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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 14 février 2017 7 minComplaisantDivertissementEnvironnement & énergieCulture, médias & sport

Luc Jacquet : "J'ai vu pour la première fois tomber la pluie en Antarctique l'année dernière"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui nous touche tellement dans cet oiseau qui ne s'est pas volé ?

  • 1:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui a changé sur place en Antarctique en 14 ou 15 ans ?

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Le film reste positif car le manchot montre une incroyable faculté d'adaptation.

  • 3:03OuverteRéponse directe

    Vous dites que le discours moralisateur de l'écologie n'est pas la bonne voie.

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est l'état d'esprit que vous avez initié dans l'ONG Wild Touch ?

  • 4:27OuverteRéponse directe

    Cette fois, il y a des images sous-marines. Ça a changé quoi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:32Locuteur non identifiéFait
    « Moi, j'ai vu tomber la pluie pour la première fois en Antarctique l'année dernière. »
  • 1:57Locuteur non identifiéFait
    « On sait aussi que c'est une espèce qui est très très dépendante du cycle de la banquise. »
  • 2:07Locuteur non identifiéChiffre
    « Et c'est une espèce, les scientifiques nous le disent, qui est menacée à horizon 50 ans. »
  • 4:43Locuteur non identifiéFait
    « C'est la première fois que des plongeurs allaient voir à 70 mètres sous la surface. »
  • 6:11Locuteur non identifiéFait
    « Moi, je pense que le tourisme, quand il est encadré, c'est quelque chose de bénéfique. »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié74 %
  • Présentateur26 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et l'invité ce matin, c'est le cénéaste Luc Jacquet. Bonjour. Bonjour. Réalisateur de L'Empereur. Le film sortira demain dans les salles, 12 ans après le succès de La marche de l'Empereur. Luc Jacquet, qu'est-ce qui nous touche tellement dans cet oiseau qui ne s'est pas volé ?

0:22
Locuteur non identifié

Il ne s'est pas volé, mais qu'est-ce qu'il nage bien ? C'est le moins qu'on puisse dire. Je crois qu'il y a dans sa manière d'être vivant, c'est-à-dire vivre à la limite du possible, quelque chose finalement qui résume l'art universel de survivre au fond. Les empereurs se mettent en couple, ont des soins parentaux très partagés. Il y a cette silhouette aussi, il y a ces gestes qui nous rappellent évidemment de la tendresse, de l'émotion, évidemment des choses qui sont très très fortes comme ça. C'est peut-être pas tout à fait un hasard au fond.

0:51
Présentateur

Et puis c'est un animal qui ne s'enfuit pas farouchement à la vue de l'homme.

0:56
Locuteur non identifié

Ça, ça tient beaucoup de son charme. Effectivement, il n'y a pas un endroit sur la planète où vous tombez sur un animal aussi familier, aussi curieux de vous. Et du coup, il y a un échange de regards comme ça. Évidemment, il ne faut pas s'approcher très près. Évidemment, il faut le laisser venir. Mais c'est des animaux qui peuvent venir vous toucher, voir qui vous êtes. Et dans ce décor hallucinant qu'est l'Antarctique, c'est vrai que c'est quelque chose de très émouvant.

1:17
Présentateur

Vous êtes donc retourné en Antarctique, en Terre Adélie, 14 ou 15 ans après vos premières images pour la marche de l'Empereur. Qu'est-ce qui a changé sur place dans ce laps de temps ?

1:28
Locuteur non identifié

Les choses, malheureusement, changent très vite. Il y a un peu ce qu'on voit. Moi, j'ai vu tomber la pluie pour la première fois en Antarctique l'année dernière. C'est vrai que c'est quelque chose d'assez pathétique. Surtout que ça correspond malheureusement symboliquement à cette logique des 1 ou 2 degrés que nous annoncent les glaciologues et qui change finalement du tout au tout. Je vais vous prendre un exemple très simple. Le plumage des petits manchots n'est pas étanche à la pluie. Il est au froid, certes, mais pas à la pluie. Et dès que la pluie tombe sur leur plumage, ils meurent de froid, tout simplement.

On sait aussi que c'est une espèce qui est très très dépendante du cycle de la banquise. Le cycle de la banquise, aujourd'hui, est extrêmement bouleversé par la fonte du continent antarctique. Et c'est une espèce, les scientifiques nous le disent, qui est menacée à horizon 50 ans.

2:11
Présentateur

Et cela dit, le film L'Empereur qui sortira demain reste positif, justement parce que le manchot montre une incroyable faculté d'adaptation.

2:22
Locuteur non identifié

Oui, c'est vraiment une merveille d'adaptation de technologie naturelle. Mais juste pour revenir un peu sur ces questions-là, moi je crois que vraiment l'émerveillement et la connaissance sont peut-être les meilleurs slogans pour attirer le jeune public sur ces questions-là, les sensibiliser. Je crois que l'écologie moralisatrice a atteint sa limite. Il faut trouver d'autres moyens, d'autres pédagogies. Et je crois que peut-être que de rendre ce monde précieux en expliquer les tenants, les aboutissants, c'est quelque chose de très important.

C'est vrai que quand vous voyez l'aisance avec laquelle l'Empereur va aller braver les tempêtes ou au contraire descendre dans les abysses à plus de 600 mètres de profondeur, c'est du respect que vous éprouvez. Et en tant qu'être humain, une faiblesse infinie finalement.

3:03
Présentateur

Vous dites à l'instant que le discours moralisateur, culpabilisant de l'écologie, ce n'est pas la bonne voie.

3:09
Locuteur non identifié

Ça j'en suis convaincu. Mais convaincu à 100%. Comment on fait ? Comment on fait ? Si ça ne marche pas, c'est qu'il faut faire comprendre. Il faut faire comprendre pourquoi c'est important. Je crois qu'on s'est longtemps enferré dans cette logique de dire qu'il faut protéger les petits oiseaux. Ce n'est pas les petits oiseaux qu'il faut protéger, c'est l'être humain au fond. C'est l'avenir de l'être humain sur une planète qui de toute façon continuera à tourner avec ou sans nous. Et je crois que tout ça, c'est une manière d'envisager l'avenir au fond. Ce n'est même pas une idéologie.

Est-ce qu'on donne le meilleur de l'homme, sa créativité, son inventivité pour inventer une société qui soit durable où on continue finalement à tout consommer et puis après on verra. Et ça, moi, je ne peux pas l'admettre au fond.

3:50
Présentateur

Est-ce que c'est l'état d'esprit que vous avez initié dans l'ONG française Wild Touch que vous avez fondé ?

3:57
Locuteur non identifié

Oui, vraiment, ça c'est un travail à destination du jeune public. Je crois qu'on a des métiers qui sont très désirables. On a la chance d'aller dans des endroits somptueux. Je crois que donner envie, comme Cousteau l'a fait même pour nos générations, donner envie aux jeunes d'aller voir, d'aller comprendre, de s'intéresser, d'utiliser ce langage qu'est le cinéma, ce langage des images, ce langage de l'art pour passer la science, là je crois qu'il y a vraiment un potentiel. Il y a une énergie qui est une énergie très positive au fond.

4:23
Présentateur

Vous parlez de Cousteau à l'instant, le film L'Empereur qui sortira demain. Cette fois, il y a des images sous-marines. Ça a changé quoi ? Vous aviez loupé le coche la dernière fois ?

4:33
Locuteur non identifié

Ce n'est pas qu'on avait loupé le coche, mais c'est qu'on ne savait pas faire. Et là, c'est sûr que l'équipe de Laurent Balesta, Yannick Gentil, qui a fait ces images incroyables, ont énormément souffert. Ils ont battu un record, si je puis dire. C'est la première fois que des plongeurs allaient voir à 70 mètres sous la surface. C'est vrai qu'on a découvert un monde qui est aussi riche que le monde corallien, qui est aussi coloré. Et l'Empereur, dans cette unité, aussi coloré. C'est vrai. Des rouges absolument incroyables, des formes incroyables. On est 70 mètres sous la banquise quand même. C'est ça.

Mais je crois que c'est un monde qui est très stable, qui est protégé par ce courant circumpolaire, qui fait finalement de cet océan presque une insularité, une enclave. Et vous avez ce monde qui vit en équilibre, qui n'est encore pas trop perturbé par les activités humaines. Et vous avez l'Empereur qui évolue là-dessus. C'est le patron, au fond. C'est un des top prédateurs de ce milieu-là.

5:19
Présentateur

Pour la marche de l'Empereur, vous aviez tourné en 16 millimètres. Cette fois-ci, vous aviez à disposition les nouvelles technologies. Ça a changé quoi dans votre construction ou dans votre scénarisation du film ?

5:29
Locuteur non identifié

Pas grand-chose dans la scénarisation. C'est vrai que ça donne une image très précise. C'est vrai que ça nous permet d'avoir le sentiment de se rapprocher. Moi, je crois plus finalement dans l'expérience des gens qui ont travaillé sur ce film. C'est vrai que ça fait 12 ans qu'on fait des films avec cette équipe. Je crois qu'on sait mieux faire. On sait mieux raconter ces histoires. donner la sensation aux spectateurs d'être parmi ces manchots et de partager finalement l'émotion que nous, on ressent quand on est à leur côté.

5:54
Présentateur

Je me suis permis de vous mettre sous le nez cette publicité qu'on trouve dans les hebdomadaires cette semaine. Double page de publicité pour des croisières en paquebot au Pôle Nord, en Antarctique, donc en Terradélie, au Groenland aussi, pour approcher les ours, les baleines, les colonies de manchots. Vous en pensez quoi de ces croisières en bateau ?

6:11
Locuteur non identifié

Moi, je pense que le tourisme, quand il est encadré, c'est quelque chose de bénéfique. Le tourisme de masse, c'est quelque chose d'effrayant. Et quand on est sur ces écosystèmes qui sont extrêmement fragiles, il faut absolument que les gens soient encadrés. Il se trouve qu'il y a aujourd'hui des accords entre tous ces croisiéristes, qui fait qu'il y a un encadrement par des naturalistes, par des gens compétents. Mais c'est sûr qu'il ne faut pas aller au-delà. C'est des écosystèmes, je pense, à toutes les îles subantarctiques, par exemple, qui ne supportent pas le piétinement. Donc voilà, il faut prendre énormément de précautions. Mais je crois qu'il est aussi bon de créer des ambassadeurs.

Et ces gens-là, qui vont là-bas, deviennent ambassadeurs de ces milieux-là aussi.

6:51
Présentateur

Et vous en êtes un autre, on ira d'ambassadeurs. On ira voir ce film, donc. L'Empereur, c'est en salle à partir de demain. Luc Jacquet, un dernier mot sur le manchot. Expliquez-nous en quelques secondes pourquoi il niche si loin de la banquise.

7:05
Locuteur non identifié

Ah, quel paradoxe infini, effectivement. Il est obligé de nicher sur la glace de mer, mais une glace de mer extrêmement stable. Et s'il est à proximité de la mer, cette glace de mer risque d'être brisée par les tempêtes ou les marées. Donc il va aller au plus loin, au fond. Et c'est ce qui le condamne à marcher comme ça, quasiment éternellement.

7:21
Présentateur

Le manchot, l'Empereur, donc, c'est en salle demain. Merci Luc Jacquet et bonne journée.

7:26
Locuteur non identifié

Et merci à vous.