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InterviewRFI — Invité politique (sur Site radio)· 8 juillet 2026 10 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeEurope & internationalSolidarités & famille

Benjamin Morel, politologue: Marine Le Pen, «une candidate avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête»

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Défensif 90 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Est-ce une décision très politique qu'ont pris hier les magistrats de la cour d'appel ?

  • 1:26ComplaisanteRéponse directe

    La cour qui prend en compte, c'est écrit, la liberté des candidatures, la liberté de choix.

  • 1:58OuverteRéponse directe

    Condamnée à faire campagne sous bracelet électronique, Marine Le Pen a en tout cas vite trouvé la parade en se pourvoyant hier en cassation. Elle joue la montre, Marine Le Pen. C'est un pari risqué qu'elle a pris, là ?

  • 3:45OuverteRéponse directe

    Elle va devoir faire campagne avec cette épée de Damoclès judiciaire. De quel poids cela peut peser sur la campagne ?

  • 3:53RelanceRéponse directe

    Est-ce que ce n'est pas d'autant plus compliqué que ses adversaires politiques vont lui rappeler, pendant toute cette campagne, que sa candidature, ils l'ont dit hier, est immorale, incompatible au regard de sa condamnation, qu'elle est bien tout simplement une délinquante ?

  • 5:21OuverteRéponse directe

    Quelle incidence, c'était ma question, sur les intentions de vote.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:33Invité politiqueFait
    « Alors en partie oui, mais il faut bien comprendre ce que ça veut dire politique, il ne veut pas dire politicien. »
  • 0:45Invité politiqueFait
    « Quand une cour prononce une décision, elle doit prendre en compte l'impact social de cette décision. »
  • 2:17Invité politiqueFait
    « Il y a un monde où pour elle, ça se passe bien. Il y a un monde où pour elle, ça ne se passe pas bien. »
  • 2:41Invité politiqueFait
    « Certes, mais la Cour de cassation pourrait préjuger que ce n'est pas suffisant. »
  • 2:50Invité politiqueFait
    « Auquel cas, elle peut examiner le pourvoi avant, on parle du mois de janvier. »
  • 4:10Invité politiqueFait
    « Elle peut répondre qu'elle est présumée innocente, ce qui est vrai. »
  • 5:14Invité politiqueFait
    « François Fillon, dont la campagne fut complètement perturbée par les affaires, qui même n'a pas pu faire campagne, eu égard aux affaires qu'il avait aux fesses. »
  • 5:16Invité politiqueChiffre
    « François Fillon, il finit à 21%. »
  • 5:41Invité politiqueFait
    « Ce qui permet d'élargir, selon le RN, c'est l'existence encore du couple Bardella-Le Pen. »
  • 5:48Invité politiqueFait
    « C'est-à-dire qu'elle est là pour bétonner la base, la mobiliser, la rassurer. Lui, il est là pour l'élargir. »
  • 8:10Invité politiqueFait
    « la Fondation Jean Jaurès, avec Raphaël Yurka, qui montre qu'il y a quand même des grosses failles dans l'équation Bardella. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Benjamin Morel, bienvenue sur RFI pour nous aider à comprendre les ressorts de ce double coup théâtre judiciaire et politique qui a replacé hier Marine Le Pen dans la course à l'Elysée, la patronne du Rassemblement National, condamnée hier en appel, reconnue coupable de détournement de fonds publics, mais autorisée à être candidate à la présidentielle, Benjamin Morel. Est-ce une décision très politique qu'ont pris hier les magistrats de la cour d'appel ?

0:33
Invité politique

Alors en partie oui, mais il faut bien comprendre ce que ça veut dire politique, il ne veut pas dire politicien. Et d'ailleurs la cour le dit bien et elle le dit après le conseil constitutionnel, elle le dit après d'autres cours. Quand une cour prononce une décision, elle doit prendre en compte l'impact social de cette décision. Et dans l'impact social, il y a potentiellement l'impact politique. En l'occurrence, la cour fait une balance notamment sur la question de la peine d'inligibilité. Entre d'un côté, ce pourquoi l'inligibilité existe, autrement dit éviter qu'une infraction soit réitérée et recommise et donc mise à la société.

Et de l'autre côté, les droits certes de Marine Le Pen, mais les droits également des électeurs.

1:16
Présentateur

Oui, la cour qui prend en compte, c'est écrit, la liberté des candidatures, la liberté de choix.

1:26
Invité politique

Exactement. Et ça, c'est quelque chose, je dirais, de normal. C'est-à-dire que c'est le rôle du juge d'établir justement cette balance. C'est pour ça qu'on ne confie pas à des algorithmes. Il y a un aspect humain qui doit justement essayer d'apprécier, d'appréhender les conséquences qui peuvent être celles d'une décision, au-delà même de la question du prévenu. Donc là, c'est ce qui est fait, c'est balancé, c'est balancé dans une conception qui, je dirais, est assez classique et puis en même temps, apparaît relativement normale.

1:58
Présentateur

Condamnée à faire campagne sous bracelet électronique, Marine Le Pen a en tout cas vite trouvé la parade en se pourvoyant hier en cassation. Elle joue la montre, Marine Le Pen. C'est un pari risqué qu'elle a pris, là ?

2:12
Invité politique

Alors, c'est un pari risqué, oui, parce qu'il y a un monde où pour elle, ça se passe bien. Il y a un monde où pour elle, ça ne se passe pas bien. Le monde où ça se passe bien, si vous voulez, c'est si le pouvoir en cassation est reporté après les élections présidentielles. Ce qui n'est pas délirant, parce que la moyenne d'un pouvoir en cassation, c'est 12 à 18 mois. Mais là, la Cour de cassation avait dit qu'elle irait plus vite pour cette affaire, pour que toutes les choses soient claires. Les avocats de Marine Le Pen disent oui, mais là, comme elle n'est pas inéligible, entre guillemets, il n'y a pas d'urgence dans la demeure.

Certes, mais la Cour de cassation pourrait préjuger que ce n'est pas suffisant. Auquel cas, elle peut examiner le pourvoi avant, on parle du mois de janvier. Là, il y a un scénario où ça se passe très bien, c'est si le pourvoi est accepté. Puis il y a des arguments juridiques, pourquoi pas. Auquel cas, le jugement d'appel est cassé, ce sera rejugé, mais après les présidentielles. Puis là, Marine Le Pen pourrait dire, regardez, j'avais raison d'une certaine façon. Et là, évidemment, c'est une proposition politique évidente. Ou bien le pourvoi est rejeté, ce qui est quand même peut-être, à ce stade d'hypothèse, privilégié.

Auquel cas, ça veut dire, et là, on est dans le scénario négatif pour elle, que le bracelet électronique, elle devrait le porter après. Avec une période très intense de campagne, de janvier à avril, qui est en moment de faire, où vous avez besoin de liberté de mouvement. Alors après, le juge d'application des peines peut mettre un peu de temps avant de lui poser. Il a quatre mois pour lui poser un bracelet, donc a priori, ça peut éventuellement passer. Et puis, il peut y avoir des conditions plus ou moins souples. Mais c'est vrai qu'objectivement, à ce moment-là, ça devient assez compliqué de faire campagne en toute série.

3:45
Présentateur

Elle va devoir faire campagne avec cette épée de Damoclès judiciaire. De quel poids cela peut peser sur la campagne ? Est-ce que ce n'est pas d'autant plus compliqué que ses adversaires politiques vont lui rappeler, pendant toute cette campagne, que sa candidature, ils l'ont dit hier, est immorale, incompatible au regard de sa condamnation, qu'elle est bien tout simplement une délinquante ?

4:10
Invité politique

Elle peut répondre qu'elle est présumée innocente, ce qui est vrai. Et il y a dans le pouvoir en cassation d'hier aussi cette volonté de dire « Non, je ne suis pas coupable ». Parce que si elle avait pris, entre guillemets, ses pertes et s'était présentée quand même en disant « Ok, je vois un bracelet électronique pendant six mois, mais à partir de l'hiver, j'en ai plus et je peux vraiment faire campagne », ce qui était une autre stratégie que certains jugeaient plus fonctionnelle, mais il fallait qu'elle admette une culpabilité. Là, elle est quand même présumée innocente.

Et donc à partir de là, on peut difficilement lui envoyer l'état de droit à la figure et ne pas en respecter l'une des bases, ce qui est la présomption d'innocence. De l'autre côté, il y a le fait que dans toutes les familles politiques, il y a eu et il y a encore des affaires. Donc c'est un argument toujours à bout de tranchant et qui, quoi qu'il arrive, n'est pas très efficace. Pour une raison simple, c'est que ces arguments concernant les affaires, en règle générale, ont assez peu d'impact sur l'électorat qui est déjà mobilisé et acquis.

Prenez François Fillon, dont la campagne fut complètement perturbée par les affaires, qui même n'a pas pu faire campagne, eu égard aux affaires qu'il avait aux fesses. François Fillon, il finit à 21%. Il y a beaucoup de candidats LR aujourd'hui qui rêveraient de faire ce score.

5:21
Présentateur

Quelle incidence, c'était ma question, sur les intentions de vote. Ce grand retour de Marine Le Pen, sauver des eaux quasi miraculées, c'est bon pour les militants. Ça conforte sa base, mais ça ne permet pas non plus nécessairement d'élargir pour espérer l'emporter au second tour.

5:37
Invité politique

Ça ne permet pas d'élargir, mais ce qui permet d'élargir, selon le RN, c'est l'existence encore du couple Bardella-Le Pen. En fait, on les voit opposés, mais il y a un jeu de rôle entre eux. C'est-à-dire qu'elle est là pour bétonner la base, la mobiliser, la rassurer. Lui, il est là pour l'élargir. Si vous n'aviez que Bardella, c'était plus compliqué de mobiliser la base. Là, il va pouvoir être envoyé pour aller chercher l'électorat, plutôt pro-union des droites, plutôt droit identitaire, ou au contraire, droit patrimonial LR, là où elle va pouvoir tenir la base électorale. Donc, cette complémentarité, ce ticket qui a été pensé comme tel, pour l'instant, il est assez efficace.

6:13
Présentateur

Ce changement de casquette ne va pas laisser de traces ? La dynamique de ce binôme désormais inversé n'est pas préjudiciable ?

6:23
Invité politique

Je pense qu'à court terme, il peut évidemment y avoir un effet, mais à long terme, l'électorat RN est à la fois trop bétonné, trop sûr, pour qu'il y ait un vrai impact structurel. Le vrai impact, en fait, et on l'évoquait tout à l'heure, c'est potentiellement l'aspect organisationnel de la campagne. En gros, si la cour de cassation se prononce après les élections, l'impact sera, à mon sens, relativement réduit. En revanche, au mois de janvier, elle est sous bracelet, et qu'elle est obligée de demander au juge d'application des peines l'autorisation d'aller faire le débat d'entre-deux tours.

Vous comprenez que là, il y a un impact, qui est un impact, de ce soit sur l'organisation de la campagne, sa réactivité, etc., qui est assez évident. C'est très dur, une campagne présidentielle. Si vous y allez en plus, avec un boulet au pied du point de vue de l'organisation et du point de vue de l'action, c'est évidemment quelque chose de difficile et de compliqué. Donc, c'est vraiment l'épée de Damoclès que, d'une certaine façon, elle a elle-même choisi de se mettre sur la tête, considérant que ça en valait la peine. On verra dans quelques mois si le pari était gagnant.

7:26
Présentateur

Alors, on a vu Marine Le Pen déjà en campagne, dès ce matin, dans la Sarthe, avec Jordan Bardella, qui a repris, lui, de fait son costume de premier ministrable. Marine Le Pen qui joue sur cet aspect phénix, avec ses affiches de campagne, les bras en croix, le titre Renaissance, piqué d'ailleurs au Macroniste. Est-ce qu'elle fait une bien meilleure candidate que Jordan Bardella ? On entend les ténors de l'opposition qui disent en off, c'était plus simple avec Jordan quand même.

7:55
Invité politique

Alors, les sondages donnaient Jordan Bardella devant, mais il est vrai qu'on a beaucoup de réflexions, notamment, et puis en plus, une étude qualitative depuis quelques jours, la Fondation Jean Jaurès, avec Raphaël Yurka, qui montre qu'il y a quand même des grosses failles dans l'équation Bardella. Trop jeune, ce qui en soi n'est pas mal en soi, c'est toujours préférable à être jeune, mais lorsque vous vivez un poste d'expérience, peut-être vous être reproché par une partie de l'électorat, surtout président de la République, en période de crise géopolitique.

De l'autre côté, un profil qui est un profil qui n'est pas tout à fait évident, le sentiment en plus d'erreur de communication, je pense évidemment à Monaco et à la mise en scène de sa nouvelle relation.

8:41
Présentateur

Ça commençait à piquer même dans les rangs du RN, sur ce côté bling-bling de Bardella.

8:47
Invité politique

Bien sûr, et surtout quand vous avez un électorat populaire, qui est un électorat qui, entre guillemets, a un sentiment de revanche de classe dans l'arrivée au RN du pouvoir. Donc, tout ça n'était pas tout à fait évident. La candidature de Bardella est un très bon complément de Marine Le Pen, ce qui peut faire un bon candidat. Il y avait beaucoup de doutes. Et pour les adversaires du RN, il y avait un angle d'attaque tout trouvé. M. Bardella, elle est vraiment en capacité, vous serez vraiment en capacité d'exercer un pouvoir qui vous confie le bouton nucléaire. A priori, vous n'avez aucune responsabilité, etc.

Et donc, tout ça pour des candidats d'expérience, comme Édouard Philippe, pour des candidats qui vivaient, entre guillemets, à récupérer une partie de cet électorat. Je pense à Bruno Retailleau. Pour des candidats qui vivaient à jouer sur le contraste entre guillemets niveau et capacité politique, comme Jean-Luc Mélenchon, la candidature Bardella apparaissait comme elle est en moins d'épaisseur.

9:40
Présentateur

Ça sera moins facile avec Marine Le Pen relancée dans la course à l'Elysée. Merci beaucoup, Benjamin Morel. Merci à vous.

9:49
Invité politique

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