Gérald Darmanin et la mesure plaider-coupable criminel
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Questions et réponses
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- 0:08OuverteRéponse directe
Bonjour Gérald Darmanin. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
- 0:43RelanceRéponse partielle
Est-ce que c'est ce que vous faites ce matin ? Ce plaidé coupable, c'était une erreur ?
- 1:54RelanceRéponse directe
Mais est-ce que Gérald Darmanin c'est un repli tactique précisément pour que votre réforme de la justice ne tombe pas à l'eau ?
- 2:07RelanceRéponse directe
On a notamment entendu la comédienne Muriel Robin qui vous a interpellé à l'occasion de la cérémonie des Molières. Elle disait un viol ça ne se négocie pas, ça se juge. Est-ce qu'elle a raison ?
- 3:27RelanceRéponse directe
Est-ce que vous reconnaissez donc ce matin que l'objectif qui consistait à désengorger la justice, il est caduque ?
- 4:39OuverteRéponse directe
Juste avant je voudrais qu'on parle du narcotrafic, puisqu'en l'espace de 48 heures vous avez 3 personnes qui sont mortes près de Lyon dans un incendie criminel.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47Invité politiqueFait
« je pense que tous les pays autour de nous ont un plaidé coupable. »
- 1:06Invité politiqueFait
« Cela évite beaucoup de choses, cela évite notamment ce qu'on appelle la victimisation secondaire. »
- 1:24Invité politiqueFait
« La première, c'est que nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale pour l'instant pour cette mesure telle qu'elle est écrite. »
- 2:33Invité politiqueFait
« Le procès est forcément une catharsis, et il est nécessaire pour l'immense majorité des victimes. »
- 3:50Invité politiqueChiffre
« J'ai toujours dit que c'était 10% de l'ensemble des crimes qui étaient en audience qui auraient pu rentrer dans les critères du plaidé coupable. »
- 4:20Invité politiqueFait
« Cependant c'est une innovation totale entre droits, le plus important dans le texte je rappelle c'est la création de 68 tribunaux cours criminels supplémentaires »
- 5:17Invité politiqueFait
« le narcotrafic est l'équivalent de notre enjeu de sécurité qu'était le terrorisme, il y a encore 10 ans. »
- 5:38Invité politiqueFait
« Nous devons nous mettre à la page, c'est une menace de sécurité à l'intérieur, c'est des gens extrêmement intelligents avec beaucoup d'argent. »
- 6:06Invité politiqueFait
« Mais c'est pour ça que j'ai fait des prisons de haute sécurité, c'est pour ça que nous avons pris un parquet anti-narco sur le modèle italien, c'est pour ça que nous avons un statut du repenti. »
- 6:13Invité politiqueFait
« Moi je dis aux Français, attention, le narcotrafic est notre menace première de sécurité intérieure. »
- 7:04Invité politiqueFait
« ce qui m'inquiète, c'est notre incapacité pour l'instant à avoir un discours d'unité, mais surtout d'avoir des idées. »
- 9:18Invité politiqueFait
« Je crois qu'on voit bien que le Rassemblement National peut gagner cette élection présidentielle. »
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Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, vous recevez le ministre de la Justice. Bonjour Gérald Darmanin. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Au lendemain, d'un net revirement concernant la mesure phare de votre réforme de la justice, le plaidé coupable criminel, je rappelle le principe, qui permet donc à un accusé reconnaissant intégralement les faits de négocier avec le parquet une peine réduite, d'éviter un procès classique, à condition bien sûr que la victime en soit d'accord. L'objectif étant de réduire les délais de jugement.
Et face à la bronca du monde judiciaire, vous proposez désormais que cette mesure exclue les crimes passibles de la Cour d'Assise, en particulier les crimes sexuels. Cela ne concernerait plus que les braquages et les coups mortels. Il est assez rare, Gérald Darmanin, que les responsables politiques reconnaissent qu'ils se sont trompés. Est-ce que c'est ce que vous faites ce matin ? Ce plaidé coupable, c'était une erreur ?
Alors je ne crois pas, parce que je pense que tous les pays autour de nous ont un plaidé coupable. En Espagne, par exemple, qui est le pays qui est mis en avant comme étant le pays le plus important dans la lutte contre les féminicides, contre les viols, contre les violences faites aux femmes, 90% en délit comme en crime, 90% des affaires se terminent par un plaidé coupable. Cela évite beaucoup de choses, cela évite notamment ce qu'on appelle la victimisation secondaire.
C'est-à-dire le fait que dans un procès pour viol, la femme revit un procès extrêmement difficile où l'expert psychiatre lui rappelle peut-être qu'elle a eu des difficultés pendant son enfance, que l'avocat de la défense parfois la bouscule. Mais pourquoi est-ce que vous vous modulez alors si c'est une mesure ? Nous avons deux raisons. La première, c'est que nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale pour l'instant pour cette mesure telle qu'elle est écrite. Moi je suis un réaliste et que mon principe c'est de faire du compromis politique dans un régime parlementaire, même si ça a été validé par le Sénat et même si le Conseil d'Etat l'a soutenu.
Deuxièmement, parce que j'ai longuement discuté avec les avocats, il y a beaucoup d'autres mesures sur mon texte de loi évidemment, sur les nullités, sur la création de 60 tribunaux supplémentaires, sur la généalogie génétique, sur les deux victimes. Et qu'avec les avocats, nous avons discuté ces représentants pour dire que nous devions restreindre très fortement ce pédé coupable.
Mais est-ce que Gérald Darmanin c'est un repli tactique précisément pour que votre réforme de la justice ne tombe pas à l'eau ? Ou est-ce que, au fond, vous avez entendu certains arguments ? On a notamment entendu la comédienne Muriel Robin qui vous a interpellé à l'occasion de la cérémonie des Molières. Elle disait un viol ça ne se négocie pas, ça se juge. Est-ce qu'elle a raison ? Est-ce que vous avez entendu cette interpellation ?
J'ai entendu beaucoup d'interpellations et beaucoup de remarques, et dont certaines je pense qu'elles étaient à la fois extrêmement sincères et parfois justes.
Celle-là, elle était juste ? Sur la question des crimes sexuels particulièrement, l'idée que le procès, même si bien sûr dans le cadre du plaidé coupable, la victime doit accepter cette disposition, le fait que le procès est nécessaire aussi pour la réparation des victimes ?
Le procès est forcément une catharsis, et il est nécessaire pour l'immense majorité des victimes. Mais j'ai aussi rencontré des victimes, sans doute minoritaires, mais des victimes qui attendent, parce que c'est ça le problème. Aujourd'hui, 6 ans, 7 ans, 8 ans d'avoir l'audience pour leur viol, leur accusé parfois est décédé, donc il n'y a pas de procès. Alors c'est bien d'attendre un procès formidable et parfait, mais si jamais il n'y en a pas, parce que l'accusé décède, parce qu'on met trop de temps à la justice, c'est ça son problème, elle met beaucoup trop de temps. C'est un problème.
Deuxièmement, il y a des victimes qui ne veulent pas du tout, sans doute très minoritaires, mais pas du tout de procès. Elles ne veulent pas vivre le moment extrêmement difficile du procès, elles veulent juste que leurs auteurs reconnaissent les faits. Mais cependant, vous avez parfaitement raison, j'ai entendu un certain nombre de remarques, d'avocats, d'élus, de spécialistes, j'ai rencontré beaucoup de victimes, beaucoup de professeurs de droit, beaucoup d'experts ici. Et donc vous avez évolué un mot encore sur ce...
J'ai proposé un compromis, et je pense que c'est le rôle d'un homme politique d'évoluer et de proposer un compromis. Est-ce que vous reconnaissez donc ce matin que l'objectif qui consistait à désengorger la justice, il est caduque, puisque désormais ce plaidé coupable ne concernera qu'une dizaine de cas par an, puisque c'est coup mortel et les braquages, donc en fait ça ne sert plus à rien ?
Par une étrange métonymie, le texte est devenu juste le plaidé coupable. Il y a dix autres mesures, notamment il y en a une extrêmement importante qui est le deuxième article.
Mais dans le cas d'espèce de ce plaidé coupable, ça ne servira plus à désengorger la justice ?
J'ai toujours dit que c'était 10% de l'ensemble des crimes qui étaient en audience qui auraient pu rentrer dans les critères du plaidé coupable. Il fallait un seul auteur, une seule victime, que tout le monde soit d'accord. Donc maintenant c'est une dizaine de cas par an seulement dans les conditions que vous fixez désormais ?
Quelques dizaines de cas par an, puisque l'idée c'est de dire sur les braquages, quand il y a un braquage il n'y a pas de mort, quand il y a un braquage, c'est un crime un braquage, braquage d'une banque, la victime c'est la banque, si la victime, personne morale, est d'accord pour qu'il y a appelé des coupables et que le braqueur est d'accord, il n'y a pas de raison de prendre trois jours de cour d'assises qui pourraient servir à un viol.
Cependant c'est une innovation totale entre droits, le plus important dans le texte je rappelle c'est la création de 68 tribunaux cours criminels supplémentaires, c'est la possibilité de mettre dans les 5 magistrats des avocats honoraires ou des citoyens tirés au sort, et c'est surtout la généalogie génétique pour les cold case et la réforme des nullités qui est une réforme très importante.
Gérald Darmanin, on va parler politique dans un instant, juste avant je voudrais qu'on parle du narcotrafic, puisqu'en l'espace de 48 heures vous avez 3 personnes qui sont mortes près de Lyon dans un incendie criminel, visiblement lié au trafic de drogue, à Nice lundi en plein jour une fusillade a fait 2 morts et plusieurs blessés, et on en est à se demander si lundi prochain le procès qui va s'ouvrir d'un des chefs présumés du clan Yoda, c'est-à-dire les rivaux de la DZ Mafia, va pouvoir se tenir correctement à un procès sous haute sécurité qui visiblement inquiète les autorités. Vous disiez le 20 décembre 2025 à nos confrères du Parisien, la France peut vaincre le narcotrafic.
Pour l'instant la bataille elle est perdue, Gérald Darmanin ?
Non elle n'est pas perdue, mais c'est une bataille extrêmement rude, et j'ai toujours dit, quand j'étais mis à l'intérieur, maintenant mis à la justice, je suis un peu seul à le dire, que le narcotrafic est l'équivalent de notre enjeu de sécurité qu'était le terrorisme, il y a encore 10 ans. On n'a pas vaincu totalement le terrorisme, mais les moyens qui ont été mis par Bernard Cazeneuve, par le président Hollande, la création de la DGSI, des moyens extraordinaires qui nous ont permis, me semble-t-il, après plusieurs gouvernements, de lutter contre le terrorisme, nous ne les avons pas totalement aujourd'hui contre le narcotrafic.
Nous devons nous mettre à la page, c'est une menace de sécurité à l'intérieur, c'est des gens extrêmement intelligents avec beaucoup d'argent. Mais par exemple sur ce procès qui va s'ouvrir lundi, vous avez-vous des inquiétudes comme ministre de la justice sur la bonne route, bonne exécution de la justice ? Je n'ai pas d'inquiétude, parce que comme pour le procès de la DZ Mafia, puisqu'il s'agit de Félix Bengui, qui est donc le clan Yoda, qui étaient ceux qui se sont battus à Marseille dans deux clans différents, on y a mis énormément de moyens grâce au ministère de l'Intérieur.
Mais c'est pour ça que j'ai fait des prisons de haute sécurité, c'est pour ça que nous avons pris un parquet anti-narco sur le modèle italien, c'est pour ça que nous avons un statut du repenti. Moi je dis aux Français, attention, le narcotrafic est notre menace première de sécurité intérieure. Elle tue cette menace énormément de gens, directement et indirectement. Et oui, vous avez raison, la bataille n'est pour l'instant pas gagnée.
Gérald Darmanin, hier soir, votre ancien parti renaissance à Adoubé-Gabriel Attal, qui devrait se déclarer candidat dans les prochains jours. Edouard Philippe, lui, accélère légèrement sa campagne. On a vu qu'il organisait son état-major ces derniers jours. Lequel des deux est le plus capable d'être président de la République ? C'est un peu tôt pour le dire, on est à un an. Vous connaissez les deux personnalités, leur qualité et leurs défauts.
Je ne vous dirai pas l'inverse. On est à un an d'élection présidentielle. C'est encore très très long, il va se passer plein de choses. M. Trump va-t-il reconnaître sa victoire ou sa défaite au mid-terms ? Y aura-t-il une nouvelle guerre ? Y a-t-il une crise financière ? L'antavirus va-t-il... Mais ça changera sur les aptitudes des uns et des autres à être président de la République ? Non, ce qui m'inquiète, c'est notre incapacité pour l'instant à avoir un discours d'unité, mais surtout d'avoir des idées. Il y a beaucoup de candidats et il y a peu d'idées. C'est un peu inquiétant.
Donc vous savez que j'ai essayé, comme d'autres, j'essaye encore d'expliquer qu'il faut un seul candidat, si on ne veut pas que ce soit un duel, M. Bardella contre M. Mélenchon. Je pense que ce serait absolument terrible pour la France.
Mais vous trouvez qu'Edouard Philippe et Gabriel Attal, ils n'ont pas d'idées ?
Alors, chacun connaît ma sympathie, mon amitié particulière pour Edouard Philippe. Je respecte évidemment Gabriel Attal, mais oui, je suis un peu, pour l'instant, pour l'instant. Je suis comme beaucoup de citoyens. Je me dis qu'il y a beaucoup de candidats et pas beaucoup d'idées.
Bon, pas beaucoup d'enthousiasme ce matin. Est-ce que vous vous parliez de votre amitié pour Edouard Philippe ? Est-ce que ça n'irait pas plus vite, Gérald Darmanin ? C'est un secret de polichinelle que, à un moment donné, vous le rejoindrez ? Visiblement, il vous a même proposé d'être son directeur de campagne.
Alors, le problème de la politique, c'est qu'il faut quand même avoir des convictions, parce que c'est bien d'avoir des amis, et c'est bien de se retrouver de temps en temps, et c'est bien de discuter ensemble, et c'est bien de discuter avec des journalistes. Mais pourquoi faire ? Moi, j'ai une fibre sociale, je pense, extrêmement importante, de là où je suis né, de ma famille. Il y a des choses qui me choquent. Quand le gouvernement, quand la majorité parlementaire venaient sur le 1er mai, personnellement, ça me choque.
Donc ça, vous étiez opposé à cette idée de Gabriel Attal ?
Pourtant, il n'y a pas que Gabriel, à qui je me suis expliqué, la droite classique. Vous savez, Philippe Séguin disait que le gaullisme, c'est la lutte contre la tentation sans cesse répétée de la droite de se droitiser. Je constate que les LR se droitisent, et pourtant j'ai beaucoup d'amis au LR. Donc là, je pense qu'on peut venir de la droite, respecter l'ordre, la nation, on peut avoir une certaine discussion. Enfin, la fibre sociale, il y a plein de gens qui ont beaucoup de galères. Il y a beaucoup d'hématomes pour lesquels les politiques n'apportent pas de réponse, énormément. Donc en fait, vos idées, vous ne les trouvez nulle part aujourd'hui ?
Ah non, pour l'instant, je ne les trouve nulle part. Et donc, mon travail d'homme politique, c'est de pouvoir influencer une ligne politique.
Influencer ou les porter. Quand les idées ne sont pas portées par un autre candidat, on se dit, pourquoi pas moi, non ?
Inch'Allah, Inch'Allah, mais on verra bien, on verra bien. On aura l'occasion d'y...
Donc si Dieu veut, Gérald Darmanin, candidat ?
Non, mais c'est beaucoup plus sérieux, parce que l'élection présidentielle est sans doute la plus importante que nous allons vivre depuis au moins 30 ou 40 ans. Parce que je crois qu'on voit bien que le Rassemblement National peut gagner cette élection présidentielle. Je pense que M. Mélenchon est un candidat extrêmement sérieux, qui fera un score extrêmement important.
Vous pensez qu'il fera un score élevé ?
Aujourd'hui... Il sera au second tour ? Non, mais aujourd'hui. Aujourd'hui, je pense que le second tour, c'est M. Mélenchon contre Mme Le Pen ou M. Bardella. Et je pense qu'il faut, comme on dit dans le Nord et à Tourcoing, être bouché à l'émerie pour ne pas le voir. Parce qu'il y a l'usure du pouvoir des gens que nous représentons, parce qu'il y a la partie de la colère qui est extrêmement importante, parce qu'il y a beaucoup de Français qui ont énormément de difficultés et nous ne les entendons pas assez.
Merci beaucoup Gérald Darmanin, qui donc, Inch'Allah, ne ferme pas la porte à une candidature. Merci. Et merci Benjamin Duhamel. On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien. Il est 7h59 sur Inter.
Gérald Darmanin