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interviewBFMTV· 9 mars 2024 8 min

Arrestation du narcotrafiquant Félix Bingui: interview intégrale du maire de Marseille, Benoît Payan

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonsoir Benoît Payan, merci d'être avec nous. Vous êtes le maire de Marseille. Votre toute première réaction à l'arrestation de Félix Bengui, dont on va découvrir le visage dans un instant.

0:12
Benoît Payan

D'abord, c'est un vrai succès. C'est un succès pour la police française, c'est un succès pour les magistrats et pour la coopération internationale. Il était à la tête d'un des gangs les plus puissants de Marseille, d'un gang international. C'est pas simplement un gang marseillais. Il a sévi, évidemment, de partout dans le sud de la France, de partout en Europe. Et il était extrêmement puissant. Et on souffre, bien évidemment, de les avoir à l'étranger. On a aujourd'hui les chefs du narcotrafic qui ne sont pas à Marseille, qui se trouvent dans des pays étrangers, dans des pays du Golfe, qui se trouvent dans des pays du Maghreb.

Et bien évidemment, la coopération internationale a été déterminante. Mais je veux, encore une fois, saluer le travail, évidemment, des policiers, des policiers de la PJ, des magistrats qui ont tout fait pour qu'on puisse l'arrêter. C'est un vrai coup. C'est un coup très fort qui est porté au narcotrafic international. J'ai toujours dit, d'ailleurs, qu'il ne suffisait pas de couper les tentacules de la pieuvre, mais qu'il fallait lui couper la tête. Et c'est comme ça qu'il faut faire. C'est un énorme succès. C'est un des plus gros succès pour la police et pour la lutte contre le trafic international.

1:16
Présentateur

Prudence peut-être tout de même parce qu'il n'est pas encore sur le sol français. Il n'est pas encore rapatrié. Il est toujours au Maroc, actuellement.

1:21
Benoît Payan

Oui, mais il est déjà arrêté. Il est hors d'état de nuire. Et bien évidemment, il s'agit désormais de le faire revenir ici, de le juger ici. À chaque fois qu'on arrive à arrêter à l'international ou à l'étranger ces narcotrafiquants, la France réclame sans cesse, bien évidemment, l'extradition pour qu'on puisse les faire revenir et les juger. Mais il faut les mettre hors d'état de nuire. Vous savez, c'est les magistrats qui commencent à le dire, les policiers qui commencent à le dire. On a aussi des narcotrafiquants qui sont en prison et qui donnent des ordres depuis la prison. Donc, il faut tout faire pour les mettre hors d'état de nuire. Et c'est ainsi qu'il faut faire.

C'est une première victoire. Et taper où ça fait mal aussi. Il faut prendre l'argent. Première grande victoire. On n'a pas gagné la guerre, mais c'est une première grande victoire. C'est un signal pour tous les narcotrafiquants. De partout où ils sont, on les traque, on va les chercher et on les arrête.

2:13
Présentateur

C'est une arrestation qui, selon vous, est de nature à ramener le calme dans le quartier de la Paternelle particulièrement ou pas ?

2:24
Benoît Payan

C'est un signal. Vous savez qu'à chaque fois qu'il y a des arrestations, il y a bien évidemment des mouvements qui se créent parce qu'il y a toujours une tentation de récupérer des territoires. Mais il faut, comme je vous le disais tout à l'heure, s'en prendre au chef et donc continuer à le faire. Puis s'en prendre aux armes. Et puis bien évidemment, il faut aussi s'en prendre à l'argent. Saisir les biens. C'est pour ça qu'on a besoin d'une police judiciaire qui, à Marseille, fait un travail absolument exemplaire. Mais il nous faut aussi une police financière pour remonter les réseaux. Ils blanchissent de l'argent. Ce ne sont pas des petits trafiquants de rue.

Ce ne sont pas des petits délinquants. Ça existe. Et cela nous ennuie. Et il faut bien évidemment s'en occuper. Mais là, on parle de trafiquants internationaux. On parle de criminels internationaux. Et donc, il faut les taper et les frapper là où ça fait mal.

3:09
Présentateur

Vous réclamez aussi, ça fait deux ans et demi que vous réclamez, un parquet spécial.

3:16
Benoît Payan

Oui, j'ai demandé déjà il y a deux ans et demi qu'il y ait des moyens, bien évidemment, qui soient mis en œuvre pour qu'à Marseille, mais finalement, en France, on puisse mettre hors d'état de nuire ces réseaux. On a obtenu, et je le reconnais parce que le ministre de l'Intérieur, vous savez que si je ne partage pas ces options politiques, a tenu parole. On a obtenu 300 policiers de plus à Marseille, des policiers spécialisés, des policiers de terrain. On a aussi obtenu des magistrats. Mais il faut maintenant armer tout ça, peut-être, de quelque chose de spécialisé. J'avais évoqué un parquet spécialisé. Les magistrats n'étaient pas trop d'accord.

Je vois aujourd'hui que cette idée fait son chemin. Le président du tribunal de Marseille a évoqué, devant la commission du Sénat, un grand plan Marshall. On parle de quoi, là ? On parle de gens qui brassent des millions d'euros. On parle de gens qui sèment la mort, de gens qui, de l'étranger ou de prison, commanditent des assassinats, commentent la situation locale, décident de ce qui va se passer. Et donc, en effet, ça ne suffit pas d'avoir des policiers sur le terrain. Il en faut encore plus. Mais il faut une législation pour aller plus vite, pour aller plus fort et pour les appréhender.

4:29
Présentateur

Vous parlez de la commission au Sénat sur le trafic de drogue, qui rendra son rapport dans deux mois ou mois de mai. On dispose déjà d'une forme de premier bilan. Et dans le cadre des auditions menées par les membres de cette commission, certains magistrats, chez vous, à Marseille, parlent de guerre perdue contre le trafic de drogue, Benoît Payan.

4:48
Benoît Payan

Les seules guerres perdues, ce sont les guerres qu'on ne mène pas. Et donc, je disais il y a deux ans et demi, aux magistrats, je demandais au gouvernement, aux gardes des Sceaux, de mettre en œuvre un parquet spécialisé. Il y avait une GIRS, elle existe, mais les GIRS, elles existent depuis dix ans. Et elles ne suffisaient pas. Elles ne suffisent pas ici. Et donc, aujourd'hui, on a un procureur d'ailleurs qui est, pour le coup, un procureur qui est complètement concerné par ce qui se passe. On a eu une préfète de police qui a été extraordinaire pendant deux ans et demi. On a un nouveau préfet de police qui est aligné.

On a donc un parquet, une PJ, une police, tous les services de l'État qui sont alignés. Il faut aujourd'hui réfléchir à quelque chose qui puisse nous permettre d'aller plus vite. Parce que tout est encombré, parce que tout est engorgé, et parce que la législation, même si je veux qu'on respecte les libertés fondamentales, est aujourd'hui trop complexe pour aller vite. Mais je ne crois pas aux guerres perdues. Les seules guerres qu'on perd, ce sont celles qu'on ne mène pas. Et celles-là, on doit la mener, et la mener avec force.

5:47
Présentateur

Vous vous félicitez donc ce soir de l'arrestation de Félix Bengui au Maroc, hier. Qu'en est-il du chef présumé de l'autre gang dans le quartier de la Paternelle, des aides-mafias, Abdelatif Laribi ?

6:01
Benoît Payan

C'est pareil. Il faut le chercher. Ce n'est pas moi qui vais vous donner des informations que je ne possède pas d'ailleurs sur sa situation. Je ne sais pas où il est, mais j'imagine que la police est dessus. Lui aussi, il faut l'arrêter, il faut le juger, il faut le mettre en prison, et de la prison l'empêcher de continuer à diriger son gang. Parce qu'on sait qu'on a des chefs, des demi-chefs, des petits chefs qui, de la prison, continuent de diriger ces narcotrafiques. Donc une fois qu'on les arrête, on les met en situation de ne plus pouvoir sévir. Et donc cet autre chef, de la même manière que le chef du clan Yoda, il faut l'arrêter. Comme d'ailleurs ses lieutenants.

Comme d'ailleurs celles et ceux qui sont ses complices. Parce que ça existe. C'est une guerre totale. C'est une guerre complète qu'il faut mener. Ça ne suffira pas à éradiquer, bien évidemment, le trafic. Mais ça va couper la tête de la pieuvre. Et ensuite, on pourra reprendre un travail de fourmi, parce qu'il est nécessaire. Il est nécessaire à Marseille, et je le mène moi, de mon côté. Ça n'a absolument rien à voir avec la traque, la lutte contre les narcotrafiquants. Mais j'ai besoin que dans ces quartiers, il y ait des gens qui retrouvent de la sérénité. Les premières victimes de ces gens-là sont leurs voisins, sont leurs familles. Il y a eu 50 morts l'année dernière.

35 directement liés à ces narcotrafiques. Ce sont des assassinats purs et simples. Ce sont des victimes, pour la plupart d'entre elles, des gens qui, quelquefois, n'avaient rien à voir. Ça ne peut pas durer. Ça ne peut plus durer.

7:26
Présentateur

Benoît Payan, vous évoquiez le ministre de l'Intérieur il y a quelques instants. Est-ce que vous diriez que Gérald Darmanin, dans cette guerre contre le trafic de drogue, fait du bon boulot ?

7:37
Benoît Payan

Ce que je peux vous dire, en tout cas, c'est qu'il a tenu parole. C'est qu'il m'a envoyé des policiers. C'est que la preuve, on a aujourd'hui une grande réussite, parce que c'est un grand, grand coup qui est porté à ce réseau, et que le ministre de l'Intérieur va continuer de mener cette bagarre-là. Je l'ai en permanence au téléphone. Je vous l'ai déjà dit, il y a beaucoup de sujets sur lesquels on n'est pas d'accord. Mais là-dessus, on est aligné. Il ne peut pas y avoir un centimètre de laissé à ces gens-là. On ne leur laissera pas le champ libre. C'est la doctrine du ministre de l'Intérieur. C'est la mienne sur les narcotrafiquants.

8:11
Présentateur

Merci Benoît Payon, maire de Marseille, d'avoir été en direct avec nous dans Weekend 3D sur BFM TV.