Conférence de presse au G7 de Cornwall
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 25:00OuverteRéponse directe
Quels changements concrets dans la relation G7/UE/Fr avec la Chine après ce sommet ?
- 30:00OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous dit à Boris Johnson sur le Brexit et la 'guerre de la saucisse' ?
- 40:00OuverteRéponse directe
Qu'attendez-vous de la rencontre Biden-Poutine et qu'est l'ennemi de l'OTAN ?
- 50:00OuverteRéponse directe
Avez-vous évoqué avec Biden la question des autorisations pour les Français aux États-Unis ?
- 1:00:00OuverteRéponse directe
L'avenir du G7 dépend-il du cycle électoral américain ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:40Premier ministreChiffre
« Le G7 s'est engagé à partager un milliard de doses supplémentaires, dont la moitié à la fin de l'année. »
- 43:20Premier ministreFait
« La France ne s'est jamais permis de remettre en cause la souveraineté britannique. »
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Mesdames et Messieurs, la conférence du Premier ministre Johnson s'achevant, il me revient donc de présenter les principales conclusions, du point de vue de la France, de ce G7 de Carbis Bay. Je veux avant toute chose remercier le Premier ministre Johnson pour l'organisation de ce G7 et, je crois, les résultats que nous avons pu obtenir - et je vais y revenir dans un instant - remercier aussi la Grande-Bretagne et les habitants de Cornouailles pour leur hospitalité, et je sais toutes les difficultés que nous pouvons créer lorsque nous nous déplaçons dans ces périodes, et donc merci pour leur patience, et remercier aussi Sa Majesté la Reine et la famille royale pour la délicatesse avec laquelle ils nous ont accueillis avant-hier, en venant, justement, à la rencontre de l'ensemble des membres du G7. Il y a, pour moi, trois principaux enjeux - j'avais eu l'occasion de l'évoquer auprès de la presse française et internationale il y a quelques jours, en recadrant, en quelque sorte, notre action internationale avant ces sommets - mais il y avait pour moi trois enjeux dans ce sommet du G7.
Le premier était d'obtenir à court terme une réaction, et surtout une action permettant d'agir sur la vaccination mondiale, dans une logique de solidarité que nous avons engagée dès avril 2020. Le deuxième objectif était d'acter, justement, une méthode commune, et d'avoir des résultats avec ce multilatéralisme efficace, auquel nous croyons, et pour lequel nous nous sommes battus ces quatre dernières années, et en particulier de suivre les actions engagées à Biarritz et dans les sommets suivants. Et puis le troisième objectif était de, justement, pouvoir définir une méthode de travail avec le président Biden et l'ensemble des partenaires autour de la table.
Sur le premier enjeu immédiat de court terme, nous sommes au rendez-vous, je crois pouvoir le dire, de cette ambition et nous serons en tout cas extrêmement vigilants à la bonne exécution des engagements pris aujourd'hui. Mais je crois pouvoir dire que ce G7 va permettre qu'il y ait plus de vaccins, plus vite, sur le terrain. Pour ce faire, nous ne partons pas de rien.
Comme vous le savez, dès avril 2020, nous avons lancé, d'abord en construisant avec l'Union africaine et plusieurs partenaires, un agenda ambitieux, ensuite en l'endossant en G20, dès avril 2020. C'est l'agenda d'ACT-A, qui permettait justement d'engager la communauté internationale dans des dispositifs de solidarité. Ils nous ont permis d'enclencher les choses, et à l'occasion de la réunion virtuelle il y a quelques mois, en format G7, que nous avions eu, nous avions aussi pris des engagements très concrets, et j'avais pu faire le suivi de ces sujets, en particulier sur leur plan financier, lors du sommet avec nos partenaires africains le 18 mai dernier à Paris, puis dans mon déplacement en Afrique du Sud.
Le G7 d'aujourd'hui permet donc d'accélérer sur plusieurs points. Le premier : le partage des doses. En février, j'avais fixé l'objectif de partager les doses à hauteur de 13 millions, pour vacciner les personnels en première ligne, notamment les soignants.
C'est ce que nous avons pu faire. Il y a quelques jours, je vous disais qu'à nos yeux, l'objectif concret que nous devions nous fixer était un objectif de 40 % de population vaccinée d'ici la fin de l'année, et 60 % au printemps prochain, pour l'Afrique au premier chef, mais cela vaut aussi pour, évidemment, la zone Caraïbes, Amérique latine, Indo-Pacifique et l'ensemble du globe. Nous nous sommes engagés, à travers ce G7, à, justement, endosser cet objectif et vacciner au moins 60 % de la population mondiale d'ici l'année prochaine, avec ce point de passage de 40 % d'ici la fin de l'année.
À ce titre, le G7 s'est engagé à partager un milliard de doses supplémentaires, dont la moitié à la fin de l'année. La France, dans ce cadre-là, a doublé ses propres engagements, en passant de 30 à 60 millions de doses partagées d'ici la fin de l'année. De manière très concrète, l'Union africaine sera destinataire de 5 millions de doses d'ici la fin de l'été.
Nous avons aussi obtenu que le G7 appelle collectivement le secteur privé à nous accompagner sur le modèle de ce qui avait été fait lors de la grippe H5N1, avec un partage de 10 % des doses produites. C'était une demande que j'avais pu formuler il y a quelques semaines et rappelée il y a quelques jours, et cela a été endossé par l'ensemble des membres du G7. Désormais, la clé est que l'ensemble des membres du G7 suive scrupuleusement ces engagements.
S'ils sont tenus, nous pourrons avoir les résultats et, justement, parvenir à nos objectifs. Le deuxième élément important de ce G7, c'est sur les prix - c'est ce que j'avais pu évoquer lors de mon déplacement en Afrique du Sud, ce que j'avais pu aussi rappeler il y a quelques jours - nous avons tous acté la nécessité d'une plus grande transparence pour plus de justice, dans ce qui est demandé aux pays en développement. C'est-à-dire que nous avons demandé à l'ensemble des industries pharmaceutiques de faire la transparence sur les prix des vaccins, qui sont justement délivrés à ces mécanismes de solidarité, ce prix de référence transparent étant aussi celui qui pourra être utilisé par les pays récipiendaires, dans leurs achats.
Le troisième élément important, attendu par beaucoup de nos partenaires, c'est l'engagement sur les capacités de production de vaccins. En effet, à très court terme, il faut donner des vaccins. C'est l'engagement que nous avons obtenu de ce milliard supplémentaire.
Mais il nous faut, dès maintenant aussi, pouvoir produire davantage dans tous les pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires, pour bâtir une autonomie. C'est important, peut-être pour cette crise, s'il y a des rappels vaccinaux successifs. C'est important pour toutes les autres pandémies, parce que nous avons un besoin de vaccination en permanence, et nous savons que c'est... tous les continents sont aujourd'hui encore exposés à des pandémies structurelles, au-delà de la Covid, et c'est important pour bâtir la résilience face aux crises qui ne manqueront pas de revenir.
Un chiffre simple, que j'avais rappelé en Afrique du Sud, suffit à éclairer ce besoin. L'Afrique représente 20 % des besoins de vaccination dans le monde. Elle représente 1 % des capacités de production, et donc nous devons aider chaque continent à lever ses capacités.
Pour cela, le premier engagement pris par les membres du G7, qui est à court terme le plus structurant, c'est la levée de toutes les restrictions sur les exportations. En effet, des pays importants pour la production à destination des zones à revenus intermédiaires ou des zones les plus pauvres, par exemple l'Inde, ont été bloqués ces derniers mois dans leur production à cause de certains blocages, justement, à l'export. Nous avons donc pris un engagement collectif, ce qui va changer beaucoup de choses, en particulier pour le Serum Institute of India, de lever l'ensemble de ces restrictions à l'export.
Nous avons ensuite pris collectivement l'objectif qu'en aucun cas, la propriété intellectuelle ne bloquerait les transferts de technologies, qui permettent, justement, de produire dans l'ensemble des régions du globe. Et à ce titre, de manière très concrète, nous avons acté l'accélération du travail et l'Organisation mondiale du commerce, et l'Organisation mondiale de la santé, pour obtenir un accord sur la question des brevets et de la propriété intellectuelle, qui ne doit pas être un obstacle à l'accès universel. C'est la traduction très concrète de l'engagement que nous avions pris il y a un peu plus d'un an, de faire justement du vaccin un bien public mondial.
À ce titre, je veux vraiment saluer le leadership de l'Afrique du Sud et de l'Inde, qui ont fait une proposition forte, que nous avons retravaillée à plusieurs, et le soutien des États-Unis d'Amérique dans cette direction, et nous avons travaillé en complicité avec les États-Unis d'Amérique sur ce point, et nos collègues, pour pouvoir justement produire ce résultat. Les discussions qui viendront dans les toutes prochaines semaines à l'OMC sont absolument essentielles à cet égard, et nous les suivrons avec la plus grande vigilance. C'était l'urgence, et je crois que cette réaction est salutaire.
Elle doit maintenant être suivie de tous les actes, en conformité avec ces engagements. Nous nous sommes aussi engagés à nous préparer aux prochaines pandémies. Nous avons longuement discuté de cela, en particulier avec le président Biden, en réformant, en particulier, l'Organisation mondiale de la Santé, pour améliorer les systèmes d'alerte précoce, en investissant massivement sur la recherche, comme sur les systèmes de santé.
Là aussi, dans nos économies comme chez nos partenaires, qu'ils soient de la région Indo-Pacifique ou de l'Afrique, et en tirant toutes les leçons de ce qui n'a pas fonctionné dans cette pandémie, en particulier dans les premiers temps de celle-ci, pour ne plus retrouver, justement, des situations où nous ne sommes collectivement pas prêts, et je pense que ce sujet va irriguer nos plans d'action, à la fois régionaux et nationaux, dans les prochaines semaines et dans les prochains mois. Voilà, sur le premier volet, ce que je voulais rappeler, qui fait de ce G7 un élément très concret de la réponse à la pandémie et à son urgence, et de la politique de solidarité que nous devons avoir. Le deuxième enjeu, comme je vous le disais, c'est d'obtenir des résultats pour ce multilatéralisme efficace.
D'abord, pendant quatre ans, nous avons, et largement nous, Européens, mais avec, aussi, nos partenaires canadiens et japonais autour de la table du G7, tout fait pour que l'ordre mondial dans lequel nous croyons, c'est-à-dire celui d'une coopération entre économies développées, puisse continuer à fonctionner, pour nos économies, mais aussi et surtout pour défendre nos valeurs, l'équilibre de nos démocraties ouvertes et libérales, et une économie de marché, avec ces équilibres tels que définis depuis des décennies. Plusieurs fois, vous avez légitimement questionné l'efficacité de ce groupe, parce que les désaccords qu'il y avait autour de la table ne permettaient pas de faire avancer aussi rapidement, justement, nos engagements, et la question de son efficacité était questionnée, pour rester pudique. Je crois que ce G7 a permis de montrer que nous avons retrouvé une grammaire qui nous est plus familière, celle où les économies développées, quels que soient les désaccords qu'elles peuvent avoir sur des sujets régionaux, sur des relations bilatérales, sur des sujets qui parfois peuvent donner lieu à des interprétations ou des actions différentes, néanmoins partagent l'essentiel et ont la volonté de se coordonner pour défendre leurs valeurs, la réforme de leurs systèmes et leur capacité à agir ensemble face aux grands défis contemporains.
Et donc, sur ce volet-là, je pense que c'est un point essentiel, parce que c'est d'abord la crédibilité de ce groupe. Ensuite, c'est la crédibilité de nos sociétés démocratiques. J'ai pu l'évoquer avec l'ensemble des journalistes qui étaient présents à la conférence de presse que j'ai tenue il y a quelques jours à Paris, mais nous l'avons longuement évoquée autour de la table de ce G7.
D'ailleurs, je dirais, de manière très frappante, à mes yeux, nous avons constamment parlé de notre capacité collective à défendre le modèle des démocraties libérales et ouvertes, et ce modèle est à risque. Il est à risque parce qu'il est confronté à un défi d'efficacité, d'efficacité pour nos propres compatriotes. Est-ce que ces démocraties arrivent encore à produire de la croissance, qui permet justement aux classes moyennes, en particulier, de connaître la prospérité et le progrès ? et est-ce que ces démocraties arrivent à construire une réponse coordonnée aux défis climatiques, technologiques, humains ? et est-ce que ces démocraties arrivent à construire des réponses solidaires aux défis qui sont les nôtres ?
Je crois pouvoir dire, là aussi, que nous avons enclenché une dynamique vertueuse, qui permet de faire fonctionner ce multilatéralisme efficace et d'avancer sur ce chemin. D'abord, nous avons tous convergé pour décider d'une politique extrêmement ambitieuse de relance. Comme vous le savez, ce sont 12.000 milliards qui ont été investis par les économies du G7, en résistance et sortie de crise, ce qui est un stimulus économique inédit, mais nous avons surtout maintenant besoin de continuer à coordonner nos politiques de relance budgétaire et nos politiques monétaires.
Les prochains mois seront décisifs pour réussir la croissance mondiale, le retour à cette croissance, la sortie, justement, de crise, et la capacité collective à recréer des emplois, massivement, pour donner des perspectives à l'ensemble de nos concitoyens. À ce titre, le consensus est établi pour dire que nous avions besoin d'investissements, encore, dans nos économies, pour justement relancer les secteurs qui sont en transition, et qui sont les plus importants pour la transition climatique et numérique, et continuer d'avoir des politiques monétaires coordonnées et ambitieuses pour ce faire. Et je pense que c'est un acquis extrêmement important de ce G7, c'est-à-dire la conviction qu'une politique expansionniste d'investissements, pour permettre la transformation de nos économies, créer des emplois, donner des perspectives aux classes moyennes et répondre aux défis, est absolument essentiel.
Elle est aussi essentielle d'un point de vue géopolitique, car c'est la crédibilité de ce G7, pour proposer, justement au reste du monde aussi, un modèle de croissance et de financement d'infrastructures, qui ne soit pas un modèle géopolitiquement dépendant d'autres valeurs, et donc remettant en question les valeurs démocratiques, ou un modèle remettant en question les effets du changement climatique, et proposant des éléments de croissance qui ne sont pas compatibles avec cette transition. Le deuxième grand acquis, à mes yeux, de ce G7, c'est son avancée en termes, justement, de lutte contre les inégalités sur le plan international. Je l'évoquais, c'est pour moi un des grands sujets, et la pandémie a accru ces inégalités.
Il faut être lucide dans nos sociétés et à l'échelle du monde. Et à ce titre, plusieurs engagements que nous avons pris permettent vraiment de répondre à cette situation. Premier point : nous avons obtenu un accord, préparé lors du sommet de Paris, pour le financement des économies africaines, pour réorienter une partie des droits de tirages spéciaux émis par le Fonds monétaire international vers l'Afrique.
Comme vous le savez, depuis le mois de novembre dernier, la France, en particulier, s'est beaucoup engagée aux côtés du FMI, pour procéder à cette émission de droits de tirages spéciaux, ce qui est, en quelque sorte, une capacité supplémentaire donnée aux économies parties prenantes, d'investir en sortie de crise. Nous avons obtenu, il y a quelques semaines, l'accord de nos partenaires, pour avoir une augmentation de 650 milliards de droits de tirages spéciaux, mais les clés de répartition mécanique de ces droits de tirage ne donnaient que 33 milliards à l'Afrique, qui, par rapport aux besoins de financement, qui sont de 290 milliards de dollars, sont beaucoup trop faibles. Nous avons obtenu que l'ensemble des membres du G7 accepte de suivre le mouvement que nous avions initié à Paris le 18 mai dernier, qui permet d'avoir au moins 100 milliards de droits de tirages spéciaux, qui iront vers le continent africain.
C'est une étape importante pour plus de justice et une étape importante pour aider le continent africain dans sa sortie de crise et la réponse économique et sociale. L'autre élément extrêmement important en matière de lutte contre les inégalités, c'est la décision collective de consolider l'accord obtenu par nos ministres des Finances, il y a quelques jours, en termes de fiscalité internationale. En effet, nous avons confirmé l'engagement du G7 pour obtenir un accord en juillet à l'OCDE, sur une imposition minimale des multinationales à hauteur de 15 % au moins, et adapter notre fiscalité à l'économie numérique avec une répartition plus juste de l'assiette.
Ce sont ces fameux deux piliers. Nous avons décidé d'avancer ensemble sur cette fiscalité internationale qui va permettre de répondre à l'une des inégalités les plus criantes de l'organisation économique contemporaine. C'est, là aussi, une avancée très importante que nous suivrons dans sa mise en oeuvre jusqu'au rendez-vous du G20 en format ministres des Finances de juillet et surtout le cadre inclusif de l'OCDE qui se tiendra également en juillet.
En matière de lutte contre les inégalités, enfin, nous avons poussé un agenda auquel nous tenons, celui de la lutte contre les inégalités de genre. D'abord, en continuant l'engagement que la France avait pris aux côtés du Sénégal lors de la reconstitution du Partenariat mondial pour l'éducation. J'ai confirmé que la moitié des 333 millions d'euros que nous allons consacrer au Partenariat mondial pour l'éducation sera dirigée en faveur de l'éducation des jeunes filles qui est un sujet essentiel sur lequel nous nous battons, vous le savez, depuis plusieurs années et qui est un défi absolument clé pour nous tous.
Nous avons aussi pu accroître notre soutien à l'entrepreneuriat féminin. AFAWA, qui avait été créé lors du sommet de Biarritz, permet maintenant de mobiliser 1,5 milliards de dollars de financement mis à disposition d'ici 2024 pour l'entreprenariat féminin sur le continent africain. Nous avons aussi, avec le Canada, consolidé nos soutiens aux ONG du Sud.
Tout ceci sera consolidé dans les prochains jours avec le Forum Génération Égalité que nous tiendrons le 30 juin prochain à Paris avec ONU Femmes et qui permettra de consolider ces résultats mais d'installer aussi un agenda de lutte contre les violences pour justement les droits sexuels et reproductifs des femmes, pour la santé, l'éducation des jeunes filles, etc. Ce sommet sur le plan du multilatéralisme efficace a aussi permis de donner une impulsion à la réforme du commerce international. Nous nous sommes tous engagés pour une meilleure prise en compte de nos objectifs climatiques et sociaux dans les accords commerciaux et pour accélérer la réforme de l'Organisation mondiale du commerce qui malheureusement, comme vous le savez, était bloquée depuis trop d'années.
Or, la capacité de l'Organisation mondiale du commerce à régler rapidement les différends est un élément essentiel de notre crédibilité collective à faire fonctionner ce multilatéralisme. Et deux derniers sujets sur lesquels je m'étais engagé ont permis, en tout cas ont donné lieu, à des engagements forts lors de ce sommet : climat et biodiversité d'une part, avec la confirmation de l'engagement de mobiliser 100 milliards de dollars par an en faveur du climat et donc de redoubler collectivement sur nos efforts. L'ensemble des pays du G7 ont aussi acté leur alignement sur les standards que nous avons mis en place il y a maintenant plusieurs mois sur la finance climat, le fameux TCFD.
La même chose sur la biodiversité, où nous sommes en train de travailler à la normalisation des financements. Et nous avons surtout collectivement marqué une vraie avancée, et je veux dire combien les derniers mois consacrés lors de ce G7 ont été importants dans notre bataille contre le réchauffement climatique. En effet, depuis le début de cette année, les États-Unis d'Amérique ont acté leur retour dans le Club de Paris, de l'Accord de Paris.
C'est un élément essentiel puisque les États-Unis d'Amérique se réengagent dans l'Accord de Paris et donc ont réaffirmé leur volonté de réduire les émissions de CO2 de 50 à 52 % d'ici 2030 et la neutralité carbone d'ici 2050, de manière conforme aux engagements qu'avait pris depuis quelques mois l'Union européenne. Et, surtout, la Corée du Sud et le Japon ont engagé ces derniers mois une transformation profonde de leurs choix et de leurs décisions, en particulier en s'engageant sur la voie de l'abandon du charbon et la fin du financement, justement, des solutions charbon et fossiles en termes de développement, ce qui est, je crois, une avancée absolument clé de l'agenda de ce G7. Nous continuerons à avancer et j'ai tenu en particulier à ce que l'agenda biodiversité et lutte contre le réchauffement climatique soient liés parce que, nous le savons, beaucoup d'initiatives contribuent aux deux.
Je veux ici rappeler l'importance à nos yeux de la Grande Muraille verte, qui a été relancée en début d'année lors du One Planet Summit Biodiversité qui s'est tenu à Paris. D'autre part, nous avons là aussi acté des avancées en matière de renforcement de nos démocraties et de nos valeurs communes face à la violence et à la haine en ligne. Vous savez combien nous sommes engagés sur cet agenda.
Dès l'été 2017 nous avions, avec Theresa May, porté cet agenda conjoint de lutte contre les contenus terroristes en ligne. Les résultats, nous ne les avons obtenus que plus de deux ans plus tard mais nous avons, je crois pouvoir le dire, ces deux dernières années beaucoup progressé grâce à l'appel de Christchurch que nous avons lancé dès le mois de mai 2019 avec la première ministre Ardern, et d'ailleurs les autres membres du G7 ainsi que beaucoup d'autres chefs d'État et de gouvernement qui nous ont progressivement rejoints, et les dirigeants de la tech, en tout cas beaucoup d'entre eux. Cet agenda a permis d'avancer.
C'est l'appel de Christchurch et le processus d'Aqaba qui nous ont permis d'obtenir le retrait en une heure des contenus terroristes en ligne, ce qui s'est ensuite traduit par un règlement européen qui a été passé à la fin de l'année 2020. Et nous continuons à avancer sur le plan européen avec les deux directives DMA/DSA mais nous sommes en train maintenant de converger, tous les membres du G7 ensemble, pour d'une part lutter ensemble contre les discours de haine en ligne et donc avoir une action commune de régulation contre tous ces discours racistes, antisémites, xénophobes, homophobes, transphobes, etc. Et, dans le même temps, réussir à avoir une politique qui est tout à la fois de discussion avec les plateformes justement de l'industrie et des réseaux sociaux et, de l'autre côté, assumer de passer des régulations.
Le réengagement américain qui a été acté au mois de mai dernier autour de l'appel de Christchurch était un élément important. Le G7 a permis la mobilisation de tous. Enfin un troisième objectif, comme je le disais, je retiens de nos échanges avec le président Biden comme avec l'ensemble de nos partenaires ici retrouvés, que nous avons pu retrouver une vraie vision commune et surtout un moyen de travailler ensemble, c'est-à-dire la conviction que le leadership est plus fort par le partenariat.
Je crois que c'est le défi qui nous est à tous posé. Nous avons montré notre attachement constant à une bonne coopération. Nous avons des différences mais le respect mutuel et la volonté de travailler ensemble sur cet agenda que je viens de rappeler est la clé de notre efficacité commune.
Ces valeurs sont partagées par l'ensemble des membres présents autour de la table. Je me félicite pour ma part que le président Biden ait tenu à plusieurs reprises à manifester son attachement non seulement en relation avec la France mais à l'Union européenne en tant qu'organisation politique et économique, à respecter l'Union européenne et sa souveraineté dans le cadre du partenariat transatlantique. Ce sont pour moi des éléments extrêmement structurants de la relation que nous avons avec le partenaire américain parce que c'est un partenariat mutuellement respectueux et qui repose sur des ambitions et des valeurs communes.
Ensuite, ce G7 a permis de constater les différences que nous avons avec des démocraties devenues illibérales comme la Russie ou avec des grandes puissances non démocratiques comme la Chine, mais avec une volonté commune de ne céder à aucune naïveté et donc de bâtir évidemment le cadre de nos indépendances, avec des solutions technologiques d'ailleurs que nous voulons pour nous-mêmes, nous Européens, avec des partenariats avec les Américains, les Japonais et d'autres mais avec notre vraie autonomie, et en tout cas que la clé pour répondre au défi qui est le nôtre est de bâtir un agenda positif et de croissance dans ce contexte. Et donc, je vais être très clair, le G7 n'est pas un club hostile à la Chine. C'est un ensemble de démocraties qui entend travailler avec la Chine sur tous les sujets mondiaux sur lesquels elle est prête à travailler avec nous, qu'il s'agisse du climat, qu'il s'agisse justement d'un vrai réengagement dans les règles du commerce mondial, qu'il s'agisse des politiques de développement et de la gestion des dettes africaines, etc.
C'est un compétiteur économique duquel nous attendons le respect plein et entier de toutes les règles auxquelles nous nous sommes collectivement et volontairement soumis, celles de l'Organisation mondiale du commerce. Et c'est aussi une puissance avec laquelle nous avons des désaccords que nous assumons quand il s'agit du travail forcé ou des droits de l'homme. Notre volonté est que, justement, ce cadre de relations soit assumé mais ne soit pas dramatisé et qu'au contraire le rôle des puissances du G7 soit de proposer un agenda positif, celui qui partout permet de développer nos valeurs, celui qui partout permet d'apporter une réponse positive et concrète à nos ambitions.
Je ne veux pas être plus long. Nous aurons l'occasion, demain, de nous retrouver pour le sommet de l'OTAN à Bruxelles. Je crois pouvoir dire aussi que cette même méthode s'y appliquera.
J'ai eu l'occasion d'évoquer cela avec le président Biden et nous avions auparavant évoqué ce sujet avec l'ensemble de nos partenaires européens. Pour moi, le sommet de l'OTAN marquera cette volonté partagée d'abord de clarification stratégique sur les valeurs, des principes et des règles que nous voulons pour nous-mêmes au sein de l'Alliance et d'avoir un objectif qui est de travailler ensemble, notamment sur la maîtrise des armements sur le continent européen. Et donc c'est, à mes yeux aussi, un sommet de l'OTAN qui a vocation à marquer le retour à la cohérence et l'efficacité communes.
Je vais maintenant répondre à vos questions. Bonjour, Ania Nussbaum de Bloomberg. Une question sur la Chine.
Vous avez dit que le G7 n'était pas un club hostile à la Chine mais vous avez mis en lumière les différences qui opposent le G7 à la Chine. Qu'est-ce qui change concrètement, après ce G7, dans la relation qu'entretient le G7 mais aussi l'Union européenne et la France à la Chine, par exemple sur des sujets comme le travail forcé que vous avez évoqué ou sur l'accord commercial qui n'est pas encore entré en vigueur ? Quel est le changement concret et, au jour d'aujourd'hui, quelles sont vos informations sur l'éventualité que le virus ait pu s'échapper ou provenir d'un laboratoire à Wuhan, qui est un sujet qui, visiblement, a été discuté aussi à ce G7 ?
Sur les origines du virus, il n'y a pas eu de discussion entre les leaders du G7. Il y a eu une présentation d'un rapport qui a été fait sur la capacité à nous préparer aux prochains défis et une participation du directeur général de l'Organisation mondiale de la santé. Sur ces sujets, moi je renvoie à l'Organisation mondiale de la santé.
Je pense que, j'ai eu l'occasion de le dire dès le début, la lutte contre le virus est une guerre. C'est une guerre mondiale et c'est une guerre mondiale que nous devons mener tous ensemble parce que nous avons le même ennemi. Et donc, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous devons tous ensemble joindre nos efforts pour protéger nos populations, innover et partager les fruits de nos innovations.
Et donc il faut en faire plutôt un accélérateur de nos moyens de coopérer. Ensuite on a besoin, et nous l'avions rappelé lors de l'assemblée générale de la santé l'année dernière, nous avons besoin évidemment de clarté sur les origines du virus mais ce n'est pas à telle ou telle puissance de dire quel est son avis. Il faut que ça repose sur des faits clairs.
Il faut une coopération de tous les États à ces investigations et aux investigations qui sont conduites par l'Organisation mondiale de la santé. Et il revient à l'Organisation mondiale de la santé d'apporter en toute liberté, indépendance et sans aucune pression politique, la pleine visibilité sur les origines du virus. Sur la relation avec la Chine, c'est une relation qui, pour ce qui est de la France, a plusieurs décennies d'existence et vous connaissez, je dirais, cette histoire un peu particulière que nous avons avec la Chine contemporaine.
Elle repose sur le triptyque que j'évoquais tout à l'heure dans mon propos introductif et elle ne change pas après ce G7. Nous avons toujours eu des positions très claires, qu'il s'agisse du travail forcé ou des droits de l'homme, que nous avons d'ailleurs rappelées avec la chancelière Merkel, le président Michel et la présidente von der Leyen en fin d'année dernière, quand nous avons réengagé les travaux sur l'Accord d'investissement. Et donc nous savons ce sur quoi nous voulons travailler et nous savons aussi les exigences légitimes que nous avons.
Maintenant, je pense qu'il faut regarder toujours nos partenaires avec beaucoup de lucidité, un discours de vérité et du respect. Je sais le chemin qui a été fait par la Chine ces dernières décennies pour sortir plusieurs centaines de millions de personnes de la grande pauvreté. Je sais les différences que nous avons avec la Chine et nous les assumons et je vous mentirais en disant que nous n'avons pas des différences structurantes, sinon la Chine serait autour de la table du G7.
Nous n'avons pas le même rapport aux élections libres, aux valeurs démocratiques et à la dignité de la personne humaine, c'est ce qui explique nos désaccords. Mais nous avons du respect, c'est-à-dire que nous pensons que la bonne manière de faire c'est de défendre l'universalité de nos valeurs, le cadre multilatéral dans lequel nous pouvons porter celles-ci et avec une volonté qui est de faire avancer les choses. C'est pour cela qu'avec la chancelière Merkel, nous avons assumé de défendre cet agenda qui consistait à réengager la Chine dans la lutte contre le travail forcé, de faire avancer la Chine sur un agenda multilatéral.
Voilà notre position. Elle demeure inchangée mais l'échange a permis de consolider, je crois, cette ligne d'exigence. Après, nous avons aussi eu autour de la table des puissances qui sont soumises à plus de pression de la part des Chinois.
Et, quand je regarde mon voisin et partenaire japonais, évidemment il est face à des pressions qui sont beaucoup plus fortes et à une hégémonie maritime beaucoup plus forte. Quand nous invitons autour de la table nos partenaires australiens et coréens, ils sont soumis à une réalité géopolitique beaucoup plus forte. C'est pour cela que, dans ce cadre et sur ce sujet, nous avons véritablement la volonté aussi de coopérer dans le cadre de notre stratégie indo-pacifique pour qu'il y ait une liberté de la souveraineté qui soit maintenue dans cette région et que ce ne soit pas une zone d'hégémonie particulière.
Bonjour Monsieur le président, Michel Rose de Reuters. Un sujet qui n'était pas à l'ordre du jour de ce G7 mais qui a pollué le sommet, c'est le Brexit et ce qu'on appelle maintenant la " guerre de la saucisse ". Les Britanniques vous accusent de traiter l'Irlande du Nord comme une entité ne faisant pas partie du Royaume Uni.
Ils se disent insultés. Qu'avez-vous dit exactement à Boris Johnson durant votre bilatéral où il a visiblement été question de saucisse de Toulouse ? Êtes-vous déçu que votre offre de relance des relations franco-britanniques n'ait pas été saisie par Boris Johnson ?
Merci. Ecoutez, je pense que sur ce sujet, nous avons tous besoin de beaucoup de calme. Nous avons en France beaucoup de villes, de régions et d'appellations d'origine protégée ou contrôlée où on fait de la saucisse.
Nous en sommes fiers et nous l'aimons. Il y a celle de Toulouse que vous avez évoquée, et il y en a beaucoup d'autres. Je ne voudrais pas que nous ayons des problèmes avec Montbéliard, Strasbourg ou d'autres régions.
Donc, nous défendons la gastronomie française dans sa diversité. Non, je pense qu'il faut du sérieux ! On ne peut pas, honnêtement, créer des polémiques chaque matin sur des sujets comme ceux-ci, au moment même où nous nous réunissons pendant trois jours pour dire : notre priorité, c'est réussir, dans nos démocraties, à recréer de la croissance, à défendre notre modèle qui est quand même fragilisé, à créer l'ordre public sur Internet pour lutter contre les discours en ligne, et comment justement bâtir une stratégie pour défendre notre modèle compte tenu de la montée de la Chine et vus tous les défis qui sont les nôtres.
Ne perdons pas de temps dans des polémiques qui, souvent, sont créées dans les couloirs ou les antichambres. Ce que j'ai à dire au premier ministre Johnson, je le lui dis et je vous le dis en face : la France ne s'est jamais permis de remettre en cause la souveraineté britannique, l'intégrité du territoire britannique et le respect de cette souveraineté. C'est aussi vrai que le Brexit, je le rappelle, est l'enfant de cette souveraineté britannique, et a occupé des milliers d'heures de travail des dirigeants européens.
Donc la souveraineté britannique, nous, Européens, nous savons ce que c'est. Je crois qu'aucun autre pays de l'Europe n'a fait passer aux autres autant de temps pour le respect de sa souveraineté, aucun ! Donc nous, nous sommes respectueux.
Nous avons, pendant plusieurs années, suite au Brexit, mis en place des règles : un protocole d'accord et un traité commercial pour les relations futures. Ce qu'on attend juste, c'est qu'il soit respecté dans le sérieux, dans le calme, dans le professionnalisme. C'est tout !
Et ça ne donne pas lieu, à mes yeux, à quelque polémique que ce soit. J'ai souvenir que quand le premier ministre Johnson est arrivé au pouvoir, il n'a pas voulu garder le " backstop ", qui était défendu par la première ministre Theresa May, qui était en effet une manière de concilier le respect de l'intégrité du territoire britannique, le Good Friday Agreement et le marché unique. Le premier ministre Johnson savait à ce moment-là pertinemment qu'il y avait un sujet de contrôle qui se posait, et il a d'ailleurs lui-même signé un protocole d'accord qui vaut pour l'Irlande du Nord, et qui prévoit des contrôles.
Parce que le respect plein et entier de la souveraineté, y compris sur l'Irlande du Nord britannique, ne saurait avoir pour conséquence le non-respect de la souveraineté des 27 États membres qui ont décidé de créer un marché unique, avec des liberté de circulation entre eux, mais des protections à leurs frontières. Donc il ne faut pas renvoyer à l'Union européenne les incohérences qu'on connaît pour soi-même dès le début. Moi, je fais les choses dans le grand calme.
Je pense qu'il faut, sur ce sujet, que tout le monde revienne à la raison. Ma volonté, c'est que nous réussissions collectivement à mettre en oeuvre ce que nous avons ensemble décidé il y a quelques mois. Il faut le faire dans le calme et dans le respect mutuel, et je pense que les polémiques chaque matin, ce n'est pas une bonne façon de faire.
Bonjour Monsieur le Président, Laurence Benhamou pour l'AFP. Demain, vous allez à l'OTAN. Il y aura ensuite la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine.
Vous avez, jeudi, redemandé une clarification de l'OTAN. Vous avez dit que nous n'étions plus dans le schéma de la guerre froide, et de ceci, vous avez discuté avec Monsieur Biden. J'aurai deux questions.
D'abord, qu'attendez-vous de cette rencontre Biden-Poutine ? Ensuite, pour ce qui est de clarifier les buts de l'OTAN, tout simplement, qui est l'ennemi, et est-ce que vous êtes d'accord avec Monsieur Biden sur ce plan-là ? Et question subsidiaire, quand vous parlez de maîtriser les armements sur le sol européen, est-ce que les États-Unis sont d'accord pour que les Européens soient acteurs de cette maîtrise des armements sur leur sol ?
Merci. Sur le premier point, je me félicite que le président Biden et le président Poutine se rencontrent. J'ai toujours été un avocat du dialogue avec le président Poutine.
On me l'a parfois reproché, donc je ne vais pas reprocher aux autres de le faire. Je pense que c'est toujours mieux de discuter, y compris quand on a des désaccords. Donc c'est une très bonne chose.
Cette rencontre permettra de clarifier les éléments de désaccord et, je l'espère, d'avancer sur la baisse de la conflictualité dans le cyber, dans le spatial, dans le maritime. C'est un agenda commun que nous avons, dont nous avons discuté avec le président Biden. Deuxième point, qui est l'ennemi ?
Toute puissance, tout acteur qui veut nuire à l'intégrité territoriale des membres de l'Alliance, qui menace la sécurité des membres de l'Alliance, pour moi, c'est ça l'ennemi. Aujourd'hui, si quelque puissance régionale avait des velléités de menacer l'intégrité territoriale d'un des membres de l'Alliance, il serait l'ennemi, et donc nous devrons préparer dans nos planifications les voies et moyens de nous protéger face à cela. Et évidemment, le terrorisme islamiste est un ennemi de l'OTAN, puisque, très clairement, il a menacé nos sociétés dans leur intimité.
C'est ce qui justifie d'ailleurs la présence de l'OTAN au sein de la coalition internationale en zone irako-syrienne. Et là-dessus, nous avons très clairement un alignement de vues. Sur ensuite le contrôle des armements, nous avons sur ce sujet évoqué évidemment la question avec le président Biden, et je lui ai proposé que nous puissions ensemble, j'ai fait d'ailleurs la même chose avec le président Johnson, que nous puissions ensemble travailler sur les voies et moyens, entre alliés d'abord, de partager un agenda, puis, avec nos principaux voisinages, de construire un nouvel agenda de contrôle des armements.
Je pense qu'il était essentiel en général de retrouver une culture internationale de la maîtrise des armements. Les dernières années ont montré plutôt un accroissement des équipements, un accroissement de la conflictualité. Nous avons besoin, y compris avec des grandes puissances dont nous ne partageons pas les agendas et les valeurs, de savoir restaurer la culture d'un agenda stratégique et d'une maîtrise des armements.
Á ce titre, parce que nous ne sommes plus dans la guerre froide, je considère que les Européens ont en effet une place autour de la table, en particulier la France en tant que membre permanent du Conseil de sécurité et puissance dotée. Au-delà de ces sujets, évidemment, nous avons besoin de nous coordonner sur tous les autres espaces de la conflictualité. Le cyber, le spatial, le maritime, etc, on a des nouveaux espaces où la conflictualité est en train de monter, et c'est un des sujets absolument essentiels dont je veux pouvoir parler lors du sommet de l'OTAN.
Bonjour, Monsieur le Président. Bertrand Galichet, Radio France. Vous avez évoqué avec le président Biden la question de la relance économique après la pandémie en parlant d'une nécessaire coopération avec les États-Unis, et dans ce cadre, parmi les sujets qui ont été abordés, avez-vous parlé du tourisme ?
Je veux faire allusion à la question des autorisations pour les Français de se rendre par exemple en vacances aux États-Unis, sachant que les Américains, eux, aujourd'hui, ont la possibilité, s'ils sont vaccinés, de venir en Europe, et singulièrement en France. Est-ce que cette question a été évoquée, avez-vous posé le sujet sur la table, et Monsieur Biden a-t-il pris des engagements ? Merci.
J'ai en effet parlé de ces différents sujets avec le président Biden. J'ai eu l'occasion d'ailleurs de pouvoir aussi célébrer quelques éléments d'attractivité et de force française après des années difficiles pour les intéressés, puisque j'ai pu lui offrir une bouteille de Côte-rôtie qu'un producteur français avait eu le bon goût de faire pour célébrer le traité de Chesapeake qui sera célébré le 5 septembre prochain. Et, en la personne du président Biden, je peux vous dire que vous avez un ami et un amoureux de la France.
Donc, comme vous l'avez très bien rappelé, nous, nous avons un agenda clair maintenant sur la capacité à organiser l'accueil en particulier de touristes américains sur le sol européen, donc français, grâce au Green Pass, au pass sanitaire, au pass vert, pour les personnes qui ont ou un test PCR négatif ou une vaccination, les deux doses étant faites. Je lui ai posé la question, et il m'a indiqué que dans les prochaines semaines, les autorités sanitaires américaines seraient amenés à le clarifier. Il y a aujourd'hui encore une grande prudence et beaucoup de restrictions côté américain.
Il y a en même temps une vaccination qui a beaucoup progressé, des premières ouvertures qui ont été permises. Donc je pense que, d'ici à la fin du mois de juin, même s'il ne m'a pas donné de date précise, il y aura là-dessus des clarifications qui seront apportées. Il m'a en tout cas assuré de sa volonté de pouvoir vraiment donner une visibilité à la fois aux déplacements d'affaires et aux déplacements touristiques.
Vous en prenez une supplémentaire ? Une dernière question avant de filer. Monsieur le Président, merci beaucoup.
Steeve Segway de CNBC. C'est très intéressant, vous avez beaucoup parlé des quatre dernières années. Vous avez dit que ceux qui étaient là n'ont pas permis au G7 de livrer.
Et vous avez eu une réunion très difficile à Biarritz, j'y étais d'ailleurs. Le premier ministre Trudeau a eu une réunion très difficile à Ottawa. Je pense qu'indirectement, ce que vous dites, c'est que l'avenir du G7, le succès du G7, c'est vraiment le cycle électoral américain qui l'influence, et peut-être qu'il pourrait y avoir un autre président républicain en très peu de temps.
Est-ce que, pour l'avenir du G7, pour tous nos téléspectateurs, c'est le cycle américain qui compte ? Cette question, on me l'a en effet posée il y a déjà quelques jours, et vous avez raison de vous la poser. Ce qui est vrai, c'est que quand un partenaire aussi structurant que les États-Unis d'Amérique décide de diverger sur la manière de gérer les biens publics mondiaux ou la convergence sur beaucoup de sujets, il est très difficile de faire avancer le club.
Maintenant, est-ce que ça veut dire que plus rien n'avance quand les États-Unis d'Amérique décident de ne pas être sur cet agenda ? Non ! Et nous l'avons montré ces quatre dernières années, parce que nous avons renforcé la capacité des Européens à coopérer.
Et ça, je pense que c'est très important. C'est pour moi un acquis essentiel des quatre dernières années. L'Union européenne a montré ces quatre dernières années qu'elle était une entité politique, et pas simplement économique, et donc que quand nous le décidions sur des sujets aussi forts que le climat, nos libertés, notre défense, les choix technologiques, nous pouvions avoir des valeurs et des intérêts qu'on défendait ensemble et sur lesquels on décidait d'avancer, n'étant pas bloqués par un autre partenaire.
Maintenant, la question, c'est : est-ce que, dans quatre ans, si le peuple américain faisait encore un autre choix, le club pourrait se retrouver à nouveau bloqué ? La clé, pour moi, est peut-être à travers deux réponses. La première, c'est comment rendre les décisions que nous prenons aujourd'hui de fait inéluctables.
Je crois que c'est ce qu'on avait réussi à faire au fond sur l'Accord pour le climat, l'Accord de Paris. La décision de Donald Trump sur l'Accord de Paris n'a pas eu d'effet sur le choix de la plupart des États fédérés, et surtout du secteur privé américain. Il a continué à s'engager parce que, les États-Unis d'Amérique restant un pays ouvert, il s'est dit : le reste de mes partenaires continuant à avancer, on doit faire les mêmes choix.
Et ils n'ont pas perdu de temps, parce que l'agenda que nous avions mis en place avait quelque chose d'inéluctable. Donc je pense que la force, à la fois la rapidité et l'échelle de nos décisions aujourd'hui, qui peut leur donner un caractère inéluctable dans la lutte contre les inégalités, contre le réchauffement climatique ou pour nos valeurs, minimise en quelque sorte l'impact de la défection d'un membre du club s'il devait venir. C'est le premier antidote, si je puis dire, le premier antibody qu'il faut développer face à une alternance possible chez l'un ou chez l'autre.
Mais évidemment, le partenaire le plus important étant le partenaire américain en termes de taille de l'économie, c'est ça, c'est de rendre inéluctables nos choix. Le deuxième, c'est de réussir à resynchroniser notre agenda international avec la vie de nos concitoyens. C'est ça que je mets derrière le multilatéralisme efficace et derrière l'efficacité de notre démocratie, c'est qu'au fond, nos concitoyens ont eu pendant beaucoup d'années, et peuvent parfois encore avoir le sentiment, qu'on parle de sujets ici qui sont très déconnectés de leur quotidien.
Je pense tout l'inverse. Donc la question, c'est de le rendre tangible pour nos concitoyens. C'est ensuite de montrer que nos décisions ont des effets utiles pour nous et pour la vie de nos concitoyens, et permettent de régler nos problèmes à la maison et de rendre la vie de nos concitoyens meilleure.
Si c'est ça, c'est mon deuxième antidote, alors nos concitoyens, dans nos pays, vont voter pour des gens qui participent à cet agenda international, et pas pour des gens qui leur expliquent que la réponse est dans le nationalisme. Je m'explique. Dans notre pays, on voit une montée des violences.
On a tous des raisons qui sont propres à nos pays, mais elles ont deux racines profondes : les inégalités sécrétées par le fonctionnement de l'économie internationale et l'ensauvagement des discours sur les réseaux sociaux. Ces deux sujets sont au coeur de l'agenda qu'on a évoqué là, avec des réponses concrètes. Grâce à l'agenda qu'on a en G7, on va pouvoir taxer les multinationales.
C'est 5 à 10 milliards de plus pour le budget français. C'est juste. Je peux l'expliquer à mes contribuables et leur dire : je vais vous enlever 5 à 10 milliards d'impôts, mais surtout, les gens qui vous concurrençaient de manière injuste, on les a corrigés.
Je ne peux pas le faire si les Britanniques, les Allemands, les Américains ne le signent pas avec moi, parce que je ne peux pas le faire tout seul. Deuxième chose, si je n'aide pas l'Afrique à réussir, je subirai des phénomènes migratoires massifs dans mon pays, avec des éléments de déstabilisation. Un agenda de croissance pour l'Afrique est aussi quelque chose qui a un impact très concret pour mes concitoyens.
Je ne parle pas de tous mes concitoyens qui ont de la famille en Afrique, et qui ne comprendraient pas que je laisse ce continent échouer. Quand je parle de manière très claire d'une transition climatique, des financements de la coordination, je peux demander des efforts à mes entreprises parce que les autres demandent les mêmes, et donc qu'il n'y a pas une concurrence déloyale. Quand je dis qu'on va interdire certains contenus en ligne, je peux expliquer à des parents que certains contenus auxquels leurs enfants sont exposés, je vais réussir à les retirer de l'Internet parce que nous avons cette coopération.
Si la France le faisait seul, ça n'aurait aucun impact, il suffirait que le compte dit se mette en Belgique, en Allemagne, en Irlande, au Royaume-Uni ou aux États-Unis pour émettre. Donc cet agenda, compte tenu de la nature de nos problèmes, est un agenda d'efficacité pour l'intimité de nos démocraties. Ça, c'est un deuxième antidote.
Á chaque fois qu'on a des résultats concrets qu'on peut présenter à la maison et dire à nos concitoyens : regardez, ça on l'a fait, on l'a fait en G7 et voilà ce que ça chang dans vos vies, alors ils peuvent légitimement dire : la coopération internationale, c'est efficace, ça rend ma vie meilleure. Si on a des réunions où rien ne se passe, légitimement, ils finiront par croire que les nationalistes ont raison. Je crois tout le contraire, et la réunion d'aujourd'hui permet d'avancer sur cet agenda d'ambitions.
Merci beaucoup. Je crois que nous allons devoir quitter la salle parce que les horaires doivent être tenus, et nous devons repartir. En tout cas je vous remercie, et à nouveau, comme je l'ai fait au début de ma conférence de presse, je tiens à remercier le Premier ministre Johnson et l'ensemble du peuple britannique pour leur accueil.
Merci beaucoup !
Emmanuel Macron