Les urgences ont-elles tenu le choc cet été ?
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Questions et réponses
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Comment éviter des milliers de morts lors de la prochaine canicule ou lors du prochain hiver trop froid ?
- 0:43OuverteRéponse directe
Sur une échelle de la douleur, Yann Panverne, vous diriez que ces dernières semaines se situent à quel niveau pour vous ?
- 1:52OuverteRéponse directe
C'est quoi un patient brancard ?
- 2:23OuverteRéponse directe
On parle beaucoup de la canicule, mais vous redoutez aussi l'hiver qui pourrait être très froid et qui mettrait encore le système de soins dans une configuration très complexe.
- 4:38OuverteRéponse directe
Vous disiez que ce n'est pas simplement un problème de budget, mais effectivement un problème organisationnel.
- 4:52OuverteRéponse directe
Ça veut dire quoi, concrètement, la gestion de l'avant des urgences ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:19PrésentateurChiffre
« plus de 8000 morts en lien avec ces vagues de chaleur »
- 1:12InvitéChiffre
« 40% c'est l'augmentation d'activité dans les SAMU et dans les services d'urgence »
- 1:33InvitéChiffre
« 32 degrés c'est la température médiane dans les services d'urgence »
- 1:42InvitéChiffre
« 2 jours, 48 heures sur un brancard pour les patients qui ont attendu le plus »
- 2:52InvitéChiffre
« 37 millions d'appels décrochés tous les ans par des assistants de régulation médicale »
- 6:24InvitéFait
« pour pouvoir transférer nos patients, il faut aussi qu'on puisse avoir des ambulances. Et donc, renforcer les ambulanciers privés »
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Comment éviter des milliers de morts lors de la prochaine canicule ou lors du prochain hiver trop froid ? C'est la question que nous nous posons ce matin, alors que Santé publique France a annoncé cette semaine le bilan provisoire des canicules successives, soit plus de 8000 morts en lien avec ces vagues de chaleur. Derrière ce chiffre, il y a aussi des personnels soignants éprouvés et un système de santé à bout de souffle. Bonjour Yann Panverne.
Bonjour. Vous
êtes médecin urgentiste, président du syndicat SAMU Urgence de France. Vous venez de publier un rapport intitulé Canicule de 2026, ce que les professionnels de santé des structures de médecine d'urgence française ont réellement vécu. Sur une échelle de la douleur, Yann Panverne, vous diriez que ces dernières semaines se situent à quel niveau pour vous, vous en tant que professionnel de santé
?
Sur une échelle de la douleur et pendant les épisodes caniculaires, on était facilement à 9 sur 10. 9 sur 10, merci de me recevoir sur France Inter, puisque l'été 2026 a été pour nous un été hors norme, un été choc, marqué par 4 épisodes caniculaires majeurs et aussi par les conséquences sanitaires des incendies. Je vais vous donner 3 chiffres qui doivent absolument nous alerter. 40% c'est l'augmentation d'activité dans les SAMU et dans les services d'urgence, avec des variations selon les territoires, à effectifs constants, à des professionnels de santé qui sont revenus sur leur temps de repos, sur leur congé, pour faire face à l'ensemble des patients qui ont été pris en charge.
Qui fait que le système a tenu, c'est pour ça
?
Exactement, dans des conditions extrêmement difficiles. Le deuxième chiffre que je voulais vous partager, 32 degrés c'est la température médiane dans les services d'urgence. Et le troisième chiffre, qui quand même caractérise une situation de crise, c'est 2 jours, 48 heures sur un brancard pour les patients qui ont attendu le plus.
Oui,
c
'est ce qu'on découvre dans votre rapport, l'expression patient brancard. C'est quoi un patient brancard ? C'est un patient qui reste pendant des heures sur un brancard
?
Oui, c'est une situation qu'on dénonce, nous, depuis des années.
Ce
sont des patients pour lesquels la prise en charge aux urgences a été faite. Nous les avons soignés. Et malgré l'orientation difficile vers les lits d'hospitalisation ou toute autre alternative, ces patients, ils passent la nuit aux urgences, ils passent des heures aux urgences. Et on le sait, aujourd'hui, les choses sont très claires. Ça dégrade leur état de santé, et notamment pour les patients les plus vulnérables et les plus âgés.
Oui, et ça veut dire qu'en fait, ce patient brancard, c'est le signe quand même visible d'un dysfonctionnement grave dans les services de soins.
Exactement, et pour autant, les solutions existent. Cette situation, elle est chronique. La ministre de la Santé a eu, mi-juillet, un rapport réalisé par des experts qui lui a été remis. Toutes les solutions sont sur la table. Donc, notre rapport, il illustre vraiment deux choses. La problématique des lits brancards, des patients brancards, de la saturation des urgences qui y est directement liée. La problématique des insuffisances pour les SAMU, avec 37 millions d'appels décrochés tous les ans, par des assistants de régulation médicale, qui sont des professionnels qui font un travail remarquable, mais qui sont aujourd'hui, eux aussi, en nombre très insuffisant.
Alors, je voulais partager avec vous, il n
'y a
pas de misérabilisme dans notre propos. Il y a vraiment une volonté que les choses changent et que les arbitrages puissent être rendus, puisque les solutions sont sur la table et nous appelons vraiment le gouvernement pour qu'il puisse décider, engager les mesures pour faire en sorte que l'hiver 2026 ne soit pas l'hiver 2025 et, encore une fois, l'été terrible que nous venons de passer.
Oui, parce qu'on parle beaucoup de la canicule, mais vous redoutez aussi l'hiver qui pourrait être très froid et donc qui mettrait encore le système de soins dans une configuration très complexe.
Effectivement, les épidémies hivernales arrivent, l'été a été très long, il a commencé en mai avec la canicule.
Il n'est pas
terminé en
plus. Il est en train de
se terminer fin septembre et vous imaginez que dans les prochaines semaines, nous allons commencer et les tensions commencent à apparaître déjà dans les services d'urgence. Donc, effectivement, il est temps d'agir. Nous demandons à ce que les mesures soient prises. Ce sont des mesures qui, pour certaines, emportent des dispositions de financement, bien sûr, mais pour d'autres, qui sont des mesures organisationnelles. Donc,
il
faut désormais décider et pour que les choses changent, et moi, je profite de votre antenne pour quand même saluer le travail remarquable qui a été fait cet été par mes collègues des SAMU, des SMUR, des services d'urgence. Des milliers de patients ont été sauvés, des milliers de patients ont été soignés par des assistants de régulation médicale, des aides-soignants, des brancardés, des infirmiers, des médecins, évidemment. Donc, tous ces personnels qui, vraiment, sont engagés pour les soins.
Je voudrais insister sur un fait que vous venez dénoncer. Vous disiez que ce n'est pas simplement un problème de budget, mais effectivement un problème organisationnel. Et votre rapport est clair sur ce point. Il existe des solutions. Vous parlez notamment de la gestion de l'avant des urgences. Ça veut dire quoi, concrètement
?
Alors, il y a l'avant et il y a surtout l'aval. C'est-à-dire, l'aval, c'est la capacité que nous avons à hospitaliser ou à orienter les gens. Effectivement, il y a l'amont qui est un point important et qui fait l'objet de nombreux appels que nous régulons. Et heureusement qu
'il
y a la régulation médicale des SAMU pour pouvoir orienter les patients dans les bonnes filières de soins et éviter l'urgence au maximum. Et parfois, il faut aller aux urgences. Et lorsqu'on est aux urgences, le principal point de saturation, c'est l'aval. C'est le fait de ne pas trouver de solution. Un goulot
d'étranglement,
en fait.
Et c'est un véritable
boulot d'étranglement structurel. Et ça fait des années que ça dure. Mais comme je vous le disais à l'instant, les solutions existent. Et donc, nous sommes absolument déterminés et engagés pour que les mesures soient prises. Et enfin, enfin que les choses changent. Puisque des patients sur des brancards, ce sont des morts évitables. Et notamment avec l'hiver qui arrive.
Dans les solutions que vous évoquez dans cette gestion de l'aval, il y a la gestion des lits, par exemple. Vous évoquez une gestion au niveau d'un territoire et plus notamment au niveau d'un établissement.
C'est un exemple
parmi tant d'autres.
Alors, effectivement, je peux vous donner deux exemples pour concrétiser le propos. Mettre en place des cellules de gestion des lits, non plus effectivement à l'échelle d'un hôpital, mais à l'échelle de plusieurs hôpitaux, d'un territoire, associant le public, le privé, avec un véritable pouvoir de décision. Parce que ça, c'est important. C'est bien d'avoir connaissance de certains lits disponibles, mais il faut pouvoir décider et obtenir ces lits pour les patients. Et deuxième illustration, pour pouvoir transférer nos patients, il faut aussi qu'on puisse avoir des ambulances. Et donc, renforcer les ambulanciers privés, aujourd'hui, je pense que c'est un élément indispensable au dispositif.
Ce sont deux exemples parmi d'autres. Puisque, évidemment, l'éventail de solutions
est
large.
Et
on le découvre aussi dans votre rapport. Merci infiniment, Yann Panverde, d'avoir été avec nous ce matin sur France Inter. Je rappelle que vous êtes médecin urgentiste et président du syndicat SAMU Urgence France. Merci
beaucoup et bonne journée.