“L’Etat ne peut pas tout faire” : le patron de Vinci Autoroutes défend le modèle des concessions
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Bonsoir Nicolas Nottebar, vous êtes le président de 26 concessions, c'est-à-dire les autoroutes, les aéroports. Merci d'être avec nous ce soir sur France Info. Vous gérez plus de la moitié du réseau autoroutier français. Chaque jour, en moyenne, 5 millions d'automobilistes, d'usagers passent sur vos autoroutes. Quels sont les effets de la canicule chez vous ?
Alors, ce sera même 8 millions dans les grandes journées de point de cet été. Alors d'abord, l'infrastructure, l'infrastructure essouffre, l'autoroute, la chaussée, le bitume, mais on s'en occupe. On a des équipes qui patrouillent un peu plus que d'habitude, qui surveillent de temps en temps. Quand il y a un point particulier, vous voyez ces cônes blancs et rouges qu'ils installent. D'ailleurs, ils prennent soin de l'infrastructure, ils prennent soin des automobilistes. J'ai un conseil pour nos clients, prenez soin d'eux. Il faut faire attention, quand vous voyez ces cônes et ces véhicules d'intervention, à bien se décaler et surtout ralentir à proximité de leur présence.
Est-ce que vous avez pris des dispositions particulières, outre ce que vous nous expliquez concernant l'infrastructure ? Est-ce qu'il y a des aires fraîcheurs un peu plus que d'habitude en ce moment ?
Oui, parce que je disais l'infrastructure souffre, mais ça va, on s'en occupe. C'est peut-être un peu moins le cas des véhicules, il faut faire attention, il faut vérifier son véhicule avant de partir.
Donc là, vous appelez à la responsabilité des automobilistes ?
Exactement, ne pas hésiter à s'arrêter, faire refroidir le moteur et puis s'occuper surtout des passagers qui peuvent avoir un peu chaud. Il faut prendre de l'eau avant le départ et vous avez raison de le dire, on a des aires de service qui sont toutes climatisées. Il y a de l'eau, il y a de la nourriture et conseil habituel, surtout pensez à s'arrêter, à se rafraîchir.
Il y a plus d'incidents ou d'accidents dans des jours de canicule comme on vit actuellement ?
Alors statistiquement, pas beaucoup et ce n'est même pas sûr, on n'a pas des choses qui sont relevées, mais il faut faire attention. Le risque est plus important parce que le conducteur est plus fatigué. La fatigue de la chaleur de la journée fait que quand on part maintenant, on a une pression un peu plus forte liée à la journée et donc il faut faire un peu plus attention à soi, s'arrêter plus souvent, peut-être pratiquer l'éco-conduite, rouler un peu plus tranquillement.
Écouter la radio ?
Écouter la radio, on a des informations, consulter le site Ulysse où on prévoit d'avoir des informations. Voilà, bien se préparer et s'occuper de soi.
Actuellement, vous avez plus de trafic justement dans des jours comme on a aujourd'hui ou alors au contraire, les gens prennent moins leur véhicule ?
On a à peu près ce qui était prévu. Il s'avère que sur le réseau Vinci Autoroute, on a la vallée du Rhône en ce moment, il y a beaucoup de monde où l'A7 est la neuf aussi vers l'Espagne. On a les autoroutes vers la Bretagne, vers les Pays de Loire.
Les gens n'ont pas pris plus la route pour aller chercher la fraîcheur ?
Il y en a qui partent un petit peu avant puisque vous savez que dans les écoles, il y a des gens qui préfèrent commencer à partir et que leurs enfants ne soient pas dans les écoles la semaine prochaine.
Surtout quand beaucoup d'écoles sont fermées à cause de la chaleur.
Mais en même temps, il y en a qui diffèrent leur départ. Donc c'est à peu près ce qui était prévu. Il y a du monde et donc faites bien attention quand vous êtes sur nos réseaux ce soir.
Sur les prix des carburants, parce qu'on en parle moins parce qu'une actualité chasse l'autre, mais quand même, ces dernières semaines, on a beaucoup parlé prix des carburants. Vous avez vu un trafic baisser ?
Alors au tout début de la guerre en Iran, il y a eu effectivement un choc puisque l'essence a augmenté violemment d'un seul coup. On l'a tous vu. Et donc là, on a perdu 5-6% de trafic immédiatement, notamment pour les week-ends des ponts de mai. On avait beaucoup moins de monde. Et petit à petit, ça s'estompe. C'est ce qui s'est toujours passé avec les chocs pétroliers. Donc là, vous revenez à des niveaux d'avant-guerre en fait. Là, on est à peu près au niveau de la normale. Un tout petit peu en dessous. Mais comme vous l'avez dit, il y a aussi des gens qui partent en week-end un peu plus se rafraîchir. Donc on est un petit peu en dessous de la normale, mais pas beaucoup.
Alors la question du pouvoir d'achat, on parle du prix du carburant, mais la question du prix, elle est forcément très importante. Est-ce que vos tarifs augmentent ou vont augmenter là dans les semaines à venir ?
Alors nos tarifs, ils ont augmenté au 1er février. Donc ils ne vont pas augmenter d'ici au 1er février.
Donc pas de mauvaise surprise cet été ?
Non. Et comme on le répète régulièrement, nos tarifs, ils sont fixés par contrat par l'État. Et ils augmentent à peu près à 70% de l'inflation. Alors si on sort des mathématiques, j'ai pris quelques exemples. Par exemple, si vous allez de Lyon à Marseille, aujourd'hui ça coûte 28,10 euros. 28,10 euros, ça coûtait 24,60 euros il y a 10 ans. Donc ça a augmenté de 3 euros, un peu plus de 3 euros. Donc c'est ça l'application d'une loi tarifaire, c'est d'être bien en dessous de l'inflation. Et vos auditeurs le savent, il y a beaucoup de produits du quotidien qui malheureusement ont dû augmenter pour tout un tas de facteurs.
Ce n'est pas le cas des tarifs des péages puisqu'ils sont encadrés par une loi tarifaire extrêmement dure.
Et pourtant, on a toujours l'impression, c'est la réputation que vous avez, que c'est quand même des entreprises qui vivent bien. Vous avez fait de très bons résultats cette année par exemple.
Alors la particularité du pH, et c'est pour ça que je vous remercie de m'inviter, c'est qu'effectivement, on a parfois des idées reçues. Je disais, 28 euros Lyon-Marseille, un peu plus de 30 euros pour aller en Bretagne. Vos auditeurs connaissent les tarifs des autres modes de transport, qui pour certains doivent pratiquer des prix plus élevés. Nous, ce qui est important, le pH, c'est qu'il y a à peu près 48% qui va à l'État. Des taxes diverses, des impôts, voilà, on contribue.
Et l'autre moitié, c'est chez vous ?
Alors l'autre moitié, c'est d'abord de l'entretien et de l'opération. J'ai parlé, on a des équipes en ce moment qui patrouillent, elles patrouillent un peu plus en ce moment. Mais l'hiver, par exemple, elles participent au déneigement, parce qu'il y a de plus en plus de neige avec le changement climatique. Les tempêtes, les intempéries sont fortes. On contribue aussi à installer des bornes de recharge électriques. Si nos clients qui ont des véhicules électriques peuvent...
Il y en a partout d'ailleurs ?
On est le réseau français le mieux équipé au monde. Il y a 56 bornes pour 100 kilomètres d'autoroutes chez nous. Et on en a sur toutes les aires de service, mais on en a aussi de plus en plus sur des aires de repos. Donc on investit, voilà.
Alors c'est vrai que c'est un modèle, les concessions, puisqu'il faut rappeler que ce sont des contrats qui ont été passés avec l'État. On a quand même le sentiment que c'est un modèle qui est très fructueux pour les autoroutes, que vous avez fait une bonne affaire. On entre dans une période électorale, vous avez un certain nombre de politiques d'ailleurs qui disent qu'il faudrait faire revenir dans le giron national ces bijoux de famille que sont ces autoroutes. Qu'est-ce que vous leur répondez à ceux qui disent qu'il faut une renationalisation des autoroutes ?
Le sujet qu'on entend beaucoup sur vos ondes depuis 2-3 jours, c'est la difficulté pour l'État, pour la puissance publique, pour les collectivités aussi, à faire face au changement climatique. C'est-à-dire à rafraîchir, à climatiser des écoles, des hôpitaux, à remettre en état les bâtiments publics pour l'avenir. L'avantage du modèle de concession, c'est que sans passer par l'impôt, puisqu'on reçoit, je l'ai dit tout à l'heure, on contribue à l'impôt, on ne reçoit aucun impôt, on anticipe les effets du changement climatique.
Ce que vous voulez dire, c'est que l'État n'aurait pas les moyens de faire l'entretien et la prévention du réchauffement climatique comme vous, vous le faites ?
L'État, il ne peut pas tout faire. L'État, il doit nous défendre, puisqu'il y a aujourd'hui des guerres à nos frontières. Il doit accélérer la transition énergétique, il doit s'occuper du vieillissement de la population, il doit s'occuper de l'éducation. Et l'avantage du modèle de concession pour les infrastructures, c'est qu'on investit pour le compte de l'État. Entre 2032 et 2036, les autoroutes, on va les rendre à l'État. Et entre-temps, on aura investi, on aura exploité les autoroutes.
Et vous aurez eu quelques bénéfices quand même ?
Tout à fait, parce qu'on est une entreprise. Mais il nous semble, et d'ailleurs le débat qui s'appelait Ambition France Transport, qui a eu lieu dans notre pays l'an dernier, a démontré que comme un quart du chiffre d'affaires des péages est lié à des visiteurs étrangers qui utilisent le réseau français, c'est plutôt assez intelligent de faire contribuer les poids lourds, de faire contribuer ceux qui traversent notre pays.
Quelles sont les marges de progression que vous avez ? Ça veut dire que, la question que je vous pose, c'est est-ce qu'il y a encore des... Le réseau, il va s'étendre encore, le réseau autoroutier ?
Alors il y a très peu de projets qui restent à faire. On a eu l'honneur d'être attributeur d'un nouveau projet qui ira de Chartres à Orléans, de Re-Chartres-Orléans, qui s'appelle la 154, qu'on va réaliser dans les 4 ans qui viennent.
Mais sinon la France est assez bien aujourd'hui ?
Il y a quelques projets, mais pas beaucoup. Le principal enjeu c'est la décarbonation, c'est-à-dire faire des bornes de recharge et adapter les infrastructures aux futures inondations, feux de forêt qui vont être de plus en plus forts avec le changement climatique.
Vous êtes ingénieur des ponts et chaussées, c'est des choses que vous maniez depuis longtemps, polytechnicien, mais vous le maniez depuis longtemps parce qu'en fait ça fait quand même 20 ans que vous êtes dans le secteur, chez Vinci, qui est l'entreprise de référence. Vous vous occupez aussi des aéroports. Je me suis posé la question, pourquoi autoroutes, aller du côté des aéroports, ça ne suffisait pas les autoroutes ?
Alors on est un très grand groupe et on a une grande fierté, on est un groupe français, on est leader mondial à la fois des aéroports et des autoroutes avec ce modèle de la concession. Pourquoi ? Parce qu'on est invité par des pays, pas seulement la France, à investir, à agrandir des aéroports, à élargir des autoroutes, à améliorer la qualité de service pour les clients, les passagers. Ce modèle où on investit pour le compte d'un pays, par exemple si vous avez des...
On se dit quand même que ce modèle il est profitable ?
Il est intéressant mais c'est un avantage pour tous. C'est un avantage pour les passagers, s'ils ont des aéroports et des autoroutes de très bonne qualité, c'est parce qu'on investit pour le compte des Etats. Et il est avantageux pour les Etats parce qu'ils ont, comme par exemple le Portugal, la chance d'avoir un opérateur qui augmente le trafic, permet d'avoir plus de visiteurs, plus de touristes, plus de rentrées fiscales.
Et en même temps, vous parlez de rentrées fiscales, vous contribuez de quelle manière, vous ? Est-ce que par exemple vous payez la surtaxe sur les grandes entreprises ?
Alors Vinci, on a fait le calcul, on est le troisième contributeur fiscal et social français. Si on prend tous les impôts que nous payons, puisque on est un groupe qui a à peu près 40% de son activité en France. Oui, vous ne pouvez pas délocaliser. Et on a 100 000 salariés en France, donc évidemment on contribue aux charges sociales, et c'est normal. On est aussi un groupe qui a 11% de notre actionnariat qui est salarié, donc on considère qu'il faut que les salariés bénéficient des résultats de l'entreprise. Donc on ne peut pas être taxé, entre guillemets, de ne pas contribuer dans ces moments difficiles pour le budget public à l'effort national.
Vous craignez le débat budgétaire qui s'annonce parce que, vous l'avez dit, l'État ne peut pas tout, il n'a plus d'argent et il y a des chances qu'il aille de votre côté pour aller chercher quelques deniers ?
On contribue déjà beaucoup. Il nous semble que l'essentiel pour les futurs débats budgétaires, c'est de favoriser l'activité économique en France. Et il y a un moment, le seuil fiscal diminue l'intérêt de poursuivre des projets, de réaliser des projets. Par exemple, taxer le transport aérien en France, c'est une erreur parce que ça nous amène des visiteurs qui contribuent à l'attractivité touristique de la France, par exemple.
Mais ce que vous voulez dire, c'est ne nous taxer pas trop parce que sinon, on pourra moins bien investir en France ?
Nous, on investit en France, on est présent en France. Si les groupes, les grands groupes comme les nôtres qui souhaitent développer le pays à un moment atteignent un niveau de taxation trop élevé, ce n'est pas bon pour l'activité du pays. Ce n'est pas seulement pas bon pour tel ou tel groupe. Et l'objectif de notre pays, c'est qu'ils retrouvent de l'élan avec une belle dynamique économique.
Merci beaucoup Nicolas Notbar. Vous êtes le patron de Vinci Concession Autoroutes et Aéroports. Merci d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir.
Merci.