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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 19 mars 2025 7 minContradictoireFond programmatiqueBudget & impôtsEnvironnement & énergie

Déficit et transition écologique : "Le coût de l'inaction, chiffré à 15% de PIB mondial, c'est beaucoup plus que le prix des efforts", rappelle la cheffe économiste au Trésor

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:19InvitéChiffre
    « À horizon 2030, on veut réduire de moitié nos émissions par rapport à 1990. Ça demande, selon nos estimations, 110 milliards d'euros d'investissement en plus dans le logement, dans les transports, dans l'industrie, dans l'énergie. »
  • 1:22InvitéFait
    « On va devoir réduire de moitié nos investissements fossiles, carbonés. »
  • 1:26InvitéPromesse
    « Par exemple, plus de voitures électriques, moins de voitures thermiques. »
  • 1:36InvitéChiffre
    « En net, on doit chercher 63 milliards d'euros d'après nos estimations, c'est-à-dire à peu près deux points de PIB d'investissement en plus, public et privé. »
  • 1:44InvitéChiffre
    « On devrait être à 5,4% cette année pour revenir à 3% en 2029, compte tenu du fait aussi que certaines dépenses naturellement augmentent parce que la population vieillit, etc. »
  • 1:53InvitéChiffre
    « Ça représente environ 100 milliards d'économies à trouver d'ici 2029. »
  • 4:45InvitéChiffre
    « On devrait maintenir le niveau de dépenses vertes à environ 40 milliards d'euros, c'était 34 en 2023, donc on est toujours bien sur une hausse. »
  • 6:05InvitéChiffre
    « Ça veut dire au total une perte de recettes publiques qu'on chiffre à environ 10 milliards d'euros à horizon 2030. »
  • 6:07InvitéChiffre
    « 30 milliards d'euros à horizon 2050, en considérant qu'en 2050 il n'y a plus de véhicules thermiques. »
  • 6:50InvitéFait
    « Un réchauffement de 3 degrés ça coûte 15 points de PIB à l'économie mondiale, c'est beaucoup beaucoup plus que le prix des efforts. »

Temps de parole

  • Invité72 %
  • Présentateur27 %

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0:01
Présentateur

France Info. Bonsoir à toutes et à tous. Quand on parle budget en ce moment, on parle beaucoup économie de guerre ou bien économie tout court. Bonsoir Dorothée Rouset. Bonsoir. Chef économiste de la direction générale du Trésor, administration du ministère des Finances. Votre rôle conseiller le gouvernement sur les politiques économiques et à l'occasion du printemps de l'économie, c'est en ce moment, vous venez de concevoir et participer à une table ronde avec cette question. Peut-on encore financer la transition écologique avec nos contraintes budgétaires ? Bon, est-ce que la réponse est oui ? J'imagine que oui, mais que ce n'est pas si simple.

0:35
Invité

Exactement, oui. La réponse est que oui, on peut, il faut, mais ça demande des choix et ça demande de bien réfléchir aux instruments, aux outils. Quel financement pour le public ? Quel financement pour le privé ? Pour financer ce qui va être un mur d'investissement ?

0:49
Présentateur

Vous travaillez au 13 ans, on va se parler chiffres. D'abord, parce qu'il faut qu'on parle d'argent. Les enjeux de la consolidation budgétaire se chiffrent en milliards d'euros, ceux de la décarbonation aussi. Quels sont les grands équilibres qu'il faut qu'on ait en tête ? Les grandes données.

1:02
Invité

Déjà, peut-être se dire de combien d'investissements on a besoin pour la décarbonation. À horizon 2030, on veut réduire de moitié nos émissions par rapport à 1990. Ça demande, selon nos estimations, 110 milliards d'euros d'investissement en plus dans le logement, dans les transports, dans l'industrie, dans l'énergie. Par contre, il y a des investissements qu'on pourra faire en moins. On va devoir réduire de moitié nos investissements fossiles, carbonés. Par exemple, plus de voitures électriques, moins de voitures thermiques. Donc, en net, on doit chercher 63 milliards d'euros d'après nos estimations, c'est-à-dire à peu près deux points de PIB d'investissement en plus, public et privé.

1:36
Présentateur

Et pour les économies budgétaires, pour réduire le déficit, ça semble que l'objectif, c'est 3% du PIB en 2029. Ça approche. Là, il faut aussi trouver de l'argent.

1:44
Invité

Tout à fait. On devrait être à 5,4% cette année pour revenir à 3% en 2029, compte tenu du fait aussi que certaines dépenses naturellement augmentent parce que la population vieillit, etc. Ça représente environ 100 milliards d'économies à trouver d'ici 2029.

1:57
Présentateur

Comment on fait alors ? Comment fait-on pour concilier à la fois transition écologique et réduction du déficit ?

2:03
Invité

Alors, déjà, la réponse un peu naturelle, c'est que l'État, la puissance publique, les dépenses publiques vont devoir prendre une part. Mais d'abord, le seul outil à la main de l'État n'est pas seulement la dépense publique. On peut réglementer, on peut donner un prix au carbone. On doit réfléchir aux implications de ces différents instruments et à la bonne combinaison avec des implications économiques, sociales, environnementales. Et de toute façon, le secteur privé devra faire la majorité de ses investissements, comme il fait d'ailleurs la majorité des investissements dans l'économie. Et alors, comment fait-on pour l'inciter, pour l'encourager ? Alors, il y a différents outils, là aussi.

Parfois, on peut réglementer, à manier avec prudence, parce qu'on a aussi des enjeux de simplification. Mais un exemple, c'est par exemple, pour inciter les flottes automobiles professionnelles à se verdir, à aller vers l'électrique. On impose maintenant une sorte de quota qu'elles doivent respecter. Et comme elles renouvellent ces flottes assez souvent, ce n'est pas forcément une mesure trop contraignante. On peut, ce qui est l'outil préféré des économistes, donner un prix au carbone. Donc, il y a un marché de quotas aussi d'émissions européens qui donne un prix au carbone. C'est l'outil le plus efficace. Par contre, ça pose des enjeux d'acceptabilité sociale.

Et puis enfin, il y a tout ce qui relève de la dépense publique, la subvention, par exemple, pour décarboner certaines industries. Mais aussi des outils plus légers en termes de dépense publique qui peuvent aider, comme des prêts, des garanties, quand les contraintes sont plutôt des contraintes de financement que de rentabilité propre. Et comment on fait pour que personne ne soit laissé de côté ? Alors ça, c'est vraiment l'enjeu d'accompagnement. Le rôle de l'État, je dirais, dans tout ce financement de la transition écologique, ça va être de déclencher les investissements. C'est un peu ce dont je viens de parler.

Ça va être d'assurer aussi ses propres investissements, rénover les bâtiments publics, développer les infrastructures bas carbone. Et puis ensuite, tout cet enjeu d'accompagnement, soit des ménages qui sont particulièrement vulnérables, parce que c'est des ménages modestes, mais aussi parce qu'ils peuvent habiter en zone rurale, n'ayant pas de transport public à proximité. Donc pour eux, on ne peut pas juste réglementer en disant vous devez changer de voiture. Ils n'en ont pas les moyens. Donc il faut les aider. Pareil pour les entreprises.

Il y a certaines industries, on ne peut pas juste leur dire vous devez dépenser des milliards en décarbonation, si ça veut dire qu'ils vont tellement perdre en compétitivité qu'en fait l'industrie ne va pas survivre. Donc il faut regarder quels sont ces postes de vulnérabilité. Et là, oui, il y a aussi un rôle d'accompagnement qui se fait forcément par la dépense publique.

4:21
Présentateur

Et pourtant, on se dit tout ça, Dorothée Rouzé, mais dans le dernier budget, le budget 2025, il y a des coûts de rabot sur certaines enveloppes, par exemple pour le bonus écologique, à l'achat d'une voiture, d'autres coûts de rabot sur ma prime rénov', est-ce que c'est compatible avec tout ce qu'on se dit ?

4:36
Invité

Oui, alors il faut voir déjà dans ce budget, ce qu'on fait à chaque exercice budgétaire, ce qu'on appelle le budget vert, c'est-à-dire on regarde dans les dépenses qu'est-ce qui est favorable à l'environnement, qu'est-ce qui est aussi des dépenses brunes ? On devrait maintenir le niveau de dépenses vertes à environ 40 milliards d'euros, c'était 34 en 2023, donc on est toujours bien sur une hausse. Ensuite, une des réponses aussi à l'équation dont on se parle depuis tout à l'heure, c'est de chercher l'efficacité de chaque euro public.

Donc quand il y a des dispositifs qui n'atteignent pas complètement leur objectif, ou dans le cas de ma prime rénov', en fait l'enveloppe de l'année dernière n'a pas été consommée parce que la demande n'était pas là, quand on subventionne aussi des choses qui n'ont pas les bénéfices écologiques attendus, on a aussi le droit de réduire certains dispositifs pour pouvoir en accroître d'autres, et donc rendre l'ensemble plus efficace en termes d'empreintes environnementales et en termes aussi économiques et sociales.

5:22
Présentateur

On peut se dire qu'il y a quelque chose aussi qui ne va pas faciliter la tâche pour résoudre cette équation, c'est qu'avec l'avancée de la décarbonation, d'aller vers l'objectif de la sobriété carbone, les finances publiques vont perdre des recettes. Tout à fait, et en quelque sorte c'est une bonne chose,

5:37
Invité

parce que tout ce qui est fiscalité écologique, donc fiscalité sur les émissions, sur le carbone, c'est une fiscalité dont on veut qu'elle s'éteigne, puisque le but c'est de décourager la consommation. Là ce qui va se passer, c'est que si on atteint notre trajectoire de décarbonation, donc ça passe en particulier par un virage plus important vers le véhicule électrique.

Or le carburant fossile est très taxé, l'électricité par unité d'énergie est moins taxée, donc ça veut dire au total une perte de recettes publiques qu'on chiffre à environ 10 milliards d'euros à horizon 2030, 30 milliards d'euros à horizon 2050, en considérant qu'en 2050 il n'y a plus de véhicules thermiques, donc il n'y a plus de carburant à taxer.

6:13
Présentateur

On s'est donné beaucoup de chiffres, je vais vous en demander un dernier sur la petite minute qui nous reste, quel serait le coût de l'inaction ?

6:19
Invité

Le coût de l'inaction, ce qu'il faut retenir, c'est que c'est beaucoup plus que le coût de l'action. Là aussi on a regardé plutôt en termes de coûts économiques, c'est-à-dire que le coût de la transition pour la croissance, il existe, on le chiffre entre 0,5 et 1 point de PIB en 2030, mais il reste modéré et transitoire. Une fois qu'on a décarboné, on n'a pas de raison d'avoir moins de croissance.

Le coût de l'inaction pour le monde, alors ce n'est pas nous qui l'avons fait, mais le réseau de banques centrales qui s'intéresse à la question, le chiffre a 15 points de PIB en 2050, donc si on ne fait rien, un réchauffement de 3 degrés ça coûte 15 points de PIB à l'économie mondiale, c'est beaucoup beaucoup plus que le prix des efforts. Sachant qu'un point de produit intérieur brut,

6:56
Présentateur

c'est à peu près 30 milliards d'euros. C'est à peu près. Le coût de l'inaction 15 fois, 15 points de PIB. Merci beaucoup Dorothée Rousseff, vous êtes chef économiste de la direction générale du Trésor, administration du ministère des Finances. Vous étiez notre invité éco pour se poser cette question, comment concilier sobriété carbone et sobriété budgétaire ? Merci d'avoir été avec nous. Merci.

7:18
Locuteur

Merci. Merci.