Catherine Simon (Innorobo) : "Il n’y a pas de corrélation entre la robotisation et le chômage"
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Que font ces robots et ces nouveaux robots dans les usines, Catherine Simon ?
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Que peut-il faire, par exemple, le robot ou les robots les plus courants dans nos usines ?
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Combien coûte un robot aujourd'hui pour une usine ?
- 3:12OuverteRéponse directe
Si on regarde pays par pays, comment l'expliquez-vous ?
- 4:07OuverteRéponse directe
Est-ce que cette tendance se confirme, là, dans cette deuxième partie de 2017 ?
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Est-ce que ça, c'est une bonne nouvelle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« L'an dernier, les ventes de robots ont augmenté de 16% dans le monde. »
- 0:27PrésentateurChiffre
« Et si on regarde la France, simplement la France, là c'est plus 39%. »
- 1:58Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, vous avez des robots à partir de 30 000 euros à peu près. »
- 4:44Invité politiqueChiffre
« Le pays avec la plus forte densité robotique, c'est-à-dire le plus grand nombre de robots par 10 000 ouvriers dans les usines, c'est la Corée, avec 631 robots pour 10 000 ouvriers. »
- 4:55Invité politiqueFait
« L'Allemagne, extrêmement robotisée, a un taux de chômage inférieur au nôtre. »
- 5:07PrésentateurChiffre
« Je voyais récemment une étude américaine du MIT et de l'Université de Boston qui a calculé que dans une usine de 1 000 ouvriers, quand on introduit un robot, on supprime 6 postes. »
- 6:59PrésentateurChiffre
« 3 millions de robots industriels dans le monde en 2020 au lieu d'1 700 000 aujourd'hui. »
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L'interview éco, votre invité Jean-Lémarie défend la robotique. Bonsoir Catherine Simon. Bonsoir. Vous êtes la présidente d'InnoRobot, le grand salon annuel du robot, de la robotique. Et vous êtes avec nous ce soir parce que les ventes de robots industriels s'envolent. La Fédération Internationale de la Robotique vient de faire le bilan. L'an dernier, les ventes de robots ont augmenté de 16% dans le monde. Et si on regarde la France, simplement la France, là c'est plus 39%. Que font ces robots et ces nouveaux robots dans les usines, Catherine Simon ?
Alors, on a mis un petit peu de temps à avancer dans la robotisation de notre industrie et investir dans notre équipement. Aujourd'hui, les robots industriels, vous en avez deux sortes, qu'on appelle aujourd'hui traditionnels. Donc le robot derrière des cages qui est plutôt un automate qui répète de façon inlassable le même geste, de façon très précise et très rapide. Et puis, la nouveauté, l'innovation, c'est le robot collaboratif qui sort des cages, qui est doté de capacités sensorielles. Donc il comprend et perçoit son environnement et du coup peut travailler aux côtés des hommes.
Que peut-il faire, par exemple, le robot ou les robots les plus courants dans nos usines ?
Alors, ils font de la soudure, de la peinture, ils percent des trous, ils déplacent des pièces de très grande capacité ou avec un très grand poids. Il peut aller dans des milieux hostiles. Oui, donc ils se déplacent eux-mêmes. Ils déplacent des choses et ils se déplacent eux-mêmes. Alors maintenant, ils deviennent mobiles. Et pourquoi ils deviennent mobiles ? C'est parce qu'on les dote de capteurs qui leur permettent de ressentir, de sentir leur environnement. Donc là, il y a un obstacle, ils vont l'éviter. Là, il y a un trou, ils ne vont pas y aller. Là, il y a un humain, ils ne vont pas le cogner.
Ça change évidemment beaucoup de choses pour les usines, pour les industriels. Combien coûte un robot aujourd'hui pour une usine ?
Alors ça dépend de quel type de robot. Aujourd'hui, vous avez des robots à partir de 30 000 euros à peu près. Alors ça, c'est plutôt du robot lightweight, comme on dit, donc poids léger, qui sera capable de faire un certain nombre de tâches, mais pas de déplacer d'énormes charges, etc. Et puis, ça peut aller jusqu'à plusieurs millions. Ce qui est intéressant, c'est que dans la robotique industrielle traditionnelle, donc les automates, le robot coûtait plusieurs millions éventuellement, mais vous aviez tout un travail d'ingénierie autour de services, qui multipliait le prix du robot dans son installation par à peu près 4.
Aujourd'hui, quand vous avez des robots collaboratifs ou de poids léger qui peuvent s'installer dans les PME, dans les plus petites entreprises, même chez les artisans à la limite, là, le coût du robot est divisé de beaucoup. Ça commence à 30 000 euros et donc l'installation...
Et c'est plus du tout le même modèle économique, en fait.
Alors, on se pose beaucoup de questions sur le modèle économique. C'est un modèle économique éventuellement à réinventer. On parle du robot as a service, au même titre qu'on avait software as a service. On parle de location de robots, on parle de robots flexibles que l'on va pouvoir déplacer et modifier ses tâches au fur et à mesure des besoins.
Si on regarde pays par pays, et là, c'est intéressant aussi, on voit qu'il y a toujours beaucoup moins de robots dans les usines françaises que dans les usines allemandes. Comment l'expliquez-vous ?
Alors, d'abord, les Allemands ont conservé une forte industrie automobile. Les robots industriels, aujourd'hui, vont beaucoup dans l'industrie automobile. Et c'est l'industrie électronique qui est en train de prendre le pas de la croissance. Et nous, on a traditionnellement plus des entreprises de service et des entreprises de petite taille. Donc, on a fortement robotisé notre industrie automobile, mais pas assez. Et puis, on a plutôt délocalisé ce qui n'était pas forcément une bonne idée. Alors, en même temps, on a plus de robots que les Anglais, on a plus de robots que les Espagnols. Il ne faut pas faire que du misérabilisme.
Mais oui, on en a moins que l'Italie, à peu près moitié moins, et un quart de moins que les Allemands.
Et les ventes, en France, on l'a dit, progressent énormément. En tout cas, c'était le cas l'an dernier. Est-ce que cette tendance se confirme, là, dans cette deuxième partie de 2017 ?
Cette tendance se confirme, justement, grâce aux innovations robotiques. Aujourd'hui, le coût d'un robot est bien inférieur, puisque ces nouveaux robots collaboratifs arrivent sur le marché de façon importante.
Quand on parle de robots, Catherine Simon, on parle forcément d'emplois. Aujourd'hui, la robotisation détruit des emplois. Pardon pour le cliché, mais c'est ce que disent de plusieurs manières toutes les études sur le sujet. Est-ce que ça, c'est une bonne nouvelle ?
Alors, en fait, il n'y a pas de corrélation. Je suis désolée de démentir ça. Je crois qu'il n'y a pas de corrélation. Le pays avec la plus forte densité robotique, c'est-à-dire le plus grand nombre de robots par 10 000 ouvriers dans les usines, c'est la Corée, avec 631 robots pour 10 000 ouvriers, et leur taux de chômage, c'est 3,9%. L'Allemagne, extrêmement robotisée, a un taux de chômage inférieur au nôtre. Donc, je pense qu'il n'y a pas de corrélation.
Il y a quand même beaucoup d'études, beaucoup d'études universitaires. Je voyais récemment une étude américaine du MIT et de l'Université de Boston qui a calculé que dans une usine de 1 000 ouvriers, quand on introduit un robot, on supprime 6 postes. Alors, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas... Certaines sont beaucoup plus alarmistes encore.
Oui, oui. Il y en a qui disent 50% des emplois menacés. Alors, quelque part, je pense qu'il faut le faire de deux façons. La réponse, elle est de deux façons. La première, c'est qu'il n'y a pas de corrélation évidente. Mais oui, il y a une transformation des métiers, des postes. On enlève ce qui est dans une tâche d'ouvrier, tout ce qui peut être mécanique, répétitif, qui, quelque part, amène des mots au DRH qui s'appellent burn-out, stress, TMS, qui ne sont pas forcément des mots très positifs. Donc, moi, si un robot peut faire... Ce que je fais, c'est que je faisais un travail de machine.
Après, en ce qui concerne cette transformation robotique annoncée, on ne la vit pas encore tant que ça. L'accélération, elle arrive... Elle est devant nous. Elle est devant nous dans les 15-20 prochaines années parce que ça va envahir aussi des entreprises de service. nos hôtels, nos magasins. Ça va envahir le domaine de l'assurance. Le véhicule autonome va changer nos vies comme le téléphone portable a changé notre façon de vivre et d'interagir en société.
Mais la conséquence sur l'emploi, encore une fois ?
La conséquence sur l'emploi, c'est qu'il faut s'y préparer. Donc, il faut regarder les différents scénarios possibles, les alarmistes comme les positifs et puis essayer de se préparer à ce que les scénarios alarmistes n'arrivent pas, soient les moins probables, etc. Je pense qu'il y a une responsabilité de l'entreprise, au niveau de l'entreprise, de ne pas utiliser uniquement la robotique à des fins de faire la même chose à moindre coût, mais aussi de créer des innovations grâce à la robotique parce que ces machines nous permettent de faire des choses qu'on ne peut pas faire tout seul.
3 millions de robots industriels dans le monde en 2020 au lieu d'1 700 000 aujourd'hui, ce sont les prévisions de la Fédération Internationale de la Robotique. Est-ce que c'est réaliste, Catherine Simon ?
Je pense que c'est même sous-estimé parce que l'IFR, la Fédération Internationale de Robotique, elle sait très bien faire les chiffres de la robotique industrielle, un petit peu moins celles des innovations technologiques et dans la robotique de service, les chiffres sont très sous-estimés.
Merci, Catherine Simon, présidente du salon InnoRobot, prochaine édition à Paris au mois de mai. Voilà. Merci à vous. Merci. Et merci Jean-Lémarie.