Quel avenir pour le modèle agricole français ?
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Questions et réponses
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- 2:01OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes d'accord, Véronique Lefloc, avec la philosophie qui a été dépliée, exprimée par le Premier ministre, notamment l'une des premières pesanteurs de notre modèle agricole ?
- 3:20OuverteRéponse partielle
Parmi cette myriade de normes qui pèsent sur les agriculteurs, combien concerne l'environnement et est-ce que ces normes entravent aujourd'hui l'activité des agriculteurs ?
- 5:01FerméeÉludée
Est-ce que vous êtes d'accord avec cette idée selon laquelle trop de normes environnementales, notamment, peste aujourd'hui sur les agriculteurs ?
- 7:11RelanceRéponse directe
C'est ce que vous me demandez, notamment, Véronique Lefloc, que ces normes environnementales s'appliquent d'abord et avant tout aux produits que l'on importe.
- 8:40RelanceRéponse partielle
On pourrait vous opposer, madame, qu'en 2022, c'est un exemple, 11 millions de Français ont reçu au robinet une eau dépassant les seuils autorisés de pesticides, et donc encore que ces chiffres que vous donnez sont encore trop élevés, ne serait-ce même que pour la santé des Français ?
- 10:05FerméeRéponse directe
Les pesticides, c'est tout de même plutôt d'origine agricole ? Vous m'accorderez ça, Aurélie, trouvez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:24InvitéChiffre
« Plus de 200 000 normes s'appliquent à l'agriculture. »
- 5:23InvitéChiffre
« On a 10 000 fermes qui disparaissent chaque année. »
- 5:25InvitéChiffre
« On n'en a plus que 400 000. »
- 6:38InvitéChiffre
« 16% d'agriculteurs pauvres. »
- 9:03InvitéChiffre
« 141 études effectuées entre 2016 et 2018, lesquelles ne montraient dans 26, c'était pardon, 141 échantillons et 29 non conformes. »
- 9:11InvitéChiffre
« Dans ces 29 échantillons non conformes, vous aviez dans 95% des échantillons des produits détergents. »
- 9:20InvitéChiffre
« Vous aviez des médicaments dans 20% des échantillons, et les herbicides dans 25% des échantillons. »
- 8:32InvitéChiffre
« un producteur, à un agriculteur des Pays-Bas, une réduction de 50% quand il épand sur un hectare de terre, 10 000 m2, 12,7 kg de substances actives, alors qu'en France, on n'est qu'à 3,7 kg. »
- 25:14InvitéChiffre
« l'année 2020 était une année où en moyenne toutes fermes confondues les aides de la PAC correspondaient à 98% des revenus mais elle représentait 250% chez nos producteurs d'auvins donc les moutons et 250% chez les producteurs de bovins. »
- 29:54InvitéChiffre
« la filière laitière en France c'était 25 milliards d'euros de chiffre d'affaires on est passé à 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires. »
- 31:02InvitéChiffre
« 250 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans l'agroalimentaire au niveau national placé à 2% ça vous fait 5 milliards d'euros de produits financiers. »
- 29:07InvitéChiffre
« les marges des industriels agroalimentaires elles ont flambé en trois ans de 28 à 48%. »
- 14:54InvitéChiffre
« Dreyfus, Cargill, Bung, Bung et le premier, je ne sais plus. Dreyfus et à eux seuls, les quatre grands américains, les quatre premiers, contrôlent 70% du marché des céréales. »
- 26:07InvitéChiffre
« les quatre leaders en semences contrôlent 60% du chiffre d'affaires mondial les quatre mêmes contrôlent 74% du chiffre d'affaires des produits de traitement. »
- 30:29InvitéChiffre
« qui aujourd'hui peut exporter de la crème à moins de 1 euro de France vers ses filiales l'importer à près de 4 euros certaines années et délocaliser son résultat. »
- 35:18InvitéPromesse
« on avait dit qu'il fallait 20% de produits bio dans les cantines »
- 35:20InvitéChiffre
« on est à 8% »
- 37:00InvitéChiffre
« on évalue ça à 200 postes »
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Alors que les électeurs des chambres d'agriculture sont appelés aux urnes, François Bayrou a dit hier sa volonté, dans son discours de politique générale, de réduire le poids des normes et des contrôles sur les usagers. Entre le poids des normes qui pèsent sur le quotidien des agriculteurs et l'urgence, l'impératif écologique, environnemental, quel modèle agricole dessiner pour l'avenir, pour en discuter, pour en débattre surtout. Deux invités ce soir, Véronique Lefloc, bonsoir. Bonsoir.
Vous êtes éleveuse laitière dans le Finistère, présidente du syndicat agricole coordination rurale et vous êtes la co-autrice avec Michel Onfray de cet ouvrage intitulé « Entendez-vous dans nos campagnes » une série d'entretiens qui a paru aux éditions du Plénitre. Face à vous, Aurélie Trouvé, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes ingénieure agronome, députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis et vous êtes présidente de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Merci à vous deux d'être présentes ce soir dans « Questions du soir ». Pour notre agriculture, le principal enjeu aujourd'hui est celui de l'égalité des armes. A l'intérieur même de l'Europe, on impose à nos agriculteurs des normes et des obligations qui ne sont pas imposées à nos voisins européens et je ne parle même pas de ceux qui sont très au-delà de nos frontières, en particulier en Amérique du Sud et la question est évidemment celui de l'accord avec le Mercosur.
Je m'engage à ceci, c'est que pour les entreprises agricoles comme pour les entreprises et les familles, nous remettions en question les pyramides de normes en donnant l'initiative aux usagers. Ceux que l'on contrôle doivent avoir leur mot à dire sur les contrôles et s'il faut des remises en cause, nous les conduirons avec eux dans un temps bref. Un extrait du discours de politique générale prononcé hier par le Premier ministre François Bayrou. Est-ce que vous êtes d'accord, Véronique Lefloc, avec la philosophie qui a été dépliée, exprimée par le Premier ministre, notamment l'une des premières pesanteurs de notre modèle agricole ?
Ce sont les normes et cet ensemble d'obligations qui pèsent sur les agriculteurs.
Eh bien, je pense que tous les Français aujourd'hui l'ont entendu au moins une fois sur cette dernière année. Plus de 200 000 normes s'appliquent à l'agriculture. Donc je pense que les agriculteurs aujourd'hui ne savent plus s'ils sont dans les clous ou pas. Ça change très rapidement, ça évolue et ceux qui font les normes changent aussi. Donc bien sûr qu'il faut une simplification et c'était un des sujets qu'on a abordé avec lui ce lundi. Dans tous les cas, il s'est engagé à ce que les normes, la réglementation française s'alignent sur la réglementation européenne. Et c'est ce qu'il dit.
Ce n'est pas normal qu'entre États membres, on ait des distorsions et que, pire que ça, on fasse venir des produits venant d'ailleurs qui ne correspondent pas à nos normes.
On va revenir sur le sujet que vous évoquez en creux, celui de la transposition des normes et des directives européennes. Mais avant cela, Véronique Lefloc, parmi cette myriade de normes qui pèsent sur les agriculteurs, combien concerne l'environnement et est-ce que ces normes entravent aujourd'hui l'activité des agriculteurs ?
Eh bien juste dire que la politique agricole commune qui a été révisée en 1992 et qui a vu la naissance de la coordination rurale était au départ une politique visant à maintenir les prix accessibles pour les consommateurs et du coup à un niveau faible pour les industriels pour notamment pouvoir aller à l'export. En contrepartie, les agriculteurs percevaient des compensations et ces compensations n'ont fait que diminuer avec le temps. Par contre, toutes les exigences qui étaient mises en face n'ont fait qu'augmenter avec une complexité puisque tous les cinq ans, en gros, on révise la politique agricole commune.
Et ce n'est même pas tous les cinq ans puisque la politique de 2023 vient de démarrer que nous sommes déjà en train de se préparer pour la prochaine politique. Et à chaque fois, nous rajoutons des normes, les bonnes conduites agro-environnementales qui peuvent concerner les prairies avec des objectifs qui se mesurent en pourcentage. Et par exemple, si je prends les prairies, on ne peut pas les retourner pour mettre une culture alors même que ce serait le choix de l'agriculteur parce que soit il a moins d'animaux, soit ça lui permettra de repartir sur une nouvelle prairie. Eh bien, écoutez, ça n'est pas possible dans certaines zones où il y a beaucoup d'élevage.
Or, même en retournant certaines prairies, eh bien, vous resterez avec une majorité de prairies dans votre région. Donc, ça ne colle pas.
Aurélie Trouvé, est-ce que vous êtes d'accord avec cette idée selon laquelle trop de normes environnementales, notamment, peste aujourd'hui sur les agriculteurs ?
En fait, je vais repartir du constable pour vous montrer qu'en fait, le problème central n'est pas la question des normes environnementales. Il faut savoir qu'on est quand même à un moment charnière où se joue la survie même de l'agriculture familiale en France. On a 10 000 fermes qui disparaissent chaque année. On n'en a plus que 400 000. Elles sont de plus en plus grandes, de plus en plus endettées. Et arrivera un moment, et c'est déjà le cas d'une partie des fermes, où elles ne peuvent plus être prises par la famille. Ou dans un cadre familial, elles ne peuvent être prises de plus en plus que par des firmes. Et c'est ça qui arrive d'ailleurs dans un tas d'autres pays. D'accord ?
Et je crois que les citoyens français tiennent à cette agriculture familiale, mais aussi à une alimentation saine, locale, etc. Et c'est ça qu'il faut qu'on reconstruise. Donc, en fait, le discours de François Bayrou, pour moi, hier, a comporté la même lâcheté et la même idéologie néolibérale que tous ses prédécesseurs. Voilà. Sur le sujet agricole, d'ailleurs, comme sur le reste. Et en ce qui concerne l'agriculture, je vais vous dire le problème. Les agriculteurs, et je pense qu'on sera d'accord là-dessus, Madame Lefloc, les agriculteurs veulent faire la transition agroécologique. Seulement, on ne leur en donne ni les moyens, d'accord, de protection, ni les aides. Il n'y a pas les moyens.
Par exemple, il y a quelques années, encore un ministre de l'Agriculture sous Macron a supprimé toutes les aides au maintien en bio. Voilà. Il n'y a pas les moyens. Il n'y a pas de prix rémunérateur garanti. Donc, toutes les multinationales font pression pour faire des prix les plus faibles possibles. Donc, ils ne vivent pas pour un certain nombre correctement. Les agriculteurs, il y a 16% d'agriculteurs pauvres, d'accord ? Et c'est vrai qu'on leur demande en même temps de respecter certaines normes.
Donc, moi, je vous le dis, en tout cas, nous, ce qu'on dit dans la France insoumise et le Nouveau Front Popière, ce qu'on dit, c'est qu'en même temps, on doit avoir des normes écologiques, agroécologiques exigeantes, ambitieuses. Mais il faut que les agriculteurs puissent le faire. Donc, on ne doit pas importer de produits qui ne respectent pas ces normes en France. C'est-à-dire que si on impose une norme en France, alors tout produit importé doit la respecter. Et ça, c'est le contrat de base qu'on devrait avoir avec les agriculteurs.
C'est ce que vous me demandez, notamment, Véronique Lefloc, que ces normes environnementales s'appliquent d'abord et avant tout aux produits que l'on importe.
Eh bien, tout à fait. Le problème, c'est que dans l'environnement, il y a deux choses. Il y a l'environnement, la nature que l'on entretient. Les agriculteurs sont les seuls à faire de l'écologie appliquée. Et d'ailleurs, le Premier ministre François Béroux a bien dit que les agriculteurs étaient les meilleurs connaisseurs et défenseurs de la nature. Ça, il l'a dit. Il sait d'où il vient. Maintenant, l'environnement, justement, entretenir les haies, entretenir les rivières, mais tout ça, on sait faire. C'est foutez-nous la paix. Ça, c'est du bon sens. Après, ce qu'on pourrait nous reprocher, c'est justement l'utilisation des produits phytosanitaires.
Et là-dessus, tout le monde considère les agriculteurs comme des délinquants. Or, toutes les utilisations de ces produits pour les soins de nos plantes ou de nos animaux n'ont fait que diminuer. Et même si on dépend d'une politique agricole française, mais aussi européenne, laquelle inclut le Green Deal, via laquelle on nous oblige ou on vise une réduction de 50% de nos produits phytosanitaires, donc de nos soins des plantes, eh bien, ce n'est pas la même chose de demander à un producteur, à un agriculteur des Pays-Bas, une réduction de 50% quand il épand sur un hectare de terre, 10 000 m2, 12,7 kg de substances actives, alors qu'en France, on n'est qu'à 3,7 kg.
Donc voilà ce qui va tuer l'agriculture.
Je me permets juste de vous couper sur ce point. On pourrait vous opposer, madame, qu'en 2022, c'est un exemple, 11 millions de Français ont reçu au robinet une eau dépassant les seuils autorisés de pesticides, et donc encore que ces chiffres que vous donnez sont encore trop élevés, ne serait-ce même que pour la santé des Français ?
Alors moi, je m'appuierai sur d'autres études, 141 études effectuées entre 2016 et 2018, lesquelles ne montraient dans 26, c'était pardon, 141 échantillons et 29 non conformes. Dans ces 29 échantillons non conformes, vous aviez dans 95% des échantillons des produits détergents. Vous aviez des médicaments dans 20% des échantillons, et les herbicides dans 25% des échantillons. Donc oui, on peut en trouver, mais là encore, il faut arrêter de dire que toutes les pollutions que l'on peut trouver seraient d'origine agricole, parce que vous avez des métabolites qui sont communs avec d'autres produits.
Je prends par exemple le métabolite du glyphosate, qui est l'AMPA, on le retrouve aussi dans les lessives. Et on regarde la concordance et les différences que donnent les études scientifiques en Europe et aux Etats-Unis, pour justement le prouver.
Les pesticides, c'est tout de même plutôt d'origine agricole ? Vous m'accorderez ça, Aurélie, trouvez ?
1500 pesticides dans une maison. Moi, je ne fais pas le même constat, mais là, c'est scientifique. C'est-à-dire qu'on a bien, selon les indicateurs, évidemment, on peut avoir des débats, mais clairement, on n'a pas de baisse réelle de l'utilisation des produits phytosanitaires depuis 15 ans. Et encore moins quand on prend, par exemple, les herbicides. Bon, par ailleurs, et alors sachant qu'on avait un objectif de baisse de 50% de ces produits phytos il y a 15 ans, quoi. Donc, autant vous dire qu'on n'est absolument pas dans cette trajectoire. On a une baisse des prairies, des surfaces en prairie en France depuis maintenant 30 ans, et même plus que ça depuis 50 ans petit à petit.
Une baisse, on a de moins en moins de haies. On a de moins en moins de zones humides. On a eu un effondrement même de la biodiversité dans les champs agricoles. On a une spécialisation aussi, une concentration des activités agricoles. Par exemple, l'élevage dans le Grand Ouest, ce qui fait une pression sur les effluents d'élevage, si vous voulez, en fumier, en lisier, ce qui fait notamment des taux de concentration. On a du mal maintenant à respecter les directives européennes, notamment sur les nitrates, par exemple. Mais encore une fois, moi, je ne blâme pas les agriculteurs, en fait.
Ce que je dis, c'est qu'il faut opérer davantage cette transition agroécologique, mais que, malheureusement, l'État n'en donne pas les moyens aux agriculteurs. Donc, il faut qu'ils puissent la faire. Mais comment est-ce qu'on les accompagne, justement, ces agriculteurs ?
Comment l'État agit dans ce sens ?
Ce que je dis, ce qu'on dit avec mon groupe parlementaire, mais ce que disent aussi bien des agronomes, des agroéconomistes, etc., c'est qu'il faut qu'on mette en place des contrats de transition agroécologique avec des aides substantielles qui permettent, sur le long terme, sur 5, sur 10, sur 15 ans, parce que ça prend du temps de faire la conversion. Quand on met de l'argent, par exemple, on a aidé des agriculteurs, on leur a dit, passez en bio. Et aujourd'hui, les prix en bio s'effondrent. D'accord ? Et donc, ceux qui sont en bio maintenant vendent moins cher leur lait que ceux qui sont en lait standard. Enfin, c'est inadmissible. C'est vraiment... Et c'est quoi ?
L'État ne tient pas son contrat, en fait. Voilà. Et c'est inadmissible que les prix ne rémunèrent pas correctement les agriculteurs, qu'on laisse faire les multinationales et les pressurer. Et donc, on ne peut pas dire aux agriculteurs, en fait, c'est de votre faute. C'est la faute des gouvernements successifs qui n'en donnent pas les moyens, en matière de soutien et en matière de protection aux frontières. Je vais finir juste sur l'accord avec le Mercosur, parce que c'était dans le discours qu'on vient d'entendre...
De François Bayrou.
... du Premier ministre. Il faut savoir qu'à aucun moment, le président Macron, depuis 7 ans, ne s'est réellement opposé à cet accord. Il n'a jamais retiré la France des négociations. Et aujourd'hui, on a voulu nous faire voter une résolution. Alors, je le dis, on ne l'a pas voté à France Insoumise, parce qu'il est dit, nous ne sommes pas pour cet accord en l'État. Mais nous ne sommes pas d'accord du tout avec le traité avec... À aucun moment, en détruisant les droits de douane avec le Brésil ou l'Argentine, les agriculteurs ne s'en sortiront.
C'est des usines d'élevage à plusieurs dizaines de milliers de bêtes, avec des bêtes qui ont été pour beaucoup traitées aux hormones de croissance, qui sont nourrées avec du soja OGM que nous n'avons pas ici. Donc, comment vous voulez que les éleveurs ici tiennent le coup ? Alors, donc, on ne peut pas en même temps leur demander d'être ambitieux sur le plan agroécologique et puis les confronter à une telle concurrence déloyale.
Alors, vous avez parlé à l'unisson sur ce sujet du Mercosur, mais Véronique Lefloc, sur le sujet de l'accompagnement de l'État dans cette transition agroécologique, est-ce qu'effectivement, comme l'explique Aurélie Trouvé, l'État manque à son devoir en manquant d'accompagner les agriculteurs dans ce domaine ?
Alors, nous, à la coordination rurale, on aimerait justement faire cette transition que l'on fait déjà depuis qu'on existe. La coordination rurale est inscrite dans beaucoup d'agronomie, dans ce qu'on appelle le non-labour semi-direct, pour justement ne pas retourner nos terres, libérer le carbone, puisque c'est un grand puits de carbone, ou nos terres sont un grand puits de carbone. Mais si on avait des prix rémunérateurs, si on n'était pas rentré dans cette politique agricole en 92, jamais on ne serait rentré sous dominance de l'Europe, avec aujourd'hui des exigences qui sont aussi diverses qu'il n'y a d'États membres.
Quand vous voyez que la politique agricole commune est de moins en moins commune, qu'elle s'est renationalisée, que les documents au niveau européen faisaient 1800 pages, qu'elle inclut toujours les importations et les obligations de respecter les accords qu'on a avec les États-Unis pour faire entrer des protéines, alors que dans nos rotations, on devrait faire plus de protéines pour avoir un meilleur équilibre. Parce qu'avec cet accord de Mercosur, quand on sait qu'on a face à nous ce qu'on appelle les ABCD, Dreyfus, Cargill, Bung, Bung et le premier, je ne sais plus. Dreyfus et à eux seuls, les quatre grands américains, les quatre premiers, contrôlent 70% du marché des céréales.
Ce n'est que de la spéculation, ce marché. Donc ils vont venir ici et ils vont nous concurrencer. Et demain, même nous, la France, qui est une grande force au niveau de ces céréales à l'export, eh bien nous serons peut-être plus grand-chose. Et demain, si nous avons les États-Unis qui préfèrent orienter leur soja, leurs protéines vers la Chine ou vers d'autres États, notamment vers les BRICS, eh bien nous, comment on va faire les Européens quand on n'aura pas mis en place cette culture de protéines qui, dans nos rotations, devraient poser pour 30 à 35%. Or, aujourd'hui, en Europe, elles ne pèsent que pour 15%. Et aux États-Unis, au Brésil, c'est 65% de la seule.
Mais donc, j'en reviens, on aurait l'y trouvé au sujet des normes environnementales. Est-ce que le problème, c'est l'inflation de ces normes environnementales ou le fait qu'ailleurs, dans d'autres pays, ces règles-là ne sont pas suivies ? Est-ce que le problème, c'est le commerce international et ces règles ou c'est l'inflation des normes qu'on impose aux agriculteurs ?
Il y a deux problèmes. Il y a le fait, je veux dire, ce n'est pas simple, ce n'est pas l'un ou l'autre. Donc, il y a évidemment la concurrence déloyale, je l'ai dit. Et ensuite, il y a le problème que, par manque de soutien à la transition agroécologique suffisant, eh bien du coup, les agriculteurs ne voient que les normes, ne voient que le bâton et pas la carotte, si je puis dire. Et je pense qu'il faut arrêter de ne s'y prendre que par des normes, des interdits, etc. Et qu'il faut absolument, par ailleurs, de ces fameux contrats sur 5, sur 10, sur 15 ans, pour accompagner les agriculteurs et faire cette transition. Et c'est vrai que ça demande un changement de système.
Moi, je vais rebondir sur ce que dit Madame Le Fox. En fait, je prends l'exemple, d'abord, ça demande souvent de la polyculture élevage, ou en tout cas d'avoir dans le même territoire de l'élevage et des céréales. Ce n'est pas rien, mais ça permet d'utiliser le fumier pour fertiliser les cultures et, d'autre part, d'avoir les cultures pour nourrir le bétail et ne pas aller chercher de l'alimentation animale à 300 kilomètres. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc ça, par exemple, c'est un changement complet de modèle agricole.
Le fait d'avoir des cultures aussi qui fassent des rotations diversifiées sur 5, sur 10 ans pour permettre intelligemment à la terre de se régénérer et d'avoir moins de produits phytosanitaires. Bon, tout ça, ce que moi, j'appelle une agriculture économe-autonome, donc elle est plus économe en intrants, en intrants chimiques, en machines. Elle utilise plus de main-d'œuvre. Elle est plus autonome aussi vis-à-vis de l'agro-fourniture, vis-à-vis de l'agro-alimentaire, etc.
Pour ça, il faut bâtir des coopératifs, par exemple, parce que si vous faites du lin, du chanvre, et que vous n'avez pas de la collecte et une cuma avec les machines, si vous voulez, en association, et si vous n'avez pas les silos pour emmagasiner tout ça, ça ne marche pas. Donc, il faut en plus reconstruire toutes les filières. Donc, c'est pour ça que je vous dis, il faut de la planification aussi agricole. Alors, on a un Premier ministre qui a été commissaire au plan pendant 4 ans. On n'a pas vu l'ombre d'un plan vraiment agricole, mais moi, je le dis, on a besoin aujourd'hui de planification pour faire cette planification agroécologique.
Véronique Leflocq, récemment, les locaux de l'Office français de la biodiversité, l'OFB, ont été saccagés par des membres de la coordination rurale, votre syndicat. Comment est-ce que vous réagissez à cela ? Comment est-ce que vous l'expliquez, même peut-être ?
Eh bien, écoutez, même le Premier ministre, hier, qui ne connaissait pas la signification de OFB, autant il a deviné, Office français, il manquait le B.
Office français de la biodiversité, d'un mot, on dit quand même que c'est un office qui exerce des pouvoirs de police pour faire respecter, justement, les normes relatives à l'eau, aux espaces naturels, à la flore, à la faune sauvage, à la chasse et à la pêche.
Alors, justement, l'Office français, l'OFB, a remplacé l'ANEMA et l'Office, l'ONCFS, l'Office national de la faune sauvage et de la chasse. Auparavant, ces agents n'étaient pas armés, ils intervenaient et s'il y avait un délit constaté, ou que ce soit, ils intervenaient en présence des gendarmes. Et c'est ça qui convient. Il n'y a pas lieu d'avoir toute cette force, cette force armée, qui d'ailleurs coûte près de 700 millions d'euros à la France, qui emploie plusieurs milliers d'agents et tout cela a étonné François Bayrou.
Parce qu'aujourd'hui, pour bien qu'on comprenne, les personnes qui viennent sur le terrain vérifier que les normes sont bien appliquées auprès des agriculteurs sont armées.
Sont armées et il y a eu une circulaire qui était sortie il y a quelques années pour justement les encourager à verbaliser, notamment les agriculteurs, pour faire rentrer aussi l'argent dans les caisses. Donc, ça devient invivable pour les agriculteurs, surtout que ces contrôleurs ou ces inspecteurs ne sont pas forcément plus connaisseurs que le sont les agriculteurs. Je peux vous parler d'un contrôle où justement on reprochait à un agriculteur la mauvaise taille de ses haies. L'agriculteur a envoyé avec lui le contrôleur pour aller voir une haie chez un voisin et le contrôleur a reconnu que cette haie du voisin était bien entretenue.
Ils ont compté les nids sur un linéaire il y avait trois nids. Ils sont retournés chez l'agriculteur contrôlé sur le même linéaire il y avait 32 nids. Donc, je pense qu'ils n'ont pas forcément les compétences et qu'ils sont eux aussi livrés à eux-mêmes tant qu'ils arrivent à faire peur et nous, on n'a pas que ça à faire. Nous, on crée de la valeur, on cherche à nourrir et à assurer la souveraineté alimentaire.
Et de la saccager des locaux donc ?
Écoutez, ça veut dire qu'il y avait des agriculteurs qui étaient à bout et dans ce secteur vous avez notamment la présence du loup et cette prédation qu'on laisse aujourd'hui faire nous montre que finalement entre l'agriculteur et ses animaux on a fait le choix du loup.
On aurait dû trouver qu'est-ce que ça raconte cette défiance latente importante entre certains agriculteurs et l'Office français de la biodiversité. Je précise d'ailleurs qu'une circulaire a exigé un port d'armes discret auprès des agents de l'OFB.
D'abord, je voudrais dire et là je le dis en tant que président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée et je pense que c'est partagé par mes collègues ce n'est pas acceptable pour moi de s'en prendre à des agents de l'État ou même à des élus d'ailleurs puisque j'ai eu des collègues qui ont en tout cas par divers syndicats je ne dis pas que c'est la coordination rurale mais des collègues aussi qui ont vu leur antenne parlementaire parfois endommagée d'accord ? Je dis que ça ce n'est pas acceptable.
Maintenant je peux comprendre la colère des agriculteurs par ailleurs mais je pense que pour moi je le dis je pense que les normes environnementales ont bon dos et que malheureusement la cible ne devrait pas être celle-là la cible devrait être cet accord de libre-échange avec le Mercosur même si je sais que ça fait partie de vos cibles la cible ça devrait être ces gouvernements qui alors qu'on a une majorité à l'Assemblée nationale pour les voter et qu'on l'a même voté il y a six mois ne mettent toujours pas en oeuvre des prix rémunérateurs garantis minimum pour les agriculteurs voilà alors qu'on l'a voté à l'Assemblée nationale il y a quelques mois quand même à notre initiative pas l'initiative du gouvernement alors qu'on pourrait avoir un gouvernement qui dit maintenant voilà on va mettre des aides pour avoir des cantines 100% locales avec des produits de qualité bio etc.
Comment se fait-il que la plupart du poulet dans les restaurants dans les restaurants les cantines publiques soient importés voilà et moi c'est ça la cible et encore une fois je dis les normes environnementales pour autant et je finis là-dessus il est clair et pour avoir beaucoup travaillé sur la politique agricole commune il est clair en même temps que cette espèce de technocratie bruxelloise en matière de politique agricole commune fait qu'aujourd'hui pour un agriculteur ça devient quasiment impossible de remplir son dossier PAC c'est devenu mais vraiment de politique agricole commune c'est devenu un truc où en fait un agriculteur devrait passer plusieurs heures par semaine pour comprendre quelque chose mais moi-même je vais vous dire j'étais prof pendant 20 ans sur la PAC je formais des gens qui après sont gestionnaires dans les chambres sur la PAC et bien moi-même j'ai du mal à chaque réforme à comprendre ce qui se passe dans la PAC je veux dire c'est vraiment ahurissant c'est un système c'est une véritable usine à gaz parce qu'il y a toute la technocratie bruxelloise et donc je le dis aussi et je finirai là-dessus et vous en avez parlé Madame Le Focke la PAC est devenue une usine à gaz qui n'a plus aucune légitimité avec des aides certes nécessaires sinon les agriculteurs ne tiennent pas mais c'est des aides au capital foncier qui n'ont plus rien à voir ni avec les revenus ni avec les services environnementaux ni avec rien du tout et donc qui n'ont ni queue ni tête par contre il n'y a plus de régulation de marché il n'y a plus de régulation de prix il n'y a plus de régulation de frontières
si je peux me permettre juste de défendre ne serait-ce qu'un tout petit peu la PAC c'est quand même elle qui permet largement de soutenir une bonne part de nos agriculteurs tout de même Véronique Le Flocke
alors déjà
malgré sa complexité
alors tout à fait juste dire quand même que la violence des agriculteurs leur colère elle n'est pas dans leurs actes quand ils sont sur les rues alors la violence dans les fermes c'est ce mal-être ce sont ces suicides c'est ce côté insupportable et tous ces enfants qui finalement vont vivre avec ça parce que justement ils auront perdu un être cher parce qu'il ne gagnait pas sa vie parce qu'il travaillait 70 heures dans la semaine donc cette complexité de la PAC et je ne sais plus la question
la légitimité de la PAC se fonde tout de même sur le fait qu'elle aide une large part du système agricole français qui lui permet de surnager
alors l'année 2020 était une année où en moyenne toutes fermes confondues les aides de la PAC correspondaient à 98% des revenus mais elle représentait 250% chez nos producteurs d'auvins donc les moutons et 250% chez les producteurs de bovins ceux-là même qui entretiennent l'environnement ils stockent du carbone mais juste pour rebondir à ce que dit Aurélie Trouvé on ne cherche pas forcément à avoir des aides financières pour relancer l'agriculture pour faire cette transition les anciens vous diraient le problème en agriculture c'est cette mondialisation ce sont tous ces oligopoles toutes ces multinationales et je vous invite à lire le livre de Bertrand Valliorg l'agriculture à l'heure de l'anthropocène et il y parle notamment des semences avec les quatre leaders mondiaux comme je vous parlais tout à l'heure des ABCD les quatre leaders en semences contrôlent 60% du chiffre d'affaires mondial les quatre mêmes contrôlent 74% du chiffre d'affaires des produits de traitement on vous vend la plante et on vous vend son traitement et beaucoup d'agriculteurs vous diraient mais les variétés de blé renant n'étaient jamais malades vous avez aussi une résistance de la part d'agriculteurs je crois que c'est dans les Ardennes en tout cas c'est dans le Grand Est qui justement sont en résistance ils ont pris une variété un cépage de vigne qui s'appelle Noah qui est interdit un cépage qui est interdit en France depuis 1934 alors que justement il était résistant aux maladies au gel et il réclamait peu d'eau voilà ce à quoi cette concentration cette mondialisation et tout cela qu'on laisse faire tue l'agriculture
je voudrais qu'on dise un mot Aurélie Trouvé de la loi d'orientation agricole dont vous aurez notamment la charge ou un regard de proximité dans les semaines qui viennent
ce projet de loi
pour l'instant sera examiné à partir du 4 février au Sénat que prévoit-il alors qu'il est ?
alors justement pas de réponse en fait au problème essentiel qui est quand même que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail et ça fait le lien d'ailleurs avec les aides de la PAC certes c'est vrai que si vous enlevez les aides de la PAC alors là par exemple les bovins à l'étang qui font l'essentiel des prairies en France soit dit en passant quand même donc c'est à dire ceux qui produisent enfin qui élèvent des animaux pour la viande bon il faut savoir quand même que c'est l'essentiel des prairies en France donc si vous faites couler le bovin à l'étang vous avez quasiment plus de prairie il reste peut-être un peu sèche pour le lait puisque vous êtes éleveuse laitière voilà et donc ce que je veux dire c'est qu'évidemment ça permet de maintenir un peu la tête hors de l'eau mais je vais vous dire les agriculteurs ne veulent pas vivre des aides ils veulent vivre de prix rémunérateurs pourquoi on a besoin de ces aides de la PAC parce qu'on a des prix qui sont inacceptables qui sont beaucoup trop faibles et à qui profitent ces prix vous croyez puisque Véronique Lefloc vous êtes éleveuse laitière je veux dire alors je ne sais pas qui vous livrez à qui vous livrez votre lait mais quand le lait il est livré aussi peu cher en fait à qui ça profite à Lactalis par exemple qui fait un quart de la collecte de lait en France donc vous portez du doigt
les distributeurs
là les transformateurs laitiers qui est la première multinationale mondiale de lait et quand vous n'avez pas de régulation de marché aucune régulation de prix que vous avez la première multinationale mondiale de lait qui en fait négocie un à un avec chaque éleveur parce que c'est ça qui se passe en réalité parce que les agriculteurs les éleveurs ont du mal à s'organiser c'est compliqué et bien qui à votre avis est-ce que vous croyez vraiment que c'est un rapport de force égale donc ce qui se passe c'est qu'ils sont pressurés avec des prix les plus faibles possibles Actalis s'en met plein les poches enfin je le dis c'est une famille baignée qui est une des premières fortunes de France les marges des industriels agroalimentaires elles ont flambé en trois ans de 28 à 48% c'est une honte voilà je le dis et donc aujourd'hui on a alors je dis pas c'est pas les salariés par ailleurs des industriels agroalimentaires qui s'en mettent plein les poches c'est leurs actionnaires leurs grands propriétaires sur le dos des agriculteurs pourquoi ?
parce qu'on ne veut pas réguler vous comprenez la libre concurrence pure et parfaite bah non c'est pas de la concurrence pure et parfaite c'est la loi du plus fort
vous êtes d'accord avec cette idée Véronique Lefloc le problème du prix en agriculture il se loge dans ce segment intermédiaire parmi les distributeurs les transformateurs les industriels
alors je dirais que les deux sont en profit puisque mais surtout nous on vise essentiellement les industriels parce que c'est à eux que nous vendons nos produits du moins quand on est en filière longue si je reprends l'exemple du lait en 2010 la filière laitière en France c'était 25 milliards d'euros de chiffre d'affaires on est passé à 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires et on ne sait pas s'ils sont inclus là dedans toutes les valorisations des coproduits de la cosmétique des protéines du lait qui vont aller ailleurs donc tout ça c'est de la valorisation qui échappe aux agriculteurs elle échappe aux agriculteurs parce que c'est ce que j'ai expliqué tout à l'heure la politique agricole commune a maintenu les prix dans nos fermes bas nos industriels n'ont pas eu à nous payer ils se sont développés à l'international comme l'actalis qui aujourd'hui est présent dans 51 pays qui aujourd'hui peut exporter de la crème à moins de 1 euro de France vers ses filiales l'importer à près de 4 euros certaines années et délocaliser son résultat voilà le type de pratique mais les grandes surfaces ne sont pas en reste parce que quand Aurélie trouvait ou vous vous faites vos courses vous payez content mais le distributeur il fait quoi ?
il paye tous nos produits alimentaires à 30 jours et les autres produits à 60 jours donc si vous avez 250 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans l'agroalimentaire au niveau national placé à 2% ça vous fait 5 milliards d'euros de produits financiers et donc j'invite la députée Aurélie Trouvé à proposer une imposition telle que la flat tax de ce chiffre d'affaires du moins pour les grandes surfaces au-delà d'une certaine surface
et bien je crois que la députée Aurélie Trouvé vous a entendu en tout cas elle vous a parfaitement écouté je voudrais vous faire entendre vous Louise Denis elle a 32 ans elle est candidate à la chambre d'agriculture
je suis Louise Denis j'ai 32 ans deux enfants et je suis mariée je suis installée depuis le 1er mars 2023 sur une exploitation laitière et céréalière à Bernier-le-Patrie dans le Calvados alors j'ai toujours eu l'envie de m'investir dans les associations que ce soit culturelles ou même dans les jeunes agriculteurs et tout ce qui tourne autour de l'agriculture et naturellement quand on est venu me parler des élections chambres je trouvais ça logique et naturel pour moi de pouvoir être sur le terrain pour défendre notre métier auprès du consommateur des politiques et je suis également fille d'agriculteur mes parents étaient producteurs de lait dans le Pas-de-Calais oui ça a toujours été un rêve pour moi d'être agricultrice
Louise Denis est éleveuse laitière dans le Calvados et je l'ai dit les électeurs des chambres d'agriculture sont appelés aux urnes à partir d'aujourd'hui Véronique Lefloc quels sont l'enjeu les enjeux les défis aussi de ces élections mal connues des français
alors déjà bravo à Louise Denis de s'être installée et puis d'avoir de partager avec moi et tous les autres agriculteurs en France cette passion alors les enjeux de ces élections de chambres d'agriculture c'est déjà un référendum pour chacun des agriculteurs qui cette fois-ci doit se sentir concerné si on continue à voter alors qu'on est tous en train de se plaindre et qu'on continue à voter pour le même système alors moi je ne comprends plus ce système d'agriculture de plus en plus industrialisé sous les mains de l'agro-industrie tourné vers l'export qui favorise du coup des importations d'autres produits bientôt financiarisés demain des exploitations qui ne seront plus reprises et que vous finirez par perdre donc et bien si on veut changer de modèle il faut que des syndicats ou la coordination rurale qui a vocation à devenir majoritaire puisse peser avec 40-50 chambres parce que c'est justement en pouvant imposer un rapport de force qu'on pourra justement faire en sorte qu'on intervienne sur la loi d'orientation agricole et bien d'autres lois pour qu'il y ait un grand tournant qui soit pris et qu'on arrête d'aller dans le mur
Aurélie trouvez-vous comme député de la nation comment est-ce que vous observez justement ces élections si particulières que sont les élections des chambres d'agriculture
je vous parle comme président de la commission d'affaires économiques je n'ai pas à prendre partie non l'idée c'est pas à prendre partie c'est comment vous les observez par contre évidemment elles sont extrêmement importantes puisque les chambres d'agriculture ont un rôle important je le dis aussi qu'on a un besoin aujourd'hui à la fois de donner davantage de moyens à mon avis aux chambres d'agriculture mais aussi à travailler sur le fait qu'à mon avis elles représentent encore mieux la diversité syndicale puisqu'on en reparlera mais il y a une petite prime on va dire en matière de siège dans les chambres données aux syndicats arrivés en tête qui représentent plus que la proportionnelle bref tout ça pour dire qu'il y a aussi des je pense à avancer sur ce dossier là j'en profite pour répondre à deux petites questions j'ai pas eu le temps d'y répondre sur la loi d'orientation agricole je dis juste que pour moi elle est beaucoup trop vide il n'y a pas grand chose dedans on partage et aussi je rejoins je dis juste
d'un mot que l'idée de ce texte là c'est de transposer les promesses qui avaient été faites notamment par le gouvernement Attal il y a près d'un an maintenant
en fait ça ne permet pas d'avoir des prix rémunérateurs ça ne permet pas d'avoir davantage de débouchés par exemple moi je souhaite par exemple que chaque enfant en France puisse manger à la cantine de manière avec des produits locaux des produits bio de qualité etc on avait dit qu'il fallait 20% de produits bio dans les cantines on est à 8% on devrait avoir par exemple aujourd'hui une aide importante à toutes les collectivités locales conditionnées au fait que leur cantine soit 100% locale bio etc pourquoi les cantines qui sont des cantines publiques pourquoi elles servent essentiellement à importer des produits étrangers de mauvaise qualité on passe complètement à côté du sujet alors que vraiment il y a des solutions politiques pour aider les agriculteurs tout en permettant une meilleure alimentation moi je dis j'aimerais que chaque enfant en France et là je dis comme députée de Saint-Serny puisse manger bio et sain à la cantine c'est essentiel pour la croissance des enfants je veux dire il n'y a aucun parent aujourd'hui qui aime que leurs enfants enfin qui a envie que tous les parents veulent que leurs enfants mangent bio sans pesticides moins une fois dans la journée et local surtout et redécouvre les goûts aussi et le plaisir de manger sain et de manger de qualité
Véronique Lefloc en quelques mots votre analyse et vos attentes plus encore on l'aura compris sur cette loi d'orientation agricole
et bien faire en sorte qu'un jeune qui souhaite s'installer en attendant la promulgation de cette loi se dise oui ça m'a permis d'avoir ça ça ça ce que ça a changé ça a changé ce que ça lui a apporté en plus je suis désolée je suis fatiguée
au cœur de cette loi il y a par exemple un guichet unique pour permettre de faciliter les démarches administratives de tout nouvel agriculteur agriculteur qui s'installe
et bien écoutez c'est normalement ce qui existe déjà puisqu'il a le point info accueil au niveau des chambres d'agriculture tout ça ce sont en fait des structures pour créer des emplois alors avec les moyens qui seraient mis en face on évalue ça à 200 postes donc 2 postes par département si on vise à installer au moins 100 jeunes par département donc ils vont traiter les dossiers très très rapidement donc aucune efficacité donc aucune utilité
je vous remercie à toutes les deux de ce débat de cette discussion sur le modèle agricole français sur son avenir Véronique Lefloc je rappelle que vous êtes éleveuse laitière dans le Finistère présidente du syndicat agricole coordination rurale vous faites paraître avec Michel Onfray cet ouvrage intitulé Entendez-vous dans nos campagnes c'est une série d'entretiens paru aux éditions du Plénitre et Aurélie Trouz vous êtes ingénieure agronome députée la France insoumise de Seine-Saint-Denis et présidente de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale merci à toutes les deux