonsoir, M. le Président. Bonsoir à vous. Troisième prise de parole télévisée en un mois, mais Emmanuel Macron ne craint pas de lasser. Je pense que c'est utile. Visiblement, les Français ont un avis plus réservé. Ils étaient 8,1 millions à le suivre sur TF1 pour son allocution du 9 novembre, deux fois moins nombreux hier. Avant de savoir où va la France, le président est d'abord longuement revenu face aux questions sur son chemin à lui, parcouru depuis cinq ans. J'ai appris. Nous avons appris tous ensemble. Et ces cinq années ont été cinq années de joie, de travail sans relâche, mais aussi de crise, de moments de doute, de difficultés. Et moi, j'ai appris aux côtés des Français.
J'ai appris. Sur les inégalités dans le pays, l'état de l'hôpital et la colère sociale, dit-il, Emmanuel Macron assume même une part de responsabilité dans la naissance des Gilets jaunes. Il y a eu, à ce moment-là, des erreurs qui ont été faites. C'est-à-dire que la mécanique de l'augmentation du carburant est votée dès 2015. La taxe carbone, etc. Comme c'est voté, on pense que c'est fait. C'est un peu le défaut dans notre pays. Et on ne s'occupe pas suffisamment, moi je suis obsédé par ça maintenant, du moment où ça arrive dans la vie des gens et qui voient le portefeuille.
Le chef de l'État, qui réfute pourtant le terme de président des riches, déconnecté, mais reconnaît qu'il a parfois donné le bâton pour se faire battre. Souvenez-vous, ce que l'opposition avait fini par baptiser les macronades. Une gare, c'est un lieu où on croise. Les gens qui réussissent, c'est les gens qui ne sont rien. La politique sociale, regardez. On met un pognon de dingue dans des minima sociaux. Les gens, ils sont quand même pauvres. Je traverse la rue, je vous en trouve. Il veut simplement des gens qui sont prêts à travailler. Alors hier soir, le président a repris son en même temps moitié mea culpa, moitié j'ai été mal compris.
C'est que nous sommes dans une société de la décontextualisation. Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous dites deux mots, on les sort de leur contexte, ils paraissent affreux. Parce qu'évidemment, ils s'inscrivent dans un propos, une atmosphère, une ambiance et des choses que vous avez dites avant. Et je pense que dans certains de mes propos, j'ai blessé des gens. Et je pense qu'on peut bouger les choses sans blesser des gens. Et c'est ça que je ne referai plus. Ce qu'il ferait, en revanche, dans les années qui viennent, c'est la réforme des retraites à laquelle il tient, malgré les manifestations, là encore, il y a deux ans. Travailler plus longtemps, projet maintenu, mais légèrement revu.
Il faut qu'on aille tous vers une sortie de ce qu'on appelle les régimes spéciaux. On a 42 régimes aujourd'hui. Alors est-ce qu'il en faut un seul, ce qui était mon projet initial ? Je crois que c'est trop anxiogène. Mais je pense qu'il nous faut aller vers un système simplifié où, pour la fonction publique, pour les salariés et puis pour les indépendants, on a, grosso modo, voilà, trois grands régimes. Mais alors, se projeter dans les cinq ans qui viennent, cela va-t-il dire qu'il est candidat ? Certains sont en campagne, mais votre serviteur, non. Pour l'instant. Ceci vous appartient. Nous en reparlerons.
Il promet d'agir jusqu'au dernier quart d'heure, mais lâche déjà ses coups contre ses adversaires les plus en vues dans les sondages. D'abord, sans la nommer Valérie Pécresse et son plan de supprimer 150 000 fonctionnaires. On parle de femmes et d'hommes. Expliquer que le destin de l'État, c'est de les fabrer comme si c'était des, vous voyez, des petits bâtonnets, je trouve ça toujours étrange. Puis une pique au thème de campagne favori du candidat Éric Zemmour. Quand j'entends des absurdités consistant à dire immigration zéro, il n'y a jamais eu d'immigration zéro. C'est pas vrai. C'est pas vrai. La question, c'est comment on se remet en situation de maîtriser ce phénomène.
Emmanuel Macron, qui a multiplié les déplacements ces dernières semaines au contact des Français dans le Cher ou l'Allier, finit tout de même par mettre un mot sur sa future candidature. Si votre question est est-ce que vous vous projetez, vous avez de l'ambition pour le pays, les Françaises et les Français au-delà du mois d'avril prochain d'évidence, d'évidence. Candidature d'évidence mais pour laquelle opposants comme partisans devront encore s'armer de patience. Merci beaucoup.
Merci.
Cette question, pourquoi Emmanuel Macron n'a-t-il pas profité de ces deux heures pour annoncer sa candidature ? Bruno Jeudy.
Parce qu'Emmanuel Macron, il est comme tous les présidents sortants en fin de mandat. il va rester le plus longtemps en fonction pour rentrer le moment où il choisira. C'est l'idée de ne pas perdre son autorité, de ne pas perdre aussi sa situation de président de la République. J'ajoute aussi que dans la situation présente, il y a quand même l'affaire du Covid qui fait qu'aussi les décisions qu'il doit prendre seraient prises. De ce point de vue-là, c'est un argument tout à fait recevable. Mais le plus classique, c'était le cas pour Sarkozy, c'était le cas pour Chirac avant lui, les derniers présidents sortant à cette représentée. C'est quand même le plus tard possible.
On bénéficie du statut de président de la République, de l'autorité que ça apporte. On reste un peu en surplomb de la campagne. On rentre le dernier, ce qui sera son cas, puisque maintenant, on a à peu près la fiche présidentielle et il rentrera en janvier. Ah bon, si tôt ? En février. En janvier ? Il y a un petit problème. Il y a une petite différence avec les autres campagnes quand même. Il faut toujours le dire. c'est que la campagne fait 15 jours de moins cette fois-ci. Donc, en fait, aujourd'hui, nous ne sommes pas le 15 décembre, mais le 1er janvier, si nous commençons la présidentielle dernière.
Il a défendu son bilan. Alors, il y avait la partie personnelle, on a encore vu quelques extraits, vous en avez parlé tout à l'heure, mais il y avait aussi toute une partie de l'émission, l'essentiel de l'émission, qui était consacrée au contenu. Et là, il a mis beaucoup d'énergie à défendre son bilan, à être le défenseur. Et vous avez très bien fait de préciser qu'il n'a pas du tout parlé de ses ministres, même du Premier ministre. C'est les Français et moi et mon action, Roland Carole.
Oui, l'élection présidentielle, c'est ça. C'est personne... Pour le moment, c'est très différent de ce que fait Valérie Pécresse, qui veut mettre en avant son équipe de France. Je crois qu'elle devra changer. Je crois que c'est les anciens présidents dont on vient de parler qui ont eu raison. Le match présidentiel, c'est le candidat ou la candidate et les électeurs. On s'en fiche des autres autour d'eux. On n'a pas envie de composer un gouvernement. On veut savoir qui va cheffer. Et le chef, il est là pour cheffer. Et donc, il a fait ça et il a évidemment insisté dans son bilan sur celui qui est déjà plutôt bien approuvé par l'opinion publique.
C'est-à-dire, au fond, la gestion économique et la gestion sanitaire. C'est là-dessus que, finalement, avec des hauts et des bas, des critiques qui lui ont été faites, finalement, le bilan global, comme l'économie va plutôt bien, que l'emploi s'est reparti, que ça a été quand même l'angoisse principale des Français pendant 40 ans. L'emploi s'est reparti. On nous parle de croissance qui redémarre. Il y a des créations d'emplois, la réindustrialisation. Ça a même marqué des points dans cette année. Les gens, ils sont plutôt satisfaits du tour que ça a pris. Et même chose sur la crise sanitaire, sur la Covid.
C'est vrai qu'il y a eu des critiques à des moments, l'histoire des masques qu'il a rappelés dans l'émission. Mais au total, les gens se disent, finalement, un, les autres, ils n'ont rien proposé de très différent. Et deux, finalement, on s'en sort pas mal, surtout quand on se compare avec les autres. Et donc, il a beaucoup mis l'accent là-dessus. De ce point de vue, il n'est pas entré dans la campagne présidentielle commencée par les autres. Très peu, là, sur la sécurité. Et quelques mots sur l'immigration qui permettent simplement de le situer, de le positionner par rapport aux autres, mais sans revenir là sur un bilan sur les choses qui ont été faites, sur les lois votées.
Donc, c'était un bilan forcément assez satisfait puisqu'il sait que là-dessus, il bénéficie déjà d'un certain satisfait site.
Et il a essayé de se poser, Isabelle Fissac, en réformateur. Et ça, c'était intéressant. C'est à la fois, j'ai changé, j'ai appris, je ne suis plus totalement le même, j'ai pris de la bouteille. En même temps, sur le côté transgressif et sur la réforme, j'ai l'ambition de poursuivre et d'être toujours aussi audacieux.
Oui, tout à fait. D'ailleurs, il cite son essai, programme de la campagne de 2016 en disant « révolution ». Je suis quand même venue en vous disant « révolution ». Et puis, il rajoute, il précise « pacifique ». Parce que l'ambiance, il a aussi beaucoup dit « attention, la haine, c'est la haine de la France », etc. Mais c'est vrai que, et notamment sur son bilan économique, il peut là se prévaloir, non seulement d'avoir réformé sur la fiscalité, mais en plus de ne pas s'être renié, il n'y a pas eu de virage particulier.
Il est beaucoup revenu sur l'assurance chômage parce que ça, il sait que c'est un vrai marqueur et ça, il l'a fait malgré le Covid et après le Covid, même si elle a été repoussée plusieurs fois. En revanche, sur les retraites, là, je trouve que c'était un peu plus compliqué et que non seulement le Covid avait bon dos parce qu'il dit « voilà, on n'a pas pu la faire », mais les partenaires sociaux aussi parce qu'il dit à la rentrée… – Et non, je ne l'ai pas. – Les partenaires sociaux m'ont dit « oulala, non, non, surtout pas ». Il ne faut pas la faire. Or, qu'est-ce qu'il redit hier soir, qu'il avait déjà un peu dit en novembre, c'est qu'il ne refera pas la même réforme.
Il ne refera pas cette réforme universelle, mais ce sera une réforme avec trois grands régimes pour les salariés du public, les salariés du privé et les indépendants. Mais à chaque fois, il essaie quand même de dire « il faudra aller plus loin ». Sur l'éducation, on a fait des choses, mais il faut aller plus loin. Il est dans une espèce d'hésitation entre le pays a besoin d'apaisement, et donc là, je n'ai pas fait la réforme des retraites, et en même temps, il sent un besoin de radicalité et donc d'aller plus loin. Et c'est un équilibre qui ne va pas être tout à fait simple à trouver.
Ça va être toute la difficulté du statut de président sortant qui se représente, Bruno Jeudy. Il est là dans l'équation qui est toujours compliquée pour un président sortant qui se représente.
Oui, mais déjà, c'était compliqué dans la présentation de son bilan, parce qu'effectivement, il voulait montrer, il voulait couper l'herbe sous les pieds de la droite en disant « j'ai fait des réformes », réforme de la haute fonction publique, réforme de l'assurance chômage, le code du travail, mais en même temps, avec un gros point noir sur les retraites qu'il n'aura pas réformé. Et c'est quand même quelque chose qui va lui être reproché pendant la campagne par la droite et par les électeurs de droite qui sont toujours très sensibles à ces questions des retraites. Donc c'est quand même un point noir pour lui. Il est le premier président à ne pas l'avoir fait depuis François Mitterrand.
Il le sait. Donc le costume de référemateur, il ne l'a pas totalement. Donc en revanche, il a refait ce qu'il avait déjà commencé à faire au début novembre, c'est-à-dire présenter quasiment la réforme des retraites qu'il compte mettre dans son projet. Et là, c'est sans doute le moment où là, pour les Français qui ont regardé, on se dit « Non mais là, c'est le candidat ou c'est le président qui parle ».
Et là, c'était le candidat qui parlait, défendant une réforme qui, Isabelle a raison, est assez aux antipodes de celle qu'il voulait faire passer avant que le Covid n'arrive, c'est-à-dire une réforme qui n'est plus la fameuse réforme de la retraite par points, la réforme systémique, mais qui est au fond une réforme qui consiste à ce que dit la droite, c'est-à-dire repousser l'âge de départ à la retraite, alors en plus, il y a quand même l'affaire de la pension minimale à 1 000 euros, ça c'est quelque chose sur laquelle il tient, et c'est son idée à lui, mais pour le reste, c'est assez conforme aux réformes des retraites défendues par les différents candidats de droite pendant le Congrès des Républicains.
– On parlait de la réforme des retraites, Nathalie Moret, il a parlé à la droite ou il a parlé à la gauche hier ? Ou est-ce qu'il a fait du en même temps ? – Il a forcément fait un peu du en même temps parce qu'il a parlé et à la droite et à la gauche, mais quand même je trouve que sur ce curseur-là, il est allé plus sur la gauche, et c'était même assez visible. Quand il parle des fonctionnaires et du suppression des fonctionnaires, donc c'est une réponse en creux à Valérie Pécresse, il dit, ok, 150 000, où ? On veut plus d'écoles, plus d'hôpitaux, on les prend où ?
Et ça, j'ai trouvé que c'était assez bien vu, non seulement parce qu'il parle à la gauche, mais c'est quelque chose, ce point-là du programme de Valérie Pécresse qui commence à inquiéter au sein même de la droite, au sein même des LR, il y en a qui se disent, il faut qu'on arrête avec cet item de cramer la caisse, parce que cramer la caisse, finalement, ce n'est pas quelque chose qui est mis au discrédit d'Emmanuel Macron, et sur les fonctionnaires, il faut faire attention. Et d'ailleurs, vous avez vu ce matin, Valérie Pécresse a dit, oui, 150 000, mais j'en crée quand même 50 000.
Donc on voit qu'il y a une espèce de flottement, et en ça, c'était quand même plus un marqueur de gauche, j'allais dire. C'était une des promesses d'Emmanuel Macron de supprimer 120 000 fonctionnaires.
120 000, c'est ce que j'allais dire, oui. C'est qu'il y a quand même un changement de pied d'Emmanuel Macron, qui répétait encore au début du mandat qu'il les supprimerait, jusqu'à ce qu'il ne fasse rien, puisqu'à l'arrivée, il n'y en aurait eu qu'une poignée de supprimés. Et là, c'est un changement de pied d'Emmanuel Macron. Mais je suis d'accord avec Nathalie. Hier soir, c'était quand même assez étonnant de voir un Macron qui a rééquilibré son en même temps, qui était beaucoup plus à gauche, sans doute jamais aussi à gauche, depuis quand même plusieurs mois, se posant en défenseur des fonctionnaires,
parlant des inégalités sociales,
d'une France juste, de la vulnérabilité, enfin voilà, c'était vraiment à nouveau, j'allais dire, le ministre de François Hollande qui parlait un peu, c'est assez nouveau, il n'est jamais aussi loin, cherchant à embrasser les sociodémocrates.
Et pourquoi ?
Parce que je crois quand même que, quand on voit la séquence politique du moment, alors il sera toujours temps d'aller repartir à l'assaut des électeurs de droite, mais là, il y a quand même l'idée de, en fait, il faut quand même bien arrimer les électeurs qui ne sont pas partis, qui quand même globalement sont restés avec Emmanuel Macron, il n'y a pas de raison qu'il parte aujourd'hui, mais il continue à se méfier quand même, il faut garder ses électeurs qui l'ont élu en 2017, les sociodémocrates, ont largement permis à Emmanuel Macron de devenir président, donc consolider ce flanc gauche de la Macronie, et puis après, quand il sera candidat, il sera toujours temps de...
Parce qu'hier soir, finalement, Roland a raison, il a assez peu parlé du régalien, il est assez peu allé sur ces thématiques-là, qui ont été au cœur de la campagne des Républicains pendant un mois, ils cherchent plutôt pour l'instant à attaquer Valérie Pécresse sur son bilan de ministre du Budget, plutôt que sur la Valérie Pécresse alliée d'Éric Ciotti.
Il y a un sujet qui est très important, pour les gens qui vous regardent et pour l'ensemble des Français, c'est la question du pouvoir d'achat. Hier, il a été interrogé sur cet aspect-là, et c'est un seul moment où c'était un tout petit peu crispé, avec les journalistes, lorsqu'il a réfuté l'idée que les plus modestes aient vu leur pouvoir d'achat reculer.
– Oui, tout à fait. Là, si vous voulez, depuis la rentrée, le gouvernement sort étude après étude pour dire « le pouvoir d'achat n'a jamais autant augmenté que sur Emmanuel Macron ». Alors, c'est toujours pareil, tout dépend comment on regarde les calculs, tout dépend ce qu'on prend en compte. Si, par exemple, pour les Français les plus modestes, on prend en compte la hausse du coût du tabac, par exemple, etc., leur pouvoir d'achat a baissé, et le plus fragile de leur côté. Donc, ça, c'est un vrai sujet qui les angoisse. Il faut quand même rappeler le chèque inflation qui est versé là en ce moment.
Et ce qui les angoisse vraiment, c'est de voir l'inflation se poursuivre, alors qu'effectivement, encore une fois, sur le pouvoir d'achat, la prime d'activité a quand même augmenté, il y a eu des baisses d'impôts. Il se dit « bon, là-dessus, j'avais un bilan » et ce bilan, je suis en train de le voir être grignoté par l'inflation. – Et certaines études,
cette étude de l'Institut des politiques publiques, c'était celle-ci qui a été citée par Audrey Crespo-Marra, qui disait « 5% des Français les plus modestes ont vu leur niveau de vie reculer, tandis que les 1% les plus riches ont gagné plus que le reste de la population ». Là, c'est derrière cette image qu'il essaie d'effacer du président des riches, estimant qu'il a fait des efforts pour le pouvoir d'achat.
– D'autant qu'il n'y a pas que les 5%, il y a sur l'ensemble des classes supérieures, des classes moyennes, jusque aux classes populaires, les chiffres qui montrent une progression du pouvoir d'achat vont être moins vrais au fur et à mesure que les mois vont passer. Ils vont être moins vrais parce que l'énergie coûte de plus en plus cher et que ça va se voir sur toutes les factures, malgré les primes, et parce que l'inflation est là. Et donc, le ressenti, il est toujours, les prix augmentent, les prix augmentent, même quand ce n'est pas vrai, les gens le disent. Mais le moment où ça devient vrai, et où même les experts vont dire « attention ».
Et je pense que ça, c'est aussi un principe de précaution. Son dossier est meilleur qu'on ne pourrait croire et que ne croit l'Institut des politiques publiques.
– D'accord.
– Sur ce dossier.
– Il y a une autre étude de l'INSEE qui ne dit pas exactement la même chose.
– Tous les autres instituts disent autre chose. Mais ils vont avoir de plus en plus tort parce que réellement, il se passe en ce moment quelque chose sur le front des prix qui va changer les données. Et de ça, ils ont peur. De la même façon que sur cet électorat de gauche, c'est parfois lié d'ailleurs dans leur esprit. Moi, j'ai toujours pensé qu'il se reviendrait forcément à une sorte de en même temps parce que, qu'est-ce que vous voulez, en 2017, il a fait 24% au premier tour, 12 venaient de la gauche, 12 du centre et de la droite. Il aurait voulu le faire exprès, il n'aurait pas fait mieux. Il ne peut pas se priver d'une part quelconque de cet électorat.
Il ne peut remarcher que sur ces deux jambes-là. Or, l'évolution naturelle de la politique ces derniers mois, depuis la crise des Gilets jaunes, depuis la Covid, etc., et depuis la renaissance du débat politique à droite, a fait que c'est les thèmes de droite qui ont émergé et qu'on dit la France est à droite. Et donc l'élection se jouera à droite. Or, l'élection ne peut pas se jouer qu'à droite. Si Macron veut être dans l'élection, il faut qu'il la joue à nouveau et à gauche et à droite. Et donc, ce qu'il a amorcé là, on pouvait s'y attendre et on peut s'y attendre pour l'accompagner elle-même.
Et ça veut dire qu'il va laisser à Valérie Pécresse toute cette droite qu'il avait réussi à capter quand il n'y avait pas de candidat et d'antiquier ?
Non, parce que pour le moment, elle ne le quitte pas trop.
D'accord. Nathalie Moret ? Il y a un moment dans l'émission qui m'a beaucoup frappée. C'est quand il a répondu en creux à Éric Zemmour en sortant le courrier, vous savez, et en citant le prénom de tous ces enfants de cette classe d'école primaire. Il y avait écrit sur Joséphine Baker. Voilà. Et c'était une façon très intéressante et à mon avis très pertinente de parler à la gauche sans en avoir l'air. Parce qu'on est sur un thème régalien, puisqu'on parlait de... Il citait clairement le nom d'une classe où il n'y avait pas que des Jades et des Victor. Et en même temps, il dit ben voilà, c'est une façon de vivre ensemble.
Et en parlant de l'intégration de Joséphine Baker, tout ça a été dit d'une façon extrêmement subtile, très travaillée et très mise en scène. Mais c'est une façon de parler de l'immigration en actionnant la manette du vivre ensemble et non pas du séparatisme. Et ça, quoi de mieux pour répondre à Valérie Pécresse et à Éric Zemmour ?
Sauf qu'il a quand même beaucoup changé pendant le mandat sur ce thème-là. C'est vrai. À un moment, il donne des interviews notamment à Valeurs Actuelles pour dire qu'il y aura ces zéro immigration. Mais qui s'en fout, hein ? Hier soir... Oui.
Nous.
Bien sûr. Non, mais vous avez raison. Cela étant, les Français ont aussi remarqué qu'il y a eu Gérard Collomb, il y a eu Gérald Darmanin, que la politique de sécurité et d'immigration a quand même beaucoup varié. Et que hier soir, il est passé assez vite sur le fait que lui-même avait fait une grande loi Asile et Immigration qui a eu très, très peu de résultats positifs. Donc, on voit bien quand même que changeant de pied sur ce sujet-là, c'est aussi pour évacuer les résultats.
Alors, en tout cas, l'opposition, on en a un petit peu parlé, était déjà très remontée contre l'exercice sur mesure alors que la campagne est lancée. Valérie Pécresse et Yannick Jadot ont même saisi le CSA. Ce matin, les réactions forcément étaient sévères. La gauche pointe les sujets oubliés. L'écologie, l'outre-mer, la santé, la droite cible un président qui a plus parlé de lui que de la France. Léa Dermédjean et Aurélie Sanner.
Après l'intervention du président hier soir, sur les plateaux de télévision ce matin, la Macronie, venue défendre le président, assurait le service après-vente.
C'est un moment de responsabilité, c'est un moment de sincérité. Un exercice, comme vous dites, pour revenir sur le sens de son action. Moi, j'y ai revu le président de la République tel que je le connais, humain, humble, reconnaissant aussi ses erreurs. De dire ce qui a été réussi, de dire ce qui n'a pas été réussi, de dire quelles sont des erreurs qui ont pu être faites. Je pense que c'est important aussi démocratiquement pour les Français qu'ils puissent avoir ces propos et ce regard.
Quelques minutes après l'intervention, la droite dénonce une candidature masquée. Et c'est Éric Ciotti qui se fait le porte-voix des Républicains.
Pourquoi cette émission a eu lieu ce soir ? C'est parce que l'Élysée a quelque part été saisie de panique par rapport à la candidature de Valérie Pécresse. C'est faux, Éric Ciotti. C'est faux. Permettez-moi de vous dire que ce projet est en gestation depuis plusieurs mois. Qui aujourd'hui apparaît comme celle qui peut battre Emmanuel Macron. Donc je veux dénoncer aussi cette méthode, cet exercice. Je souhaite que l'opposition et celle qui incarne aujourd'hui la possibilité d'une vraie alternative à ce pouvoir puisse avoir demain le même temps de parole.
À gauche, pour les socialistes et les écologistes, le problème, c'est le fond et les sujets qu'Emmanuel Macron n'a pas abordés.
Moi, j'aurais aimé qu'on parle un petit peu de la santé, qu'on parle de la situation de l'hôpital, de tous ces services qui, un à un, sont obligés de fermer la nuit parfois pendant plusieurs jours. Aujourd'hui, on aurait aimé entendre parler des déserts médicaux. Il y a des maires qui nous ont dit au Congrès des maires que la République ne passe plus par chez nous. On aurait aimé parler du travail et des salaires.
Le président écologique n'a parlé que de lui, ni du climat, ni du vivant. Autosatisfaction, émotions surjouées, mensonges, mais rien sur notre plus grand défi, le climat, ni bilan, ni perspective.
Le bilan, les perspectives, absente aussi selon Jean-Luc Mélenchon. En meeting en Guadeloupe, il dénonce une comédie.
Mais c'est qu'il n'a rien à vous dire. Et savez-vous pourquoi ? Parce que ce qu'il a à proposer, c'est ce qui s'est cassé la figure partout, c'est-à-dire le néolibéralisme dont vous êtes en train de manger maintenant les meilleurs morceaux, c'est-à-dire la catastrophe. Il n'y a plus d'État, il n'y a plus d'école, il n'y a plus de services publics, il n'y a plus de voies de chemin de fer. Tout est privé, ils estiment. Et quand tout sera privé, vous serez privé de tout.
L'extrême droite, pas davantage convaincue. En déplacement à Mayotte, Marine Le Pen joue la carte de l'indignation.
Moi, j'ai trouvé, en revanche, cette phrase, j'ai appris à mieux aimer les Français terribles. En fait, terribles parce qu'on n'apprend pas à aimer les Français. On les aime. Et quand on est président de la République, être obligé d'apprendre à aimer les Français, ça veut tout dire, en fait.
Éric Zemmour savoure lui d'avoir été implicitement critiqué par Emmanuel Macron pendant son intervention. Le polémiste en profite ainsi pour se poser en adversaire principal. J'ai regretté qu'Emmanuel Macron parle surtout de lui et assez peu de la France. Une espèce de numéro de narcissisme assez marqué, de nombrilisme même. Moi, je vous avoue que ça ne m'a pas beaucoup intéressé. Alors bon, j'ai bien compris que j'étais sa cible favorite.
Non, il y a eu Pécresse aussi.
quand il s'agit du destin de la France, c'est moi qui le cible. Et d'ailleurs, c'est tout à fait légitime. Je pense que nous avons deux visions absolument antagonistes. Au panel des ripostes médiatiques, une absente, Valérie Pécresse, la candidate des Républicains invitée du 20h de France de ce soir, devrait à son tour apporter sa critique à l'exercice très personnel d'Emmanuel Macron.
Et cette question de Jean-Michel dans le Var, le sujet de l'écologie qui préoccupe beaucoup les Français n'a bizarrement pas été abordé. Pourquoi ? On ne lui a pas posé la question ? Il aurait pu en parler ? Il aurait dû ? Alors, comme il était dans la période du bilan, il aurait pu, effectivement, parce qu'il y a eu des choses de fait sur l'écologie. Mais ce n'était quand même pas une interview programmatique. Donc, il y a plein de choses dont il n'a pas parlé. Il n'a pas parlé de culture non plus. Il n'a pas parlé de logement. Il n'a pas parlé de déserts médicaux.
Déserts médicaux, c'est, à mon avis, un sujet qui va monter de façon très, très forte dans cette campagne parce que c'est vraiment une préoccupation très, très importante. Il n'en a pas parlé. Je pense que ce n'était pas le but. Je pense néanmoins que c'est une erreur.
Oui, surtout dans une émission qui est baptisée Où va la France ? Et dans les Où va la France, aujourd'hui, il y a au minimum la question du climat puisque c'est quand même une des préoccupations. Alors, certes, ce n'est pas celle qui est en tête des préoccupations des Français, encore que par catégorie d'âge, elle l'est pour les plus jeunes. Donc, oui, oui, c'est assez étonnant qu'Emmanuel Macron n'en ait pas parlé. Ça correspond aussi peut-être, alors même si lui défend un bilan solide sur l'écologie, c'est un bilan qui reste quand même discuté et qui était très ambitieux.
Alors, on a démarré très, très haut avec Nicolas Hulot et puis ensuite, les ministres qui ont suivi, ça a été plus compliqué. Et puis, on reste sur cette convention écologique qui n'a pas été suivie totalement sur les propositions qui en étaient ressorties.
On entendait Roland Kérol et Éric Zemmour dans ce reportage dire en gros qu'il est assez satisfait de voir qu'il a été ciblé par le président de la République. Il en a fait son principal opposant.
Je crois qu'on ne peut pas vraiment dire ça. On peut dire qu'il a ciblé dans la sphère gouvernementale, il a ciblé Pécresse, clairement, et dans la sphère extrême, on est quand même dans un pays qui en ce moment donne plus de 30% aux deux candidats extrêmes, il a ciblé d'une certaine façon indifférencié le Rassemblement national et Zemmour. Mais Zemmour ne se reconnaît plus volontiers parce qu'il a employé des mots qui sont ses mots fétiches, notamment en disant qu'il n'y avait pas de grand remplacement. Alors là, évidemment, il est très content comme il est quasi le co-auteur de la formule. Zemmour, le fait que Macron le cite, ça prouve que c'est lui l'adversaire principal.
Cela dit, il y a quelque chose de vrai là-dedans. C'est que Zemmour, il a fait son chemin dans l'opinion avec l'idée que lui, il parlait de la France et en vérité, il parle du déclin inexorable de la France parce qu'il y a trop de musulmans. Et il est évident que dès l'instant qu'on a quelqu'un qui n'a pas cette vision de l'avenir de la France, on a le sentiment que c'est là qu'est le match. Je comprends que Zemmour ait ce sentiment. Ce n'est pas là qu'aura lieu le match pourtant.
Est-ce qu'on a saisi, est-ce que vous avez saisi quelques éléments de sa future stratégie de candidat dans cette intervention ?
Non, non, non. Ce qu'on a senti, c'était probablement l'état d'esprit d'un candidat.
D'accord. Lequel ?
Il allait nous dire qu'en effet, il pourrait réintituler son livre-programme de la prochaine fois « Révolution ». C'est-à-dire qu'il est contraint. Vous savez qu'à part le général de Gaulle, aucun président sortant n'a été réélu sauf s'il était en cohabitation parce que ça permettait chaque fois au président sortant qu'il y avait un premier ministre qui avait gouverné de dire « Le sortant, c'est lui, le changement, c'est moi ». Et c'est comme ça qu'ils ont été... Et ça a marché. Ça a marché deux fois. Ça a marché deux fois. Là, il est le premier depuis le général à devoir affronter et essayer de gagner tout seul. Il n'y a pas de cohabitation. Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même.
Donc, il lui faut à la fois montrer qu'il veut un pays apaisé, essayer de ne pas tomber dans ce bruit et affureur que les extrêmes ont fait régner dans toute cette partie de l'après-campagne, de montrer que la France n'est pas là, que vous n'avez qu'à sortir en France et vous verrez que ce n'est pas ça la France. Donc, on peut faire une France unie comme disait Mitterrand en 88. Il peut lui reprendre exactement le mot d'ordre, une France unie, mais en même temps, il va vouloir montrer qu'il est lui...
Qu'il est toujours celui de 2017.
Il veut transformer, changer, introduire de l'émancipation, de la justice. On va retrouver des thèmes de 2017, mais comme il faut qu'il montre qu'il est le nouveau Macron, il va falloir qu'il l'applique à des éléments programmatiques nouveaux sur lesquels, à mon avis, ils ne sont pas encore fixés. Il le dit d'ailleurs, il dit qu'on ne transforme pas un pays en 5 ans.
Donc, il va falloir à la fois continuer et en même temps, son entourage dit qu'il faudra qu'on trouve 4-5 objets un peu, encore une fois, disruptif, révolutionnaire tout en restant dans la même ligne de 2017 sur le travail, sans doute sur la santé parce que les déserts médicaux, il a bien senti que c'est un sujet énorme sur l'éducation qui sera sans doute une question au cœur de la campagne. Et puis, il le sait quand même aussi sur l'immigration et la sécurité, il ne va pas pouvoir ne rien dire.
Espère-t-il faire ce début de campagne sur l'Europe ? Avec la présidence française de l'UE ?
Ça fera partie. C'est-à-dire que ça en fera partie pour plusieurs raisons. Un, d'abord, parce que c'est son ADN politique. Il a gagné en 2017 en faisant en partie campagne sur l'Europe, ce qui ne s'était quasiment jamais fait depuis les débuts de la 5e. Donc, là, il va présider au nom de la France l'Union européenne. Donc, il va sans doute s'en servir. Mais moins qu'on ne le dit parce que, de toute façon, l'Europe, ça ne fait pas gagner de points et ça lui prendra plutôt de l'énergie et on verra si vraiment c'est si positif que ça. mais évidemment qu'il ne va pas mettre sa carte européenne dans sa poche.
Il va même sans doute s'en servir pour essayer d'appuyer des propositions du candidat Macron. On imagine sur les questions migratoires, questions sociales. Enfin, ce qu'il a exposé la semaine dernière dans une conférence de presse qui était un peu technique comme toujours sur les questions européennes. Mais ça fait partie de l'identité politique d'Emmanuel Macron et ça fait aussi sa différence avec Éric Zemmour, Marine Le Pen, avec Valérie Pécresse. On verra comment ça s'articule. Ce sera sans doute assez intéressant parce qu'elle aussi est plutôt européenne. Mais bon, il y aura sans doute...
Moi, je trouve, simplement pour revenir sur ce que disaient Isabelle et Roland, que la difficulté pour Macron, c'est de donner... Il va poursuivre ce qu'il a entamé et donc cette révolution annoncée en 2017 qu'on ne voit pas vraiment inachevée comme l'a écrit un confrère du Figaro, Guillaume Tabard. Moi, je trouve que Macron se retrouve un peu dans la situation de Valérie Giscard d'Estaing. Au fond, il va essayer de vendre le changement dans la continuité. C'était le slogan de Giscard en 81. Ça ne lui a pas tellement réussi. C'est pour ça que c'est difficile parce que vous pouvez avoir...
Vous dire, j'ai un bilan pas trop moche sur le plan économique, sur la santé, je ne m'en suis pas trop mal débrouillé, en tous les cas sur la deuxième partie. Ce n'est pas suffisant parce que les Français, ils vont regarder plutôt ce qu'ils proposent que ce qu'ils...
Est-ce qu'ils vont regarder son entourage ? Pourquoi je vous pose la question ? On a vu certains ministres aller sur les plateaux de télé ce matin pour dire à quel point ils allaient trouver le président brillant. Mais est-ce que le fait qu'il n'ait pas... Tout à l'heure, Nathalie Morin disait qu'il n'a pas cité le Premier ministre, il n'a pas cité aucun de ses ministres. Est-ce que ça veut dire qu'il a déjà tourné la page et qu'il veut s'entourer de gens nouveaux ?
Ça veut dire deux choses. Un, ça conforte l'idée et l'impression qu'il laisse d'un président qui est seul. Enfin, je veux dire, lui, il cultive sa solitude. Beaucoup disent qu'il est seul. Non, lui, là, il cultive beaucoup cette solitude. Ce n'est pas un président qui a une bande. Ce n'est pas un président qui a des vieux amis autour de lui, des vieux compagnons comme pouvait l'avoir Chirac ou Hollande. Non, c'est... C'est pas le même âge non plus. C'est pas le même âge. Il revendique ce style. Et puis, oui, la deuxième chose, c'est qu'effectivement, il y a eu l'équipe du premier mandat.
Il y aura une équipe pour le deuxième mandat et il y aura très peu des têtes qu'on voit actuellement qui seront là.
Ils le savent déjà, les ministres ?
Il suffit de regarder. Ils en ont suffisamment peur pour aller faire la lèche. Mais vous avez dû remarquer, enfin, peut-être que nos téléspectateurs l'ont remarqué, c'est un président qui, depuis la rentrée, quasiment maintenant, est seul dans ses déplacements.
Il n'a plus de ministre autour de lui ?
Pratiquement plus de ministre autour de lui.
Il y en a des nouvelles du premier ministre. Il n'a plus de ministre
sur la photo. Le premier ministre fait tourner la boutique. Les premiers ministres en fin de mandat, c'est assez austère parce que vous faites tourner la machine et vous n'êtes plus sur la photo. Mais ça, j'allais dire, ils le savent dès le départ. Hier soir, quand même, pour parler de leur Philippe, il a parlé du premier ministre de l'époque. Il n'a pas cité. Même pas son nom.
Il a assumé, une dernière question très vite avant d'aller au troisième reportage. Il a assumé une gouvernance, parce qu'il y a des choses qu'il a regrettées et puis il y a des choses qu'il a assumées. Le fait de dire, oui, c'est moi qui rendais compte, oui, j'ai une gouvernance verticale. Il a été interrogé là-dessus à un moment donné sur le fait qu'il gouverne seul, qu'il gère seul. Il a assumé le fait d'être le patron. Il y a un chef, c'est pour cheffer, etc. Et il a aussi, n'oublions pas quand même la petite phrase qu'il a eue, moi qui m'a fait sourire en me disant vraiment c'est un exercice de communication tellement préparé.
Quand il a été interrogé sur l'affaire Benalla qui était vraiment quelque chose, un grand marqueur de l'été 2018 et qui a été un peu pour lui le début de la dégringolade, il a dit l'affaire Benalla une affaire d'État, non, une affaire d'été. C'est une façon de dire non, c'est pas moi. Le problème, c'est lui. Et il a assumé aussi l'affaire Hulot, la nomination de Nicolas Hulot. Il a assumé, vous l'avez dit tout à l'heure, certaines réformes aussi, notamment sur la question de l'ISF où il avait été beaucoup attaqué et compris par l'opposition.
C'est la raison parce que là-dessus, l'opinion n'est pas critique. Sur l'ISF ? Non, sur l'ensemble du jupitérisme. La Ve République, c'est le président de la République. Les gens, ils se sont habitués à ça. C'est une des raisons pour lesquelles ils aiment la Ve République. Alors, là, les critiques de l'opposition, la VIème République, tout ça, ça ne marche pas du tout.
En tout cas, Emmanuel Macron, on l'a bien compris, il n'a pas levé le voile sur ses intentions et c'est entre deux, cette situation un peu ambiguë risque de dureux. Ce statut de président candidat est un classique de la Ve République. Mais cela oblige les États-majors à une comptabilité stricte, un casse-tête pour savoir ce qui relève de la campagne et de l'exercice du pouvoir, des responsabilités, un arbitrage qui concerne aussi les ministres. Vous allez le voir, Paul-Rémi Barjavel et Stéphane Lopez.
Ambiguïté. S'agit-il de ministres ou de simples militants ce jour-là sur le marché parisien ? Qui se présentent devant les électeurs quand il faut défendre le bilan du président de la République ? Question cruciale car s'il y a des frais lors de ses déplacements, il s'intègre au compte de campagne du président candidat non déclaré. Le compte de campagne ne concerne pas uniquement le président de la République s'il venait à être candidat. Depuis le 1er juillet, toute dépense à caractère manifestement électorale s'il y avait un candidat de nouveau à l'élection présidentielle devrait être réintégrée.
Mais le président de la République quand il se déplace auprès des Français, quand il évoque le bilan du gouvernement, quand il évoque une politique publique précise de l'État qui est menée au service d'un territoire, il est président de la République. Et donc c'est ça qui est important aussi à bien savoir observer, à bien savoir repérer, c'est quand est-ce que le président est président et jusqu'à maintenant le président n'est que président. Ambiguïté encore quand c'est le patron lui-même qui sort de l'Élysée. Selon la commission des comptes de campagne, les dépenses qui sont à caractère manifestement électoral doivent être comptabilisées dans les frais du candidat.
Et l'appréciation est parfois délicate entre ce qui relève du rôle de président de la République et celui de candidat. Ambiguïté ancienne avec Nicolas Sarkozy quand il tenait ce grand meeting à Toulon, lui qui n'était pas encore candidat. C'était à la fois un meeting de bilan, donc un peu bien sûr du candidat président, et puis aussi un meeting de président parce qu'il s'expliquait sur la situation de la crise. Donc c'est vrai qu'il y avait une forme d'ambiguïté et à ce moment-là les juges le tranchent. A l'époque, les socialistes avaient saisi la commission des comptes de campagne dénonçant l'utilisation d'argent public par Nicolas Sarkozy et ses équipes.
On a vu un président en campagne, on n'a pas vu un président de la République qui défend les intérêts de la France. Pas d'ambiguïté ici, c'est ce que dit la commission qui a rejeté les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Ce meeting était un rendez-vous électoral, affirme-t-elle. Une décision confirmée ensuite par le Conseil constitutionnel. Compte tenu de l'ampleur du public convié, des modalités d'aménagement des locaux et des moyens de communication déployés, il y a lieu de réintégrer aux comptes de campagne les dépenses afférentes à cette réunion. Certains déplacements du président de la République posent aujourd'hui questions et agacent dans l'opposition.
Lorsqu'Emmanuel Macron va à la rencontre des Français à quatre mois de l'élection, le fait-il en candidat, en président ou les deux ? Comme lorsqu'il prend récemment ce bain de foule à Vichy. Chez les Républicains, on demande une clarification, il y aurait toujours
trop d'ambiguïté. Comme par hasard, la présidente de la République n'a pas mis les pieds à Vichy pendant tout son mandat. Éric Zemmour part de Pétain, de Vichy, etc. Le président de la République tout à coup décide d'aller à Vichy avec une prise de parole pour contrer Éric Zemmour ou le faire monter, peut-être, je ne sais pas, en fonction de ce qu'il a en tête. C'est quand même avec les moyens de l'État qu'il a organisé ce déplacement. Il n'y a pas de raison comme ça qu'il continue de confondre les deux rôles et donc finalement d'utiliser les moyens de l'État, l'argent des Français pour faire campagne alors que d'autres n'ont pas évidemment accès aux mêmes moyens.
Hier soir, le président de la République n'a rien officialisé sur une éventuelle candidature. En coulisses, pourtant, les choses s'accélèrent nettement. Chaque événement est une occasion pour recueillir des dons à l'ordre de l'association de financement de la campagne d'Emmanuel Macron pour que le moment venu, le président laisse la place au candidat sans ambiguïté.
C'est ça qui est compliqué, Bruno, je dis, c'est de jouer sur cette ambiguïté sans faire des sorties de route parce que ça peut se terminer chez les juges.
Absolument, ça peut se terminer chez les juges et d'abord, il y a le CSA qui peut aussi réattribuer une partie du temps de parole du président selon les périodes au parti puisque jusqu'au 31 décembre de cette année, on n'est pas encore dans la période d'équité qui prévaut dans les périodes de campagne présidentielle. C'est la campagne présidentielle à partir du 1er janvier, il y aura l'équité entre les candidats jusqu'à peu près, je crois de mémoire, trois semaines avant le premier tour où là, on rentre dans la période d'égalité. Avant, c'est-à-dire aujourd'hui jusqu'au 31 décembre, c'est un peu à l'appréciation du CSA qui est saisi par les oppositions.
Ça veut dire par exemple que lorsque le président a parlé le 12 novembre de la Covid dans son allocution, 8 minutes de ce jour-là a été attribuée au temps de parole du président de la République, l'institution président de la République et les 20 minutes suivantes ont été attribuées au temps de parole de la majorité et la République en marche.
Il n'est pas défalqué sur son futur temps de parole de candidat à la présidentielle.
Ce sera sans doute pareil, on verra ce que ça décidera puisqu'il a été saisi par Valérie Pécresse et par Yannick Jadot. On verra ce qu'il décidera par rapport à l'émission d'hier soir où clairement, il y avait des moments de l'émission où là, c'était le quasi-candidat qui s'exprimait et beaucoup moins le président de la République. Là, pour le coup, c'est deux heures, c'est un petit peu plus long que les 28 minutes de la fois précédente.
On voit bien que la nature même des déplacements du président de la République ont changé. La semaine dernière, c'était la semaine dernière, je crois, à Vierzon et Vichy, il y a eu des tas de moments dans l'emploi du temps du président de la République qui étaient laissés libres pour que justement, il aille au contact des gens qui fassent des bains de foule ou qui rentrent dans un café ou dans un commerce, etc. Ça faisait quand même très longtemps qu'il ne l'avait pas fait. Et à Vichy, il y a un truc qui est quand même très net, c'est qu'il y est allé parce qu'il était président de la République, parce que la ville est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Mais comme l'a très bien dit Fasquel dans votre reportage, c'était aussi une façon d'être en campagne et d'aller s'incliner devant la stèle des déportés juifs et de faire une réponse à Éric Zemmour. Je rappelle juste que la stèle des déportés juifs à Vichy est exactement sous les fenêtres des bureaux du maréchal Pétain. Donc, ce n'était pas un déplacement totalement neutre. Ce n'était pas du tout un déplacement de président de la République mais dans lequel clairement il a fait campagne. Politique dans une campagne, Roland Carole, sur cette ambiguïté.
Je ne vois pas déjà né un conseil constitutionnel ou une commission de contrôle de la campagne qui viendrait dire à un président de la République, supposé réélu, les conditions de votre élection ne sont pas remplies parce que vous êtes allé à Vichy. Non, ça c'est sûr. Et que vous avez serré des mains dans un café. Ou que vous êtes allé à Marseille parce que vous aviez débloqué de l'argent. Voilà, ça permet d'alimenter le café du commerce de la campagne électorale.
Mais c'est surveillé notamment sur les comptes de campagne quand même.
Mais ça ne coûte rien ça.
Oui, mais je veux dire c'est surveillé.
C'est comme une émission de télé. L'avantage c'est que c'est gratuit.
Alors je pose ma question autrement. Est-ce qu'il faut malgré tout quand on est dans l'état-major d'un président candidat veiller à ne pas faire de fautes pour que justement ça ne puisse pas être reproché aux futurs candidats dans les comptes de campagne ?
Il faut y faire très attention puisque depuis les affaires Sarkozy on a vu qu'on faisait recracher aux bassinets ceux qui s'étaient servis indûment de l'argent. Donc là oui je pense que l'une des choses principales que font les trésoriers de campagne ou les mandataires auprès de la commission de contrôle des comptes de campagne c'est en effet de regarder les dépenses en détail.
C'est ça c'est très détaillé.
Là tu vas de là à là tu vas comment en voiture qui paye la location voilà On peut raconter Isabelle Fissec
sur certains déplacements certains candidats à la présidentielle posent leur voiture avec les pimpons et le staff qui accompagne ou un ministre ou un président candidat pour être ensuite conduit par des militants.
Oui tout à fait alors ça c'est quand le président sortant est candidat officiellement mais je rappelle quand même que depuis le 1er juillet 2021 les comptes de campagne pour la présidentielle sont ouverts donc il est possible de faire des dons pour la campagne de récolter de l'argent mais il est possible d'avoir des salariés pour une campagne je pense au siège de la République En Marche il y a une partie du bâtiment qui sera le futur QG et il y a déjà des salariés campagne présidentielle donc ça effectivement il faut faire extrêmement attention effectivement sur les déplacements d'un président sortant on imagine mal le Conseil constitutionnel revenir là-dessus en revanche sur les réunions publiques on l'avait vu avec Nicolas Sarkozy à Toulon ça peut être classé ensuite dans les comptes de campagne là pour la campagne d'Emmanuel Macron il y a quelque chose qui est assez intéressant en 2017 il y avait eu beaucoup de levées de fonds et il avait été j'allais dire l'acteur principal vedette entre guillemets de dîner de grands donateurs que ce soit en France ou aussi dans les grandes capitales européennes ou aux Etats-Unis là pour la campagne il ne consacrera pas une minute au levée de fonds pour un président sortant c'est compliqué et pour un président qui veut se départir d'image de président des riches c'est impossible et nous revenons maintenant à vos questions
un mea culpa à 4 mois de l'élection n'est-il pas trop tard monsieur le président ?
trop tard sans doute pour ceux qui ne sont pas convaincus par l'action d'Emmanuel Macron c'est pas inutile pour un président de la République d'ôter en quelque sorte des arguments à ses adversaires ce que disait Roland tout à l'heure l'aveu, l'aveu après on lui parlera moins peut-être de ses petites phrases pendant la campagne encore que ses adversaires l'utiliseront c'est toujours ils passent tous plus ou moins par cette case-là alors à des degrés très difficiles le mea culpa Nicolas Sarkozy s'y était à donner aussi Emmanuel Macron a du mal également mais je pense que c'est un passage obligé est-ce que ça sert en tous les cas le fait d'anticiper les attaques des adversaires ça permet déjà de faire baisser un peu faire baisser la pression de toute façon il y aura droit pendant la campagne et pendant les débats
il y a eu un sondage qui a été publié cet après-midi par Odoxa Le Figaro qui explique que 37% des personnes qui ont regardé cette émission ont été convaincues par l'exercice je ne sais pas si c'est beaucoup ou pas beaucoup 37% moi Roland Quairol
non c'est-à-dire que lui-même le président de la République et les présidents de la République sont en général un score meilleur ça veut dire qu'on commence à le regarder avec des yeux d'électeurs
alors finalement je me suis bien ennuyée lors de cette interview sauf lorsque le président a reconnu des maladresses dans ses propos Jean-Pierre dans le Marin voilà CQFD je pense que si les gens ont regardé cette émission dont tout le monde savait qu'elle était enregistrée c'était pas pour avoir des nouvelles ni du Covid ni avoir son annonce de candidature en direct c'était pour le voir fendre l'armure s'excuser on savait qu'il allait revenir sur les moments délicats de sa campagne c'est pour ça que les gens sont venus le regarder quitte à s'ennuyer sur une partie de l'émission et c'est pour ça qu'il l'a fait et en cela ça peut être pour lui une prestation réussie Une audience si faible marque-t-elle un désintérêt de la politique ou un rejet d'Emmanuel Macron ?
Roland Quairol c'est important ce chiffre de 3,8 millions de téléspectateurs parce que pour TF1 en prime time c'est pas énorme
Non non c'est pas formidable mais encore une fois je crois que c'est parce que c'est un entre-deux c'est pas une vraie émission sur Macron une vraie émission en direct où il viendrait affronter des gens etc. c'est une émission qui ressemble à une émission filmée soit disant dans les conditions du direct mais on voit que c'est coupé voilà il n'y a pas de raison qu'on marche complètement à ça je pense que la campagne électorale le moment où les uns et les autres seront tous candidats où vos chaînes feront des débats entre eux etc. alors là il y aura je pense du monde parce qu'il y a toujours ce rejet de la politique chez les français le fait que ces hommes politiques tous les mêmes etc.
mais il y a en même temps un goût pour l'élection présidentielle qu'on voit remonter très fortement depuis déjà quelques semaines il y a l'envie d'entrer vraiment dans la baston électorale la baston comme vous dit c'est quoi ces histoires on le connaît Emmanuel Macron enfin les français le connaissent donc c'est une émission pour parler de qui parle de lui je comprends les communicants disent il faut qu'il monte son empathie il faut qu'il monte qu'il est proche des français oui mais les français le connaissent ils ont compris alors il y a ceux qui de toute façon trouvent qu'il n'est pas proche et puis il y a ceux qui le trouvent donc je ne suis pas sûr qu'à l'arrivée ce type d'émission fonctionne encore à part effectivement consolider remobiliser remobiliser ces troupes oui de ce point de vue là c'est un intérêt au delà de ça le numéro d'auto-satisfaction bon de toute façon ceux qui ne sont pas convaincus le sont encore plus aujourd'hui puis ceux qui le sont le sont encore plus aujourd'hui
hier soir Emmanuel Macron a-t-il séduit des électeurs de gauche ? alors séduit
des électeurs de gauche on le verra après c'est vrai que sur l'épisode de Joséphine Baker sur les fonctionnaires y compris sur l'immigration quand il dit le grand remplacement il n'existe pas mais il dit aussi on a échoué sur l'intégration pendant le quinquennat il a eu des mots beaucoup plus durs sur l'immigration là il dit certes il faut une immigration maîtrisée mais on en a besoin donc là il y a des petits signaux parce qu'il veut effectivement arrimer cet électorat après je ne crois pas qu'il y aura
non plus de grands virages est-ce qu'il y aura un effet dans l'opinion c'est ça d'une émission comme celle-ci
des petits signaux ça ne veut pas dire forcément pour séduire notre téléspectateur de nouveaux électeurs de gauche c'est au moins pour conforter ceux des électeurs de gauche je rappelle 12% des français l'autre fois qui ont déjà voté pour lui au premier tour il faut les garder
ceux-là qui parlaient
eux ou leurs petits frères et petites sœurs qui ne votaient pas il y a 5 ans mais voilà c'est quand même plutôt à cet électorat cet électorat-là qu'il s'agit de conforter
son j'ai appris ne risque-t-il pas de faire malencontreusement écho au j'ai changé de Nicolas Sarkozy
et au j'ai compris de Jacques Chirac
et au j'ai compris et je vous ai compris si mais je suis un peu comme Bruno finalement c'était un exercice obligé on l'a compris c'était un exercice de communication est-ce que c'est à cause de cette émission que les lignes vont changer et qu'il y a des gens qui vont dire non je n'en crois pas là en plus je pense très sincèrement qu'il y a aussi un problème de date au 15 décembre il n'y a plus de temps de cerveau disponible pour la politique on est tous quand même sur les fêtes et dans le Covid mais pourtant il paraît que c'est une stratégie du camp Macron d'être là très très présent justement dans ce petit temps de cerveau disponible avant la bûche de Noël
c'est à dire qu'après la séquence la grande séquence politique Eric Zemmour Marine Le Pen qui se stabilise Valérie Pécresse qui surgit Emmanuel Macron a voulu prendre aussi son ticket avant Noël pourquoi ? il y a une théorie elle a été théorisée détaillée par Richard Ferrand François Bayrou autour d'Emmanuel Macron il faut s'inviter dans les réveillons des français il faut qu'on parle de Macron de la dinde de Noël en gros autour de la dinde de Noël on doit parler de politique et donc on doit parler d'Emmanuel Macron cette émission sert à ça selon eux
la théorie de la dinde de Noël très bien allez Macron a encore oublié les retraités mais les retraités auront de la mémoire en avril 2022 à bon entendeur il les a oubliés sur le pouvoir d'achat des retraités
80% des retraités vont quand même recevoir le chèque de 100 euros inflation et puis ils vont le recevoir eux en février
pas si loin de l'élection voilà pas si loin de l'élection Emmanuel Macron a-t-il évoqué la possibilité d'une vaccination obligatoire
alors il a dit nous sommes quasiment dans la vaccination obligatoire mais il ne veut pas la rendre obligatoire de la même manière qu'il a dit que pour les enfants de 5 à 11 ans elle est souhaitable mais qu'elle ne serait pas obligatoire il reste sur la ligne qu'il a fixée le 12 juillet et de ce point de vue là moi je continue à penser que son discours du 12 juillet a été pour lui vraiment une remise en selle parce que sur la crise sanitaire ce jour là il reprend bien la main et depuis il ne change pas de ligne et ça lui est plutôt bien perçu dans l'opinion c'est pour ça qu'il est assez haut d'ailleurs dans les tableaux de bord 49% dans l'IFOP
allez encore une question en même temps candidat en même temps en même temps pas pourquoi Emmanuel Macron joue-t-il ainsi avec la patience des français il y a pas de suspens s'il est candidat je veux dire vous arrêtez de dire qu'il n'est pas il est candidat c'est l'idée de rendre
la candidature naturelle aussi
une dernière question très vite Emmanuel Macron n'a-t-il pas le sentiment que le vent pourrait tourner ?
il y a un peu d'inquiétude quand même parce que pour la première fois il a été donné perdant face à Valérie Pécresse et la candidature enfin l'élection surprise de Valérie Pécresse change la donne quand même de cette présidentielle
merci à vous tous c'est l'heure de trouver Anne-Elisabeth Lemoyne au menu ce soir de C'est à vous Anne-Elisabeth la cinquième vague la plus forte probablement depuis le début de l'épidémie constat du ministre de la Santé Olivier Véran qui est ce soir notre invité à la veille d'un nouveau conseil sanitaire et demain vous retrouvez Axel Detarlet pour un nouveau C'est dans l'air belle soirée sur France 5 Sous-titrage Société Radio-Canada