Retrouvez l’interview de Christophe Béchu, invité de la matinale de France Info TV
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Bonjour Christophe Béchut. Hier, le gouvernement a acté en Conseil des ministres la possibilité de recourir au 49.3 pour faire passer le budget.
Ça veut dire qu'à partir de maintenant, tout est possible. Michel Barnier peut l'utiliser. Est-ce que vous lui dites qu'il faut l'utiliser ?
Est-ce qu'il doit le faire et ce qu'il doit le faire dès demain ? D'abord, c'est évidemment une décision qui lui appartient, mais je pense utile que le débat ait d'abord lieu à l'Assemblée nationale. On voit bien, au vu, j'allais dire, à la fois de la multiplication des idées pour aller créer des nouveaux impôts ou des désaccords qui sont en train de s'exprimer, que c'est quand même pas gagné pour que les députés se mettent d'accord et rendent une copie qui permette à notre pays d'avoir un budget.
Mais il faut laisser cette chance d'abord au Parlement. Le 49.3, il n'a pas été conçu pour éviter, pour empêcher le débat parlementaire.
Il a été conçu pour que, si ce débat parlementaire n'aboutit pas et qu'on a un risque de se retrouver sans budget, le gouvernement puisse prendre, à ce moment-là, des décisions de manière plus unilatérale. Il y en a pourtant qui le poussent à abréger ces débats, Gabriel Attal notamment, Laurent Wauquiez notamment. Eux, ils disent qu'il ne faut pas laisser traîner parce que c'est laisser s'installer l'idée qu'il va y avoir un matraquage fiscal.
Donc il faut faire vite, il faut couper court et il faut passer en force. Malheureusement, le spectacle donné au cours de ces dernières heures par le socle commun, avec une incapacité à faire élire un président de commission ou un vice-président de l'Assemblée nationale, parce que précisément, il y a eu des bisbis, des disputes, des guerres d'égo entre les uns et les autres, n'ont pas donné le bon spectacle. Moi, je crois au contraire que des débats parlementaires qui permettent à la coalition de montrer qu'elle est soudée, de tenir les tranchées sur un certain nombre de sujets pour éviter des hausses d'impôts trop massifs, c'est souhaitable pour construire la solidité de cette coalition et que le 49-3, il doit être utilisé le moment venu, après un temps raisonnable pour le débat parlementaire.
Sauf que plus les débats avancent, plus on a l'impression qu'il y a des fractures au sein de cette coalition. Je prends juste un exemple, la taxe des hauts revenus, temporaire dans la version de Michel Barnier, elle a été élargie et pérennisée, non seulement avec l'aide de la gauche, mais aussi avec celle du Modem. Le Modem, c'est censé être un allié de Michel Barnier.
Le roi est nu. Si on est honnête, M. Matéi, qui était président du groupe Modem jusqu'à l'année dernière, a essayé tous les ans, depuis 2022, de faire en sorte qu'il y ait une contribution durable sur les hauts revenus.
Il n'a pas changé de position. C'est l'équilibre. Mais l'intérêt général, après l'intérêt de Michel Barnier, ça ne doit pas primer ce socle commun ?
Ce qui prime, c'est que notre pays a un budget. Ce qui prime, c'est que face à un niveau de déficit absolument inédit et dans un contexte où il y a une dette qui a beaucoup augmenté, on prenne des mesures de redressement des finances publiques et qu'on arrête de penser que le budget, c'est qu'un problème de comptable et de banquier. Ce qui prime, c'est qu'on ne laisse pas penser aux Français que quand on est à des pays au monde où la dépense publique est la plus élevée, si on baisse quelques dépenses, ça va être l'austérité, la fin de tout, la fermeture de tous les services publics.
C'est à la fois faux et totalement excessif. Enfin, qu'il y ait un effort fiscal, qu'il y ait une capacité à se dire qu'à un moment, dans un contexte comme celui-là, pour éviter une explosion des taux d'intérêt et de la dette de la France, tout le monde doit faire un effort de manière temporaire, ça n'est pas absurde. – Depuis la nominisation de Michel Barnier, Gabriel Attal, qui lui est le patron d'EPR, ensemble pour la République, il n'est pas très tendre avec lui, on a l'impression qu'il le soutient un peu comme la corde soutient le pendu. – On voit bien que cette coalition, ce n'est pas un mariage d'amour, si on se dit les choses, et qu'il y a un mariage de raison en se disant qu'il faut à la fois éviter que ce soit les extrêmes qui se retrouvent aux commandes, les Français ont évité que ce soit le Rassemblement national avec les votes massifs qui se sont reportés vers des candidats de l'arc républicain, et le spectre d'avoir des ministres d'extrême-gauche, avec un programme absolument insensé, qui consiste à dire il faut plus d'immigration, moins de sécurité et plus d'impôts, quand les Français veulent moins d'immigration, plus de sécurité et moins d'impôts, il a conduit à ce qu'il y ait cette coalition qui se mette en place, malgré le fait qu'elle n'est pas une majorité absolue.
Il va falloir que chacun soit capable de dépasser ses blessures d'égo, d'orgueil et ses positionnements pour bien mesurer que l'intérêt général et l'intérêt du pays, c'est que le gouvernement de Michel Barnier réussisse. Je vous le dis pour une raison, c'est que s'il ne réussit pas, à la fin, on aura Mélenchon Le Pen en finaliste d'une élection présidentielle. Et Édouard Philippe, il a dépassé ses égos dont vous parliez, il n'a pas fixé de ligne rouge, lui, à Michel Barnier ?
Le parti dont je suis le secrétaire général, celui d'Édouard Philippe, Horizon, il est cohérent. Il dit qu'on a besoin que ce gouvernement réussisse. Il y a évidemment certains sujets sur lesquels on ne ferait pas pareil, mais on essaye de ne pas mettre en avant d'abord ce qui nous irrite et de d'abord apporter un soutien.
La situation politique, elle est suffisamment compliquée. La situation géopolitique qu'on est en train de connaître, avec le Proche-Orient, avec l'Ukraine dont on parle moins, mais où la situation là-bas est absolument catastrophique, elle nécessite que la classe politique se mette au niveau de ses défis. On est à quelques jours d'une élection américaine qui peut bousculer une partie de ce qui se passera en Europe.
On a une situation économique où on a beaucoup de signaux qui ne vont pas dans le bon sens. Si on n'est pas capable de se souder et de défendre l'intérêt général, oui, on fait le lit des extrêmes. Horizon, Édouard Philippe, on est dans cette cohérence.
Donc Édouard Philippe joue le jeu, ou en tout cas joue avec Michel Barnier. Édouard Philippe et Gabriel Attal, ils ont quand même un point commun, c'est qu'ils ont tous les deux, à leur façon, rompu avec Emmanuel Macron. Édouard Philippe, en faisant le pari, qui est éventuellement une dissolution, enfin une dissolution, voire même, qui aboutira à une démission d'Emmanuel Macron et à une présidentielle anticipée.
Édouard Philippe, il a annoncé sa candidature en disant qu'au mois d'octobre, de manière tranquille, on n'a pas fait une kermesse, on n'a pas invité...
Un drôle de moment quand même, le timing était étrange. Il n'y avait pas de gouvernement, il n'y avait pas de Premier ministre. Il y a eu une officialisation de ce que tout le monde savait.
Personne n'a été surpris de se dire qu'Édouard Philippe se préparait pour la prochaine élection présidentielle. Et au contraire, je pense que ça avait du sens. Parce que dans un temps où on était en train de se demander il se passe quoi demain ou la semaine prochaine, le fait de dire, il va falloir prendre des mesures pour les semaines et les mois qui viennent, avec une coalition qui devrait être la plus solide possible, mais qui ne sera pas très stable.
En revanche, le cap, le moment où il faudra proposer au pays un certain nombre de réformes, y compris institutionnelles, il arrive, je m'y prépare, j'y travaille. Mais il a laissé penser qu'il était prêt pour une présidentielle anticipée. Parce qu'on est entré dans un temps où des choses qui semblaient totalement impossibles ou improbables sont arrivées.
Et nous ne souhaitons pas qu'il y ait une présidentielle anticipée. Parce que ça voudrait dire que ce sont les institutions qui sont menacées. Ça voudrait dire que le calendrier électoral, le rythme de la République serait bouleversé.
Mais ne pas s'y préparer, compte tenu de ce que nous sommes en train de vivre, ce serait un manque de responsabilité. Donc Edouard Philippe est prêt ? Nous sommes en train de préparer le parti.
On a annoncé il y a quelques jours une nouvelle étape. D'ici mercredi prochain, on communiquera sur une trentaine de secrétaires nationaux thématiques pour commencer à décliner le programme massif qu'il a promis aux Français à partir de l'année 2025. On va débuter cette même année 2025 par un tour de France avec des grandes réunions dans beaucoup d'endroits.
On va finir de modifier nos statuts. Christelle Morancet est devenue présidente de la CNI. Bref, on se met en ordre de bataille, en ordre de marche et paré à toutes les situations.
Deux dernières questions rapidement. Un mot sur ce député, l'insoumis Andy Kerbrat, qui a été pris en flagrant délit d'achat de drogue dans le métro parisien auprès d'un trafiquant mineur. Est-ce qu'il doit démissionner ?
Il doit se soigner. C'est en tout cas ce qu'il a expliqué. Et je pense que le meilleur moyen pour lui de se soigner, c'est effectivement de démissionner.
Il y a quand même un moment, si vous voulez, ou en termes d'exemplarité, quand vous êtes celui qui fait appliquer la loi, que vous commencez par ne pas la respecter, et qu'il y a un tel hiatus entre vos propos pour expliquer qu'il faut lutter contre le trafic et le fait que vous les alimentez par votre comportement de consommateur, il y a un moment où un tel grand écart n'est pas supportable. Sandrine Rousseau, elle dit que finalement la drogue, il y en a partout, il y en a beaucoup aussi parmi la classe politique. Vous vous êtes drogué, vous ?
Si Sandrine Rousseau était la boussole, si vous voulez, de la classe politique de manière générale, et si à chaque fois qu'elle s'exprimait, elle exprimait le ressenti de la plupart des Français, ça se saurait. Donc qu'elle prenne la défense d'un insoumis, parce qu'elle fait partie de ces écologistes qui malheureusement pensent que si on n'est pas vraiment à gauche, on n'a pas le droit d'être écologiste, ça ne me surprend pas. Mais la plupart du temps, quand elle s'exprime, elle fait plutôt fuir des électeurs et les éloigner de la cause écologique et environnementale qui mérite mieux que ce genre de confusion. – 15 secondes, Rachida Dati veut faire payer 5 euros l'entrée de Notre-Dame de Paris, ça ferait 75 millions par an et ça pourrait permettre la préservation du patrimoine français.
Vous trouvez que c'est une bonne idée ? – J'ai eu le sentiment qu'elle le suggérait à l'archevêque de Paris plutôt qu'elle décidait de le rendre payant. Je veux dire deux choses, 75 millions d'euros ne suffirait pas pour entretien la totalité du patrimoine religieux de ce pays.
Nous, maires, nous savons bien dans les dépenses que nous faisons chaque année les besoins qu'il y a pour entretenir ce patrimoine, qui n'est pas seulement du patrimoine, qui est aussi une partie de notre histoire et de nos racines. Pour autant, elle évoque le fait qu'on paye, nous, aujourd'hui Français, par nos impôts, la défense de notre patrimoine et que parfois les visiteurs étrangers, qui ne payent pas d'impôts en France, pourraient y contribuer davantage avec des tarifs d'entrée dans certains mouvements. – Donc vous n'êtes pas contre ? – Sous cet angle, ça ne me choque pas. – Merci beaucoup Christophe Béchut, bonne journée à vous. – Merci à vous. – Merci à vous.
Christophe Béchu