Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Média — Podcasts· 5 juillet 2023 12 min

Après le drame Nahel : Macron veut profiter des émeutes pour censurer internet

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous sommes le mardi 4 juillet 2023, à la veille de la décision de l'ARCOM. Notre dossier de conventionnement passe en collège plénier. C'est une étape déterminante pour que le média devienne une chaîne de télé. Dans cette dernière ligne droite, on a besoin de vous. Notre pétition a déjà recueilli 48 000 signatures. Signez-la vous aussi et montrez à l'ARCOM et aux opérateurs internet que vous êtes nombreux à vouloir d'une autre chaîne de télévision. Il y a exactement une semaine, Naël, 17 ans, mourait. Tué à Beauportant, victime de l'arme d'un policier que l'on aime à décrire aujourd'hui comme un travailleur exemplaire, victime d'on ne sait quoi.

Et depuis, on attend une prise de parole politique d'Emmanuel Macron, président de la République française et garant des institutions. On attend en vain alors que la parole stigmatisante se libère, notamment dans la bouche du président du patronat. De ce sujet et d'autre, on parle dans ce nouvel épisode de notre bulletin d'info de l'été. Pourquoi Emmanuel Macron se tait ? Depuis qu'il a pris la parole pour dénoncer la manière dont Naël a trouvé la mort, inexplicable, inexcusable selon ses propos, il ne s'est pas vraiment exprimé.

Et ses lieutenants et alliés politiques ont surtout évoqué les révoltes et les violences urbaines qui les ont émaillées, manifestement dans le but d'invisibiliser une colère légitime et politique qui ne s'arrête pas au banlieue.

1:34
Invité

Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur une profession dans son ensemble qui à nouveau exerce sa mission de façon merveilleuse.

1:42
Présentateur

Que c'est joliment dit. Bref, qu'est-ce qui se passe dans la tête d'Emmanuel Macron ? La newsletter politique du média spécialisé Politico a interrogé ses proches. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas l'intention de jouer la carte de l'apaisement. Le président de la République va coller au plus près des humeurs policières comme le laisse entendre la visite discrète mais néanmoins filmée qu'il a effectuée au sein d'un commissariat du 17e arrondissement de Paris qui héberge la brigade anti-criminalité de nuit qu'on appelle la BAC Nuit. Emmanuel Macron joue à fond la carte du parti de l'ordre.

Et c'est ce qui ressort des fuites sur BFM d'une partie de son discours prononcé officiellement à huis clos devant les 220 maires victimes de violences urbaines.

2:29
Invité

Le pit que nous avons connu dans les premiers soirs est passé. Maintenant c'est l'ordre durable, la républicaine que nous voulons tous, auquel nous avons été. C'est la priorité absolue.

2:40
Présentateur

En revanche, il ne faut pas attendre de gestes forts en direction des habitants des quartiers dits populaires. Emmanuel Macron nous explique Politico veut bien se creuser la tête, réfléchir sur les raisons qui ont poussé à ces événements mais pas casquer. Casquer c'est-à-dire, et je cite, mettre des milliards de plus dans les cités. Vu qu'ils brûlent tout, n'est-ce pas, pourquoi les aider ? Écoutons un extrait de l'article de Politico.

3:06
Emmanuel Macron

Les émeutes de 2023 seraient différentes de celles de 2005, selon le président. À en croire l'un de ses fidèles, Emmanuel Macron aurait senti la bascule à l'œuvre, ce qu'il a prouvé en parlant de processus de décivilisation. Voilà pourquoi, selon le même, plusieurs leviers pourraient être activés pour sortir de ces émeutes. La lutte contre l'effondrement civique, l'école, qui doit rentrer dans le champ du régalien, et la régulation XXL des réseaux sociaux. Bref, un agenda de défense républicaine dans l'objectif de reciviliser.

3:34
Présentateur

Re-ci-vi-li-ser. Ok. L'école qui entre dans le champ du régalien, ça veut dire quoi ? On rappelle que jusqu'ici, le régalien, c'est l'armée, la police et la justice. Alors, on arrête tout et on ferme les écoles privées ? Ou plus probablement, on transforme l'école en une gigantesque caserne, comme le veut la philosophie du SNU. Et puis surtout, l'énorme effet d'aubaine. Profiter de l'occasion de l'état de choc de l'opinion face à des violences décrites comme folles et dépolitisées pour fliquer encore plus les plateformes numériques et imposer à toute la population française les lois les plus liberticides. Des lois pensées en amont.

Souvenons-nous de ce qu'Emmanuel Macron disait en 2019 à la faveur du grand débat après les premiers actes des Gilets jaunes qui avaient fait trembler sans pouvoir écouter.

4:27
Invité

Ce que nous devons réussir à faire d'abord, c'est en quelque sorte une forme d'hygiène démocratique du statut de l'information. Je crois qu'on doit aller vers une levée progressive de toute forme d'anonymat et je crois qu'on doit aller vers des processus où on sait distinguer quand même le vrai du faux et où on doit savoir d'où les gens parlent et pourquoi ils disent les choses. Ça participe de cette transparence. Là aujourd'hui, on a beaucoup d'informations, tout le temps, on ne sait pas d'où elles viennent. Écoutez encore. Moi, je ne veux plus de l'anonymat sur les plateformes internet et je veux une vraie responsabilité des parents et l'interdiction. C'est le seul moyen.

5:01
Présentateur

En réalité, il n'existe pas d'anonymat sur les plateformes internet, mais un pseudonymat. Jusqu'il y a peu, les moyens de lever ce pseudonymat étaient complexes et étroitement encadrés par l'institution judiciaire. L'enjeu de la croisade d'Emmanuel Macron, c'est de donner de plus en plus de pouvoir, sinon tout le pouvoir, à la police sur nos données numériques. Comme le dit le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, « Que les gamins sachent clairement qu'on va péter les comptes. » Vous allez vous limiter au compte des casseurs, vraiment ? Du nouveau dans l'enquête sur l'assassinat de Naël à Nanterre.

Après le témoignage du passager avant du véhicule que conduisait Naël, c'est au tour du second passager, situé à l'arrière de la voiture, de livrer son témoignage auprès de nos confrères du Parisien. Âgé de 14 ans, le témoin se rendait au collège pour passer les épreuves du brevet, selon ses dires. Comme le précédent témoin, il explique que les policiers sont arrivés et ont demandé à Naël de s'arrêter. La première version est également corroborée par la seconde, concernant ce que les policiers auraient dit à Naël et la suite des événements.

6:12
Emmanuel Macron

Le policier a dit qu'il allait lui mettre une balle dans la tête. Ensuite, le pied de Naël aurait lâché le frein, sûrement par panique, en essayant de se protéger. La voiture a avancé toute seule, c'était une automatique. Et le policier a dit à son collègue de tirer. Et le coup est parti. Après avoir reçu la balle, il a dit « C'est un fou, il a tiré ! » La Mercedes aurait ensuite accéléré d'un coup et j'ai senti un choc. Je me suis retrouvé par terre. J'ai dit au policier que je n'avais rien fait. Il m'a dit « Ferme ta gueule » et il m'a menotté.

6:40
Présentateur

Un témoignage de plus qui vient contredire l'IGPN qui, depuis hier, tente de donner sa propre version de ce que le policier aurait déclaré à Naël avant l'issue fatale. Une bataille qui se joue aussi entre l'ONG indépendante de journalisme d'investigation Index et la chaîne de télévision publique France 2. Index reproche à France 2 d'avoir utilisé un document vidéo qu'elle avait rendu public. Un document donnant à écouter une bande audio optimisée. Optimisé certes, mais pas assez, pour déterminer avec précision les propos tenus par les policiers qui ont procédé à l'interpellation fatale de Naël.

Le hic, c'est que France 2 a sous-titré ce document vidéo en se servant d'une retranscription discutable attribuée à l'IGPN. Je dis attribuée à l'IGPN car Mediapart nous apprenait hier dans la soirée que l'analyse sonore de l'IGPN n'avait en réalité pas été finalisée. Dans ce contexte, ce qui a particulièrement irrité l'ONG Index est qu'elle avait précisé très clairement qu'au stade de son travail d'analyse audio, rien ne permettait de retranscrire et de sous-titrer les propos échangés entre les deux policiers et Naël. Mais France 2 l'a quand même fait, au bonheur de la police, affaire à suivre.

Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du MEDEF, serait-il prêt à se lancer dans une carrière de criminologue et de statisticien ? En tout cas, interrogé dans le cadre de la matinale de France Inter, il s'est lancé dans une évaluation pseudo-scientifique de l'importance économique du trafic de drogue dont le département de la Seine-Saint-Denis en l'écoute.

8:15
Invité

Il y a une économie parallèle en banlieue, il faut dire ce qu'il y a. Le premier employeur de Seine-Saint-Denis, c'est probablement le trafic de drogue. C'est quand même le patron des patrons, il sait de quoi il parle.

8:26
Présentateur

Non ? Non.

8:28
Invité

Vous vous assurez de ce que vous dites ? Non, je vous pose la question parce que j'imagine le président du département de Seine-Saint-Denis qui entend que le premier employeur, c'est le trafic de drogue. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent de manière informelle dans l'économie souterraine.

8:42
Présentateur

Ouh là là, la gueule du rétro-pédalage. Mais personne n'est du plafoir à la stigmatisation et lancé. Et surtout, Geoffroy Roux de Bézieux veut disqualifier d'avance toute solution politique qui passerait par des investissements massifs dans les territoires de rélégation sociale. Car, voyez-vous…

8:59
Invité

On ne peut pas dire que c'est simplement un problème économique. CQFD.

9:05
Présentateur

On finit sur un point sur la nuit dernière où les révoltes ont continué malgré une accalmie. Seulement 72 interpellations ont été recensées cette nuit. Le dispositif policier a de son côté été maintenu avec 45 000 policiers et gendarmes déployés dans tout le pays. La présidente de France, Assureur, a expliqué que pour l'heure, 5 800 sinistres ont été déclarés pour un coût d'environ 280 millions d'euros. Le gouvernement, lui, est en opération de communication politique. Macron cajole les flics et les maires de France.

Bruno Le Maire a de son côté annoncé que les commerces et les restaurants touchés pourront bénéficier de délais supplémentaires pour faire leur déclaration de sinistre ou de perte d'exploitation pour ceux qui seraient sous le choc. Le ministre de Bercy a demandé aux assureurs que les indemnisations soient versées rapidement avec simplicité et bienveillance. Il a demandé aussi aux banques de faire preuve de compréhension. Bon, ne pas oublier que quand Bruno Le Maire demande quelque chose aux grandes entreprises, donc aux banques, son ton est plus proche de celui de la supplication que de celui de l'injonction. Souvenons-nous de sa veine croisade contre l'inflation alimentaire.

La séquence politique est-elle aussi engagée à gauche ? En tout cas, dans un entretien accordé à Libération, la députée France insoumise de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain, appelle à une grande marche pour la justice. Une marche qu'elle voudrait similaire à la marche pour l'égalité de 1983. Elle appelle aussi à enclencher un mouvement au long cours. Pour la députée, la réponse sécuritaire n'est pas la solution. Initiative à suivre. Et voilà, c'est la fin de ce bulletin d'info quotidien qui entre dans notre programmation d'été.

Nous réduisons quelque peu la voilure, en effet, avec la fin de l'émission Toujours debout en direct, mais l'actualité ne s'arrête pas et nous continuons à vous fournir, dans ces moments importants, de reportages, enquêtes, entretiens, plateaux d'analyse et de décryptage au quotidien. C'est l'été et notre survie. L'intégrité de notre projet éditorial dépend toujours de votre soutien et de vos dons. Si nous voulons survivre à l'été et être prêts pour le grand virage de la saison 7 du Média, il nous faut mobiliser au moins 100 000 euros de dons. Déjà, 55 000 euros ont été récoltés. Merci. Rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien. On compte sur vous. Restez connectés au Média.

11:28
Locuteur

Merci.