Que proposent Fabien Roussel, Nicolas Dupont-Aignan et Anne Hidalgo sur le climat ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est un thème qu'on a peu entendu dans la campagne présidentielle, l'environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Et pourtant, il est plus que temps d'agir, c'est encore ce que nous dit le GIEC dans un rapport publié hier. Alors, qu'en disent les candidats ? Voici trois points de vue. On commence par un soutien d'Anne Hidalgo, le climatologue Jean Jouzel, qui a fait partie du GIEC.
Ce rapport est dans la continuité des précédents rapports. Mais à force de dire qu'il y a urgence, l'urgence est là. Ce rapport nous dit qu'il faudrait absolument que le pic d'émissions de gaz à effet de serre soit atteint en 2025 ou plus tard. Ce n'est pas ce que nous sommes en train de faire. Des choses qui sont aussi dites de façon claire, c'est cette observation que les plus riches émettent plus que les pauvres. 10% des plus riches de la population mondiale sont responsables de 40% des émissions, tandis que les 50% les plus pauvres n'émettent que moins de 15% des émissions.
C'est quelque chose qui doit nous faire réfléchir, cette inégalité sociale qui s'inscrit dans tout notre développement. Ce volet social, c'est ce qui vous a convaincu de soutenir Anne Hidalgo. Vous avez rejoint l'équipe de campagne de la candidate socialiste. Qu'est-ce qui, pour vous, dans son programme, fait la différence ? Ce lien entre écologie et sociale est vraiment au cœur du programme d'Anne Hidalgo. Et ça, j'y suis très attaché. Voilà, on a beaucoup parlé ici dans ce rapport des renouvelables, qui sont aussi, disons, vraiment un levier de lutte contre le réchauffement climatique très fort. En tout cas, c'est ce qui est inscrit dans le rapport du GIEC de façon claire.
Mais aussi, tout ce qui concerne la mobilité, avec comment facilite-t-on l'accès du plus grand nombre à des véhicules électriques très rapidement. Ils vont devenir de moins en moins chers. Mais quand même, il faut les aider. Les villes, disons, c'est pratiquement les trois quarts des émissions. Il faut jouer sur les villes. Il faut jouer sur la rénovation des bâtiments anciens. Et là, il y a aussi, chez Anne Hidalgo, dans le programme d'Anne Hidalgo, une véritable ambition avec du leasing social. Donc, il y a beaucoup à faire. On peut vraiment voir aussi dans tous ces aspects, bien sûr aussi dans tout ce qui concerne l'alimentation.
Donc, on retrouve d'ailleurs dans ce programme pas mal des propositions faites par les citoyens, les 150 citoyens. Et je crois que ça devient en écho très fort par rapport à ce rapport du GIEC. Et il faut aussi beaucoup de solidarité de l'Europe vers l'Afrique. Elle manque, par exemple. Et s'il n'y a pas de solidarité au rendez-vous, eh bien, je crains que nous n'y arrivons pas. C'est bien ça le problème.
Le climatologue Jean Jouzel soutient d'Anne Hidalgo au micro d'Antoine Gignot. Une deuxième voix à présent, celle de Nicolas Dupont-Aignan. Comment ferait-il, lui, pour lutter contre le réchauffement climatique s'il était élu à l'Élysée ? Réponse.
Si on veut éviter cela, ce drame, il n'y a qu'une solution. C'est s'attaquer aux vraies causes des gaz à effet de serre et s'attaquer aux pays qui laissent exploser leurs gaz à effet de serre. Et je pense notamment à la Chine, à l'Allemagne d'ailleurs aussi, la Pologne qui pollue beaucoup plus que la France et donc réduire nos importations. Il y a une immense hypocrisie à faire punir les Français qui appartiennent aux pays le plus vertueux. La France émet 0,9% du gaz à effet de serre mondial et on s'attaque toujours aux Français, alors même que dans certains pays continents, on ouvre quasiment une centrale à charbon tous les jours.
Donc l'enjeu, c'est de faire un chantage sur les importations pour obliger ces pays à changer de modèle. Sinon, on peut faire toutes les économies, la France peut passer à zéro. Eh bien, l'augmentation est telle en Chine, en Inde et même maintenant l'Allemagne qui a fermé ses centrales nucléaires, a rouvert ses centrales à charbon, qu'on ne sera absolument pas dans l'inversion dans trois ans, mais plutôt dans cinq ans.
Vous êtes pour le respect des objectifs de l'accord de Paris ?
Le respect des objectifs de l'accord de Paris pour les pays qui sont en train de faire sauter la planète, oui. Mais j'estime que la France est exemplaire et que nous n'avons donc pas à continuer à être les dindons de la farce, c'est-à-dire que moi je veux bien le faire et je veux par exemple un grand programme d'isolation thermique qui serait fondamental pour réduire notre empreinte carbone. Je veux poursuivre le nucléaire, arrêter avec les énergies éoliennes qui obligent un complément de charbon et de gaz qui est beaucoup plus polluant. Et je veux qu'on ait une politique exemplaire, mais il faut que les autres aussi le fassent.
Plus précisément sur le nucléaire, vous préconisez la construction de nouvelles centrales EPR ?
Bien évidemment. Je propose une dizaine de centrales EPR. D'abord de ne pas fermer Fessenheim, qui est une très grave erreur du président Macron. Et puis ensuite d'arrêter avec la folie des éoliennes qui sont couplées avec des centrales à gaz et à charbon. Et on a l'exemple de l'Allemagne qui a commis une très grave erreur en abandonnant le nucléaire et qui aujourd'hui émet six fois plus de gaz à effet de serre pour produire la même électricité que nous.
Le plan d'isolation dont vous parliez, il fonctionnerait comment ?
Les crédits qui sont actuellement réservés aux éoliennes, qui subventionnent les éoliennes, 3 milliards par an, pris sur notre facture d'électricité, seraient transférés pour doubler ma prime rénov' et avoir un vrai dispositif d'isolation thermique des logements, notamment des 4,8 millions de passoires thermiques que nous avons dans notre pays. Pour moi, la vraie manière de réduire l'effet de serre français, c'est de s'attaquer au logement. C'est le point essentiel. Sur les transports, je pense qu'on a tort de s'attaquer aux automobiles.
On ne peut pas passer toute la flotte automobile à l'électrique car nous avons un problème de terre rare, tout est importé d'Afrique et de Chine et nous ne saurions pas produire toutes les batteries. Donc je pense qu'on passera progressivement à l'électrique et qu'après, on passera à l'hydrogène. Mais la priorité, ce sont les bâtiments. Moi, je crois qu'il faut réduire les gaz à effet de serre là où nous n'avons pas de mesures discriminantes vis-à-vis du budget des ménages. Je ne veux pas de mesures qui discriminent les Français et qui, si vous voulez, réduisent encore le pouvoir d'achat de nos compatriotes. Surtout pas de taxes carbone pour nos concitoyens qui sont écrasés d'impôts.
Faites une taxe carbone sur les produits importés, oui, mais pas sur les produits français.
Nicolas Dupont-Aignan au micro de Yael Gauze. Le communiste Fabien Roussel, lui aussi, a vu les dernières conclusions du GIEC et voici ce qu'il en pense.
Ce rapport dit deux choses. Il dit que c'est encore possible d'inverser la tendance et de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. C'est possible. La deuxième chose, il dit aussi qu'il faut fortement investir. Ça veut dire qu'il faut mettre beaucoup plus d'argent que l'on en met aujourd'hui pour la rénovation des logements, pour modifier nos modes de déplacement, pour modifier nos modes de production, pour sortir des énergies fossiles. Il faut multiplier par 3 ou 4 les investissements. C'est écrit noir sur blanc. Alors, il faut le faire. Il faut arrêter de se payer de mots. On ne va pas éteindre l'incendie avec des petits seaux d'eau.
Il faut y mettre véritablement beaucoup d'argent public. Et donc, c'est justement ce que je propose. 65 milliards d'euros par an, consacré 6% du PIB de la France tous les ans à la transition écologique, c'est déterminant.
Alors, sur le secteur du transport, justement, qui est le secteur qui émet le plus d'émissions de gaz à effet de serre, qu'est-ce que vous proposez concrètement ?
Il faut développer les transports, d'où les transports collectifs. Partout où c'est possible, dans les 45 grandes métropoles de France, faire des transports gratuits pour tous. Plutôt que de développer les cars Macron, je veux développer les TER Roussel. Faire en sorte qu'on puisse prendre le TER gratuitement pour aller travailler. Allons jusque-là. Ça a été possible avec la carte à 50%. Faisons-le à 100% pour tout le monde. Et puis, je voudrais faire en sorte d'avoir un véritable plan dans les grandes métropoles pour développer les pistes cyclables. C'est un investissement public à faire. Ce n'est pas aux communes de le payer. Elles ont déjà plus de budget.
Et donc, c'est à l'État de pouvoir accompagner ces investissements. Enfin, c'est très important de pouvoir permettre à tous ceux qui ont un véhicule polluant, une voiture polluante, de la changer en véhicule propre. Je ne suis pas anti-voiture, je suis anti-voiture polluante. Il faut donc mettre en place une prime à la conversion pour des véhicules d'occasion, afin qu'ils puissent acheter des véhicules propres d'occasion, critères 1 et 2.
Dans votre programme, vous prévoyez de baisser les taxes sur les carburants. Est-ce que ça ne va pas, justement, à l'inverse de toute cette tendance à aller vers des véhicules propres ?
Je veux surtout qu'on arrête de taper dans le porte-monnaie des Français parce que nous devons tous mettre les moyens pour lutter contre la pollution de l'air, mais sans taper dans le porte-monnaie des Français, sans taper sur les classes populaires. La pollution de l'air fait beaucoup de victimes. Et donc, il faut y mettre le paquet pour lutter contre la pollution, pour développer les modes de transport d'eau, mais toutes celles et ceux qui ont des véhicules et qui n'ont pas d'autre choix, comment on fait ? On leur enlève leurs véhicules, on leur interdit de se déplacer en voiture.
Je préfère, moi, mettre en place des véhicules propres, avoir une essence stabilisée, pour qu'on arrête de taper dans le porte-monnaie des Français et défendre le droit à la mobilité.
Le rapport recommande de stopper l'usage du charbon d'ici à 2050 et à réduire de 60% celui du gaz et du pétrole. Vous faites comment, Fabien Roussel ?
Pour pouvoir sortir de l'air du pétrole et du charbon, il faut multiplier, augmenter notre production d'électricité décarbonée. Il faut donc les deux. Il faut du renouvelable et du nucléaire. Il faut de l'éolien, du solaire, de l'hydraulique, mais aussi de nouveaux EPR. Il faut les deux pour pouvoir augmenter la production d'électricité et nous passer du pétrole et du charbon.
Selon le GEC, il nous reste trois ans pour que le monde que nous connaissons reste vivable. On peut encore inverser la courbe ?
C'est maintenant qu'il faut mettre le paquet, qu'il faut multiplier les investissements publics pour pouvoir nous passer des énergies fossiles. Les investissements publics, c'est maintenant qu'il faut faire. C'est pour ça que cette élection est importante.
Fabien Roussel, candidat communiste à l'Elysée. Il répondait à Julie Drouin. La présidentielle, on en reparle dans un quart d'heure dans l'histoire politique. Gros plan sur l'écologiste Yannick Jadot.
France Inter
Nicolas Dupont-Aignan