IA : la confrontation Etats-Unis / Chine
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 27 %Attaque 35 %Défensif 38 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:05OuverteRéponse directe
Pourquoi cette intensité soudaine autour de l'IA ?
- 9:26RelanceÉludée
Donald Trump dit-il vrai en affirmant que son QI suffirait à réguler l'IA ?
- 13:03OuverteRéponse directe
Mathieu Duchatel, quelle perception des risques en Chine ?
- 18:23ComplaisanteRéponse directe
Qu'est-ce qu'un modèle à poids ouvert ?
- 20:51OuverteRéponse directe
La régulation de l'IA est-elle une obsession trumpienne ?
- 27:07RelanceRéponse directe
Julien Nocetti, un accord USA-Chine sur l'IA est-il possible ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 34:13InvitéFait
« C'est une proposition américaine, c'est vraiment une initiative américaine de vouloir en parler aux Chinois. »
- 34:23InvitéFait
« Nous ce dont on veut parler c'est du contrôle export, des restrictions à l'accès chinois aux technologies de semi-conducteurs. »
- 35:42InvitéFait
« La Chine a réussi à mettre fin à une trajectoire qui durait depuis 2019-2020 et qui a débuté par les restrictions visant Huawei. »
- 36:08InvitéFait
« Il y a beaucoup de trous dans la raquette, il faut les combler. »
Temps de parole
- Présentateur26 %
- Invité21 %
- Invité 218 %
- Invité 317 %
- Invité 413 %
- ?4 %
≈ 19 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France
Culture,
Affaires
étrangères, Christine Ockrent.
Bonjour
à tous. L'intelligence artificielle devient anthropophage. Elle va asphyxier notre civilisation. Tout ira très vite. Depuis quelques jours, à coups de prophéties, d'émissions fracassantes, d'incidents en répétition et d'appels urgents à la régulation, le récit d'une apocalypse provoquée par l'IA s'accélère au rythme de ses progrès stupéfiants. Les trois mastodontes du secteur, Dario Amodei,
d
'Anthropic, Sam Altman, d'OpenAI et Elon Musk, pour une fois d'accord alors qu'ils sont concurrents et parfois se détestent, viennent à l'unisson d'en appeler au contrôle, sinon au ralentissement, d'une technologie érigée en mutation systémique. Conspiration malsaine, vocifère aussitôt Donald Trump. Pas besoin de régulation, il suffit d'un président fort aux cautions intellectuelles élevées, lui, bien sûr, et il faut gagner contre la Chine.
Quel que soit l'intérêt philosophique du débat, la validité des arguments des dirigeants en question, mêlés de sincérité, mais aussi de cynisme mercantile en plein emballement des marchés financiers, la problématique s'inscrit dans la compétition frontale entre les Etats-Unis et la Chine. Les premiers entendent maintenir leur supériorité en fermant l'accès au système de cotage et en restreignant l'exportation des semi-conducteurs de pointe. La seconde propose des modèles dits à poids ouvert, moins chers, pratiquant volontiers la distillation, c'est-à-dire l'exploitation illicite des systèmes américains.
Le président chinois doit se rendre à Washington jeudi prochain, une visite d'Etat à laquelle Donald Trump entend donner la munificence digne de la grande amitié qui, selon lui, les unit. Jusqu'où les enjeux liés à l'IA vont-ils occuper leurs échanges ? Le Chinois présente volontiers son modèle comme un bien public mondial, offert à ses partenaires à condition, bien sûr, de respecter les valeurs et les interdits du Parti communiste. Les deux chefs d'Etat pourraient-ils s'accorder sur des garde-fous, sinon un système commun de régulation ?
Au cœur des discussions, la préservation est sans doute la prolongation de la trêve commerciale négociée en octobre dernier, quand Xi Jinping, la main sur les terres rares et autres métaux critiques essentiels pour l'IA, avait gagné le bras de fer des droits de douane imprudemment engagés par le président américain. La rencontre intervient à six semaines des élections de mi-mandat, au moment où l'opinion publique américaine, et notamment les jeunes, semblent se rebiffer contre l'IA, les menaces sur l'emploi, la prolifération des data centers, sans oublier l'inflation et les prix des carburants à la pompe. Dans un quel climat ? Quel impact sur la campagne électorale ?
Au-delà du faste doré de la Maison-Blanche, Donald Trump a-t-il la moindre marge de manœuvre face à Xi Jinping ? Eh bien, c'est ce qu'on va comprendre ce matin grâce à vous, Mathilde Vellier. Vous êtes chercheuse au Centre Géopolitique des Technologies à l'Institut français des Relations internationales. Julien Nocetti, chercheur associé à l'IFRI, ainsi qu'au Centre Géode, Géopolitique de la Datasphère à l'Université Paris VIII. Corentin Selin, professeur agrégé d'histoire en classe préparatoire au lycée Carnot de Dijon et chroniqueur pour le site Les Jours. Et depuis Taipei à Taïwan, Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales à l'Institut Montaigne,
expert
résident pour l'Asie.
L
'irruption du débat sur la sécurité, sur les dangers de l'IA, Julien Nocetti, pourquoi maintenant et avec une telle intensité
?
Effectivement, c'est une question majeure et en fait qui revient à un terme assez régulier. Ce qui s'est passé durant l'été, c'est une accélération de la problématique et le fait que ces débats à coups de tribunes, d'articles, d'essais, parfois assez longs, je pense au patron d'Entropique, d'Ariane Vodéhi, aiment bien détailler sur plusieurs dizaines de pages à chaque fois ses propres évaluations et inquiétudes. Ce qui s'est passé, le point de départ cet été,
ça
a été durant des phases d'évaluation de cybersécurité, des modèles qui appartiennent à OpenAI, donc il
y a
Chagipiti et Anthropique qui entraîne Claude, des modèles qui ont trouvé des failles inconnues dans des environnements qui étaient censés pouvoir les isoler. Donc il y
a
eu cette idée que ces modèles se seraient échappés et auraient accru des failles de cybersécurité en particulier. Et ces failles en fait ont été médiatisées évidemment par des rapports de ces firmes, par les patrons qui, pour des raisons d
'ailleurs
assez cocasses, se sont plus ou moins alignés d'ailleurs, alors que d'ordinaire ils se tirent entre les pattes à coups de tweets, à coups de déclarations parfois assez vives et brutales. Et le moment est intéressant parce que, en particulier, sur le plan financier, OpenAI et Anthropique avaient préparé d'assez longue date leur entrée en bourse. Alors certes, OpenAI a annoncé avoir retardé son entrée à la bourse de New York pour l'année prochaine a priori, mais le contexte était d'abord celui quand même d'une montée en gamme et d'un appétit toujours plus démesuré en matière de capitalisation et d'IPO, d'entrée en bourse. Donc il y a
quand
même un contexte qui fait qu'on ne peut pas écarter d'un revers de main l'hypothèse aussi d'une surenchère qui verrait ces grands acteurs de l'IA américains faire précisément monter les enchères et essayer d'obtenir toujours davantage de capitaux parce qu'il y
a
un enjeu au départ d'être en mesure de financer l'IA, leurs infrastructures, leurs infrastructures qui aujourd'hui ne sont pas rentabilisées. Il manque aussi à un moment où il y a ce besoin toujours plus affirmé de bâtir des puissances de calcul.
Oui,
je voyais passer ce chiffre
qui
est absolument hallucinant. L'IA représente aujourd'hui un tiers, un tiers de tous les investissements industriels aux Etats-Unis. Mais Julien, il y a aussi une contre-offensive, notamment celle du tout-puissant, l'arbitre des élégances en fait, Jensen Huang, le patron d'Nvidia, aussi de Mark Zuckerberg. Huang, lui, dit « Manipulation, c'est un faux choix ». Quant à Yann Lequin, donc notre Français dans la bande, lui, il dit « C'est du bullshit, en bon français
».
Voilà. Alors, le cas de deux banques, de patron d'Nvidia, est toujours assez fascinant parce qu'Nvidia est devenue au fil des années et même des derniers mois une espèce de grand argentier de cette IA américaine. Il y
a
plusieurs métaphores qui ont fleuri ces dernières semaines sur le fait qu'Nvidia est vraiment la banque centrale de cette IA, avec des investissements, la plupart du temps, en circuit très fermé, donc avec aussi la question de ces... la désormais ancienne question avec Trump de cette collusion avec les décideurs publics américains. Mais le fait est qu'effectivement, Huang a pris quelques distances. Alors, à voir si elles vont tenir dans le temps, parce qu'il y a aussi des dépendances de capitaux et technologiques extrêmement puissantes entre tous ces acteurs, les uns finançant l'accès à des composants, les autres à des... Comment dirais-je ? À des centres de données, etc.
Donc, tout ça était éminemment relié. Et effectivement, les commentaires d'experts, comme Yann Lequin, sont toujours attendus, parce qu'effectivement, il
y a
une forme d'autorité de ces personnages qui fait qu'on ne
peut
pas non plus les occulter. Et Yann Lequin est toujours très, effectivement, très distancé, parfois caustique sur son évaluation des tribunes et des essais publiés par ses grands patrons.
Enfin, lui, il essaie
aussi de monter son propre business.
Son
propre business avec l'idée que l'open source, donc l'accès à des modèles plus ouverts et a priori plus transparents est plutôt l'avenir du secteur, davantage qu'effectivement des modèles fermés qui grossissent énormément d
'un
point de vue capitalistique et qui mettent l'accent sur cette notion de risque existentiel, sans référence aux tribunes d'Amodi en particulier. Mais effectivement, le risque à court et moyen terme, c'est qu'il y a une sorte de fossé qui ne soit pas seulement conceptuel, mais aussi industriel et financier sur le cours, sur l'avenir même de l'IA, à mon avis.
Mathilde Vellier, à cette effervescence, presque à cet affolement, on voit que le président des États-Unis, lui, à coup de communiqué sur son réseau social personnel, il dit non, il faut juste moi, quoi. En gros, moi, je suffis à servir de garde-fou parce que mon QI est exceptionnel. Mais il insiste sur cette obsession de la Chine de maintenir la supériorité vis-à-vis de la Chine en matière d'intelligence artificielle. Et là,
c
'est une continuité véritablement de la politique américaine depuis Barack
Obama. Oui, et je dirais même depuis avant puisque depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, très clairement, être les premiers technologiquement, c'est considéré comme une condition de la sécurité nationale américaine. Aujourd'hui, on parle plus de domination, American dominance, mais finalement, cet objectif de leadership, de primauté technologique, elle existe depuis très longtemps. C'est plutôt la manière de conserver cette suprématie qui a varié.
Après la guerre froide, les autorités américaines ont considéré que finalement, ça pouvait être intéressant, y compris pour la sécurité nationale, pas que du côté d'une certaine naïveté, d'exporter, par exemple, d'exporter des équipements télécom en Chine, comme ça, ce sera un peu plus facile à exporter que si la Chine s'approvisionne ailleurs,
mais
aussi d'exporter certains semi-conducteurs, par exemple, à destination des destinataires civils, bien sûr, pas militaires,
mais
comme ça, ça permettra aux entreprises américaines de générer des revenus qu'elles pourront réinvestir dans la R&D pour courir plus vite. Ce qui a été le cas, il y a eu d'énormes
investissements américains. Absolument,
absolument. Et ça, ça a vraiment été un narratif très très important jusqu'à l'arrivée de Trump 1 et surtout de Biden qui a changé de logique et qui a considéré que c'était bien de courir plus vite mais qu'il fallait aussi ralentir l'adversaire et donc imposer un certain nombre de restrictions pour empêcher l'exportation de semi-conducteurs avancés vers la Chine, etc. Et ce qui est vraiment intéressant, c'est que sous Trump 2,
il
y
a
un peu une forme d'ambiguïté sur ce point
puisqu
'à la fois, maintenir le leadership technologique reste très important et à la fois, on pouvait s'attendre à beaucoup de fermeté, beaucoup de restrictions avec une équipe qui est quand même composée de Marco Rubio, de certaines personnalités à la Maison Blanche favorables à une approche très très ferme sur la Chine et pourtant, il a autorisé l'exportation de certaines puces justement de Nvidia et la libéralisation de certaines restrictions et alors, c'est sans doute aussi grâce à l'influence de Jensen Huang mais toute cette industrie et une partie de la faction pro-business de la Maison Blanche relaient en fait cette idée que finalement, il faut peut-être mieux vendre certaines choses à la Chine pour pouvoir continuer à courir plus vite, rendre la Chine dépendante, etc.
Et plus largement, cet argument de on ne peut pas réguler l'IA parce que ça nous ralentirait vis-à-vis de la Chine, elle est exploitée par l'industrie depuis plus de 10 ans. Google et Meta expliquaient déjà à l'époque que si on régule les GAFAM, ça va, entre guillemets, laisser l'Internet aux Chinois et ça risquerait de se tirer une balle dans le pied. Donc, c'est pas tout à fait nouveau et en plus, c'est pas tout à fait vrai puisqu'on voit que la Chine, Mathieu Duchatel, on parlera peut-être bien mieux que moi, mais depuis 3-4 ans, régule déjà l'intelligence artificielle, la création de deepfakes, la création de faux contenus, etc. Donc,
c
'est un argument qui est manipulé en ce sens et qui, je pense, est intéressé de la part de ceux qui ont plutôt une volonté pro-business en ce sens-là.
Mathieu Duchatel, justement, vous êtes beaucoup plus près de la Chine que nous, vous êtes à Taipei. Est-ce qu'il y a, comment dire, une même perception des risques en Chine et est-ce qu'il y a des contacts officieux, en tout cas, entre Chinois et Américains précisément sur cette accélération incroyable de l'intelligence artificielle
? Alors,
oui, on a eu cette semaine de la part du ministre de la Sécurité d'État chinois,
Chen
Yixin, un article qui présente la vision gouvernementale de la République populaire sur les risques en matière de sécurité
posés
par l'intelligence artificielle qui sont un bon point de départ pour traiter du sujet. On a d'un côté une mise à jour finalement de quelque chose qui est très classique dans le logiciel de sécurité nationale de la Chine qui est que la question prioritaire c'est la sécurité politique, c'est le terme, la sécurité politique avant tout, la sécurité du régime, c'est-à-dire la stabilité du système politique
de
la République populaire de Chine. Et là, on a une mise à jour absolument fascinante de ce qu'on entendait beaucoup dans les années 2010 sur l'influence des organisations non-ouverture mentale, l'influence de l'ouverture de l'Internet sur les risques pour la sécurité politique de la Chine, mise à jour dans le monde de l'intelligence artificielle avec la peur qui est tout à fait parallèle à ce qu'on vit dans les démocraties de l'utilisation des faux, des images, textes générées par de l'intelligence artificielle pour produire des rumeurs, des faux contenus donc là,
on
a quelque chose qui est à la fois parallèle, mise à jour spécifique au contexte chinois et qui est la considération numéro un. Après, on a aussi dans le logiciel chinois des choses sous un angle risque sécuritaire qui sont tout à fait semblables à la discussion ailleurs et je pense en particulier l'approche sur l'équilibre de la puissance militaire et sa transformation par l'intégration de l'intelligence artificielle
dans
les opérations militaires notamment les opérations d'attaque et de défense cyber. Là, c'est un point qui est spécifiquement mentionné par le ministre. Comment se défendre contre des agents qui sont capables d'exploiter des failles de sécurité ? Là, la problématique est la même pour tout le monde
et
il en parle finalement de la même manière que les autres mais aussi les sujets mentionnés autour de l'équilibre des forces au-delà du pur cyber. Par exemple, l'utilisation des drones, l'utilisation de l'intelligence artificielle pour
l
'acquisition de cibles, les systèmes de commandement, de décision. Donc là, on a des discussions chinoises qui sont tout à fait parallèles aux discussions qu'on peut avoir en Occident et aux Etats-Unis.
Mathieu, le président Xi Jinping parle volontiers de l'IA chinoise comme un bien public mondial qu'il offre à ses partenaires. Il l'offre encore la semaine dernière à New Delhi à la réunion des BRICS et il a organisé une organisation mondiale de coopération sur l'IA qui est basée à Shanghai. Donc, en fait, c'est un outil de séduction pour le pouvoir chinois et notamment vis-à-vis des pays de ceux qu'on appelle un peu trop vite le sud global.
Oui,
alors, on peut voir ça sous l'angle de la compétition chino-américaine. Je pense que ce qui est intéressant de noter, c'est que les grands laboratoires américains abordent la compétition avec la Chine sous l'angle de la puissance de calcul, les modèles vraiment frontières et les Chinois abordent la compétition avec les États-Unis sous l'angle de la diffusion de leur modèle à l'international et justement avec un discours
qui
est très classique dans la politique étrangère chinoise qui vise
à
critiquer les États-Unis pour cette recherche de suprématie
mais
aussi cette approche la plus commerciale possible
du
développement de leur modèle. Donc on a effectivement une diplomatie chinoise de l'intelligence artificielle qui vise les pays du sud global entre guillemets et qui s'appuie sur l'offre chinoise de modèles d'appois ouverts qui peuvent être téléchargés par des acteurs privés comme des acteurs publics avec quand même une incertitude importante pour la suite c'est ce que sera
dans
les prochains mois dans les prochaines années
la
réponse américaine à cette proposition chinoise
de
l'open source ou du poids ouvert qui aujourd'hui fait l'objet
d
'une discussion stratégique aux États-Unis il n'y a pas encore aujourd'hui de réponse à cette offre chinoise
d
'adoption des modèles chinois par les pays tiers.
Précisément avant de voir avec Corentin Sélin la dimension vraiment de politique intérieure de la question de l'IA aux États-Unis Mathilde rapidement parce que le vocabulaire est quand même très troublant la technologie chinoise on parle de modèles à poids ouvert qu'est-ce que ça veut
dire
?
C'est-à-dire qu'il faut à mon avis concevoir l'ouverture sur un peu un spectre donc un modèle peut être plus ou moins ouvert si on parle des modèles fermés c'est comme les modèles par exemple Claude de Tchad-GPT
Donc les modèles
américains
Alors
oui les Américains font aussi des modèles ouverts mais par exemple en tout cas Claude et Tchad-GPT les
grands modèles américains qu'on
connaît les plus avancés sont fermés c'est-à-dire qu
'on
n'a pas accès au code à l'ensemble de données qui a pu les entraîner etc. Vous posez votre question ça mouline et ça vous donne la réponse alors que les modèles chinois on va dire qu'il y
a
une plus grande ouverture on peut un peu savoir quel est le code dans certains cas quelles ont été les données et on peut même télécharger finalement le modèle et le faire tourner sur sa propre machine Ils sont beaucoup moins chers et donc ils gagnent beaucoup
de parts de
marché Ils sont
aussi moins gourmands oui en puissance de calcul donc moins chers Mais
ils sont dépendants des semi-conducteurs les plus avancés qui sont ceux de Nvidia ou du Taïwanais TSMC Donc Oui
globalement Nvidia a vraiment un monopole sur ces modèles de puces là et c'est pour ça d'ailleurs que la Chine déploie aussi des modèles open source parce qu'un modèle open source ou open weight ensuite vous le téléchargez vous le faites tourner sur votre propre machine donc ça ne demande pas pour eux d'avoir une capacité de calcul permettant de faire tourner tous les modèles Alors qu'est-ce qu'on appelle distillation ?
Nous on fait penser plutôt à l'armagnac Oui mais finalement il y a des points communs là-dessus c'est-à-dire que l'idée c'est de récupérer certaines avancées qui ont été fournies par les modèles et de s'en servir pour développer soi-même un modèle on va dire si on est positif c'est construire à partir des avancées qui ont déjà été réalisées si on est un petit peu plus critique c'est comme de la copie une fois que le
travail est fait on la copie
et pour aller en
fait utiliser sinon piller Oui
alors c'est une pratique
la distillation qui a lieu dans l'industrie et d'ailleurs c'est ce que rappelle à chaque fois la Chine lorsque les Etats-Unis l'accusent de distillation hostile c'est une pratique qui a lieu dans l'industrie mais les Etats-Unis accusent la Chine de le faire à une échelle qui est véritablement hostile et de l'ordre du pillage de propriété intellectuelle
Corentin Corentin Célin vu de Washington vu du continent américain
l
'obsession reste quand même cette idée qu'il faut rester en tête
et
donc est-ce que
la
notion même de régulation
appartient
à la panoplie trumpienne
? Alors
justement c'est là que Donald Trump en ce moment s'oppose même à certains candidats républicains parce que en parallèle de cette irruption je reprends ce mot-là de la question de l'intelligence artificielle et des progrès de cette technologie de ces progrès qui peuvent être inquiétants
une
des grandes surprises déjà de la campagne donc des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre c'est que la question de l'intelligence artificielle dont personne honnêtement il y a un an pensait qu'elle serait sur le devant de la scène l'est aujourd'hui et pourquoi ? parce que il y
a
eu d'abord un questionnement qui s'est posé sur les data centers c'est
-à
-dire sur les centres de stockage physique des données numériques qui sont indispensables au développement d'intelligence artificielle et cette question des data centers
elle
s'est révélée extrêmement pertinente pour les campagnes des midterms parce que évidemment il y a l'enjeu national et on voit dans les sondages d'opinion publique ça c'est incontestable et c'est assez étonnant qu'il y a un rejet ou une crainte majoritaire aujourd'hui dans l'opinion publique américaine vis-à-vis de l'intelligence artificielle en général on peut prendre une enquête du Pew Research Center en juin 2026 qui montre que 52% des américains sont plus craintifs qu'excités envers cette technologie et que 71% et c'était un sondage qui a été fait dans plusieurs pays dans le monde dans 34 pays dans le monde les américains arrivaient troisième pour ceux les plus j'allais dire
derrière
qui
alors
sur la question sur les emplois c'était la Corée du Sud de manière assez étonnante et la Turquie si je me souviens bien et bien dans ces pays là on avait donc pour les Etats-Unis on a 71% de personnes qui répondaient qu'ils pensaient que l'intelligence artificielle allait détruire les emplois et non pas en créer donc on voit une inquiétude mais on pourrait se dire bon ça c'est des considérations des craintes nationales mais ce qui s'est passé avec les data centers c'est que le data center c'est local puisque c'est une construction qui se fait dans un
territoire
et ça se voit dans un territoire et c'est une question qui a été saisie précocement par la gauche américaine la gauche progressiste dès mars 2026 Bernie Sanders le leader historique de la gauche progressiste américaine et Alessandria Ocasio-Coltes ont déposé un projet de loi au congrès pour un moratoire sur la construction des data centers et surtout dans certaines courses sénatoriales en particulier comme la fameuse course du Michigan on en parle beaucoup à cause de la candidature démocrate de El Saïed El Saïed une des raisons de son succès une des grandes raisons et de sa victoire en primaire c'est qu'il a mis les data centers et freiné la construction de data centers au coeur de son programme pourquoi ?
parce
que c'est un enjeu de vie quotidienne ça rejoint son discours sur la vie quotidienne il dit si on construit des data centers ils risquent de faire monter le prix d'électricité parce qu
'ils
sont gourmands en électricité ils risquent de faire monter le prix de l'eau donc on voit que c'est un enjeu de vie quotidienne
il
pose la question de l'avenir des emplois il dit que deviendront les emplois locaux si on développe de l'IA partout avec ces data centers et évidemment ça cautionne aussi son discours et qui est commun à toute la gauche américaine de dire c'est le pouvoir des oligarques qui ne consulte pas les populations locales et qui installe ces data centers sans régulation et donc ça a été une de ses armes politiques ça lui a permis de s'imposer en primaire
et
ce qui est très intéressant c'est que sur cette question des data centers et bien les républicains ils sont venus les républicains locaux candidats locaux dans ces élections de midterms à l'échelle locale ils sont venus par exemple au Michigan Mike Rogers le rival républicain propose lui aussi maintenant un moratoire d'un an sur la construction de data centers
et
le gouverneur et
le gouverneur du
Texas Abbott qui est archi trumpiste etc. vient de suspendre absolument un projet de data center
absolument
et donc ça a commencé par cette question du data center et puis récemment très récemment on va dire dans les dernières semaines il y a une deuxième vague puisque maintenant on se pose la question est-ce que l'IA n'est pas une menace à court terme pour l'espèce humaine et là on a quand même vu cette semaine quelque chose moi je trouve d'extraordinaire
Bernie
Sanders leader de la gauche leader historique de la gauche progressiste américaine et Steve Bannon
le
chef de j'allais dire du courant national populiste de l'extrême droite américaine qui a été autrefois le conseiller politique de Trump sur la même tribune réclamé au plus vite des législations pour freiner cette fois-ci non plus la construction de data centers simplement mais l'avancée de l'IA donc on voit que c'est une question qui vraiment est en train de submerger le débat public et d'amener quand même quelque chose qui est devenu très rare à Washington une forme de consensus bi-partisan
et
le gouverneur de Californie Gavin Newsom qui hier par un décret annonce des mesures de contrôle de l'IA pour la Californie
oui mais alors parce que Newsom lui et ça montre aussi l'importance que prend cette question politiquement c'est que Newsom joue une autre course c'est la course des prétendants démocrates pour 2028 et évidemment on voit que chez les démocrates que ce soit Newsom en Californie Shapiro en Pennsylvanie ou le sénateur Kelly d'Arizona qui va déposer un projet de loi pour créer un fonds public de dédommagement des travailleurs qui perdraient leur emploi à cause de l'IA on voit que les prétendants possibles démocrates pour 2028 c'est à celui qui sera le plus régulateur sur l'IA évidemment
Julien
Osseti jeudi prochain le président chinois Xi Jinping va atterrir à Washington il sera reçu c'est exceptionnel par Donald Trump lui-même à l'aéroport un grand dîner fastueux est prévu à la Maison Blanche où sont d'ailleurs invités Sam Altman d'OpenIA et le patron de de Nvidia est-ce qu'il peut y avoir un intérêt commun s'agissant d'une régulation de l'intelligence artificielle entre ces deux présidents
ou
est-ce que véritablement ils vont plutôt essayer d'éviter le sujet
alors
je pense qu'ils ne
vont
pas chercher forcément à éviter le sujet il y aura probablement sans avoir de boule de cristal bien sûr un communiqué qui reprendra partiellement par exemple un intérêt commun à éviter un débordement qui nuirait au bon cours de la vie humaine etc donc un langage assez classique qui n'engage concrètement aucune des deux parties donc ça c'est plutôt une lecture disons minimaliste et
par
contre à plus long terme on peut imaginer alors ça sera pas à son prochaine mais à plus long terme un scénario à la à la Obama et Z en 2015 qui à l'époque les deux dirigeants à l'état 2015 s'était engagé à ne pas s'espionner par des moyens cyber l'un et l'autre l'accord avait fait long feu mais du moins ça avait été perçu à l'époque comme une tentative de sortir par le haut de toute une série d'années où les Etats-Unis accusaient la Chine de cyberspionnage massif et ça avait donné lieu à des tensions extrêmement puissantes donc là on peut très bien imaginer dans une perspective de plus long terme que le sujet de la sûreté de l'IA soit au fond il fallait l'oméga des rapports de puissance entre Washington et Pékin et que ça crée parfois des situations d'escalade qui aboutiraient à une sorte de règlement entre les deux capitales mais à très court terme la semaine prochaine il y a assez peu de chances que tout ça soit soit face par un consensus à plus forte raison quand l'approche chinoise est plutôt centrée à la fois sur le développement de l'IA national et son exportation à très grande échelle et aussi sur une vision qui défend une approche de la forteresse siégée donc il y a quand même un fossé conceptuel qui est tout à fait béant et pas surprenant entre les deux entre les deux acteurs après il y a évidemment un autre enjeu peut-être de portée plus diplomatique qui partirait du duopole chino-américain et qui serait vraiment préjudicial pour nous en Europe qui serait de voir l'espèce de constitution d'un TNP de l'IA donc la métaphore est très rapide mais voilà nous faisons une espèce d'analogue à ce qui s'est passé avec le nucléaire il
y
a 40 et 50 ans une sorte de petit club qui verrait d'abord le duopole chino-américain constituer conserver les capacités les capacités d'IA les plus les plus sophistiquées les modèles frontières les plus les plus en pointe et aussi une capacité de comme on dit de capture réglementaire c'est à dire à faire que leur secteur privé soutenu par leurs états soit en mesure d'imposer toutes les normes et les standards qui font que les IA qui vont se diffuser dans les années qui viennent porteraient l'estampille américaine ou chinoise donc il y a un enjeu à la fois très stratégique un enjeu de puissance tout à fait classique au fond mais également des ramifications très à la fois discursives et juridiques
Mathilde
Vellier il y a aussi comment dire la frontière est archi floue et surtout s'agissant de la Chine la dimension sécurité nationale la dimension militaire ce que des spécialistes comme vous appellent l'arsenalisation
de
l'IA
oui et d'ailleurs on en a vu un exemple récent hier puisque CNN a annoncé que les Etats-Unis avaient failli prendre d'assaut un navire chinois près d'Hormuz en pensant sur la base d'un rapport généré par l'IA qu'il était chinois qu'il transportait du contenu nucléaire etc heureusement ils ont arrêté avant de lancer cette opération mais on voit les risques que ça peut poser même si l'IA ne devient pas autonome etc il y
a
des vrais risques militaires on l'a vu aussi au moment du bombardement de l'école de Mineb où les Etats-Unis ont a priori utilisé ces modèles d'IA à des fins militaires et c'est pour ça que je pense que malgré tout je suis d'accord avec Julien Nocetti sur le fait qu'on peut difficilement imaginer dès la semaine prochaine un grand accord qui pourrait comprendre tous les sujets mais je pense qu'il y
a
quand même beaucoup de préoccupations communes entre les Etats-Unis et la Chine et qu'il y a une volonté de créer si possible peut-être des canaux formels pour s'alerter mutuellement d'une part si les IA avancées commencent à se comporter de manière inattendue peut-être pour s'alerter de risques militaires ou en tout cas peut-être se mettre d'accord comme l'avaient fait Biden et Xi Jinping sur l'absence d'utilisation de l'IA dans le déclenchement d'attaques nucléaires et peut-être le partage d'informations et du développement en commun de systèmes d'évaluation sur la sûreté des modèles même si évidemment les deux pays ont envie de continuer à pouvoir tirer au maximum les bénéfices à la fois économiques et militaires de l'intelligence artificielle
Mathieu
Duchâtel
on parle toujours d'une logique transactionnelle ça fait partie du sabir courant s'agissant
s
'agissant des relations entre Donald Trump et Xi Jinping mais en fait on imagine volontiers que l'essentiel de la rencontre de jeudi prochain
ce
sera évidemment le commerce
les
droits de douane un gallimatia maintenant on ne sait franchement plus où on en est mais Xi Jinping lui le sait puisqu'il dispose des terres rares des métaux critiques absolument indispensables pour l'intelligence artificielle américaine et là les Etats-Unis ne sont pas arrivés à rétablir en quelque sorte une parité donc cette trêve commerciale qui a été négociée en Corée du Sud en octobre dernier
est
-ce que ce sera l'essentiel en fait des conversations
de
cette visite d'Etat de Xi Jinping
oui
je pense que c'est vraiment le sujet principal mais il y a un lien extrêmement important et intéressant avec les consultations sino-américaines sur la sûreté de l'intelligence artificielle qui est le suivant d'abord le sujet sûreté de
l
'intelligence artificielle c'est une proposition américaine c'est vraiment une initiative américaine de vouloir en parler aux chinois lorsque l'administration Biden a soulevé cet agenda
la
réponse chinoise était nous ce dont on veut parler c'est du contrôle export des restrictions à l'accès chinois aux technologies de semi-conducteurs
qui
c'est bien là le lien ralentissent finalement les progrès de la Chine en matière de déploiement et de développement de l'intelligence artificielle et d'autres industries absolument stratégiques
et
l'approche chinoise de ces consultations en matière de sûreté de l'IA sont absolument symétriques avec l'approche chinoise dans toutes les négociations avec les Etats-Unis sur les sujets de maîtrise de l'armement en gros sur le nucléaire sur les questions navales dans les années 2010 la Chine voit cette offre là comme une volonté américaine de geler leur supériorité et donc est très sceptique
sur
les sujets commerciaux effectivement la Chine pense avoir frappé un grand coup un coup décisif à la fin de l'année 2025 en répliquant aux mesures américaines de contrôle des exportations sur les semi-conducteurs
par
des mesures en riposte
sur
l'accès aux matériaux critiques aux terres rares qui touchent aussi l'industrie des semi-conducteurs
et
ce qui s'est produit objectivement c'est que la Chine a réussi à mettre fin à une trajectoire qui durait depuis 2019-2020 et qui a débuté par
les
restrictions visant Huawei et son offre d'infrastructures des télécommunications 5G qui voyait toujours de plus en plus de contrôles américains sur l'accès chinois aux technologies de semi-conducteurs
et
quand l'administration Trump est arrivée au pouvoir en janvier 2025 le message de l'administration c'était il y a beaucoup de trous dans la raquette il faut les combler
la
Chine a encore accès à énormément de technologies américaines et développe son intelligence artificielle avec ces technologies donc on va y aller technologie par technologie et il y
a
eu effectivement beaucoup de choses qui se sont produites sur cet agenda américain
pendant
l'année 2025 mais cet agenda s'est arrêté net quand les américains ont compris que la riposte chinoise pouvait leur faire mal donc on est aujourd'hui dans une trêve et l'enjeu principal de la rencontre de Washington on pourrait dire que
c
'est son renouvellement pour que chacune des deux parties gagne encore un an avec bien sûr derrière la tête l'idée de devenir moins vulnérable aux mesures restrictives de l'autre partie et on entend parfois de la part de certains interlocuteurs américains quand on aura réglé notre problème d'accès aux terres rares et aux matériaux critiques et bien là on repartira on remettra un coup d'accélérateur sur le contrôle export
en
matière de microélectronique
mais
ce contrôle export Mathieu il est dévié alors c'est sûrement moins exact s'agissant des produits de pointe électronique mais par cette espèce de commerce triangulaire c'est à dire qu'il y a des pays relais qui servent aux exportations chinoises d'ailleurs nous autres européens en sommes les premières victimes
bien
sûr il y a toujours des pays tiers qui servent d'intermédiaire à l'accès mais je pense qu'il y a un effet aussi qu'il ne faut surtout pas négliger qui est celui des politiques industrielles chinoises
et
on le voit bien autour de l'affaire des H200 de Nvidia
qui
sont des GPU absolument cruciales pour le développement des modèles que le président américain a finalement autorisé à la vente et que la Chine a choisi de ne pas acheter en
gros
parce qu'il y
a
quand même des achats mais ce que la Chine cherche à faire c'est vraiment à remplacer à substituer finalement l'offre Nvidia par des capacités locales et elle le fait en partant du bas c'est à dire qu'elle n
'a
pas le même niveau technologique aujourd'hui mais elle a des politiques de demande très affirmées dans le domaine de la construction des centres de données
elle
demande que les entreprises qui les construisent achètent locales et donc elle construit une capacité à partir de la base pour avoir une taille de marché suffisante pour finalement franchir les seuils technologiques
qu
'elle n
'a
pas encore franchi aujourd'hui
il
faut dire Corentin Sénin que Donald Trump bien à sa manière avait si je ne m'abuse exigé que Nvidia étant autorisé à vendre ses semi-conducteurs de pointe à la Chine il fallait qu'une partie du profit revienne sinon à la famille en tout cas
au
budget américain mais
il
y a au sein enfin dans les rapports de force aux Etats-Unis et notamment à la veille des élections de mi-mandat il y a aussi les oligarques de la tech qui eux pèsent financièrement je crois qu'ils ont même créé un fonds dédié pour soutenir les candidats favorables à l'accélération de l'IA
oui absolument ils ont fondé il y
a
plus d'un an un
super
PAC c'est à dire une association de financement indépendante des campagnes en théorie mais qui en fait évidemment vient à leur soutien qui s'appelle Leading the Future et qui aurait déjà levé plus de 140 millions de dollars et il y a un mois ils ont doté ils ont créé une association enfin une organisation cousine qui va investir donc qui
s
'appelle Building American AI donc construire une intelligence artificielle américaine et qui elle a déjà promis d'investir dans les campagnes favorables à l'intelligence artificielle plus de 50 millions de dollars en particulier dans les états où il
y
a le plus d'élections j'allais dire disputées Kansas Ohio Michigan Wisconsin
et
très clairement ce qu'on est en train de voir
c
'est que les et donc évidemment
ces
organisations de financement sont abondées par
les
grands milliardaires de la tech et il faut le préciser des milliardaires de la tech plutôt favorables à Donald Trump Horowitz Andressen Brockman de Penel et
en
fait
ils
ont leur argument et c'est là où on rejoint notre débat un de leurs principaux arguments c'est de dire et qui est vendu clé en main aux candidats qu'ils soutiennent financièrement et de dire
en
construisant des data centers en laissant alors ils ne plaident pas pour une absence de régulation c'est ça où le débat a évolué ils veulent une régulation qui serait en quelque sorte amicale pour les grands constructeurs et on doit le dire dictée par les grands constructeurs ils veulent des législateurs qui seraient élus mais qui auraient des sympathies pour les grands constructeurs de modèles d'intelligence artificielle et un des arguments c'est de dire si nous n'investissons pas aujourd'hui nous allons être distancés par la Chine et on voit l'efficacité déjà de cet argent qui court dans la politique américaine puisque le sénateur du Texas bien connu Ted Cruz qui avait été un des rivaux de Donald Trump en 2016 a eu une formule qui a fait florez cette semaine il a dit mais quitte à être tué par un robot sous IA je préfère être tué par un robot sous IA américain que chinois donc voilà donc on voit bien que cet argument qu'il faudrait investir pour ne pas être distancé il pénètre le débat politique sauf que je reviens à ce que je disais tout à l'heure ce point de vue donc qui est celui de Trump également puisque Trump via son conseiller donc il a un conseiller spécial Sachs qui est vraiment lui partisan d'une régulation minimale et qui est son conseiller le plus écouté en ce domaine on voit néanmoins il y
a
un grand article du New York Times aujourd'hui
qu'à
la Maison-Blanche ce n'est pas uniforme et qu'en particulier la secrétaire générale de la Maison-Blanche donc Suzy Weiss le secrétaire au Trésor Besant eux disent attention il faut avoir un discours plus nuancé
ne
serait-ce que pour les mid-terms également puisque comme je l'ai dit tout à l'heure on voit bien que l'opinion publique elle est en faveur des régulations elle est craintive et que Trump choque et peut-être handicap par son point de vue trop favorable aux oligarques de la tech les candidats républicains donc il y
a
une discussion qui est en cours mais comme souvent on a l'impression que Donald Trump dans les prises de parole comment les qualifier sans être désordonnés quelle politesse voilà désordonnés j'allais dire radicalise le débat et vient parfois tirer contre son camp en vue des mid-terms et c'est vraiment un point très important parce que ça rejoint un autre thème de campagne ce sont des thèmes cousins
on
voit dans les sondages d'opinion que les électeurs sont très sensibles à l'excès de puissance des milliardaires des grands milliardaires des grands oligarques au fait qu'ils volent le pouvoir au peuple et d'ailleurs donc c'est très intéressant je finirai là-dessus hier
plusieurs
organisations progressistes de la gauche progressiste ont invité tous les candidats démocrates à refuser les donations de leading the future donc le fameux super pack des oligarques de la tech pour en quelque sorte dresser une frontière
entre
les candidats qui refusent l'argent des milliardaires de la tech et l'argent en particulier des géants de l'intelligence artificielle et ceux qui ne le font pas et ça ça peut être un argument extrêmement populaire dans le contexte actuel politique aux Etats-Unis
Julien
Nocetti si on essaie de rapatrier le débat sur notre continent
en
Europe bon nous sommes quand même assez largement absents en tout cas en tant qu'acteurs principaux et en fait on vit nos entreprises vivent dans une double dépendance par rapport aux Etats-Unis
et
par rapport à la Chine néanmoins ce que nous savons faire en tout cas ce que l'Union Européenne sait faire
c
'est de la régulation
est
-ce qu'il pourrait y avoir des initiatives
dans
ce sens
alors
effectivement l'Union Européenne est souvent mise en avant par sa capacité à imposer des normes des régulations diverses et variées dans le champ numérique et sur l'IA en particulier avec d'ailleurs la continuation de la mise en application de l'AI Act qui n'est pas achevée qui doit se poursuivre jusqu'au printemps 2027 si les choses se passent comme envisage au départ mais juste pour revenir rapidement sur cet agenda qu'on évoquait de la sécurité de l'IA au sens large là il y
a
un enjeu très immédiat pour les Européens il y a un enjeu très immédiat de coordination d'obtention de garantie sur des délais sur l'accès à certains modèles avec aussi des processus de vérification entamés sur l'entraînement des modèles de langage tout particulièrement et ça c'est pas un enjeu qui est mineur en fait parce qu'une fois que c'est acté entre partenaires européens alors ça ça prendra vraisemblablement moins la forme de débats et d'initiatives de l'Union Européenne telle qu'elle mais plutôt de partenaires on peut imaginer des coalitions d'intérêts entre le français allemand hollandais etc.
sur justement comment essayer de se coordonner pour accéder à des modèles qui effectivement présentent certains risques qu'on a pu rapidement évoquer et puis aussi s'entendre sur quel type de seuil quel type de risque acceptable aussi on parle et sur quoi se mettons d'accord et là pour basculer sur le champ industriel et technologique en Europe il y a peut-être d'autres leviers pour éviter tout pessimisme parce que c'est forcément toujours très tentant de mettre le doigt là où ça fait mal pour les Européens et
c'est
très français
et c'est aussi très français par ailleurs mais il
y
a quelques acteurs de pointe je pense inévitablement à ASML donc l'acteur néerlandais qui est un des grands choppont un des grands des grands goulets d'étranglement dans toute la chaîne de valeur des semi-conducteurs d'IA et qui elle-même en fait l'entreprise fait intervenir d'autres entreprises de pointe en Europe et qui ne sont pas forcément très connues du grand public alors il y
a
Zeiss l'acteur suisse qui est peut-être plus connu pour son optique pour les lunettes ou dans la photographie mais qui intervient de façon très critique pour l'optique pour la lithographie donc ce que fait ASML pour la fabrication de ces puces ou alors l'allemand Trump qui intervient dans des technologies de laser très utiles là aussi dans cette chaîne de valeur de l'IA donc il y
a
quand même tout un tissu de pointe une nouvelle fois qui pourrait être mobilisé pour essayer de faire comprendre à certains moments de tensions ou de vindictes chinoises ou américaines que ça suffit que nous européens sommes capables à certains moments de vous poser problème parce qu
'on
maîtrise certaines technologies ce qui ne serait pas votre cas et vous avez besoin de nous donc il y
a
aussi un enjeu de faire comprendre quel type de dépendance inversée aussi on a devant nous et ce n
'est
pas du tout un sujet mineur une nouvelle fois pour essayer aussi de renverser la tendance sur une Europe qui ne saurait que réguler ce qui n'est quand même pas toujours le cas bien sûr pour éviter toute toute en
tout
cas c'est la France d'après ce qu'on a appris hier qui a pris l'initiative d'inviter Sam Altman donc le patron d'OpenEI au conseil de sécurité des Nations Unies mercredi prochain donc en marche de l'Assemblée Générale qui est annuelle qui vient de commencer on se rappelle d'ailleurs que le président de la République avait invité le même Altman à Evian au G7 Julien cela veut dire que voilà on essaie là aussi d'intervenir dans ce débat au niveau des deux protagonistes principaux l'américain et
le
chinois
tout
à fait il y a une forme d'équidistance à conserver ce qui est un jeu équilibriste très clairement dans ce champ de l'IA sachant que la position française depuis quelques années est et reste fondée sur l'idée plutôt de mettre l'accent sur les bénéfices de l'IA et là on se prend en pleine figure l'enjeu des risques existentiels avec un discours catastrophiste qui n'est pas dénué on l'a rappelé derrière pensée commerciale mais au fond ce qu'il faudrait peut-être faire et ce sera peut-être fait dans les jours ou les semaines qui viennent c'est aussi de mettre l'accent sur des risques avérés déjà documentés qui vont au-delà des seuls risques systémiques et ça ces risques avérés de l'IA on les connaît tous ce sont des biais ou des erreurs dans des décisions qui touchent de vraies personnes c'est des enjeux de dépendance technologique croissante de nos entreprises et de nos états des technologies soit américaines ou soit chinoises c'est aussi l'exploitation de ressources de travailleurs tout au long de cette chaîne de valeur de l'extraction des minerais dont parlait Mathieu Duchetel à la préparation des données d'entraînement pour les modèles d'open-IA et consorts et ça c'est évidemment c'est peut-être moins symbolique dans les arènes internationales de négociations mais ça n'est pas moins concret pour tout un chacun donc il
y a
peut-être aussi un enjeu à terme de rééquilibrage aussi des sujets de débat et c'est tout l'enjeu de cette fameuse gouvernance mondiale de l'IA qui est souhaitée par beaucoup et qui voilà et évidemment pas forcément souhaitée par les acteurs américains et chinois pour de multiples raisons
et
il faut rappeler bien sûr le texte tout à fait important du pape la France entière se prépare à accueillir Léon XIV dans quelques jours donc cet encyclique magnifica humanitas et d'ailleurs le franciscain Paolo Benanti qui est l'un je crois des conseillers du pape en la matière a été invité par le roi d'Angleterre
comme
quoi le débat en Europe touche tous les milieux donc Charles qui dans un château écossais bien sûr a invité ce père franciscain Benanti et aussi le patron d'Envidia Jensen Huang pour discuter des enjeux de l'intelligence artificielle Mathilde Veillet on arrive à la conclusion très provisoire de cette discussion mais ce qui est frappant c'est en fait l'accélération de ce qu'il est convenu d'appeler maintenant le narratif enfin le récit un récit forcément mondialisé en tout cas entre pays riches et
jusqu
'à quel point peut-on contrôler en fait à la fois le vocabulaire les concepts les retombées
d
'un tel récit qui dépasse forcément le niveau des experts dont vous faites partie tous les quatre
le
récit je pense que tout le monde se saisit du sujet la difficulté effectivement c'est de réussir à maintenir l'expertise technique au coeur de ça surtout dans la mesure où les entreprises qui ont cette expertise technique ne sont pas toujours amenées à être totalement transparentes puisque toute réglementation aurait bien sûr un impact sur leur propre modèle
et
c'est pour ça qu'il y
a
un effort de la part de beaucoup de pays et je pense qui mérite d'être accentué pour essayer de créer des agences d'évaluation des risques des modèles d'IA etc de faire des partenariats entre pays sur la question
et
je pense qu'en tout cas le narratif qui vraiment mérite d'être nuancé parce qu'à mon avis il n'est pas très éclairant c'est celui d'une course à l'IA en particulier d'une course à l'IA entre les Etats-Unis et la Chine puisque en fait il n'y
a
pas de ligne d'arrivée déjà d'une part donc par rapport à la course à la lune par exemple on avait une ligne d'arrivée
assez visible au moins la moitié de la journée
exactement là la ligne d'arrivée elle est très floue et ça pose la question des applications et de comment est-ce qu'on va réussir à mesurer finalement qui est le premier ou et en plus ce n
'est
pas une image très éclairante parce que c'est une course dans laquelle les joueurs se tiennent tous un peu la main mais
vous remarquez que je ne l'ai pas employé
mais absolument je vous en remercie mais je pense que comme aujourd'hui c'est justement un des éléments structurants du narratif il mérite d'être nuancé parce qu'aujourd'hui même entre les grands acteurs finalement au sein d'un pays mais même au niveau international il y a de la distillation donc effectivement des effets d'interdépendance entre les uns et les autres on a même vu dans un rapport récent que certains modèles chinois en particulier le modèle de Kimi redirigeaient certaines de ces demandes vers Claude sans l'affirmer sans être transparent sur ça on va dire auprès des utilisateurs ce qui a d'ailleurs posé un petit problème pour les agents de sécurité chinois qui avaient utilisé un modèle
qui
pensait être chinois et qui finalement avait été redirigé
vers
un modèle américain donc avec des concepts non marxistes l'hélice voilà et surtout avec une possibilité pour derrière les renseignements américains d'avoir accès à tout ce qu'avaient demandé ces agences de sécurité chinoises donc évidemment c
'est ça
qui est
extraordinaire c'est la porosité générale oui oui absolument et puis il y
a
des effets de circularité vraiment intéressants on parlait tout à l'heure de la campagne contre les data centers aux Etats-Unis il y a des hackers chinois ou des agences de sécurité chinoises qui ont utilisé les modèles d'OpenAI pour mener des campagnes de désinformation contre OpenAI aux Etats-Unis donc on voit qu'il y
a
vraiment un effet d'interdépendance qui n'est pas vraiment éclairé par cette notion de course et il y
a
même d'ailleurs beaucoup d'entreprises américaines qui utilisent des modèles chinois dans certaines alors c'est pas facile de savoir exactement combien mais dans les plateformes qui donnent accès à plein de modèles différents il y avait 40% des entreprises américaines qui faisaient appel à des modèles chinois donc je pense qu'il y a une porosité aussi entre tous ces écosystèmes qu'il faut bien comprendre pour réussir à avoir une vision claire et
c
'est pour ça que je vous remercie de ne pas avoir
utilisé mais précisément et on en terminera là-dessus mais ce sera bien évidemment au cœur de nouvelles discussions
en
termes d'imprégnation des opinions publiques
ça
devient extrêmement difficile pour le profane de s'informer enfin d'essayer de comprendre encore une fois jusqu'où l'intelligence artificielle de tous bords fabrique des formes trompe enfin
oui
invente des informations des notions
oui après on
a
été capable de s'adapter aux réseaux sociaux et puis avant ça à
l'invention de la presse
écrite effectivement mais en tout cas je veux dire on est capable de s'adapter en termes de réglementation et même en termes de fonctionnement de la société donc en cela je ne sais pas si ça sera l'usage le plus plus changeant pour les opinions publiques je pense qu'il y a plutôt une question de risque à toutes les échelles comme on l
'a
évoqué à travers toutes les missions en matière de cybersécurité en matière de sûreté de
l
'IA de manière générale en matière d'enjeux pour le monde de l'éducation pour le monde du travail qui seront peut-être encore plus définissants
et
donc il serait peut-être temps au moment où plusieurs pays européens commencés par le nôtre plongent déjà dans les campagnes électorales il serait peut-être temps que les candidats et ils sont nombreux s'emparent de ces sujets
absolument parce que je pense que c'est crucial à la fois au niveau de la société et au niveau international parce que on l'a rappelé ça va poser des gros enjeux de dépendance technologique et je pense qu'il faut vraiment faire l'effort pour les candidats de ne pas se réfugier derrière le saint patron de la souveraineté numérique qui est en réalité c'est un peu un mot par avant qui cache beaucoup d'arbitrages difficiles qu'il va falloir faire pour les européens entre avoir accès aux modèles américains qui vont permettre de développer notre cybersécurité ou essayer d'être indépendant pour ne pas être vulnérable à la coercition économique par exemple
et
donc ça va être toute une série d'arbitrages qui sont vraiment cruciaux et je ne peux qu'inviter les candidats effectivement à s'en saisir et en profondeur
merci
merci infiniment à vous quatre Mathilde je rappelle que votre thèse sur sécurisation et arsenalisation la fabrique
des
politiques américaines de protection des technologies stratégiques face à la Chine vous avez reçu le prix de l'IHEDN cette année deux prix d'ailleurs l'IHEDN et l'association des études pour la guerre et la stratégie bravo Corentin Sénin vous allez faire paraître dans 15 jours les Etats-Unis et l'international 250 ans entre isolationnisme et impérialisme aux éditions du Cavalier Bleu et je rappelle vos excellentes contributions au site Le Jour Julien Nocetti vous avez publié au PUF dans la collection Que sais-je un précis sur les GAFAM c'est sorti en mars de cette année et Mathieu Duchâtel je rappelle votre analyse Paris sur le site de l'Institut Montaigne il y a quelques jours dominer l'escalade pour neutraliser l'Europe le Paris de la Chine voilà à la réalisation ce matin je remercie Luc-Jean Reynaud à la technique Nicolas Le Roulet
Théa
Corlaire
m
'a aidé à préparer cette émission ainsi que la documentation de Radio France et Patricia Murat et maintenant il est midi nous sommes samedi voici les carnets de santé de Marina Carrère en course
à
samedi prochain et très bon week-end
de la
Chine de
la Chine