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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 juillet 2025 21 min

Pascal Canfin dénonce la "posture anti-climat" des Républicains et du RN, décrivant un "trumpisme européen"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Auditeur

France Inter, Marion Lourdes, le 6-9.

0:07
Présentateur

Le grand entretien ce matin, France Inter reçoit l'eurodéputé Pascal Canfin, coordinateur de Renew Europe, membre de la Commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité Alimentaire au Parlement européen. Bonjour Pascal Canfin. Bonjour. Les auditeurs peuvent vous poser leurs questions, 0145 24 7000 ou sur l'application Radio France. Vous venez de lancer une plateforme progressiste, on va en parler, mais d'abord, vous qui êtes membre de cette Commission Environnement au Parlement européen, on apprend ce matin que les émissions de CO2 annuelles de la France ont baissé. Elles vont baisser cette année de 0,8% contre presque 4% en 2022, 7% en 2023.

En clair, ça ralentit vraiment. Quel regard vous portez sur cette information ?

0:54
Pascal Canfin

Ça prouve que si on ne poursuit pas les politiques qui ont été engagées, si on arrête MaPrimeRénov' par exemple, eh bien évidemment, l'impact se traduit immédiatement dans notre recul de l'action climatique. Donc on a réussi à mettre en place, en France et en Europe, les bonnes politiques qui ont porté leurs fruits, je vous le rappelez, moins 7%, moins 8% en Europe en une seule année. Mais si on arrête ces politiques, si on les freine, s'il n'y a plus d'argent, si on change les règles du jeu sur les ZAN ou le ZFE, évidemment, forcément, ça s'arrête. ZAN, zéro artificialisation nette, zone à faible émission.

1:30
Présentateur

On ne fait plus assez d'efforts, en clair.

1:32
Pascal Canfin

Le risque, c'est qu'on n'en fasse plus. Et donc, on est à un moment où il faut, au contraire, repartir de l'avant. Mais repartir de l'avant avec des méthodes qui peuvent être différentes. Et là, c'est très important de résister au backlash anti-écologique. Il faut une force de résistance qui dise, moi, je ne mange pas de ce pain-là. Les actions qui mènent les Républicains en France et le Rassemblement national à s'unir dans une posture et une politique anti-climat, climato-sceptique, anti-écologie, anti-transition. Il faut leur laisser. Mais par contre, on peut s'interroger, on doit s'interroger sur la bonne méthode pour embarquer la société et atteindre nos résultats.

Et c'est ça, je pense, le moment politique où on est. C'est aucune complaisance sur les objectifs. Aucun recule en arrière sur les objectifs. On sort d'une vague de chaleur inédite. En Europe, à Barcelone, vous savez où ils en sont ? Ils en sont à faire un plan 50 degrés. 50 degrés, je vous vois. 50 degrés. Est-ce que c'est le monde dans lequel on veut vivre ? Est-ce que c'est le monde qu'on a envie de laisser à nos enfants ? Si on répond oui, ok, on ne fait rien. Si on répond non, on agit.

2:38
Présentateur

Mais c'est vrai que Pascal Canfin, ça se produit dans un contexte général que certains appellent le backlash, un retour en arrière sur les questions écologiques au niveau mondial, au niveau européen, au niveau français. Ça, c'est une réalité. Quand vous entendez, par exemple, le discours du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, sa tribune, qui signe pour dire qu'il faut privilégier le nucléaire et cesser de subventionner les énergies renouvelables. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

3:02
Pascal Canfin

C'est une réalité, cette contre-offensive, cette sorte de contre-révolution anti-écologique, c'est pour moi du trumpisme européen. Et aux Etats-Unis, Trump l'incarne. Et c'est cette fameuse internationale réactionnaire que l'on voit à l'œuvre et qui mène cette guerre culturelle. Et je pense que cette internationale réactionnaire, elle a trois points qui l'unissent. Le premier, c'est les sujets migratoires, donc d'être anti-migrants. Le deuxième, c'est d'être anti-droits des minorités, anti-féminisme. On le voit partout en Europe et aux Etats-Unis, bien évidemment. Et le troisième, c'est d'être anti-climat.

Trump, c'est une évidence, mais la droite européenne et l'extrême droite européenne sont maintenant contaminées totalement par ce virus et forment une base idéologique qui est le trumpisme européen. C'est celle des médias à Bolloré, c'est celle de CNews, etc. Et cette guerre-là, elle est en train d'avancer petit à petit. Et il faut opposer une résistance absolue sur les principes. Il ne faut rien céder. Par contre, encore une fois, il faut s'interroger, nous, le camp progressiste, sur les méthodes pour y arriver. Et c'est d'ailleurs pour ça, on y reviendra, que j'ai lancé cette plateforme progressiste pour que l'on dialogue ensemble pour trouver les meilleures solutions.

4:15
Présentateur

Attendez, si je vous entends bien, ça, Bruno Retailleau l'incarne en France, par exemple.

4:19
Pascal Canfin

Ah ben bien sûr, je veux dire, le triptyque que je viens d'évoquer sur l'avortement, par exemple, Retailleau, on connaît ses positions, sur le droit des femmes, sur les migrants et sur l'écologie maintenant.

Voilà, c'est exactement ce triptyque qui me fait dire et qu'il y a une rupture idéologique profonde qui est en train de se produire dans toute l'Europe et aux Etats-Unis, inspirée par Trump, qui fait que vous avez progressivement une union des droites qui est en train de se former autour de ce logiciel que je viens d'évoquer et il faut, on ne peut pas imaginer que la France bascule là-dedans et donc il faut s'organiser, il faut s'unir, il faut se rassembler, se dépasser pour être capable de gagner face à cette union des droites et face au rassemblement national au premier puis au deuxième tour de la future élection présidentielle.

5:08
Présentateur

Mais ça, si on reste au niveau national et si on tire toutes les conclusions du raisonnement que vous tenez, ça veut dire que le bloc qu'on appelle le bloc central aujourd'hui, il doit se scinder.

5:17
Pascal Canfin

Le bloc central, si vous voulez, il n'a de bloc que le nom. Soyons très clairs. Soyons très clairs. Il y a un gouvernement avec Agnès Pagny-Renaché. Immédiatement, bien sûr.

5:27
Présentateur

Qui s'oppose ouvertement aux déclarations de Bruno Retailleau.

5:29
Pascal Canfin

Absolument. Et d'ailleurs, même Emmanuel Macron s'oppose aux déclarations de Bruno Retailleau. Et donc, on voit bien, et c'est d'ailleurs ce qui m'a amené à lancer cette plateforme progressiste, c'est qu'aujourd'hui, on est face à un risque de déliquescence, de délitement de la vie politique française, nationale. Et c'est triste. C'est triste pour notre démocratie. Et je ne suis pas sûr qu'on soit, nous, Français, dans un moment où on peut se permettre cette déliquescence de notre démocratie parce qu'on ne va pas collectivement suffisamment bien pour jouer à ça. Et donc, c'est très, très important, très important de poser le bon diagnostic.

Et c'est pour ça qu'ensuite, il faut dialoguer entre toutes les personnes qui se disent notre avenir n'est pas fait d'une alliance de l'Union des droites basée sur le logiciel de l'extrême droite et du trumpisme européen. Ce n'est pas ça qu'on veut pour la France, pour nos enfants, pour notre avenir. Et de l'autre côté, on ne veut pas de la conflictualité permanente, de l'invectif permanente de Jean-Luc Mélenchon. Et entre ça, si on n'arrive pas à dialoguer, y compris sur nos points de désaccord, mais au moins de se dire, voilà, il y a des points d'accord, finalement, on a réussi et il y a des points de désaccord. Et pour ça, il faut une méthode.

Il faut une méthode sur laquelle, justement, il faut des méthodes innovantes.

6:44
Présentateur

Cette plateforme, voilà, que vous décrivez comme un espace de dialogue ouvert à tous les progressistes pour trouver des consensus sur les sujets clivants, comme on le voit, les questions environnementales. L'objectif, donc, c'est de gagner contre le RN, de faire gagner le progressisme contre le RN. C'est ça que vous affichez. Est-ce que ça, c'est une fabrique à candidats pour la prochaine présidentielle ?

7:03
Pascal Canfin

Justement, moi, ce que je pense, c'est qu'il faut absolument mettre de côté, pour l'instant, le sujet de l'incarnation, du candidat. Il faut partir du fond, du projet, de la réalité, de ce qu'on veut défendre comme idée. Je vous donne quelques exemples. La méthode, une méthode sur laquelle on va travailler, par laquelle on va travailler, on va commencer et personne ne le fait en politique. C'est ce qu'on appelle les conférences de consensus.

C'est-à-dire, plutôt que de mettre en avant toujours ce qui clive, ce qui fracture, ce qui différencie, ce qui polarise, on va mettre en avant des possibilités de rassemblement autour de mesures qui soit génèrent une volonté commune d'avancer très vite, soit il faudra prendre du temps, mais on y arrive parce qu'on fait converger progressivement les points de vue.

7:48
Présentateur

Des conventions citoyennes ?

7:49
Pascal Canfin

Des conventions citoyennes, des conférences de consensus. Et j'invite d'ailleurs tous les auditeurs qui seraient intéressés par cela à s'inscrire sur le site internet, la plateforme progressiste.org. Ce n'est pas un parti politique, c'est totalement gratuit, vous pouvez être n'importe où vous êtes aujourd'hui, vous ne changez rien, simplement ça vous donne la possibilité de participer à ces conférences de consensus. Je vous donne, si je peux me permettre de donner un exemple.

Un exemple où je pense, nous pouvons très vite arriver à un accord entre toutes les forces progressistes dont on vient de parler, c'est un sujet qui concerne tous les parents et tous les pré-ados qui nous écoutent, c'est la régulation des réseaux sociaux. Nous sommes aujourd'hui dans un moment où la santé mentale de nos enfants, tous les scientifiques le disent, vous avez reçu il y a quelques semaines des psychologues sur le sujet, c'était très très marquant, c'est un moment de bascule. La santé mentale de nos enfants, de nos pré-adolescents, de nos adolescents est en péril. Et vous avez en même temps des parents qui sont complètement dépassés.

C'est une souffrance parentale, c'est une souffrance parentale. Moi-même, moi-même, j'y suis confronté, c'est aussi pour ça que ça me tient beaucoup à cœur. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Je pense qu'il faut interdire les réseaux sociaux qui ont des algorithmes addictifs aux enfants de moins de 15 ans. Ça, c'est une mesure radicale, c'est une mesure radicale. Je suis persuadé qu'on est capable, dans l'arc progressiste, de tous unir et de la défendre ensemble.

9:13
Présentateur

Alors, cette idée, il faut quand même l'incarner pour la porter, pour la concrétiser. Et on dit toujours que la présidentielle, c'est la rencontre d'un homme et d'un peuple. Et vous, vous refusez l'incarnation aujourd'hui.

9:23
Pascal Canfin

Justement, je pense que c'est la rencontre des idées et ensuite d'une équipe pour la porter. On meurt d'une super personnalisation.

9:31
Présentateur

Mais ça a toujours marché comme ça.

9:32
Pascal Canfin

Mais ça n'a pas toujours marché comme ça. Et justement, aujourd'hui, on est au bout d'un système. On le voit bien. Regardez la vie politique à l'Assemblée nationale. Regardez à quoi ça ressemble. C'est franchement, et même ceux qui le vivent de l'intérieur, et même à la rigueur, plutôt en premier, ceux qui le vivent de l'intérieur disent que c'est un spectacle pathétique. Pathétique. Moi, je n'ai pas envie de ça pour mon pays. Donc, on reprend le taureau par les cornes. On se met au travail. Et on se met au travail pour, non pas pour ignorer les différences au sein de l'arc progressiste. Non pas pour ignorer les candidatures qui existent, évidemment.

Mais pour que ces gens-là travaillent ensemble à dialoguer, éventuellement à se mettre d'accord, formidable, mais au minimum, si à la fin, ils ne sont pas d'accord, à avoir créé une culture commune qui redonne de l'espoir. On a besoin d'espoir. Et il y a des sujets qui sont potentiellement clivants. Là, j'ai donné exprès un sujet sur lequel je pense... Les fonds de pension, il n'y en a pas en France aujourd'hui. Il y en a en Espagne, pardon, il y en a en Suède. Pour les retraites. Sur les retraites, tout à fait. Il y en a dans les pays du nord de l'Europe. Pourquoi on ne pourrait pas imaginer qu'il y en ait en France ? Mais peut-être qu'en fait, c'est une mauvaise solution.

Et peut-être qu'il y a des conditions qui font que les fonds de pension à la française, ça ferait sens. Et qu'une partie des gens qui nous écoutent seraient pour dans certaines circonstances, mais contre dans d'autres circonstances. Eh bien, discutons-en. Faisons exactement cette conférence de consensus qui permet de créer progressivement un rapprochement des points de vue. Et ensuite, d'avoir une mesure qui est stable, qui est soutenue par une grande partie de l'arc progressiste.

11:03
Présentateur

Alors justement, l'arc progressiste, définition ?

11:06
Pascal Canfin

Je l'ai dit au tout début. C'est, pour moi, ceux qui pensent qu'il n'y a pas d'avenir politique possible avec les républicains, l'Union des droites, et bien évidemment avec le Rassemblement national, cela va de soi. Et qu'il n'y a pas d'avenir politique non plus, non plus possible, avec une logique de conflictualité, de fracturation permanente, qui est celle de Jean-Luc Mélenchon. Donc ça s'arrête aux portes de la France insoumise ? Il y a une cohérence qui est plus forte, et puis il y a des gens qui, plus on s'éloigne, plus on se rapproche de ses limites, plus, évidemment, on a des différences. Mais au moins, qu'on soit capable de se parler.

Prenez Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. Il a dit il y a quelques mois, je crois que c'était en février, faisons, je n'ai pas peur d'un débat sur l'identité de la France. C'est quoi la France aujourd'hui ? Ce camp progressiste, qu'est-ce qu'il a à dire sur l'identité de la France ? Eh bien moi je dis chiche, banco, mais on ne va pas le faire de manière polarisante, en disant, voilà, on n'est tout de suite pas d'accord. Non, on va faire le contraire, le contraire, parce qu'il faut donner de l'espoir, et puis parce qu'à la fin, il faut gagner. Et vous ne gagnez pas si vous ne rassemblez pas.

12:08
Présentateur

Mais est-ce que ça, ça ne fait pas doublon, par exemple, avec d'autres initiatives ? Par exemple, la gauche qui vient d'acter l'idée d'une candidature commune autour de Lucie Casté, Marine Tondelier, la patronne des Verts, Olivier Faure, dont vous parliez, le patron du PS. En fait, ils sont déjà ensemble, ces gens-là ?

12:23
Pascal Canfin

Mais justement, c'est pour ça que je dis, c'est indépendant des différentes candidatures. Je ne sais pas combien il y aura de candidatures dans cet arc progressiste à la fin. Ce que je sais, c'est que s'il y en a beaucoup, aucune d'entre elles ne sera au deuxième tour, et que ce sera la défaite assurée. Mais ce n'est pas le sens de mon initiative. Mon initiative, c'est de dire, voilà, il y a la vie des partis politiques, et puis il y a la nécessité avec les citoyens. C'est pour ça que les auditeurs peuvent s'inscrire sur cette plateforme progressiste, parce que ça n'est absolument pas réservé, loin de là, aux responsables politiques.

Et j'essaye de créer quelque chose d'inédit, qui rassemble, non pas justement dans une logique de candidature, mais qui rassemble sur les idées et la construction des idées à la fois des citoyens, qui peuvent être engagés ou pas, qui peuvent être dans des associations, des syndicats ou pas, ou des entreprises, des entrepreneurs, peu importe, et des responsables politiques dans leur diversité, avec deux bornes que je viens de rappeler, parce qu'il ne faut pas faire n'importe quoi, il ne faut pas dire que tout se vaut, ce n'est pas vrai. Il y a un projet politique, il y a un arc.

À l'intérieur de cet arc, il y a des sensibilités différentes, mais il y a, je pense, la conviction, l'intuition que ce qui nous rassemble est, au fond, plus fort que ce qui nous divise. Et puis, il y a le sujet des identités professionnelles sur la méthode, si je peux en dire un mot, c'est absolument fondamental. Aujourd'hui, les responsables politiques, à l'exception d'un, que je veux citer, c'est François Ruffin, parce qu'il a la même intuition que moi, qui est qu'il faut repartir des métiers, il faut repartir des identités professionnelles.

13:49
Présentateur

C'est-à-dire ?

13:50
Pascal Canfin

C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le débat politique, il est sur la compétitivité, la justice, les inégalités, les salaires. Mais c'est des catégories. Il faut partir des gens. Il faut partir de la vie quotidienne de chacun d'entre nous. Exactement comme je viens de le dire sur les parents. La souffrance parentale face aux réseaux sociaux, il faut l'adresser. Sur les métiers, vous savez, moi je viens d'une famille ouvrière du nord de la France. Ma mère a commencé à travailler à 14 ans, mon grand-père était mineur de fonds. Donc, les métiers, l'identité ouvrière et salariale, je sais ce que c'est. Et je pense que le politique aujourd'hui, il a largement ignoré. On ne parle plus des métiers.

Et donc, moi, ce que je propose dans cette plateforme, c'est de commencer par deux métiers. Un métier très féminisé, un métier largement occupé par des hommes. Le premier métier, c'est les auxiliaires de vie et les aides-soignantes. Partir de leur réalité, partir de leurs aspirations, partir de leurs besoins, de leur vécu, de leur expérience de vie, pour établir des propositions concrètes, non pas surplombantes, faites depuis Paris dans un bureau avec des experts, mais avec elles. Je dis elles puisque c'est un métier très largement féminisé. Et un autre métier, c'est les magasiniers, les préparateurs de colis dans les entrepôts logistiques.

Tout ça, ça fait 700 à 800 000 personnes, 800 000 Français qui occupent ces deux métiers. Ce sont parmi les deux métiers les plus présents en France. Qui en parle aujourd'hui dans l'espace politique ? Personne. Et donc, si vous êtes auditeur de France Inter ce matin et que vous êtes préparateur de colis dans un entrepôt Amazon, participez à cette plateforme Progressis parce qu'on va parler de vous et on va parler avec vous. Et on va construire des propositions avec vous.

15:19
Présentateur

Qui donc va établir des propositions, se mettre d'accord sur un certain nombre de propositions portées par quelqu'un ?

15:26
Pascal Canfin

Justement, donner au bien commun de l'arc progressiste. Vous voulez toujours me faire revenir à un sujet d'incarnation ?

15:33
Présentateur

Il va bien falloir que quelqu'un les mette en œuvre.

15:35
Pascal Canfin

Bien sûr, exactement. Je suis tout à fait d'accord à vous. Mais juste, ce n'est pas le sujet de la plateforme. Le sujet de la plateforme, c'est de créer potentiellement, et il y aura des sujets sur lesquels on n'y arrivera pas, mais il y aura des sujets, je pense, sur lesquels on va y arriver et ça sera déjà un changement profond. On va arriver à créer cette culture commune, à créer éventuellement ces propositions communes ou au contraire, et au moins ces éléments de débat sur lesquels de dire, on a essayé, là on n'y arrive pas. Et ensuite, qui le portera ? Qui sera le mieux placé ? Je ne sais pas. On verra, on verra peut-être dans six mois, on verra dans un an, on verra.

Mais commençons par créer de l'espoir. Parce que cette bataille qui commence directement par les égaux, c'est la certitude de l'échec.

16:13
Présentateur

Florent est au Standard de France Inter. Bonjour Florent. Oui, bonjour. Vous avez une question pour Pascal Canfin.

16:19
Auditeur

Oui, j'ai une question, finalement, sur un cas très concret. Moi, j'habite en campagne, et en campagne, nous, ce qu'on voit, c'est qu'autour de nous, on a des pesticides qui sont épandus. Moi, je suis agriculteur, et il y a des néonicotinoïdes pesticides tueurs d'abeilles qui s'apprêtent à être réautorisés. Et ce que je vois, c'est que la semaine prochaine, du coup, à l'Assemblée nationale, il y a une loi du plomb qui va être votée pour réautoriser ces pesticides tueurs d'abeilles. Et donc là, vous parlez de backlash, de choses comme ça. Ces pesticides, ils s'apprêtent à être réautorisés. Pourquoi ? Parce qu'il y a une alliance entre la droite, l'extrême droite, et votre camp du centre.

Donc comment est-ce que, finalement, là, toutes ces belles paroles, elles sont concrétisées par une action de votre part vis-à-vis de tous vos députés, là, du centre, qui permettent la réautorisation de ces pesticides ? Parce qu'on peut essayer de faire du consensus, mais si, au final, quand ça passe à l'Assemblée, on nous remet des pesticides qui vont tuer les abeilles, je ne vois pas bien l'intérêt.

17:11
Présentateur

Merci, Florent. Donc là, c'est Amipride qui va peut-être être autorisée dans le cadre de cette loi du plomb, qui est en discussion à l'Assemblée nationale.

17:18
Pascal Canfin

Alors, je vais vous donner, un, ma position personnelle. Moi, je ne suis évidemment pas favorable à cela. Et je constate qu'au sein du groupe Renaissance, auquel vous faites référence ensemble pour la République, il y a des divisions. Et d'ailleurs, la position du groupe n'est pas encore définie. Et je laisse les responsables politiques à l'Assemblée nationale décider sur cela. Ce n'est pas l'objectif de la plateforme. Mais vous avez raison, il y a des sujets sur lesquels il y aura des points d'accord, il y aura des sujets sur lesquels il y aura des points de désaccord. Il ne s'agit pas de faire les bisounours.

Il ne s'agit pas de dire, youp la boum, tout d'un coup, on est tous d'accord sur tout. Il s'agit de créer un cadre de discussion où, précisément, les sujets agriculture, environnement doivent être traités. Et c'est d'ailleurs pour ça que, déjà, ont annoncé leur volonté, leur accord pour participer à la plateforme. Par exemple, le président de la région Bretagne. Le président de la région Bretagne, il a une majorité politique en Bretagne qui va des écolos aux, entre guillemets, macronistes. Chose totalement impossible à l'échelle nationale. En Bretagne, ça marche. Et il travaille, justement, sur des méthodes de contractualisation, de transition agricole, pour y parvenir.

Autre exemple, dans la ruralité...

18:23
Présentateur

Pardon, mais je voulais aborder d'autres sujets avec vous, Pascal. Enfin, sujet européen important, celui de l'Ukraine. Parce que les Etats-Unis ont annoncé, cette semaine, qu'ils entendaient cesser de fournir une partie des armes qui est livrée à l'Ukraine, dont les fameux missiles patriotes, qui protègent le ciel ukrainien contre les frappes russes. Est-ce que l'Europe, selon vous, qui est eurodéputée, est prête à prendre le relais ?

18:44
Pascal Canfin

On a pris des engagements... Alors, on va totalement changer de sujet. On a pris des engagements d'augmentation des dépenses militaires. Et on a pris des engagements pour enfin, enfin, créer une Europe de la défense. C'est un projet français, porté notamment par le président de la République, mais pas que, pour réussir à dépasser le fait qu'aujourd'hui, alors qu'aux Etats-Unis, il y a un modèle de char, en Europe, il y en a des dizaines. C'est stupide. Et donc, on va enfin prendre nos responsabilités. Ça ne signifie pas qu'on est prêt ? Aujourd'hui, si vous me demandez si aujourd'hui on est prêt, non, on n'est pas prêt. On n'investit pas dans la défense en claquant des doigts.

Par contre, on est prêt à faire l'effort et à s'organiser ensemble pour y arriver. Construire enfin une industrie de la défense européenne coordonnée. Ça ne veut pas dire une seule entreprise de défense européenne, mais ça veut dire qu'au moins, on arrête tous ensemble de passer des commandes incompatibles avec des matériels qui ne marchent pas entre eux, ce qui fait que dès qu'on veut faire une opération ensemble, c'est impossible. C'est stupide, stupide, contre-productif. Voilà, ça, on y met fin. Et enfin, on se met dans la bonne direction.

19:46
Présentateur

Un autre sujet qui dépasse même les frontières de l'Europe, mais qui vous tient à cœur, je crois, c'est celui de l'aide au développement. Cette semaine se tenait à Séville la conférence internationale pour réfléchir à la réponse à apporter à la baisse des aides au développement des États-Unis. Plus de 80% en moins sur des budgets consacrés à la santé, à l'éducation. Et la France, notamment l'Espagne, le Kenya, appellent à généraliser ce qu'on appelle la taxe Chirac sur les billets d'avion pour financer cette aide au développement. Est-ce que vous y êtes favorable ?

20:12
Pascal Canfin

J'y suis favorable. Jacques Chirac l'a initié en son temps. On le met en place et on voudrait que d'autres le fassent. Je voudrais juste rappeler ce que ça veut dire pour les Français aujourd'hui. Parce qu'on dit souvent, ah oui, mais la fiscalité écologique, ce n'est pas juste. Là, en l'occurrence, on a un très bon exemple. L'augmentation de la taxe pour la billet d'avion dans le projet de loi de finances, le budget qui s'applique cette année. 8 euros en classe économie. Puis ensuite, ça monte progressivement et j'arrive au jet privé. 4 000 euros. 4 000 euros par place. Donc 8 euros pour celui qui prend l'avion pour aller à Toulouse en classe économique et 4 000 euros pour celui que j'ai...

Vous voyez bien, on est capable de faire de la justice fiscale et de la transition écologique. Parce que je pense que tous les Français sont d'accord pour dire, bon, on prend l'avion, ça pollue, je veux bien payer un peu plus, mais enfin, il est hors de question que je paye autant que le gars qui... Bon, ben oui, voilà, 8 à 4 000. Le rapport est quand même colossal. Eh bien, ça, c'est typiquement une mesure, je pense, qui peut tout à fait faire consensus au sein de l'arc progressiste dont je parlais.

21:15
Présentateur

Pascal Canfin, député européen Ensemble, coordinateur de Renew Europe et membre de la Commission Environnement et Santé Publique au Parlement européen. Merci beaucoup d'être venu ce matin, Sir François.

21:25
Pascal Canfin

Merci à vous.

Pascal Canfin dénonce la "posture anti-climat" des Républicains et du RN, décrivant un "trumpisme européen" — Pascal Canfin · Pourquijevote