Canicule : il faut "quelques jours pour passer d'un état de stress à un état normal", affirme le médecin Adrian Chaboche
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h21, notre corps, notre organisme a souffert pendant la canicule. Et après, est-ce qu'on se remet d'aplomb tout de suite ou est-ce qu'il faut lever le pied encore pendant quelques jours ? Un médecin va nous donner de précieux conseils. Bonjour Adrien Chabosch. Bonjour. Vous êtes médecin généraliste à Paris, fondateur du centre Vitruve qui est spécialisé en médecine préventive. Certains de nos auditeurs vous ont sans doute entendu d'un grand bien vous fasse. Vous y avez fait des chroniques dans cette émission d'Ali Rebeyi. Alors les effets d'une telle canicule sur notre santé, ils ne disparaissent pas du jour au lendemain ?
Non Mathilde, effectivement ce n'est pas on-off. C'est-à-dire que les variations climatiques sont plus rapides que l'adaptation de notre corps. Notre corps a besoin de quelques temps, c'est-à-dire précisément quelques jours pour passer d'un état de stress d'adaptation à un retour à un état normal. Mais pendant ce temps-là, on a généré beaucoup de fatigue du corps et du mental parce que tout ça est épuisant.
Et c'est aussi parce qu'on n'a pas bien dormi, notamment la nuit, on a une dette de fatigue ?
Exactement Mathilde, c'est tout à fait ça. Ça fait deux semaines que le sommeil est perturbé, est troublé, qu'on a une diminution du sommeil récupérateur, du fait de la chaleur, on a un sommeil plus léger. Donc ça, ça se compte. Ça va fatiguer notre mental parce qu'on est plus irritable, vous l'aurez peut-être remarqué autour de vous, peut-être un peu plus fatigué cognitivement, on réfléchit moins bien. Et puis il y a une fatigue organique et c'est celle-ci qui va aussi être très pénalisante. Donc cette semaine, il faut dormir et il faut se reposer, c'est le bon moment de profiter de ce repos.
Et est-ce qu'il y a certaines personnes qui peuvent ressentir des effets ? Ils allaient très bien pendant la canicule et ressentir des effets quelques jours plus tard. Est-ce que ça peut se déclencher aussi à posteriori ?
Exactement, c'est ça le plus grand danger. Alors on garde évidemment à l'esprit la déshydratation, la protection du soleil, le coup de chaud et ça, il faut garder et apprendre à anticiper ça, bien sûr. Mais il y a quelque chose qu'on méconnaît, qu'on sous-estime énormément et qui est en train de faire une cascade de complications et de décès malheureusement depuis plusieurs jours, c'est l'épuisement thermique. C'est-à-dire que notre corps va fournir un effort et consommer de l'énergie énormément pendant tout le temps, on va s'adapter à la chaleur.
Il faut bien imaginer que, par exemple, notre cœur va battre, pour les plus fragiles, 10 à 15 battements de plus par minute, c'est-à-dire que c'est un effort colossal pour le cœur. Et chez quelqu'un de fragile, quelqu'un qui a des facteurs de risque cardiaque, au bout de plusieurs jours, son corps peut s'épuiser et basculer dans une décompensation des organes qui peut malheureusement mener à des choses très graves.
Et j'ai vu aussi que des recherches récentes avaient montré que les personnes qui sont fréquemment exposées justement à des chaleurs comme celles qu'on a vécues, à des canicules, ont plus de risque de développer une maladie rénale. Donc il peut y avoir des conséquences vraiment à très long terme.
Oui, tout à fait, parce que notre système de circulation du sang va s'adapter, on va synthétiser des hormones un peu différemment pour pouvoir récupérer du sel, puisque le sel contribue à notre bon fonctionnement. C'est pour ça qu'au début de la canicule, on perd beaucoup de sel dans la transpiration. Et un des mécanismes adaptatifs qui va se faire, il faut compter 5 à 10 jours d'adaptation de notre corps, on va transpirer plus, paradoxalement, mais perdre moins de sel, tout ça par les hormones qui sont liées au système des reins.
Et donc si on fragilise les reins, plus une inflammation liée à cet état de souffrance du corps, on peut altérer les tissus des reins et accentuer une insuffisance rénale.
Donc là, ça veut dire que dans ces prochains jours, il va falloir continuer à boire un peu plus d'eau que d'habitude ?
Alors, c'est une très bonne remarque Mathilde, en fait c'est un piège, il va falloir boire raisonnablement, il ne faut pas non plus diluer notre corps. Si on boit 4 litres dans des températures qui sont maintenant redevenues à peu près normales, on va risquer de faire une dilution de notre sang. On va diluer le volume qui circule dans nos artères et dans nos veines, et donc on va créer parfois des hyponatrémies. C'est quoi ? C'est la baisse de sel proportionnellement au volume d'eau. Donc il faut revenir à une consommation d'eau à peu près modérée, c'est-à-dire 2-2 litres et demi, mais pas beaucoup plus.
Et l'alcool ?
Ah bah l'alcool, si on peut arrêter, c'est très bien.
De manière générale, mais pour ceux qui boivent un petit peu, qui s'en sont privés pendant la canicule, peuvent reprendre ou pas ?
Disons qu'il faut être réaliste, évidemment le message de santé publique c'est qu'on est vraiment beaucoup mieux sans alcool, je vous assure, tous les patients le disent, quand ils en font l'expérience. Maintenant, raisonnablement, c'est un moment aussi où il faut peut-être un petit peu profiter, se reposer, faire la fête doucement et en se reposant et en prévoyant la suite.
Et le sport ? On s'y remet doucement là aussi ou on attend encore un peu ?
On attend, alors évidemment ça dépend beaucoup de la typologie du sportif. Si c'est déjà en extérieur ou en salle. Exactement, si c'est en salle, si c'est à l'extérieur, ça dépend de notre niveau sportif et ça dépend évidemment de notre état physiologique. On ne se met pas au sport là en se disant tiens il fait un peu frais, je vais commencer à aller courir, ça c'est un piège. Il faut compter là 3-4 jours pour pouvoir se réadapter. Et pendant ce temps, pour un sportif amateur normal qui entretient son corps, il faut considérer que vous êtes à 50% de votre efficacité, de votre performance. Donc pas plus et ne pas forcer, surtout ne pas forcer.
Et il y a certaines personnes aussi qui ont arrêté de prendre leur traitement qui était dangereux pour la santé en cas de canicule. Ils les reprennent tout seuls du jour au lendemain, ils appellent leur médecin, ils font quoi ?
La réponse est dans la question, évidemment il faut appeler son médecin. Ça va toujours bien le disant. Voilà exactement, il ne faut pas faire les choses seul, on n'arrête pas les traitements tout seul. Il y a des traitements qui peuvent effectivement baisser la tension là où la tension baisse déjà, c'est les traitements anti-hypertenseurs. Mais il faut les reprendre, même s'il y a quelques jours d'inertie, parfois on se dit ma tension elle est bonne, je vais continuer à ne pas le prendre. Attention, contactez votre médecin, discutez-en rapidement avec lui.
Vous, vous avez eu plus de patients la semaine dernière liés à cette canicule ?
Tout à fait, il y a deux types, si je peux m'exprimer ainsi. C'est premièrement beaucoup de patients qui m'ont posé des questions sur comment on fait, et puis comment on va faire. Parce qu'on n'est pas sorti... Il y a un besoin de prévention. C'est un répit, mais on a un besoin de prévention pour anticiper. Et puis par ailleurs, malheureusement, depuis jeudi, vendredi, c'est les mauvaises nouvelles. C'est-à-dire beaucoup, beaucoup de personnes qui sont en détresse et beaucoup de personnes hospitalisées, malheureusement, beaucoup de morts.
Vous qui avez donc fondé ce centre Vitruve qui est spécialisé en médecine préventive, on aurait pu faire mieux ?
On peut toujours faire mieux, mais il est toujours délicat de constater qu'on déclenche trop tard les mesures préventives. Là, moi j'appelle un message de ne pas être amnésique, de ne pas sortir de cette crise.
C'est-à-dire que les plans blancs, il fallait les déclencher avant dans les hôpitaux ?
Moi je pense que oui.
En amont ?
Oui, très clairement. Parce qu'on le savait, ça faisait deux semaines qu'effectivement les températures indiquaient qu'il allait avoir une canicule historique. Alors évidemment, on peut toujours mieux faire, on peut toujours revenir en arrière, mais il faut déclencher des préventions. Et pour la semaine prochaine, c'est avant la canicule que, individuellement, chacun, nous devons, nous pouvons agir dans notre logement. Même si c'est des bouilloires thermiques, 30% des Français malheureusement subissent cette conséquence. C'est de s'équiper, de fermer, d'anticiper, de créer des refuges thermiques.
Et puis positivement, moi je voudrais terminer sur une petite note positive, c'est qu'on va se reposer cette semaine, ça c'est très important. Et puis quand même, un des leviers principaux d'aide, c'est le fait d'aller aider son prochain, son voisin, sa voisine. D'être attentif. Et que de faire ça, ça fait plaisir que d'aider quelqu'un.
Merci Adrien Chabosch, médecin généraliste à Paris et donc fondateur du Centre Vitru. Vous étiez l'invité du 5-7.